dimanche 24 juillet 2016

Valeriy ZAMULIN et Stuart BRITTON, The Battle of Kursk 1943. The View through the Camera Lens, Helion&Company, 2014, 475 p.

Valeriy Zamulin est un historien russe spécialiste de la bataille de Koursk, sur laquelle il travaille depuis 1996. C'est lui qui en 2002 a publié les premières données inédites sur la bataille de Prokhorovka, qui contredisait la version traditionnelle de la bataille. Il travaille aujourd'hui à l'université d'Etat de Koursk.

Cet ouvrage-ci est en quelque sorte le complément à un précédent, paru en 2011, également traduit par Stuart Britton pour les éditions Helion et qui se focalisait sur la bataille de Prokhorovka (je l'ai lu mais il me reste à le commenter en détails ici). Imposant, il s'agit en fait d'un album photo commenté sur la bataille de Koursk. C'est le résultat d'un travail de plus de 20 ans de l'historien pour retrouver des photos pertinentes bien associées à la bataille. Comme le rappelle Zamulin, la lenteur du travail vient aussi de l'identification certaine des photographies avec la bataille de Koursk : dans les lieux d'archives russes, les photographies n'avaient parfois pas été classées correctement, et par ailleurs le secret durant le conflit empêchait les descriptions détaillées et même la mention du lieu où avait été pris la photo. Sans compter parfois que les équipes d'archivistes ne comprennent pas forcément d'historien militaire ou de spécialiste de la chose.

L'ensemble de plus de 500 photos dénichées par Zamulin est réparti en 5 parties : la première illustre la formation du saillant de Koursk et les préparatifs défensifs des Soviétiques, la deuxième la bataille sur le côté nord du saillant, la troisième la bataille sur le versant sud, la quatrième la contre-offensive soviétique dans la saillant d'Orel (opération Koutouzov) et la dernière la contre-offensive autour de Bielgorod et Kharkov (opération Roumantsiev). C'est donc la définition soviétique de la bataille qui est adoptée, avec un focus intéressant sur les prolégomènes, la formation du saillant et les préparatifs défensifs. Il n'y a pas que des clichés soviétiques puisque Zamulin a également inclus des photos allemandes capturées par l'Armée Rouge.

Le bref texte qui précède chaque partie (5-6 pages en moyenne) ne contient rien d'original par rapport aux travaux de Zamulin. La perspective est plutôt soviétique et on n'apprendra rien de neuf ici. Le point fort du livre, ce sont évidemment les clichés, qui ne sont pas limités à la guerre terrestre puisqu'ils présentent aussi la dimension aérienne. L'immense majorité des photos est effectivement inédite, ce qui fait la force du volume. On peut regretter parfois que la légende ne soit pas plus détaillée (Zamulin aurait pu par exemple retrouver l'unité allemande dont on voit l'emblème sur le camion de la photo p.24). Certaines identifications de matériels laissent parfois songeur (Pak 40 allemand ou plutôt Pak 38 p.25 ?). Parfois Zamulin n'identifie pas les armes visibles sur les photos, comme le PTRD p.42 ou les véhicules allemands p.54-55. Mais il y a aussi des photos uniques comme celle de ce train blindé soviétique p.76. ou celles de la destruction d'un bunker allemand p.110. V. Zamulin fait bien la distinction également entre photos "posées" pour la propagande et photos plus spontanées, prises sur le vif. La deuxième partie comprend de nombreuses photos des combats à Ponyri. A noter aussi la présence notable des femmes soldats soviétiques sur les clichés. Le volet de cartes au milieu du livre aurait mérité des légendes détaillées. On remarque par contre la présence de caricatures soviétiques parmi les clichés, ce qui est intéressant.

Malgré ses quelques légers défauts, et au vu du contenu, cet album photo commenté de V. Zamulin s'adresse surtout aux passionnés du front de l'est qui souhaitent enrichir leur collection "en images" sur la bataille de Koursk.

1 commentaire:

  1. Il y a véritablement en Russie une mine de documents indépassables qu'il serait temps d'étudier afin de rétablir des vérités. Quand bien même le travail de David Glantz est sérieux, quoi de mieux que des sources directes ? Et pauvre de nous petit francophone, combien de temps devrons nous attendre ? Un énorme travail reste à accomplir.
    Un grand Merci pour cette fiche d'un livre qui parait tout à fait remarquable, dans le sens ou les images manquent trop souvent pour intégrer la réalité historique, de ce qu'il s'est produit en URSS durant cette période.

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