vendredi 27 janvier 2017

Soldats d'Assad 4/La 104ème brigade de la Garde Républicaine

Depuis 2014, la 104ème brigade de la Garde Républicaine syrienne et son chef légendaire, le général Zahreddine, sont associés à la défense de l'aéroport militaire et de la poche tenue par le régime syrien à Deir-es-Zor, face à l'EI. Pourtant, l'unité avait commencé, en 2011, par réprimer les manifestants descendant dans les rues au début de la révolution. L'unité, partie intégrante de la garde prétorienne du régime Assad, est largement maintenue à Damas et ses alentours dans les premières années du conflit pour parer à toute éventualité, fournissant ponctuellement des détachements pour certaines opérations dans le pays. Avec l'avènement de l'EI et sa conquête de la province de Deir-es-Zor, la 104ème brigade est jetée dans la bataille pour conserver ce bastion du régime dans l'Est du pays. Depuis deux ans et demi, Zahreddine et ses hommes tiennent, tant bien que mal, cette poche contre laquelle l'EI s'est jusqu'à présent usé : mais la récente offensive de janvier 2017 a pour la première fois réussi à couper en deux tronçons le territoire contrôlé par le régime. Isolés, ravitaillés uniquement par air, les hommes de la 104ème brigade constituent pourtant un symbole fort pour le régime, celui de la combativité. Il n'empêche que le succès de la défense doit aussi beaucoup au soutien aérien, renforcé par l'allié russe, dont disposent les combattants de la Garde.




Historique


La Garde Républicaine a été créée en Syrie par Hafez el-Assad en 1976. Elle est commandée par Adnan Makhlouf, le cousin de sa femme. Les recrues viennent d'abord de l'armée de l'air, branche historiquement la plus liée au clan Assad. Progressivement, cette unité prétorienne passe au rang d'unité mécanisée, notamment après la dissolution des Compagnies de Défense de Rifat al-Assad suite au coup d'Etat manqué de ce frère de Hafez, en 1984. En 2011, au déclenchement de la révolution, la Garde Républicaine syrienne comprend pas moins de 3 brigades mécanisées (dont la 104ème, qui accompagne les 105ème et 106ème : 3 500 hommes chacune), deux régiments de sécurité (101ème, 102ème, 1 500 hommes chacun) et un régiment d'artillerie (100ème) : elle équivaut en fait à une division d'infanterie mécanisée, comparable à la 4ème division blindée, sauf qu'elle obtient le meilleur matériel et qu'elle est systématiquement maintenue à plein effectif. La plupart des officiers et soldats sont alaouites mais on trouve aussi des sunnites dans l'encadrement, comme le fils de l'ancien ministre de la défense Mustapha Tlass, qui a fait défection en 2012. La Garde Républicaine est destinée à prévenir tout soulèvement intérieur : c'est pourquoi elle est stationnée sur le mont Qasioun au nord de Damas, près du palais présidentiel.

La 104ème brigade mécanisée, dans la Garde Républicaine, a une importance symbolique particulière. Elle a été commandée, en effet, par Basel el-Assad, héritier présomptif de Hafez, avant sa mort accidentelle en 1994, puis par son frère Bachar el-Assad, avant qu'il ne remplace son père comme président. Elle est ensuite prise en main par Issam Zahreddine, un Druze de la province de Suweyda. Au début de la révolution (et selon les documents fournis par le régime à l'ONU), la 104ème brigade a opéré pour partie à Deraa, dans le sud de la Syrie, où un conscrit de Deir-es-Zor est tué le 25 avril 2011. Un autre est tué le 8 juin à Douma (Damas). Un troisième meurt suite à des blessures à Homs en août 2011. 2 autres sont tués à Douma en août. Un sixième est tué à Harasta en septembre 2011. 2 conscrits sont tués à Douma en octobre. Un sergent tombe à Harasta en novembre 2011. La Garde Républicaine brise les manifestations de mars-mai 2011 dans et autour de la capitale, et opère principalement dans celle-ci. Au moins un témoignage de soldat défecteur précise que la 104ème brigade a battu des manifestants arrêtés, et que le général Zahreddine donnait lui-même les ordres, portant un bâton électrique pour procéder aux tabassages. De petits détachements sont parfois envoyés pour des opérations à l'extérieur de la capitale, comme c'est le cas pour le siège de Homs à partir de février 2012 auquel participe manifestement la 104ème brigade.

Le général Zahreddine, un Druze, commande la 104ème brigade.


En mai 2013, l'aviation israëlienne conduit des frappes à Damas, notamment contre des stocks d'armes à destination du Hezbollah, mais vise aussi la base de la 104ème brigade à Qasioun. Au moment des attaques chimiques dans l'est de la Ghouta, à Damas, le 21 août 2013, la base de la 104ème brigade sur le mont Qasioun est pointée du doigt comme site de lancement probable des roquettes M14 de 140 mm modifiées qui ont servi à cette attaque. En octobre, la 104ème brigade est mobilisée pour l'offensive du régime pour rouvrir le cordon de ravitaillement en direction d'Alep, mais une partie de l'unité est finalement déroutée vers Deir-es-Zor, menacée par les rebelles syriens, puis par l'EI qui chasse les autres rebelles de la ville, et de la province, en juillet 2014. Zahreddine mène en personne le contingent qui engage des T-72 Ural, des T-72M1, des BMP-1, quelques ZSU-23/4 d'autres unités. La 104ème brigade dipose aussi de 2 lanceurs IRAM Falaq-2 et d'armes légères modernes comme des AK-74M et des fusils anti-matériel iraniens AM-50. Elle vient épauler la 137ème brigade de la 17ème division, l'unité locale déjà bien entamée par les combats à Deir-es-Zor. A l'automne 2014, la 104ème brigade combat à la fois l'EI dans le centre-ville dans de difficiles combats urbains mais aussi sur l'île Sakr, à l'Est de la ville. Elle engage ses T-72, suivis par l'infanterie et épaulés par d'autres T-72 et les ZSU 23/4, pour confiner l'EI dans une partie de la ville et laisser le combat final à la 137ème brigade, aux Forces Nationales de Défense, et à au moins une milice qu'elle a formée. La 104ème brigade bénéficie de l'appui aérien du 8th Squadron basé sur l'aéroport militaire et équipé de MiG-21 ; il peut aussi compter sur le 819th Squadron avec des Su-24M2. Des MiG-23BN, Mi-25 et Mi-8 sont aussi déployés sur l'aéroport militaire. L'EI lance une première grande offensive d'envergure en décembre 2014 à Deir-es-Zor : les succès initiaux forcent les troupes de la 104ème brigade à se replier sur l'aéroport lui-même pour sécuriser l'installation, et à laisser les Forces Nationales de Défense et autres combattants à tenir les points les plus exposés sur la ligne de front. L'EI emploie de nombreux VBIED, notamment un char T-55 bourré d'explosifs, mais aussi des BMP-1. Il a également fait usage de nombreux drones pour repérer et étudier les positions adverses. Durant cette offensive, l'EI exécute par décapitation de nombreux prisonniers, dans un but évident de guerre psychologique et de propagande : en face, la 104ème brigade, et jusqu'au propre fils du général Zahreddine, qui sert comme officier dans l'unité, se font une spécialité de parader avec des têtes de combattants de l'EI décapités, et entassent les corps dans des camions qui font parfois le tour des positions contrôlées par le régime, ou les déversent dans des fosses communes. La bataille de Deir-es-Zor est un enjeu symbolique fort, dans les deux camps.

En avril 2015, la 104ème brigade est rappelée à Damas, mais est dépêchée en urgence, de nouveau, à Deir-es-Zor, dès le mois suivant, l'EI ayant profité du départ de l'unité pour lancer une nouvelle offensive. On signale aussi la présence de la 104ème brigade (sans doute une partie non engagée à Deir-es-Zor) à Wadi Barada au mois de mai. Dans la nuit du 6 au 7 décembre, 4 appareils américains frappent la base de la 137ème brigade à Ayash, base des Panther Forces et des forces spéciales russes qui guident les frappes aériennes contre l'EI.

En janvier 2016, l'EI lance une nouvelle offensive sur Deir-es-Zor qui lui permet de s'emparer des quartiers nord de la ville. La 104ème brigade est obligée de céder du terrain malgré l'appui aérien russse désormais disponible côté régime. En mars 2016, le général Ghassan Taraaf arrive avec une unité spéciale de 100 hommes pour renforcer la 104ème brigade à Deir-es-Zor et préparer des opérations offensives. A ce moment-là, une source pro-régime indique que la garnison comprend 4 000 hommes, entre la 104ème brigade et la 137ème brigade. La 104ème brigade se repose beaucoup sur la puissance de feu des chars, des canons D-30 et M-46, et des avions de l'aéroport militaire pour repousser les assauts successifs de l'EI. En mai 2016, un document montre les noms de 350 soldats de la brigade tués au combat depuis 2013. Un chiffre important quand on sait qu'environ un millier d'hommes de la 104ème brigade aurait combattu à Deir-es-Zor (avec probablement des hommes recrutés sur place, comme ceux de la tribu al-Shaytat). Le 1er septembre, la 104ème brigade montre des photos d'un bulldozer blindé de l'EI détruit dans les combats de rues. Le 6 septembre 2016, la 104ème brigade fait sauter un réseau de tunnels de l'EI découvert dans la ville de Deir-es-Zor. Ce même mois, l'EI relance une offensive pour prendre le terrain au sud de l'aéroport militaire, notamment le mont Tardah qui domine le secteur. Le régime ne parvient qu'à grand peine à repousser l'assaut. Le 12 novembre 2016, la 104ème brigade abat un drone de l'EI, un quadcopter type Phantom 4, au-dessus de ses positions.







Le 14 janvier 2017, l'EI lance une offensive de grande envergure contre les positions du régime à Deir-es-Zor. Au bout de 3 jours, il parvient pour la première fois depuis le début du siège à couper la poche du régime en deux tronçons, isolant l'aéroport militaire des quartiers de la ville et du territoire tenu plus à l'ouest. Le 22 janvier, une centaine de soldats de la 104ème brigade sont déposés par hélicoptère sur la 137ème brigade, après avoir transité par avion via Qamishli.

Ci-dessus et ci-dessous, cartes montrant l'évolution de la poche du régime à Deir-es-Zor après l'offensive de l'EI qui débute le 14 janvier dernier. Certaines cartes sont plus marquées pro-régime, d'autres pro-EI.


Le 16 janvier, on voit que l'EI (ici sur une carte plutôt pro-régime) a coupé en deux la poche, séparant l'aéroport militaire de la base de la 137ème brigade à l'ouest.








Combattant de la 104ème brigade tué à Deir-es-Zor en janvier 2017. Le béret rouge est l'apanage de la Garde Républicaine.




Combattant du Hezbollah tué à Deir-es-Zor, aux côtés de la 104ème brigade.





Propagande, idéologie


Une page Facebook est dédiée à la 104ème brigade. La photo de couverture de la page associe le général Zahreddine au général Hassan, le commandant des Tiger Forces, sur fond de tir de BM-21 Grad. Une autre page semble être dédiée à une unité de la brigade. La page du fils du général Zahreddine est également très active.

De nombreuses photos du général Zahreddine, véritable icône des pro-régime syriens, sont mises en avant. Le 16 janvier 2017, en pleine offensive de l'EI, des photos montrent Zahreddine et ses gardes du corps à côté de cadavres. Le 20 janvier, on voit encore des photos de nombreux cadavres présentés comme ceux des combattants de l'EI.



Le 17 novembre 2016, une des pages Facebook se plaint d'un article d'al-Akhbar (quotidien libanais pourtant proche du Hezbollah, allié d'Assad) qui dépeint sous un jour un peu trop sombre la situation de la poche du régime à Deir-es-Zor.


Armement, matériels, tactiques


Les T-72 de la Garde Républicaine ont généralement un camouflage de type désertique. L'unité dispose de la version la plus récente du char en Syrie, le TURMS-T. La 104ème brigade a reçu de nombreux AK-74M et AKS-74U quand elle a été dépêchée, pour partie, à Deir-es-Zor, à l'automne 2014. C'est l'arme de choix de la garde rapprochée de Zahreddine, Saqr al-Harath, composée comme il se doit de nombreux Druzes. La 104ème brigade, contrairement à ses deux consoeurs de la Garde Républicaine, ne dispose pas de BMP-2 : à Deir-es-Zor, elle se repose sur les vieux BMP-1, en utilisant des tactiques adaptées. Une photo du 17 janvier 2017 sur une des pages Facebook montre le général Zahreddine à côté d'un technical portant un KPV bitube.

Une analyse en source ouverte des documents produits par la 104ème brigade (difficile, car en réalité, les images du régime montrent probablement d'autres unités mêlées avec les gardes républicains : 17ème division, renseignement, Hezbollah, milices...) durant l'offensive de l'EI débutée le 14 janvier dernier permet de se faire une idée de ses modes d'opération. Une vidéo du 14 janvier filme des fantassins se protégeant derrière un BMP-1, un tir de missile antichar Metis-M, des technicals avec ZU-23 et DSHK. Dans une vidéo du 15 janvier, on peut voir un ZSU 23/4 utilisé en tir tendu et un mortier léger. Parmi les fantassins filmés le 17 janvier, un tireur d'élite avec SVD Dragunov et AK dans le dos, comme ceux de l'EI. Dans une vidéo du 18 janvier, on observe un Shilka sans canon, semble-t-il, et une position d'artillerie, avec au moins un canon M-46 de 130 mm. Assez curieusement, une vidéo du 20 janvier montre une charge de fantassins en ligne, à découvert : on peut supposer qu'une préparation a été effectuée avant sur les positions adverses. Le même jour, on peut voir un char T-55 faire feu en tir tendu, passant à côté d'un technical avec bitube ZU-23. En combat urbain à Deir-es-Zor, une vidéo du 21 janvier montre quelques fantassins faire le coup de feu avec AK-47 et RPG-7. Certains fantassins sont casqués Le même jour, on peut voir un char se diriger vers les positions adverses. Une autre vidéo montre plusieurs chars, un technical avec ZU-23, un camion avec S-60 de 57 mm appuyer des fantassins. Le 22 janvier, outre un char T-55 et un technical avec bitube ZU-23, on peut voir un lance-grenades AGS-17 russe en action. La 104ème brigade semble se reposer beaucoup sur les frappes aériennes : dans une vidéo du 23 janvier, Zahreddine visite la ligne de front pour la propagande, et observe sinon guide à la radio un raid aérien. Une autre vidéo montre un mortier lourd de 120 mm et un ZSU 23/4 en tir tendu. Le 24 janvier, une vidéo montre Zahreddine faisant le coup de feu avec un vieux fusil de sniper Mosin Nagant 1891/30 à lunette.



























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