mardi 16 février 2016

[Stéphane Mantoux et Mathieu Morant] Soldats d'Assad. 1/Liwa Suqur al-Sahara



 
L'unité Liwa Suqur al-Sahara du régime syrien est emblématique des réalités militaires auxquels est confronté ce dernier. Créée en 2013 dans la province de Homs, et utilisée au départ pour surveiller la frontière avec l'Irak et la Jordanie ou escorter des convois de pétrole, l'unité est dépêchée en urgence en avril 2014 pour contrer la percée des rebelles au nord de la province de Lattaquié, à Kessab. Après l'avènement de l'Etat Islamique, et après avoir défendu les champs gaziers d'al-Shaer, elle est sur tous les fronts "chauds" pour le régime en 2015. Ces multiples déplacements montrent que cette formation, considérée comme faisant partie de "l'élite" militaire du régime, pallie surtout un manque criant d'effectifs. La classification "forces spéciales", qui a plus valeur de fidélité au régime qu'autre chose, ne signifie pas qu'elle l'emporte toujours, comme le montre la défaite face à l'EI en août à al-Qaryatayn. A partir de novembre 2015, avec le sauvetage de l'équipage de l'hélicoptère russe abattu pendant la récupération d'un membre d'équipage du Su-24 russe descendu par un F-16 turc, l'unité est sous les feux des projecteurs. Cette surexposition médiatique dissimule pourtant mal une réalité cinglante : à l'image des forces militaires du régime, les Faucons sont à court d'effectifs -l'unité n'étant en soi pas très grande, de la taille d'un bataillon, peut-être un peu plus. Depuis quelques mois, elle incorpore des miliciens et se rapproche se faisant de ces nombreuses milices nées pendant le conflit et qui se battent pour la survie du régime.




Historique


La brigade des Faucons du Désert (Liwa Suqur al-Sahara) a été créée en 2013 par le colonel Jaber mais n'est étudiée par les spécialistes du conflit qu'à partir de 2014, en anglais. Aymenn Jawad Al-Tamimi est l'un des premiers à lui consacrer un article en avril 2014, alors que les Faucons du Désert interviennent dans le nord de la province de Lattaquié pour contrer l'offensive rebelle qui a emporté Kessab en mars. C'est une unité de forces spéciales, née en 2013 à Homs, et qui a d'abord opéré le long de la frontière avec l'Irak, pour empêcher le transit de combattants et d'armes adverses. Cette unité d'élite est composée de militaires à la retraite, de membres de l'armée et de jeunes volontaires de 25 à 40 ans. Elle est dotée d'un armement léger et de mitrailleuses lourdes, l'armée fournissant un appui d'artillerie si besoin, mais elle est plutôt conçue pour la guerre d'embuscades. L'unité subit des pertes non négligeables lors de la bataille à Kessab. Elle a visiblement combattu à al-Qaryatayn en juin 20131.

Le général de brigade Harun, tué à al-Qaryatayn.

En octobre 2014, les Faucons du Désert appuient la 3ème division du régime dans le Jabal Al-Sha’ar, au nord-est de la base aérienne T4, contre l'EI. En novembre, les rebelles annoncent avoir tué Muhsen Said Hussein, le général commandant l'unité, surnommé le "Lion du Désert" et connu pour sa brutalité, qui jouait un rôle certain dans l'architecture des renseignements du régime. Il est enterré dans sa ville natale de Safita, près de Tartous. Les Faucons participent ce même mois à la reprise des champs gaziers d'Al-Sha’ar sur lesquels l'EI avait mis la main. Les hélicoptères Gazelle de la base aérienne de Mezze (976 Squadron) ont probablement appuyé les Faucons lors de la défense de la base aérienne T4 contre l'EI2.



On reconnaît l'insigne de manche des Faucons.



Muhsen Said Hussein.


Les Faucons développent leur propre flotte de technicals (voir la partie ci-dessous qui leur est consacrée). (2014)


En mars 2015, les Faucons du Désert sont toujours sur le pied de guerre pour défendre les champs gaziers d'Al-Sha’ar aux côtés d'autres forces du régime3. Parmi celles-ci, al-Qawat al-Nimr (Tiger Forces), qui prendra progressivement de plus en plus d'importance côté régime. C'est entre autres parce que ces unités -avec aussi la 106ème brigade de la Garde Républicaine- sont retirées de la province de Homs pour montrer sur le front d'Idlib, où les rebelles obtiennent des succès spectaculaires, que l'EI peut emporter Palmyre en mai 20154. Ce même mois, les Faucons du Désert combattent dans la plaine d'al-Ghab dans la province d'Idlib. Fin juin, ils sont expédiés en urgence dans la ville d'al-Hasakah où l'EI vient de lancer une offensive5. En juillet, on les trouve sur le front de Palmyre, à l'est de la province de Homs. En août, ils subissent une défaite lorsque l'EI s'empare d'al-Qaryatayn : les images de l'organisation montrent des uniformes et au moins un de leurs véhicules6. Ils sont encore dans le secteur de la province de Homs en septembre 2015. En octobre, les Faucons sont toujours la province de Homs : avec l'appui aérien russe, et de concert avec la 67ème brigade de la 18ème division, le Parti Social Nationaliste Syrien et les Forces Nationales de Défense, ils attaquent Al-Bayarat7.

Carte des lieux où a combattu l'unité (non exhaustive) : en rouge, 2013, en jaune, 2014, en bleu, 2015 (on voit le véritable flipper...) et en vert, 2016.


Décembre 2015.


Juin 2015.


Mars 2015.





Le 24 novembre 2015, un Su-24 russe est abattu par un F-16 turc et s'écrase dans la province de Lattaquié. Le pilote, Oleg Peschkov, est tué par des tirs venus du sol mais le navigateur, Konstantin Murakhtin, survit au crash. Les Russes, qui se préparent à secourir le survivant, se voit proposer de l'aide par Qassem Soleimani, qui met à leur disposition une équipe d'élite du Hezbollah et des forces spéciales de l'armée syrienne. Une équipe de la chaîne Anna News est arrivée auprès de l'unité des Faucons la veille du crash (voir vidéo ci-dessous). Les Faucons combattent alors dans les montagnes de la province de Lattaquié. Le colonel Ayman Jaber, qui raconte la mission, explique que son unité a été créée au départ pour protéger les convois de pétrole partant de l'est de la Syrie et se dirigeant vers l'ouest et les zones tenues par le régime. Les officiers interrogés disent combattre le front al-Nosra et l'EI, ce qui dans ce secteur, pour ce dernier, est inexact. Les Faucons disposent d'une unité de reconnaissance équipée de drones (quadcopters). Les renseignements sont transmis à la fois à l'armée du régime mais aussi à l'aviation russe. Quand le Su-24 est abattu, l'unité de reconnaissance observe un Mi-8 de la mission recherche et sauvetage se poser en urgence sur le flanc de la montagne al-Nouba (au sud-ouest de Salma) après avoir été touché par des tirs au sol. Un Mi-24 Hind survole également les lieux. Jaber envoie deux groupes de soldats secourir l'équipage puis 40 hommes des "forces spéciales" des Faucons, sans doute une petite unité de réaction rapide. Les Faucons récupèrent l'équipage mais ne peuvent sauver l'engin qui est détruit par un missile TOW tiré par les rebelles de la 1ère brigade côtière. L'épisode montre en tout cas que les Russes opèrent avec leur propre dispositif de sauvetage sans se concerter avec leurs partenaires syriens, qui sont obligés de réagir dans le feu de la bataille...


Cet homme des Faucons vise avec un VSK-94, un fusil de précision russe avec silencieux portant jusqu'à 400 m (janvier 2016).




Poutine accompagne désormais Assad sur les banderoles.





Des foulards jaunes pour l'identification : une pratique courante (et un symbole religieux évident).

On note l'insigne de manche à droite.

Tireur SVD.

Le RPG-22 est venu s'ajouter à l'inventaire des Faucons.


Tireur PK.








Unité d'observation et reconnaissance équipée de drones.




Des conseillers russes sont manifestement présents avec l'unité.



Un Mi-24 Hind couvre l'équipe SAR.


Le Mi-8 s'est posé en urgence.







L'équipage est récupéré par les Faucons.

La 1ère brigade côtière des rebelles syriens détruit l'hélicoptère au missile TOW.


L'équipage russe avec Jaber.

 

En décembre 2015, les Faucons du Désert sont utilisés en pointe dans l'offensive pour reprendre le terrain perdu dans la province de Lattaquié. Le 6 décembre, Anna News filme un détachement qui part en mission de reconnaissance dans la montagne al-Nuba. Les hommes doivent s'enfoncer de 10 km à l'intérieur des lignes ennemies : ils emportent seulement des armes légères et des RPG-22. Ils sont appuyés à distance par des technicals avec DSHK et des pièces fixes comme un canon ZU-23. Les Faucons repèrent les positions adverses jusqu'à 6 km en arrière des lignes rebelles et se déplacent pendant 4 jours en évitant les accrochages. Les membres de ce commando portent tous un brassard jaune, sans doute à des fins d'identification. Formé par les Iraniens, comprenant quelques centaines d'hommes, les Faucons occupent alors le devant de la scène médiatique. Ils ont un armement de plus en plus sophistiqué : par exemple des lance-roquettes antichars RPG-22 très efficaces contre les blindés mais aussi contre les positions fortifiées8. Par ailleurs, à cette même date, ils participent aussi à la défense de l'aéroport de Kweires, à l'est d'Alep ; l'unité comprend visiblement des Ismaëliens de la province de Hama, comme le lieutenant Ali Eid Ali tué au combat.




Bitube ZU-23 sur technical.

Les motos sont utilisées comme moyen de transport pour le combat et de reconnaissance.

Bitube ZU-23 en position fixe.


Technical avec DSHK.















En janvier 2016, les Faucons participent à l'offensive qui aboutit à la reconquête de Salma, avec l'appui russe, et le soutien de la 103ème brigade de la Garde Républicaine, de la milice Résistance syrienne et du PNSS9. Fin janvier, l'unité combat dans le Jabal Akrad. A ce moment-là, les Faucons intègrent probablement plusieurs dizaines d'hommes d'une milice chiite irakienne qui combat en Syrie depuis 2014 : Liwa AssadAllah al-Ghaleb. On peut voir de nombreuses photos avec le drapeau de cette milice. Son chef Abou Fatima al-Musawi, qui vient rendre visite aux combattants, porte un uniforme avec l'emblème des Faucons de même que plusieurs autres miliciens irakiens, probablement. Ils sont donc probablement intégrés à l'unité même s'ils conservent leur drapeau de milice. Leur effectif ne se monte selon toute vraisemblance qu'à quelques dizaines d'hommes. Même s'ils ne sont pas formellement intégrés aux Faucons, ils combattent en tandem avec eux, ce qui montre bien que le régime a besoin de l'apport des étrangers. Anna News filme l'unité qui part à l'assaut de Rabia et d'un village voisin les 22-24 janvier. Les combattants des Faucons portent toujours le même foulard jaune, à des fins d'identification. Ils sont armés d'AK-47, de mitrailleuses PK et de fusils de précision SVD Dragunov. Quelques hommes sont équipés d'AK-74 apparemment récemment arrivées. Le détachement de reconnaissance qui entre dans Rabia est pris en embuscade par les rebelles. Un combattant est tué par un tir de canon sans recul B10 qui frappe un bâtiment, un autre est sérieusement blessé à la main. On remarque que les Faucons campent avec des tentes détournées du Haut Commissariat pour les Réfugiés de l'ONU, pratique courante chez les forces du régime. Pour l'attaque sur Rabia, les Faucons utilisent un appareil de déminage pour ouvrir la voie. L'un des cadres est armé d'un AK-74 avec lance-grenades. Au moins un des hommes porte un RPG-22 dans le dos. Les hommes sont soutenus par un technical avec bitube ZU-23. A la fin de la vidéo, on peut voir dans le détachement deux hommes portant l'emblème de manche du PSNS ; ces miliciens sont donc intégrés dans des unités spéciales comme les Faucons, qui doit manquer d'hommes. On remarque aussi que les motos sont beaucoup utilisés pour la reconnaissance et le transport d'hommes. Parallèment les Faucons sont présents avec les Tiger Forces qui combattent l'EI à l'est d'Alep, sur le plateau d'al-Bab10. Le 11 février, les Faucons passent à l'offensive à al-Sarmaniya, al-Karkor, al-Latamina, al-Habit, dans la province de Hama, avec d'autres milices pro-régime11. 800 hommes seraient arrivés sur place de ces différentes milices, dont les Faucons. L'unité appuie avec les autres milices la 555ème brigade de la 4ème division blindée qui tente de pousser au nord-est vers la base aérienne de Tabqa, dans la province de Raqqa.




Toujours le brassard jaune avant l'assaut sur Rabia.





PK et Dragunov.


L'homme à gauche est tué par un obus de B10.



Les tentes du CR, comme souvent côté régime, servent à abriter les soldats...


Démineur en tête de colonne.

Le cadre au centre avec la radio dans la main est armé d'un AK-74 avec lance-grenades.


Toujours un RPG-22 dans le dos.



L'homme à gauche et celui à droite porte l'insigne de manche du PNSS. Cette milice fournit donc des hommes intégrés aux Faucons ou en tout cas opérant de concert avec eux de manière continue.






Abou Fatima al-Musawi, le chef de Liwa Assad Allah al-Ghaleb, porte l'uniforme des Faucons, ainsi que plusieurs hommes autour de lui. En haut à gauche de ces captures d'écran tirées d'une vidéo, l'emlème de la milice chiite irakienne.





L'homme à droite porte également l'uniforme des Faucons.









Toujours l'emblème sur un autre homme à droite, lors de la visite par Musawi des blessés de sa milice.






Les miliciens portent l'emblème des Faucons mais conservent le drapeau de leur milice.



Propagande


Suqur al-Sahara est présent sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, ce qui permet d'analyser un peu sa propagande pour le régime.

Les Faucons mettent en avant leurs combattants qui affrontent les rebelles syriens dans les montagnes de Lattaquié. Le fondateur de l'unité, Mohamad Jaber, est également mis sur un piédestal. Sur une image du 14 janvier, on peut le voir avec un faucon à l'arrière-plan. L'unité souligne ses victoires militaires, comme lors de la libération de Salma.

Une image datée du 30 janvier associe l'emblème des Faucons, à gauche, à celui de l'armée arabe syrienne à droite ; au milieu il est inscrit "Armée arabe syrienne. Force Suqur al-Sahara". Sur une photo du 11 janvier, derrière plusieurs combattants en tenue noire, on peut voir un panneau représentant Hafez el-Assad, un autre personnage (Bachar ?) et l'emblème des Faucons. L'unité insiste aussi sur sa proximité avec le régime : une photo du 9 septembre montre le colonel Jaber aux côtés de Bachar el-Assad.

L'unité honore aussi ses "martyrs". Le 7 décembre, une photo rappelle le souvenir d'un d'entre eux, Youssef Ibrahim Jinan. Les alliés disparus sont également à l'honneur : ainsi le pilote russe du Su-24 abattu le 24 novembre. A contrario les Faucons se prennent en photo avec l'équipage de l'hélicoptère Mi-8 secouru. Le 17 novembre, un poster honore Mahmoud Ammar Ismail, tué au combat.

En janvier 2016, les Faucons ont même eu le privilège d'une chanson composée par Firas Hamzawi12.



Jaber avec Assad.









L'équipage du Mi-8 secouru.

Hommage au pilote mort du Su-24 abattu le 24 novembre.






Mad Max au service du régime 


Unité légère destinée dans un premier temps à opérer essentiellement sur le front est de la Syrie, Suqur al-Sahara s'appuie sur une importante flotte de pickups 4x4, transformés en véhicules armés, les désormais célèbres Technicals. L'essentiel de cette flotte est composée de 4x4 Chevrolet Silverado, et de GMC Sierra 2500HD.


Un 4x4 GMC Sierra 2500HD vient d'être livré aux Faucons : le véhicule est armé d'une mitrailleuse lourde KPV, monté sur un affut improvisée, et protégée par un bouclier (2013).

Un pickup GMC Sierra, réaménagé en blindé léger : la partie cargo emporte une mitrailleuse lourde KPV sous une tourelle, copie sommaire du modèle soviétique BPU-1. Le blindage improvisé recouvre ici, entre autres, le toit et le pare-brise du 4x4 (2014).



Véhicules civils simplement armés, peu modifiés et non blindés dans les premiers temps de l'unité, ces pickups sont rapidement devenus de véritables automitrailleuses légères, dont l'armement est varié : mitrailleuses légères DshK (ou sa version chinoise, la Type-54) de 12,7 mm, mitrailleuses lourdes KPV ou KPV-T de 14,5 mm, ZPU-4 de 14,5 mm, canons bitubes ZU-23-2 de 23 mm, voir lance-roquettes multiples Type-63 de 107 mm.

Alignement de pickups Chevrolet Silverado, sur la base des Faucons : les véhicules sont en cours d'armement certains, sur la gauche de la photo, ayant déjà reçu une mitrailleuse DshK (2014).

Pickup Chevrolet Silverado, photographié durant la contre-offensive du Régime dans la province de Lattaquié, en juin 2014 : seule la partie cargo a été réaménagée. Prévu pour l'emport d'une DshK, la mitrailleuse est ici absente.



Les modèles les plus élaborés ont reçu un blindage improvisé, qui selon les multiples versions, assure un semblant de protection à l'équipage, ou plus simplement aux servants des armes montées sur les véhicules. L'emploi de véhicules civils transformés et blindés à des fins militaires n'est pas nouveau pour l'armée syrienne, et date de bien avant 2011 : les véhicules des Forces Spéciales du Régime en particulier correspondent à ce schéma, et sont basés en grande partie sur des Land Cruiser Toyota.

Au côté d'une camionnette Hyundai blindée et armée d'un bitube ZU-23, deux 4x4 GMC Sierra, dont l'un est armé d'une tourelle improvisée, viennent de recevoir la première couleur de base de leur camouflage « désert ». En encadré, une vue arrière du même type de véhicule (2014).

Pickup blindé des Faucons, parmi la version la plus élaborée, armé d'une mitrailleuse KPV en tourelle, photographié dans l'est syrien en 2013 : l'engin porte l'indicatif « Faucon 1 » sur la protection du pare-brise. En encadré, sur la vue arrière du même véhicule, les inscriptions sur le drapeau se traduisent par « Les hommes d'Assad », et « le groupe Sahara ».

GMC Sierra parqués sur la base des Faucons : ils ont été réaménagés et équipés du deuxième modèle de tourelle le plus répandu, armé d'une KPV, et offrant une protection complète pour le tireur. En encadré, une vue arrière du même type de véhicule (2014).

Un autre GMC Sierra des Faucons : si la protection pour tireur à la KPV est ici moins élaborée, les portières du véhicule ont par contre reçu un blindage, tout comme la calandre et le part-choc. Le soldat porte l'insigne des commandos-marins de la Marine syrienne (« Navy Seals Commandos ») (2015).



Également très présent au sein de l'unité, des Land Cruiser Toyota, modèle EFI 4500, à cabine simple ou double, ont été largement livrés en grand nombre puis équipés pour l'emport d'armement, allant de la DShK au bitube ZU-23-2 de 23 mm, en passant par le lance-roquettes multiple Type-63. D'autres modèles de pickups sont utilisés, par exemple, des Ford F35D et des Toyota Tundra.

Alignement de Toyota Land Cruiser EFI 4500 flambants neufs et version à cabine double, sur la base des Suqur al-Sahara. Les véhicules ont été aménagés pour l'emport d'une mitrailleuse DshK. En encadré, une autre version, offrant une meilleure protection au tireur (2015).

Un autre Toyota Land Cruiser, dont la partie cargo à cette fois reçut un lance-roquettes multiple Type-63 de 107 mm (2015).



Au côté de cette flotte de pickups, la Suqur al-Sahara utilise des camionnettes Hyundai HD65, dont l'armée syrienne était déjà largement équipée avant le conflit. A l'image des pickups civils de diverses marques, ces camionnettes ont été modifiées et légèrement blindées, soit, lorsque le véhicule est utilisé pour le transport, pour protéger un minimum les occupants de la ferraille du champ de bataille, soit pour servir de guntrucks : dans ce dernier cas, l'armement est tout aussi varié, et équivalant à celui utilisé pour armer les pickups : mitrailleuses légères DshK et Type-54 de 12,7 mm, mitrailleuses lourdes KPV de 14,5 mm, ZPU-4 de 14,5 mm, canons bitubes ZU-23-2 de 23 mm, et lance-roquettes multiples Type-63 de 107 mm.

Camionnette Hyundai HD65 des Faucons, dont la cabine est équipée d'un blindage improvisé : la partie cargo, qui a également reçu un blindage de fortune, sert de plate-forme de tir pour une KPV, dont le canon a ici été démonté. En encadré, une autre version, armée d'un bitube ZU-23-2 de 23 mm (2014).

Version plus élaborée d'une camionnette Hyundai transformée en guntruck : en plus de la cabine, à l'image de certains pickups, les pneumatiques du véhicule sont également protégés : l'engin est armé d'une mitrailleuse quadritube de 14,5 mm, à demi recouverte par un blindage.

Autre version employée par les Faucons, une camionnette Hyundai blindée, et armée d'un lance-roquettes multiple Type-63 de 107 mm. En encadré, probablement le même véhicule, capturé par l'Etat Islamique durant les combats pour la ville d'al-Sukhnah, en mai 2015.


Un modèle plus élaboré est apparu vers la mi-2015, équipé d'une tourelle cannibalisée sur les VCI soviétiques BMP-1 : la tourelle du BMP-1 est armée du canon 2A48 Grom de 73 mm, et d'une mitrailleuse coaxiale PKT de 7,62 mm.

Sur cette photographie prise dans la base des Faucons, sont visibles les camionnettes Hyundai modifiées et armées d'une tourelle canibalisée sur un VCI BMP-1 : au moins trois véhicules ont été transformés de la sorte.


Les Faucons utilisent également le couple inséparable du conflit syrien : le canon S-60 antiaérien de 57 mm, monté sur camion, et utilisé contre des objectifs terrestres : les châssis les plus répandus sont des véhicules Mercedes et Scania : plus rarement vus, des canons antiaériens M1939 de 37 mm sont utilisés dans cette même configuration.


Canon antiaérien S-60 de 57 mm, vu ici durant les combats dans la campagne de Lattaquié, en décembre 2015 : les servants sont protégés par un blindage improvisé, le tout étant monté sur le châssis d'un camion Scania. Le véhicule est utilisé par les commandos-marins syriens (photo de fond : Maxim Mansour (1) )
(1) https://www.facebook.com/Maxim.A.Mansour


Jusqu'au mois de septembre 2015, la Suqur al-Sahara n'utilisait pas de blindés à proprement parler : également visible au sein de l'unité, des camions blindés hérités de l'unité antiterroriste du ministère de l'Intérieur syrien, la CTU (Counter Terrorism Unit). En soi, ces blindés sont à la base de simples véhicules de transport de fond, sur-blindés localement et équipés d'une tourelle pouvant emporter une mitrailleuse légère PK de 7,62 mm. Des blindés BRDM-2 sont visibles sur la base des Faucons, mais semble-t-il simplement parqués, et dont l'armement (une KPV-T), a été cannibalisé.


 Du Faucon à l'ancre de Marine


Supposée être une unité d'élite du Régime syrien, la Suqur al-Sahara dispose de ses propres insignes, dont le symbole dominant est bien sûr le faucon. Le statut de forces spéciales ne doit pas faire illusion : rapportée aux normes occidentales, cette dénomination est surtout symbole d'un soutien sans failles en la personne de Bachar al-Assad.

L'insigne de l'unité : au centre, le faucon est surplombé par l'éternel portrait d'al-Assad : la photo a été prise durant un exercice militaire syrien au début des années 2000s. L'inscription du haut est le nom de l'unité, Suqur al-Sahara, soit en Français les Faucons du Désert. Celle du bas se traduit par Special Task Forces, pour unité de missions spéciales.
L'inscription centrale est un verset du Coran, le numéro 23, de la sourate 33, se traduisant par : Il est, parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Allah.

Variante de l'insigne des Faucons, que l'on retrouve parfois affiché sur les véhicules.

Ce soldat de la Suqur porte la tenue désertique classique des Faucons, fabriquée en Chine : sur le parka, figure le drapeau de la République arabe syrienne, le portrait de Bachar al-Assad, ainsi que l'insigne d'épaule de l'unité.

L'insigne d'épaule le plus classique porté par les Faucons du Désert. L'inscription se traduit par Suqur al-Sahara.

Variante de l'insigne d'épaule des Faucons, portée ici sur la tenue camouflée traditionnelle de l'armée syrienne, copie du Woodland US, et se traduisant par les Forces, Suqur al-Sahara.

Autre variante de l'insigne d'épaule, se traduisant cette fois par le Régiment, Suqur al-Sahara.


Il est à noter toutefois qu'il n'est pas rare de voir les soldats de la Suqur al-Sahara porter les insignes de ce qui constituait leur unité d'origine : on retrouve, exhibés par les membres de l'unité, entre autres, les patchs et insignes de la Garde Républicaine, des Régiments Commandos, et des unités d'élite du ministère de l'Intérieur syrien.

En 2015, une nouvelle unité est apparue dans le folklore militaire du Régime syrien : le Régiment des Commandos-Marins. Avant le conflit, la Marine, parent pauvre des forces armées syriennes, disposait théoriquement d'une petite unité commando, dans les faits, plus proche d'une unité d'infanterie navale que d'une véritable unité de forces spéciales. L'étude des profils des soldats de la Suqur al-Sahara révèle qu'en réalité, les Navy Seals (sic), sont en grande partie composés d'ancien des Faucons du Désert, qui ont échangé leurs insignes pour celui, tout beau tout neuf, du Régiment des Commandos-Marins : une désignation toutefois un peu plus en accord avec le théatre d'opérations de l'unité, c'est à dire la région de Lattaquié.


 
L'insigne d'unité du Régiment des Commandos-Marins, composé d'une ancre de marine, sur laquelle ont été superposés deux fusils d'assaut AK-74. L'inscription, en arabe, Fawj Maghawir al-Bahr, se traduit par le Régiment des Commandos-Marins (Navy Seals).

Moment de repos sur la base des Faucons de Lattaquié : ces soldats portent tous l'insigne d'épaule des Navy Seals syriens, composé des armoiries de la République arabe syrienne, et de l'inscription Régiment des Commandos-Marins.

Variante de l'insigne du Régiment des Commandos-Marins, composée plus simplement de l'inscription Commandos-Marins / Navy Seals.



Une aide extérieure accrue


Formation disposant du statut d'unité d'élite du Régime syrien, les Suqur al-Sahara figuraient déjà à ce titre parmi les bénéficiaires privilégiés de l'aide extérieure, essentiellement russes et iraniennes : les Faucons, par exemple, utilisent le fusil de précision SVD-S, et la copie iranienne du fusil anti-matériel Steyr HS.50, désigné Sayyad-2.

Une aide extérieure qui s'est semble-t-il accrue au cours de l'année 2015 : sont ainsi apparues entre les mains de la Suqur al-Sahara, des mitrailleuses lourdes Kord et NSV de 12,7 mm, jusque-là absentes du conflit syrien, tout comme des lance-roquettes antichars consommables RPG-22.


Sur cette photographie prise en août 2015 sur la base des Faucons, sont visibles un fusil Sayyad-2, un SVD Dragunov, et à l'arrière-plan, la version plus récente, le SVD-S.

Ce pickup Land Cruiser a été armé d'une mitrailleuse lourde Kord de 12,7 mm. Cette arme est apparue au moins à partir du mois de juillet 2015 en Syrie.

Un membre des Faucons, devenu entre-temps commandos-marins, pose avec un RPG-22 (novembre 2015).



L'offensive menée dans la région de Salma en janvier 2016 a en outre révélée la présence aux côtés des Suqur al-Sahara et des commandos-marins, fer de lance de l 'opération, de véhicules blindés BTR-80, qui n'étaient auparavant utilisés que par la 4ème division blindée, en faible quantité. Livrés à partir du mois de novembre 2015 par la Russie, des chars de combat T-72B ont également été vu aux côtés des Faucons du Désert et des Navy Seals dans la région de Lattaquié, sans qu'il soit pour l'heure possible de déterminer avec certitude quelle unité de l'armée syrienne les utilisent.

D'autre part, l'instruction est désormais directement effectuée par les Russes, formant, par exemple leurs homologues syriens à l'emploi de mortiers lourds, ou au tir de précision.

Ces deux blindés de transport de troupes BTR-80, ont été photographiés en janvier 2016 durant l'offensive menée dans la région de Salma.
Trois membres de la Suqur al-Sahara posent devant un char de combat T-72B, modèle 1989, équipé de briques réactives Kontakt 5, fraichement livré par la Russie.




 

1http://www.joshualandis.com/blog/desert-falcons-elite-pro-assad-force/
2https://www.bellingcat.com/news/mena/2015/01/16/the-syrian-arab-air-force-beware-of-its-wings/
3http://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/view/syrian-regime-military-operations-against-isis
4https://www.stratfor.com/analysis/islamic-states-gains-mask-its-weakness
5http://www.almasdarnews.com/article/syrian-army-pushes-back-at-al-hasakah-city/
6http://historicoblog3.blogspot.com/2015/08/le-raid-dabu-hasan-al-khathami-la.html
7http://en.farsnews.com/newstext.aspx?nn=13940808000321
8https://en.zamanalwsl.net/news/13096.html
9http://southfront.org/syrian-army-advances-to-the-turkish-border-in-northern-latakia/
10http://www.almasdarnews.com/article/tiger-forces-capture-4-villages-in-east-aleppo/
11http://en.farsnews.com/newstext.aspx?nn=13941122000421
12https://www.youtube.com/watch?v=z8gCI8I1PFU

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