dimanche 22 janvier 2017

Nicolas HENIN et Kyungeun PARK, Haytham, une jeunesse syrienne, Paris, Dargaud, 2016, 80 p.

Cette bande dessinée a été réalisée à partir du témoignage d'Haytham al-Aswad, un jeune Syrien qui a vécu le début de la révolution syrienne en 2011 aux premières loges, pour ainsi dire. L'histoire est racontée par Nicolas Hénin, journaliste, ancien otage de l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL), l'ancêtre de l'EI, en 2013-2014. Le dessin est dû au Coréen Kyungeun Park.

Le destin d'Haytham permet de revivre, comme une histoire vraie, le début de la révolution syrienne. Haytham est né à Deraa, là où tout a commencé. Bastion du parti Baath, Deraa compte pourtant, avant la révolution, des activistes anti-régime, comme le père d'Haytham, très actif à partir du "printemps de Damas", de courte durée, qui suit l'avènement au pouvoir de Bashar el-Assad en 2000. Haytham lui-même, passé par le moule d'endoctrinement de l'école, raconte comme il était grisé par les manifestations organisées par le régime. Le dégrisement vient par l'action des moukhabarat, les services de renseignement, qui éliminent les opposants ; l'occasion d'évoquer le sinistre bagne de Palmyre, ville que l'EI vient tout juste de reprendre au régime syrien en décembre dernier (qui l'avait lui-même reconquise, avec l'aide des Russes, à grand renfort de propagande, en mars 2016, après l'avoir perdue en mai 2015). On parle beaucoup, à raison, des monuments antiques de Palmyre dynamités par l'EI, mais beaucoup moins des tortures et exécutions commises dans la prison par le régime syrien sous Hafez puis Bachar el-Assad.




Le père d'Haytham est mis à l'écart de son travail d'enseignant en raison de ses opinions politiques. Au moment du printemps arabe en 2011, les moukhabarat ne lui cachent pas qu'il disparaîtrait s'il se montrait trop virulent. Le 27 février, 15 écoliers sont arrêtés par la sécurité politique d'Atef Najib, cousin de Bachar, pour avoir dessiné des graffitis anti-régime. Le 18 mars, les habitants de Deraa manifestent après avoir appris la mort des écoliers, torturés et exécutés. Le régime fait venir par hélicoptère des renforts qui tirent des gaz lacrymogènes, puis à balles réelles, sur la foule, tuant les premiers manifestants. Haytham accompagne son père aux manifestations suivantes. Ce dernier, menacé par les shabiha, doit entrer dans la clandestinité.

Haytham transpose le combat de son père à l'école. Mais le 24 avril, le régime syrien envoie l'armée pour encercler Deraa. La mère d'Haytham décide faire quitter la ville à sa famille. Comme le montre l'épisode de la sortie de la ville, certains soldats syriens répugnent à accomplir la tâche qui est la leur, contrairement aux moukhabarat qui vont de plus en plus encadrer la troupe pour s'assurer de l'efficacité du cordon. Le père d'Haytham finit par quitter la Syrie via la Jordanie pour continuer le combat en France. Haytham et sa famille, à leur tour, franchissent la frontière.

En France, Haytham découvre la liberté, les barres chocolatées, le libre accès à Internet, Paris. L'apprentissage du français n'est pas évident, mais Haytham fait son chemin, ne rencontrant que peu de réactions racistes (il évolue dans une classe FLE), parfois les gabegies administratives. C'est à Paris qu'Haytham rencontre les premiers journalistes qui vont écrire les premiers articles sur lui. Via Internet, Haytham reste en contact avec la famille demeurée en Syrie. Un de ses cousins, engagé parmi les rebelles, est tué au combat. Un autre fait partie du front al-Nosra, et a également péri. Un autre a été torturé, avant d'être relâché par les moukhabarat.

Le témoignage d'Haytham, scénarisé pour la bande dessinée, est sans aucun doute précieux, car il sonne vrai. Une façon de se rappeler que la révolution syrienne n'a pas commencé avec les djihadistes de l'EI, ou du front al-Nosra, mais bien avec des manifestants victimes de la répression militaire d'un régime prêt à tout pour s'accrocher au pouvoir.

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