mardi 19 janvier 2016

Mathieu GABELLA, Etienne ANHEIM, Valérie THEIS et Christophe REGNAULT, Philippe le Bel, Ils ont fait l'histoire, Paris, Glénat/Fayard, 2014, 48 p.

Riche idée des éditions Glénat et Fayard d'avoir lancé cette collection Ils ont fait l'histoire, où des auteurs de bandes dessinées collaborent avec des historiens pour aborder de grands personnages historiques. Jusqu'à présent (d'autres fiches à venir), tous ceux que j'ai lus m'ont plu.

Sur le roi de France Philippe le Bel, on trouve à la manoeuvre, côté historiens, Valérie Theis, maître de conférences en histoire médiévale à l'université Paris-Est, et Etienne Anheim, maître de conférences à l'université de Versaille/Saint-Quentin-en-Yvelines.

Le choix narratif est de commencer et finir l'album par l'exécution, après la mort du roi, de son conseiller Enguerrand de Marigny. Histoire de sortir du lieu commun du persécuteur des Templiers et pour souligner l'importance de la question financière. De la même façon, l'épisode de "l'attentat d'Agnani" n'est pas dramatisé et l'album minore volontairement la dernière décennie du règne. L'influence des historiens se voit jusque dans le dessin : le moment du sacre à Reims montre une cathédrale encore inachevée, alors que l'assemblée de 1302 à Notre-Dame met en scène l'usage social du bâtiment, tandis que les basiliques et édifices religieux de Rome ne suivent pas le plan gothique. Autant d'informations précisées dans le dossier habituel qui accompagne la BD en fin de volume. Les historiens rappellent que les sources écrites, archéologiques ou archivistiques sur la période abonde, ce qui fait de Philippe le Bel un sujet de choix. Ils évoquent aussi les problèmes et les compromis dus au scénario d'une BD. Le tout complété par une chronologie indicative et une orientation bibliographique.

La BD souligne combien Philippe le Bel a été préparé à régner par son père, Philippe III, avec l'instruction fournie par des théologiens comme Gilles de Rome. Monté sur le trône en 1285, le roi sait s'entourer de conseillers spécialistes du droit ou des finances issus de la petite noblesse, tout en utilisant aussi les princes issus de sa famille pour d'autres tâches. Philippe le Bel privilégie la diplomatie et l'action indirecte mais n'hésite pas à se battre quand il le faut : contre le roi d'Angleterre Edouard Ier en 1296-1297, contre les Flamands surtout, jusqu'à la victoire de Mons-en-Pévèle (1304). C'est Philippe le Bel qui remporte son conflit contre le pape Boniface VIII, non sans mal. Ce faisant, son grand-père Saint Louis a été reconnu comme saint et le roi a amorcé ce qui préfigure les Etats Généraux du royaume (1302). La force de Philippe le Bel est d'avoir utilisé le droit, et parfois le droit extraordinaire comme la procédure inquisitoriale développé par l'Eglise lors de procès politiques, qui visent parfois l'Eglise, ou comme contre les Templiers. Pourtant Philippe le Bel reste un monarque féodal : et le roi n'a plus sous son règne les moyens de ses ambitions. Les revenus féodaux ne peuvent financer ce qui devient un Etat moderne, qui nécessite une fiscalité permanente qui n'est pas encore là. Philippe le Bel n'a pas créé l'Etat moderne en France mais son règne, à la charnière entre une période de prospérité et une période de crise, a poussé dans cette direction.

A lire sans modération, avec une finalité pédagogique évidente.



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