dimanche 3 janvier 2016

L'Etat Islamique : la bataille de Ramadi.

Merci à Arnaud Delalande et https://twitter.com/green_lemonnn

Les forces de sécurité irakiennes ont déclaré, il y a quelques jours, avoir enfin nettoyé l'intégralité de la ville de Ramadi, dans la province d'al-Anbar. La ville était tombée en mai 2015 après une attaque puissante de l'Etat Islamique entamée en avril. La chute de la cité était un coup sévère pour l'armée irakienne, d'autant plus que Ramadi, symboliquement, était l'un des épicentres du « Réveil » qui avait permis aux Américains de lutter efficacement contre Al-Qaïda en Irak en 2006-2007. C'était un coup porté à la collaboration entre le gouvernement irakien dominé par certains chiites et les tribus sunnites d'al-Anbar, province qui constitue par ailleurs un bastion revendiqué comme tel par l'EI. Le Premier Ministre irakien, Abadi, est contesté dans son propre camp deux mois seulement après la reprise de Tikrit par l'armée irakienne et les milices chiites. Les Américains s'engagent alors massivement pour tenir à l'écart le Hashd et les milices chiites de la reconquête de Ramadi et plus largement des opérations dans la province d'al-Anbar. Ils reconstruisent patiemment une force de combattants tribaux qui finit par être intégré dans le Hashd pour être soldée, et fournissent un appui-feu d'artillerie et d'aviation. Après des mois de manoeuvre pour positionner au mieux les forces irakiennes, l'assaut final contre Ramadi démarre le 22 décembre. Il est mené par la division des forces spéciales (la Golden Division), les unités de la police irakienne et les combattants tribaux. Le 27 décembre, les combattants de l'Etat Islamique se retirent dans l'est de la ville, et le lendemain, l'armée irakienne peut replanter son drapeau sur le centre gouvernemental, pris par l'EI en mai. La ville est déclarée sûre mais l'EI maintient en réalité une présence dans Ramadi et dans les faubourgs, ainsi qu'aux alentours immédiats de l'agglomération. La bataille est donc loin d'être terminée, d'autant plus qu'il faut aussi la tenir, et la reconstruire (80% de la ville seraient en ruines).



C'est après l'annonce de la libération de Ramadi que l'Etat Islamique publie une vidéo présentant les combats dans et autour de Ramadi. Cette vidéo, assez longue (près de 25 minutes) est comme toujours un montage de plusieurs séquences différentes. Aucune date n'est mentionnée mais l'on peut supposer que les opérations montrées ont eu lieu au moins une semaine avant la publication, voir plus comme dans le cas de la première séquence qui remonte aux premiers jours de décembre (1er-2). Il est probable que les opérations montrées datent en réalité de la première quinzaine de décembre, bien avant l'assaut « final » des forces de sécurité irakiennes.

Bataille de Ramadi-22 décembre.


Bataille de Ramadi-29 décembre.

Bataille de Ramadi-30 décembre.






La première séquence de la vidéo, qui date du 1er décembre, a lieu sur la colline Mushayhid, au sud-est de Ramadi (point noir).


Dans la première séquence, les combattants de l'Etat Islamique attaquent un poste retranché de l'armée irakienne, au crépuscule semble-t-il. Nous sommes au sud-est de Ramadi, dans le secteur de la colline Tal Mushayhid ; le combat date du 1er décembre 2015. Ce sont les Inghamasiyoun, les troupes d'élité de l'EI, qui sont engagés. Un canon SPG-9 porté à dos d'homme tire sur les positions adverses. Un des hommes de l'EI porte une caméra GoPro sur le front et ouvre le feu en continu avec son AK-47. C'est véritablement pour les besoins de la propagande car en général, y compris dans cette séquence, les combattants de l'EI tirent avec leurs armes individuelles (AK-47 ou M-16 par exemple) au coup par coup, non en rafale automatique ou semi-automatique, ce qui montre une certaine discipline de feu. Il y a également 2 mitrailleurs PK et un tireur RPG-7 qui expédie une munition antipersonnelle OG-7V. Sur une des premières positions ennemies atteintes flotte un drapeau chiite. L'un des combattants de l'EI dispose d'un M-16 avec lunette de visée. On voit un véhicule (M113 sans doute) manoeuvrer au milieu des levées de terre érigées par l'armée irakienne. Deux appareils  (un EC-130H américain probablement et un bombardier B1-B Lancer américain) survolent les positions de l'Etat Islamique, qui est en train d'investir les tranchées adverses. Celles-ci semblent d'ailleurs installées dans une sorte de cimetière (on distingue des pierres tombales). 3 M-113 se déplacent derrière les levées de terre ; un autre véhicule, plus loin, prend la fuite. Le combattant à la GoPro saute dans les positions capturées : à côté d'un RPG-7 et d'une PK, au milieu des tentes et autres matériels abandonnés, un corps baignant dans son sang. Le combattant prend des chargeurs de M-16 dans un sac abandonné puis récupère un M-16 au sol, dont il se sert à la place de son AK-47. Progressant vers un poste d'observation protégé par des sacs de sable, il crible de balles un corps de soldat irakien qui se trouve au fond du poste – comme toujours l'EI joue sur la surenchère de violence pour sa propagande. Même traitement pour un corps de soldat aux pieds d'un M113 abandonné, à côté d'un RPG-7 (et toujours cette mise en scène des corps ennemis avec des cigarettes dans la main ou dans la bouche, ou comme ici derrière les oreilles). Le M113 est équipé en tourelle d'une mitrailleuse M2HB de 12,7 mm. Un peu plus loin, 2 autres M113 à tourelle identique ont également été abandonnés, intacts semble-t-il. Entre ces 3 véhicules, un Humvee sans arme de tourelle gît sur le bas-côté de la route. Les combattants de l'EI mettent le feu à ce Humvee de couleur sombre (donc forces spéciales/police). On voit encore deux corps de soldats irakiens dont l'un à côté d'une mitrailleuse PK. La séquence se termine par une vue aérienne de la position conquise filmée par un drone : les 3 M-113 sont en feu. L'EI a volontairement incendié ces véhicules de prise, là encore, plutôt que de les récupérer, pour les besoins de sa propagande.

SPG-9 porté à dos d'homme.


Tir à l'AK-47 vu en GoPro.



Mitrailleuse PK.



Un drapeau chiite flotte sur les positions prises.

Tir de roquette OG-7V antipersonelle par un RPG-7.


M-16 avec lunette de visée.

Un M113 manoeuvre.


Un EC-130H probablement américain.

Un B1-B américain.

3 M113 se déplacent...



Le combattant GoPro récupère un M-16 au sol...

...et s'en sert à la place de son AK-47.

Un corps irakien au fond d'un poste d'observation est criblé de balles.

Autre combattant en train de filmer. A gauche, le corps irakien et le RPG-7 aux pieds d'un M113.


Le M113.

2 autres M113 abandonnés.

Entre les M113, un Humvee dans le bas-côté...

... que les hommes de l'EI incendient.


De même que les M113.



Vue par drone des positions prises, avec les 3 M113 en flammes.


La séquence suivante a cette fois lieu dans un cadre urbain. Ce sont encore une fois les Inghamasiyoun qui sont engagés à l'ouest de l'université d'Anbar, au sud-ouest de Ramadi. Une petite escouade de combattants progresse dans un quartier industriel, dont un pourvoyeur RPG-7 avec roquettes dans le dos. Au moins deux hommes sont équipés de caméras GoPro sur le front, l'un avec une AK-47, l'autre avec une M-16. Le tireur RPG-7 (avec AK-47 dans le dos) que l'on voit alors expédie une munition antipersonnelle OG-7V. Les deux tireurs à la GoPro avancent alors vers un bâtiment sur lequel ils tirent, en mouvement.

La deuxième séquence se situe à l'ouest de l'université d'Anbar, au sud-ouest de Ramadi, probablement dans le dép$ot de carburant indiqué par le point noir.


Pourvoyeur au tireur RPG-7.


Progression en zone industrielle.

Les deux combattants, à gauche avec un M-16 et à droite avec une AK-47, ont des GoPro sur le front.

Voici celui au M-16.

Le tireur RPG-7 expédie une munition antipersonnelle OG-7V.


Tir en mouvement sur un bâtiment.



Dans la troisième séquence, un groupe de combat de l'EI avec un tireur SVD Dragunov, une mitrailleuse PK et un RPG-7 se déplacent en rase campagne. Nous sommes dans le secteur Kilo 35, à l'ouest de Ramadi, au-delà du pont Palestine, probablement sur la grande autoroute qui va vers l'ouest. L'EI engage deux véhicules suicides, un camion militaire au blindage renforcé (le kamikaze est Abu Asmat Al Shami, un Syrien donc) suivi par un pick-up équipé du même blindage artisanal (le deuxième kamikaze est Abu harirat al Shami, lui aussi un Syrien), sur une route, l'un derrière l'autre. Couverts par une mitrailleuse PK, les deux véhicules s'approchent de deux engins roulant devant eux sur la route : ce sont peut-être des M1117, des véhicules blindés de la police irakienne donc. Le premier kamikaze à bord du camion explose en rattrapant le véhicule de queue (le second véhicule kamikaze est toujours intact sur la route après l'explosion ; on ne voit pas son sort final). Un troisième véhicule kamikaze (le nom du kamikaze est Abu Rasul Al Mahlawa, un autre Syrien venant d'une ville près de Hama), un camion benne au blindage renforcé, est engagé sur une route. Il se dirige vers l'entrée d'une petite base de l'armée ou de la police, à côté d'un pont routier. Sur ce pont on voit un Humvee et des soldats ou policiers tirer sur le véhicule. Celui-ci est couvert par le tir d'une mitrailleuse DSHK de 12,7 mm et plusieurs tireurs individuels à l'AK-47. Juste avant l'explosion, on peut voir les soldats ou policiers irakiens abandonner levées de terre autour du poste pour échapper à la mort.


Groupe de combat de l'EI avec tireur SVD Dragunov à droite et mitrailleuse PK au centre.

Tireur RPG-7 (au centre, 3ème en partant de la droite) et son pourvoyeur (1er à droite).

Un premier véhicule-suicide : un camion bardé de blindage additionnel  artisanal.


Abu Asmat Al Shami.

2ème véhicule-suicide : un pick-up bourré d'explosifs  (Abu harirat al Shami)

Tir de couverture à la PK.

Le premier véhicule-suicide, au centre, se rapproche de 2 véhicules irakiens à droite (des M1117 de la police ?). A gauche on voit le deuxième véhicule-suicide.

Il se rapproche...

... et explose.



Un camion-benne sert de 3ème véhicule-suicide (Abu Rasul Al Mahlawa).

Tir de couverture à la DSHK.





Le véhicule-suicide approche d'un petit poste.

On distingue un Humvee sur le pont. Le véhicule approche de l'entrée...

Les combattants irakiens se replient pour éviter l'explosion...

... qui survient quelques secondes plus tard.


Entre les troisième et quatrième séquences du montage vidéo, l'EI insère un discours d'un combattant encadré par deux autres armés d'AK-47. Ces 3 hommes semblent se tenir devant la mosquée al-Dawla de Ramadi, la grande mosquée au centre-ville de l'agglomération.

Discours devant ce qui semble être la grande mosquée de Ramadi (ci-dessous), située au coeur de la ville.



Dans la quatrième et dernière séquence, un drone filme l'objectif d'un assaut préparé par l'EI : un bâtiment dans une enceinte triangulaire, à 1,9 km environ à l'est du pont Palestine, au nord de l'autoroute Badgad-Amman, dans la partie nord de Ramadi, au-delà de l'Euphrate. Le vol du drone permet de voir au moins un soldat irakien sur un toit d'un des bâtiments juste à l'est de la cible. Dans un PC, des commandants de l'EI observent la vidéo du drone pour préparer leur attaque. Une colonne mécanisée sort alors d'un bâtiment, quelque part dans Ramadi, pour se mettre en position pour l'assaut. L'EI a déjà employé des pelotons mécanisés mais ici c'est une véritable colonne qui se met en route : un M113 de prise avec M2HB en tourelle protégée par un bouclier, avec grillages métalliques de protection contre les charges antichars, transportant son groupe de fantassins ; un MRAP ; 3 Humvees dont un avec une DSHK en tourelle. Le point de départ des véhicules et une partie du trajet sont inconnus : en revanche, une vue aérienne par drone de la colonne permet de repérer que les véhicules approchent par la route au sud de l'autoroute Amman-Bagdad, celle qui vient du barrage Warrar sur l'Euphrate. L'attaque commence par l'explosion d'un kamikaze (Albu Masna Al Tunisi, un Tunisien donc) à l'ouest de la position triangulaire, sur le côté le moins long : on voit le kamikaze s'exprimer brièvement en insert dans la vidéo, sur fond de son explosion filmée par drone, sans que son nom soit donné malheureusement (chose rare, le kamikaze semble assez troublé en parlant). 3 Humvees de l'EI débouchent alors en traversant l'autoroute, après s'être dissimulés visiblement au sud de celle-ci le long d'une route parallèle. 2 d'entre eux pénètrent dans l'enceinte du bâtiment. Les chefs dirigent l'opération depuis le PC grâce à la vue aérienne fournie par le drone. Alors que les hommes de l'EI rentrent dans le bâtiment, une vingtaine de défenseurs prennent la fuite au nord-est. Appuyés par un Humvee avec DSHK en tourelle, les combattants de l'EI engagent la poursuite. Un tireur RPG-7 expédie une roquette tandem, puis 3 autres roquettes antichars. Un mitrailleur PK fournit également un tir nourri. L'EI engage un char T-72 qui, placé sur l'autoroute, tire un obus sur un des bâtiments occupés par les défenseurs en fuite à l'est du bâtiment triangulaire. Avancé dans les jardins entourant les habitations du secteur, il tire un autre obus. A l'intérieur d'un bâtiment, deux hommes font feu avec une PK et un fusil de sniper SVD Dragunov. Sur une terrasse, un autre tire avec une mitrailleuse de prise M249. Un autre homme fait feu avec un canon sans recul SPG-9 porté à dos d'hommes. Un tireur PK et plusieurs hommes armés d'AK-47 ouvrent le feu également depuis les terrasses. Au sol, l'EI met aussi en oeuvre un technical avec canon monotube ZU-23 AA de 23 mm. Une bombe ou un missile tiré depuis les airs tombe alors sur une position manifestement occupée par les défenseurs irakiens. L'EI filme le résultat de l'explosion depuis les airs avec un drone : on voit plusieurs corps et des survivants qui s'enfuient. Quand les combattants de l'EI approchent du bâtiment touché, on voit 4 ou 5 corps au sol. Le bâtiment frappé par ce tir fratricide est à un peu moins de 600 mètres à l'est du bâtiment triangulaire, zone où se sont repliés les défenseurs de ce dernier. La poursuite continue. Un combattant de l'EI avec GoPro passe devant 2 Humvees (l'un avec M2HB, l'autre avec DSHK) puis arrive à l'arrière d'un bâtiment où se tient un de ses camarades armé d'un RPG-7. Au sol, deux tombes fraîchement creusées mais non encore recouvertes dont l'une contient un corps. Le tireur RPG-7 tire sa munition antichar. La progression reprend. Le drone de l'EI filme la récupération des défenseurs survivants, derrière un bâtiment à un peu moins d'un kilomètre à l'est du bâtiment triangulaire (et à 400 m à l'est du bâtiment visé par le tir fratricide), sur fond de discours sonore d'al-Baghdadi : un M113 et un Humvee embarquent une vingtaine d'hommes couverts par un char M1 Abrams. Les fuyards sont pris à parti par le tireur M249 et un autre sur PK. A l'intérieur du bâtiment, les hommes de l'EI récupèrent du matériel dont un RPG-7. 3 corps au moins gisent au sol. A la fin de la vidéo, la caméra s'attarde sur un mort de l'EI, qui semble être un des cameramen avec GoPro aperçus au début du montage (Abu Hafez Al Muhajer).


Le drone de l'EI filme l'objectif avant l'attaque...
On voit un soldat irakien courir sur un toit (au bout de la flèche).

Carte de la localisation de l'action. Le bâtiment attaqué (point noir) est dans la partie nord de Ramadi, à l'est du pont Palestine, au nord de l'autoroute Amman-Bagdad.

Les commandants de l'EI étudient la vidéo du drone.


La colonne mécanisée se met en marche. Un M113 avec blindage additionnel ouvre la voie.

Depuis le MRAP, un Humvee avec DSHK.


Le MRAP suivi des 3 Humvees.

La colonne mécanisée remonte par le sud vers l'objectif.

On reconnaît la route empruntée au sud de l'autoroute.


Un kamikaze explose à l'ouest du bâtiment.
Le kamikaze est Albu Masna Al Tunisi, un Tunisien. Il est très ému en parlant dans le petit insert de la vidéo, à la limite des larmes semble-t-il...

Les véhicules de l'EI se précipitent à l'intérieur.

Les phases de l'assaut sur le bâtiment triangulaire.

Un Humvee avec DSHK appuie les fantassins débarqués.

Les commandants de l'EI dirigent l'opération à distance grâce au drone.



On voit les défenseurs s'enfuir vers l'est.


Le tireur RPG-7 tire une roquette tandem.



Mitrailleur PK.

Phases de la poursuite.


Char T-72 de l'EI.


Installé sur l'autoroute, il tire vers le secteur à l'est où se sont réfugiés les défenseurs du bâtiment.


Tireur SVD et derrière, tireur PK.


Canon SPG-9 porté à dos d'homme.




Un technical avec canon monotube ZU-23 de 23 mm.





Tireur M249.

Une frappe aérienne vise un bâtiment occupé par les défenseurs irakiens (tir fratricide manifestement).


Le drone de l'EI filme le résultat du tir fratricide depuis les airs.


Le point noir représente le bâtiment touché par le tir fratricide, à 600 m à l'est du bâtiment triangulaire.


L'EI arrive au bâtiment, plusieurs corps sont visibles.

2 Humvees.

Tombes fraîchement creusées. Un corps dans l'une d'elles.

Tir au RPG-7 (munition antichar).

Evacuation des défenseurs par Humvee et M113. Un char M1 Abrams les couvre, le tout filmé par le drone de l'EI.

Le point noir représente le bâtiment où s'effectue le repli, à 400 m à l'est du tir fratricide et un peu mons d'1 km du bâtiment triangulaire.

Tir à la PK.

Tir à la M249.


A l'intérieur du bâtiment, plusieurs cadavres.

 
Un des combattants de l'EI a été tué. Il se nomme Abu Hafez Al Muhajer.

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