dimanche 31 juillet 2016

Albert CASTEL et Tom GOODRICH, Bloody Bill Anderson. The Short, Savage Life of a Civil War Guerrilla, University Press of Kansas, 1998, 170 p.

Au nom de Bloody Bill Anderson, certains penseront peut-être à la scène initiale du film Josey Wales hors-la-loi, où le personnage incarné par Clint Eastwood rejoint la bande de Bill Anderson après avoir vu sa famille massacrée par des maraudeurs nordistes. Les deux historiens, tous les deux spécialistes de la guerre de Sécession, visent ici à présenter la biographie la plus complète possible d'un homme dont le nom reste entouré de légendes, dorée ou noire.

Dès le milieu des années 1850, la guerre fait déjà rage aux confins ouest des Etats-Unis. Les habitants du Missouri, pour beaucoup partisans de l'esclavage, veulent transformer en Etat esclavagiste le territoire du Kansas, de plus en plus peuplé de gens de l'est, abolitionnistes. Aux "Border Ruffians" du Missouri s'opposent les Jayhawkers nordistes, mais les raids de ces irréguliers tournent souvent au crime crapuleux, sans distinction de parti. Quand la guerre éclate, la Confédération ne parvient pas à s'implanter militairement et politiquement dans le Missouri, malgré le soutien actif de la moitié ouest de l'Etat. L'Union ayant le dessus, il ne reste plus aux partisans les plus décidés du Sud que la guérilla : ce seront les fameux "bushwackers".



La famille Anderson s'est installée avant la guerre au Kansas, puis au Missouri. Bill, né en 1839, a servi sur la fameuse piste de Santa Fe, où il inaugure ses premiers détournements crapuleux. En 1861, Anderson est avec Arthur Ingram Baker d'Agnes City, un notable qui forme son groupe de Jayhawkers. Après le démantèlement de la bande par l'armée et l'arrestation de Baker, Anderson se met à son compte et rançonne surtout des Unionistes, mais à ce moment-là sans aucune motivation politique. En mai 1862, Baker tue le père Anderson suite à une querelle à propos d'une soeur de Bill, qu'il a courtisée avant de se marier avec une autre. Les fils prennent la fuite mais en juillet, Bill et Jim Anderson reviennent et tuent Baker et un homme qui l'accompagnait.



Les frères Anderson opèrent ensuite dans l'est du Kansas. Quand Quantrill arrive à l'automne 1862, il leur reproche de s'attaquer aussi à des partisans du Sud. Les frères Anderson passent alors dans l'ouest du Missouri. Les Anderson rejoignent la bande de Yager pour un raid dans le Kansas. C'est seulement en juillet 1863 que le nom de Bill Anderson apparaît dans les textes nordistes. A la tête d'une petite bande, il a déjà à ses côtés Archie Clement, vrai tueur sadique. Ewing, le général nordiste qui commande le district de la frontière, prend alors des otages dans les familles des bushwackers, ce qui n'avait jamais été fait, dont les 3 soeurs d'Anderson, maintenues en détention dans un bâtiment vite reconverti en prison. A la suite d'un défaut de construction, le bâtiment s'écroule le 13 août 1863, tuant une soeur Anderson et blessant les deux autres. Fou de rage, Anderson se transforme en brute sanguinaire lors du raid monté par Quantrill sur la ville de Lawrence, au coeur du Kansas, le 21 août : il abat de sa main 14 hommes sur les 200 victimes environ causées par le raid.

En octobre 1863, alors que les bushwhackers se replient au Texas pour l'hiver, ils massacrent non loin de Fort Scott tout une colonne accompagnant le général Blunt, qui parvient à prendre la fuite. L'hivernage au Texas se passe mal, les autorités confédérées constatant le caractère imprévisible de ces guérilleros. Anderson se querelle avec Quantrill et surtout avec George Todd, un autre brutal chef de bande. Finalement, Quantrill cède le premier rôle dans la guérilla au Missouri à Todd et Anderson, qui attendent l'invasion programmée du Missouri par l'armée confédérée du général Price, à l'été 1864. C'est à partir de ce moment-là qu'Anderson prend l'habitude, avec certains de ses hommes, de scalper certaines de ses victimes -Archie Clement notamment, qui adore jouer avec son couteau... le 1er août, il manque de se faire prendre par des miliciens faute d'avoir suffisamment placé de sentinelles autour de son point de chute. A l'été 1864, Anderson est devenu le chef de bande le plus redouté par l'Union dans le Missouri. Son groupe s'étoffe à plus d'une centaine d'hommes, dont les frères Frank et Jesse James. En septembre 1864, Anderson perd 6 hommes face à des miliciens nordistes qui, à leur tour, tuent et scalpent les prisonniers. Les bushwackers échouent lors d'une attaque sur Fayette.

Le 27 septembre, la bande d'Anderson investit la ville de Centralia, sur la ligne de chemin de fer qui traverse le Missouri. Les bushwhackers dévalisent une diligence, puis font stopper un train qui arrive de l'est et qui comprend notamment des permissionnaires nordistes de l'armée de Sherman. Les soldats sont tous abattus après avoir été désarmés et déshabillés, sauf le sergent Goodman, qu'Anderson épargne pour l'échanger contre un bushwhacker prisonnier. Les guérilleros incendient une partie de la gare et lancent le train à toute vitesse à contresens. En quittant la ville, rançonnée, ils arrêtent un autre train de construction qu'ils détruisent. Le major Johnston, qui commande un détachement du 39ème Missouri constitué de soldats à pied montés à cheval, et qui poursuivait une autre bande de bushwhackers, arrive alors à Centralia. Il va chercher le contact avec les guérilleros confédérés qui sont encore visibles à l'horizon. Mal lui en prend : ses 115 hommes doivent faire face à trois fois plus de bushwhackers, qui les attirent dans un piège grâce à la retraite feinte, tactique chère aux guérilleros. Avec leur fusil à un coup, les miliciens, démontés, sont anéantis par la charge tonitruante des bushwackers et le feu roulant de leurs multiples Colt Navy .36. Les guérilleros poursuivent les fuyards jusque dans Centralia. Dave Poole, un des lieutenants d'Anderson, saute de corps en corps sur le champ de bataille. Une douzaine de cadavres sont scalpés. D'autres sont décapités. Oreilles, nez, yeux, bras, mains, pieds et jambes sont arrachés. Un autre milicien est émasculé vif et ses parties génitales fourrées dans sa bouche. Une centaine de morts en tout contre 2 tués et 1 blessé mortellement chez les bushwhackers.

Goodman, prisonnier des bushwhackers, les accompagne jusqu'au 7 octobre, où il arrive à leur fausser compagnie. Il écrira un témoignage précieux sur leur façon d'opérer et d'être au quotidien. Anderson rejoint l'armée de Sterling à Boonville le 10 octobre. Faute d'hommes et de soutien, l'invasion confédérée du Missouri se transforme en anabase. Horrifié par les scalps attachés à la selle d'Anderson, Price est pourtant bien obligé de l'enrôler, étant à court de moyens pour faire du tort à l'Union. Le 21 octobre, Anderson et son aide investissent la maison de Benjamin Lewis, un notable nordiste de la ville de Glasgow. Ce dernier est quasiment battu à mort par Anderson et son aide pour l'obliger à livrer tous ses biens (il mourra en 1866). Anderson viole aussi avec son comparse une jeune servante noire : un tabou est encore rompu, les bushwhackers étant par principe respectueux des femmes, même si ceux d'Anderson en avaient déjà battu ou malmené par le passé. Le même jour, Todd est tué : Anderson domine la scène. Mais il est finalement rattrapé par la mort : le 27 octobre, près d'Albany, le lieutenant-colonel Cox, qui dirige des miliciens montés des 33ème et 51ème Missouri de la milice, tend une embuscade aux bushwhackers en utilisant leur propre tactique, la retraite simulée. Anderson, qui charge à la tête de ses hommes, est lardé de balles. Une fois son corps identifié, il est ramené à Richmond, où il est photographié par le dentiste local, Kice.

La mort d'Anderson ne met pas fin à la guérilla. Si Quantrill décide de gagner le Kentucky (où il trouvera bientôt la mort lui aussi), d'autres chefs comme Dave Poole qui prend la suite de Todd ou Jim Anderson vont hiverner au Texas et reviennent au printemps 1865. Les bushwhackers, inquiets pour leur sort, finissent par se rendre à partir de mai-juin 1865 mais tous ne le font pas officiellement et rentrent chez eux comme si de rien n'était. Le 13 février 1866 a lieu la première attaque de banque en plein jour, à Liberty. Jim Anderson fait partie des assaillants. Clements, qui défie sans cesse le pouvoir, est finalement abattu en pleine rue à la fin de l'année. Jesse James se reconvertit lui aussi dans l'attaque de banque dès 1869. Inspirés par ce qu'ils font fait à Centralia, les frères James développent les attaques de train avec les frères Younger, anciens de la bande de Quantrill, jusqu'à l'échec final de Northfield, dans le Minnesota, en 1876. Les frères James font profil bas avant de reprendre leurs attaques entre 1879 et 1881. Jesse est finalement abattu par un "retourné" en 1882.

La tombe d'Anderson est régulièrement fleurie encore aujourd'hui. L'image héroïque et romantique du guérillero confédéré se maintient, comme celle d'ailleurs de Jesse James. Mais l'image oublie une partie conséquente de la réalité : Bill Anderson, qui en a eu l'opportunité et les stimuli, est devenu un sauvage. Le surnom de Bloody Bill n'était pas usurpé.

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