samedi 20 août 2016

Gordon L. ROTTMAN, The Rocket Propelled Grenade, Weapon 2, Osprey, 2010, 80 p.

Gordon Rottman est un vétéran des Special Forces américaines : il a servi au Viêtnam et a été confronté directement aux RPG, sujet de ce livre des éditions Osprey. Les RPG sont les armes antichars les plus utilisées dans le monde, et à peu près contre n'importe quelle cible : véhicules blindés, fortification, infanterie, avion, hélicoptère... La famille des RPG comprend des armes rechargeables comme le RPG-7, et des armes à un seul coup comme le RPG-26. Le RPG-7 apparaît dans toutes les vidéos de l'EI en Syrie ou en Irak que j'analyse ou presque, en plus d'autres modèles également utilisés plus ponctuellement. Techniquement, le RPG-2 est une arme sans recul ; les RPG-7 et 16 sont des armes sans recul assistées par une fusée ; et les RPG-18, 22, 26 de véritables lance-roquettes. En russe d'ailleurs le terme RPG s'applique aussi aux grenades antichars de la Seconde Guerre mondiale (40, 43 et 6).

L'URSS dispose, lors de l'invasion allemande, de canons antichars classiques (37 et 45 mm notamment), de fusils antichars (PTRD et PTRS), de grenades à fusil antichars et de grenades à main antichars. C'est durant la Seconde Guerre mondiale que sont développées les armes antichars à charge creuse (HEAT) : un cône au bout de la munition permet de concentrer toute la charge à travers un trou minuscule percé dans le blindage, ce qui autorise à traverser une épaisseur beaucoup plus grande et ce quelle que soit la distance de tir. Les Soviétiques sont influencés par le Panzerfaüste allemands, mais surtout par le Panzerfaust 250, jamais en service, dont ils ont capturé les plans : il faut noter cependant qu'ils avaient tenté avant et pendant la guerre de développer leur propre lance-roquette antichar portable. De fait, ils s'inspirent des Panzerfaüste, Panzerschreck et Bazooka américain pour développer leur propre arme antichar : le RPG-1, dont le développement commence dès 1944, est abandonné en 1948. La même année, le RPG-2 voit le jour et entre en service en 1954. C'est un lance-roquettes de 40 mm, très simple d'utilisation, rapidement copié par la Chine (Type 56) et d'autres pays communistes. Le travail d'amélioration du RPG est un travail d'équipe, contrairement à la conception de l'AK-47par exemple. Le RPG-7, qui entre en service en 1961, a une meilleure munition et un système de visée. Le RPG-7V autorise le tir de nuit et la version D est démontable pour les troupes aéroportées. C'est surtout la munition du RPG-7 qui est plus efficace (toute une gamme est ensuite développée) : le tireur est assisté d'un pourvoyeur qui prépare aussi les roquettes en introduisant la charge de propulsion dans la roquette avant le tir. Le RPG-7 fait ses débuts pendant la guerre des Six Jours ; il apparaît au Viêtnam fin 1967-début 1968 et massivement pendant la guerre du Kippour de 1973. Le RPG-16, adopté en 1970, est conçu pour les forces spéciales et aéroportées et améliore les caractéristiques du RPG-7. Ce dernier est copié par la Chine (Type 69) et par d'autres pays comme l'Egypte, le Pakistan, l'Irak, l'Iran. Les Polonais, les Tchécoslovaques et l'Allemagne de l'Est produisent aussi leurs propres RPG-7 ; la RDA met au point une munition incendiaire, l'AGI. Le Nord-Viêtnam produit également une pâle copie ; plus récemment, une firme américaine a copié le RPG-7 (Airtronics USA, Inc).

Si la partie technique, comme souvent chez Osprey, est satisfaisante, on ne peut malheureusement pas en dire autant de la partie sur l'utilisation opérationnelle de l'arme. Rottman rappelle que de nombreux véhicules en Irak et en Afghanistan ont été détruits à coups de RPG-7 : il souligne que la meilleure tactique contre les chars modernes, beaucoup mieux protégés, est le barrage utilisant au moins 3 RPG à différentes positions autour du véhicule visé. Le RPG-7 a été utilisé contre les hélicoptères dès la guerre du Viêtnam : on se souvient du choc causé par la perte de 2 UH-60 en Somalie, en octobre 1993, abattus par cette même arme, qui a donné lieu à un film célèbre. En Afghanistan, presque tous les hélicoptères américains abattus l'ont été par cette arme, chose visiblement moins vraie en Irak. Le RPG-7 a souvent été utilisé contre les fortifications de campagne : les munitions thermobariques ont été conçues spécialement pour cet emploi dans les années 1990. L'utilisation antipersonnelle n'est pas la plus adaptée mais des munitions ont été développées pour ce faire. Rottman rappelle que dans l'armée soviétique, on trouvait un ou deux RPG-7 par escouade. Le tireur et le pourvoyeur portaient normalement une arme individuelle en plus, pratique que l'on retrouve chez l'EI. L'armée irakienne de Saddam concentrait les RPG-7 dans la compagnie d'armes lourdes (12). Le problème est différent dans le cas des insurrections et autres mouvements armés : chez l'EI par exemple, non évoqué par Rottman (le livre date de 2010 : une édition mise à jour tenant compte des conflits récents serait bienvenue), l'escouade a au minimum un RPG-7 mais le chiffre monte facilement à 2 ou 3, sans parler des groupes complets de RPG-7 (jusqu'à 3 tireurs) manoeuvrant indépendamment. La doctrine soviétique prévoyait l'emploi des RPG-7 en dernière ligne pour la défense antichar, après les missiles guidés, les armes des chars et véhicules blindés et canons sans recul. Au Viêtnam, le Viêtcong et les Nord-Viêtnamiens utilisent les RPG dans leur rôle antichar contre les blindés sud-viêtnamiens et américains : quand ceux-ci deviennent plus lourds et que des parades sont mises en place, les RPG sont utilisés pour des barrages avant les attaques de positions fixes ou les embuscades. Les Israëliens sont surpris par l'emploi des RPG-7 par les Egyptiens, et les Syriens dans une moindre mesure, en 1973. Les mujahidin afghans emploient de nombreux tireurs RPG-7 contre les convois soviétiques, et contre les hélicoptères avant les Stinger. Les Tchétchènes organisent leurs escouades à Grozny autour du tireur RPG-7 (un ou deux par escouade) en 1994-1995. Malheureusement trop peu de place est consacré à chaque exemple et l'auteur ne peut se permettre une analyse détaillée d'un cas particulier ce qui est bien dommage, les études de cas sont trop superficielle - les pages dédiées aux contre-mesures dans le dernier chapitre auraient été peut-être mieux employées à cela.

Bien illustré (même si les dessins cette fois ne sont pas les meilleurs d'Osprey), le volume, bien qu'insuffisant sur la partie opérationnelle, constitue toutefois une bonne entrée en matière sur la catégorie des RPG. L'auteur a listé quelques sources p.79.

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