vendredi 26 août 2016

Patrick GALLIOU, La Bretagne d'Arthur. Bretons et Saxons des siècles obscurs, Lemme Edit/Illustoria, 2011, 103 p.

Patrick Galliou est docteur en anglais et en histoire ancienne. Spécialiste du monde celte, en retraite depuis 2007 après avoir été professeur émérite de l'université de Bretagne-Ouest, il signe chez Lemme Edit/Illustoria ce court volume, comme toujours, sur les Bretons et Saxons des siècles obscurs.

Le titre est trompeur car les trois quarts du livre, ou peu s'en faut, sont plutôt consacrés à l'évolution de la Bretagne romaine et ce qui peut expliquer l'abandon de l'île par Rome et l'apparition de nouvelles entités. Le recrutement de mercenaires saxons, leur soulèvement, l'arrivée de nouvelles vagues d'envahisseurs sur l'est de la Bretagne n'aboutit qu'à assimiler les Bretons à la culture des immigrants saxons, donnant naissance à une civilisation originale : telle est l'idée phare de l'auteur dans l'introduction.

Le premier chapitre dresse le portrait de la Bretagne, conquête inachevée à la fin du IVème siècle. Conquise entre 43 et 83, la partie de la Bretagne dominée par Rome est prospère, et a des échanges avec les provinces continentales -Gaule surtout-, notamment en raison des besoins de l'armée. Mais le nord de la Bretagne, au-delà et même en-deçà du mur d'Hadrien, et même le pays de Galles, à l'ouest, n'ont jamais été vraiment romanisés. La Bretagne ne connaît pas de troubles sérieux jusqu'en 367 : la Tétrarchie et la première moitié du IVème siècle voient la richesse s'exprimer dans les villes, et les villas du sud et de l'ouest. La religion païenne est encore présente, le christianisme ne semble s'implanter que dans les villes et l'aristocratie rurale.

Mais la Bretagne est progressivement abandonnée par Rome entre 380 et 420. La grande invasion, certes rebattue, de 367, a laissé des traces : le mur d'Hadrien n'est plus tenu par des garnisons, les Romains tentent d'installer des Etats tampons entre le mur et le sud-est. En 383, Maxime est le premier usurpateur à soulever les troupes de Bretagne et à passer sur le continent : une situation qui se répète jusqu'en 406, où Constantin III prend les troupes avec lui. En 410, c'est le fameux rescrit d'Honorius enjoignant aux Bretons d'assurer eux-mêmes leur défense. Les villes se contractent, les échanges deviennent locaux, le système monétaire romain disparaît, le christianisme continue sa progression.

Peu de sources écrites, jusqu'à la victoire de Chester (615-616) évoquent la Bretagne privée de l'influence romaine. Les stèles constituent une source appréciable. On devine que les anciennes civitates se chargent de gouverner des territoires qui progressivement deviennent royaumes à la fin du Vème siècle. Ceux-ci apparaissent plutôt dans les régions les moins romanisées et une hiérarchie semble s'installer assez rapidement. Les villas romaines se transforment en résidences fortifiées : les petits dynastes locaux mènent leur guerre pour leur propre compte. Etonnament, ces sites, avec une activité artisanale réduite, témoignent de contacts avec l'Aquitaine et jusqu'à l'empire byzantin grâce à des traces archéologiques que l'on retrouve au sud et à l'ouest mais aussi en Irlande. Jusqu'à la fin du VIème siècle, la Bretagne est en contact avec le commerce méditerranéen. A la société romaine succède donc une société aristocratique, renforcée par l'Eglise.

L'arrivée des Saxons change la donne. Pour P. Galliou, les Bretons se sont chargés dans un premier temps des Pictes et des Scots, déboulant de l'ouest et à travers le murs d'Hadrien. Vers 450, un dynaste breton, Vortigern, aurait fait appel à des Saxons, mercenaires, qui décident finalement de se tailler leur propre royaume. Cette migration, contrairement à ce que l'on a dit ensuite, reste limitée : quelques dizaines de milliers de personnes au plus, à partir de 450. Il est difficile, sauf à travers l'archéologie, de saisir les rapports entre Bretons et Saxons. Les Saxons restent longtemps païens, et les conflits Bretons-Saxons comme les guerres intesines sont multiples - pour P.Galliou, la figure d'Arthur n'est d'ailleurs qu'une création légendaire renvoyant à cette époque du "Dark Age" britannique.

L'ensemble est complété par un lexique, une chronologie, une liste de lieux à visiter et une bibliographie. On n'oublie pas bien sûr le livret centrale de 16 pages en couleur, même si des cartes de situation sur la deuxième moitié du Vème siècle et le VIème siècle auraient été utiles. C'est que, comme je l'ai dit au début, l'auteur ne passe que peu de temps à évoquer l'arrivée des Saxons et leur installation en Bretagne, seul regret pour ce volume, lié aussi à un problème de taille, tout simplement.

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