lundi 22 février 2016

[Mathieu MORANT et Stéphane MANTOUX] Mourir pour le califat 3/A l'ombre des épées (Wilayat Homs)

Merci à https://twitter.com/BiladFransa, https://twitter.com/green_lemonnn, Xavier Servitja Roca et quelques autres.

Titre : A l'ombre des épées.

Durée : 24 minutes 44 secondes

Lieu(x) : l'action se déroule pour partie dans le secteur de al-Dawah, à 5 km à l'ouest de Palmyre, qui a été très disputé entre le régime et l'EI au mois de janvier (troisième séquence de la vidéo). La quatrième séquence de la vidéo a pour théâtre Qasr al-Halabat, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Palmyre. Pour les deux autres séquences (tirs de missiles antichars et kamikazes), impossible pour le moment de déterminer les lieux.

La séquence 3 de la vidéo se déroule à al-Dawa autour des 12-13 janvier. La séquence 4 se passe à Qasr al-Halabat, vers le 22 janvier.
Carte du front (plutôt pro-régime) datée du 27 janvier.





Date (sûre par recoupement ou estimée) : La vidéo a été mise en ligne le 9 février. Les tirs de missiles antichars de la deuxième séquence correspondent à un reportage photo de l'EI daté du 3 décembre. Il faut noter que sur cette série de photos, les combattants de l'EI utilisent également un lance-missile antichar d'origine chinoise HJ-8, un modèle livré au moins depuis mars 2013 à certains groupes de l'opposition syrienne, et dont plusieurs ont été capturés depuis par l'organisation (et non visibles dans la vidéo). Un des tirs sur une colonne comprenant 1 T-55 (touché) et 1 BMP-1 renvoie à un reportage photo de novembre 2015. Les photos du butin de la troisième séquence correspondent à des images mises en ligne par l'EI le 12 janvier, après une offensive qui lui permet de prendre Dawah et Barayat. La quatrième séquence avec les Mi-24 russes correspond à un reportage photo du 22 janvier. Les deux kamikazes de la fin de la vidéo correspondent à des images mises en ligne par l'EI dès le 13 janvier, donc ils sont peut-être en lien avec l'attaque du 12. On observe donc qu'il s'agit d'un montage complexe, sans cohérence chronologique.

Type de vidéo : c'est une vidéo composite qui mêle différents types de séquences à propos d'un front (Palmyre) : tirs de missiles antichars, d'artillerie, assaut terrestre, utilisation de VBIED...

Découpage (séquences) : l'introduction de la vidéo dure environ 2 minutes. Suit ensuite un passage bien séparé avec bandeau sur des tirs de missiles antichars et un pilonnage d'artillerie (un peu moins de 5 minutes). Une troisième séquence également bien séparée par un bandeau montre un assaut sur des positions défensives du régime (environ 12 minutes). Une quatrième séquence de combat en montage avec intervention de Mi-24 russes dure environ 2 minutes 30. Une cinquième et dernière séquence d'environ 5 minutes 30 montre deux kamikazes lancés sur leurs véhicules suicides.

Forces attaquées/adversaire : le régime syrien soutenu par l'aviation russe. Lors de la troisième séquence, on voit deux Su-24 probablement russes qui lâchent des projectiles qui tombent assez loin en arrière des combattants de l'EI. Pendant la quatrième séquence, deux hélicoptères de combat Mi-24P russes interviennent selon leur tactique classique : l'un tire (ici des salves de roquettes) pendant que l'autre le couvre. Sinon on ne voit que des fantassins, pas de véhicules en soutien des positions défensives, sauf dans la séquence des tirs de missiles antichars de l'EI, évidemment.













Effectifs engagés/tactiques : la vidéo donne un échantillon de tactiques de l'EI sur un même front. Au harcèlement à distance par tirs de missiles antichars (qui opèrent à plusieurs kilomètres de distance) se combinent les barrages d'artillerie (associant D-30 et mortiers/canons de l'enfer, couple souvent vu en oeuvre), l'assaut terrestre avec composante blindée (T-72) et mécanisée (BMP-1 détourellé transport de troupes) et les attaques kamikazes. A noter que les escouades d'assaut sont relativement bien armées : en plus des fantassins avec armes individuelles, tireurs d'élite, mitrailleuses PK, lance-roquette RPG-7 (les tireurs transportant souvent une arme individuelle en plus).

Moyens d'appui utilisés (canons, mortiers, armes artisanales...) : dans la première séquence de la vidéo, une équipe de missile antichar 9K111 Fagot (AT-4 Spigot) monte à flanc de montagne pour se mettre en position. Il y a un tireur, un pourvoyeur et un observateur avec jumelles. Le Spigot a une portée utile de 2,5 km.





Le premier tir est effectué au sommet d'une montage surplombant une position du régime. On distingue un pick-up, le plus exposé, touché par le missile, et probablement un autre, plus caché, portant une arme lourde.







Un deuxième tir vise un T-55 isolé, avec bandes blanches d'identification aérienne. Le tireur missile est au sommet d'une éminence ou sur un flanc de colline. Le char est frappé de plein fouet.





Le troisième tir est effectué du sommet d'une montagne en contrebas, dans une vallée coincée entre deux chaînes de hauteurs (dont celle où se trouve le tireur). Un objectif est touché mais on ne le distingue pas.






Le quatrième tir est réalisé avec un 9M113 Konkurs (AT-5 Spandrel) qui porte en théorie jusqu'à 4 km. Le Konkurs vise une position avancée du régime avec au moins 3 tentes, 1 Toyota Land Cruiser qui ressemble à ceux de la police syrienne, 3 pick-up et à l'arrière-plan un camion-benne Daewoo utilisé à des fins logistiques. Le premier tir frappe le Land Cruiser, le second (avec vue du lancement en GoPro sur le Konkurs) touche un des pick-up. On voit une douzaine d'hommes devant un des pick-up avant le premier impact et en tout une vingtaine ensuite qui s'égaille. Lors du deuxième tir un autre pick-up et d'autres tentes sont visibles à l'arrière-plan.









Le cinquième tir (on ne voit pas le lanceur) vise une colonne avec un T-55 et un BMP-1 ; le char, en tête, est touché. D'après un reportage photo de l'EI daté de novembre 2015, le missile serait celui d'un lanceur HJ-8.




Une sixième séquence montre un char en traîn de brûler, probablement touché sur l'arrière. Peut-être le T-55 visé précédemment.



Après les tirs de missiles antichars, on voit un bombardement effectué avec un canon D-30 (122 mm), un canon de l'enfer, et deux mortiers visibles. Les mortiers sont relativement bien protégés.






Véhicules utilisés (chars, véhicules blindés, technicals...) : dans la troisième séquence de la vidéo, on voit un groupe d'assaut sur le départ. Il y a un BMP-1 détourellé avec blindage improvisé (grillage sur les côtés et l'avant), visiblement un transport de troupes pour les inghimasi qui montent à l'intérieur.






Il y a un T-55 avec camouflage désertique équipé d'un désignateur de visée laser nord-coréen (fourni au régime, récupéré après la capture du véhicule par l'EI). On voit aussi un T-72 Ural ainsi qu'un bulldozer. Des pick-up sont protégés par des levées de terre : l'un d'entre eux transporte sur sa plage arrière des barils d'essence, peut-être servent-ils au ravitaillement.




Le T-55 part en tête suivi du BMP-1. La vue passe ensuite à une caméra GoPro montée sur le T-72, qui avance vers les positions du régime en tirant 3 obus et aussi avec sa mitrailleuse coaxiale. Il s'arrête à flanc de colline après avoir traversé une route. Un pick-up suit avec un groupe de combattants. La caméra est déplacée sur le T-72 plus en hauteur, le char tire deux obus de plus. Un groupe de combattants progresse vers une position du régime. On voit ensuite le T-72 de l'intérieur, depuis la place du tireur, le chargement d'un obus et le tir (vu ensuite de l'extérieur aussi). Le char tire encore un obus juste après. La position du régime attaquée par les fantassins est protégée par des empilements de caisse de roquettes Grad de 122 mm. 

















 

Un Toyota Land Cruiser avec bitube ZU-23 tire sur une position avec sacs de sable également engagée par le T-72.



Kamikazes (identité) : Abu Albara Al Shami et Abu Othman Al Shami (deux Syriens).



Véhicules kamikazes (types, impact) : on ne voit pas les véhicules kamikazes mais par un reportage photo on sait que l'un des deux est un BMP-1. Les objectifs ne sont pas visibles non plus.







Armes légères et lourdes (fusils d'assaut, mitrailleuses, RPG, etc) :

Lors de la troisième séquence, lorsque les hommes montent dans le BMP-1 détourellé, ils sont qualifiés d'inghimasi.

Au moment de l'assaut des positions du régime, on aperçoit un groupe de combat de l'EI derrière des sacs de sable avec un tireur à la mitrailleuse PK, son pourvoyeur, un tireur d'élite avec un Steyr SSG 69 et son observateur. Derrière on distingue une autre position avec deux hommes et derrière encore une autre avec mitrailleuse PK. Le sniper tire sur un combattant du régime qui passe la tête au-dessus d'une position avec des sacs de sable et sur un autre à travers une meurtrière faite dans une position avec sacs de sable empilés (peut-être sont-ils abattus tous les deux). Le tireur PK s'est avancé et tire à la hanche sur cette même position alors que les hommes de l'EI s'en rapprochent. On voit les combattants du régime évoluer derrière les sacs de sable. Les hommes de l'EI et les défenseurs échangent des tirs et des jets de grenades. Les seconds semblent soutenus par leur artillerie (mortiers ?) qui tire quelques obus. Une seconde équipe PK vient appuyer les hommes de l'EI. Au bout d'un moment les hommes de l'EI tirent en partie sur leur flanc où l'on aperçoit d'autres positions défensives du régime. Les combattants de l'EI finissent par entrer avec précaution dans la position. Deux tirs de RPG-7 sont effectués.





























Pendant la quatrième séance, dans le secteur de Qasr al-Halabat, un groupe avance sur les montagnes avec un observateur à la jumelle. Il y a un tireur RPG-7, un tireur PK et des fantassins avec AK-47. Le groupe comprend aussi un tireur d'élite avec SVD Dragunov badigeonné d'un camouflage désertique. Installé sur une hauteur, le groupe tire sur une autre hauteur où se trouve une position du régime, sous le feu des Mi-24P qui sont visés avec les armes légères. La position de l'EI est protégée par des sacs de sable. Sur la position du régime finalement prise, les combattants de l'EI s'emparent d'un RPG-7. Une dizaine de fuyards sont pris à parti par le tireur SVD.






















Destructions de véhicules adverses : 3 pick-up + 1 ou 2 T-55 (missiles antichars).

Butin matériel : dans la troisième séquence, après la prise de la position défensive par l'EI, on voit un AK-74 avec lance-grenades, un SVD Dragunov avec système de vision nocturne et un pistolet nocturne.







Dans la même séquence, outre les habituelles tentes HCR du régime, les combattants de l'EI s'emparent de caisses de munitions (dont du 7,62 mm), d'un canon sans recul M40 iranien de 106 mm avec munitions, d'un lanceur improvisé DIY IRAM avec ses roquettes (fabriqués à partir de roquettes de 107 mm iraniennes semble-t-il), d'un pick-up Toyota Tacoma, d'un guntruck, doté d'un blindage improvisé, de verrins de stabilisation hydraulique, et dont le canon S-60 AZP de 57 mm est également protégé de plaques de blindage, et de 2 chars T-55M dont l'un évacué sur un porte-chars. On voit également ensuite des munitions de 14,5 mm, un mortier léger iranien de 60 mm (HM-12 ou 13) avec ses munitions, au moins 3 missiles 9M111-2 (pour le lance-missile AC 9K111 Fagot), au moins 2 missiles 9M113M (pour le lance-missile 9K113 Konkurs) et un lanceur 9P135 (pour le Fagot).















Morts/prisonniers/blessés adverses : on voit les premiers morts du régime (3) quand les combattants de l'EI pénètrent dans une position défensive après un combat rapproché assez soutenu. Les hommes de l'EI coupent la tête de l'un des cadavres et l'écrasent avec le pied.



Morts/blessés de l'EI : néant.

Effets visuels/montage/techniques de propagande : le logo de la province de Homs, accompagné d'un effet visuel, a son nom sous-titré en anglais.

L'introduction inclut les images filmées par drone de la ville dévastée de Homs, tournées par une équipe russe (Alexandr Pushkin). On voit aussi les bombardements russes sur Alep et ceux par barils explosifs de l'aviation du régime. La vidéo montre des enfants blessés lors de ces bombardements ainsi que des images des enfants morts lors des attaques chimiques d'août 2013. On voit quelques images de combat, des kamikazes et une scène d'exécution.










Il y a les effets habituels avec les tirs de missiles antichars (replays sur certains). Il faut remarquer que la vidéo est un montage compliqué avec des séquences chronologiques dans le désordre et impliquant plusieurs secteurs autour de Palmyre.

Religion : la louange à Allah est toujours au début de la vidéo. Un passage de la troisième séquence est accompagné d'un discours audio d'al-Adnani, d'un autre de Zarqawi et de deux autres de Baghdadi. Adnani est de nouveau utilisé dans la quatrième séquence au moment de l'intervention des Mi-24 et lors de la cinquième séquence montrant les kamikazes.

Nasheeds (poèmes chantés) présents dans la vidéo : le nasheed "هللي سمر الحراب" est utilisé à la fin de la séquence de tir des missiles antichars. La vue GoPro sur le T-72 est accompagnée du nasheed "الدولة الاسلاميه - نشيد تقدم الي الموت ثم اقتحم". Lui succède le nasheed "Qad 'Azamna - قد عزمنا". Le butin matériel de la troisième séquence s'accompagne du nasheed "Say God is Great".





Commentaires particuliers : comme souvent dans le cas des vidéos du wilayat Homs, celle-ci est un montage complexe mêlant les secteurs d'opérations autour de Palmyre et les dates. L'ordre chronologique n'est pas forcément respecté. La vidéo montre néanmoins les capacités offensives de l'EI et un butin matériel prise sur le régime conséquent, que l'on ne voit plus forcément dans d'autres wilayats.

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