samedi 30 janvier 2016

Clotilde BRUNEAU, Estéban MATHIEU, Julien LOISEAU et Cristi PACURIARU, Soliman, Ils ont fait l'histoire, Glénat/Fayard, 2015, 48 p.

Un des derniers volumes de l'excellente collection Ils ont fait l'histoire aborde le personnage de Soliman le Magnifique, sultan ottoman de renom.

On retrouve comme historien Julien Loiseau, qui avait déjà officié sur le Saladin de la même collection que je commentais récemment.

L'angle d'attaque choisi a consisté à ne pas évoquer le début du règne, les grands succès de légende, nimbés d'aura par ses historiographes, mais au contraire la fin du règne, qui selon l'historien offre une image plus contrastée et peut-être plus exacte de l'empire ottoman sous Soliman. Le choix est étayé et pourtant, il laisse un goût d'inachevé pour le lecteur : on aurait aimé un portrait d'ensemble comme pour Saladin, figure qui présentait pourtant le même problème comme l'expliquait Julien Loiseau dans le dossier de ce volume.

Soliman monte sur le trône en 1520 : son père Sélim Ier le Cruel a déblayé la voie devant lui en éliminant les autres prétendants au trône. Soliman s'en souviendra et n'hésitera pas sur le tard à faire tuer deux de ses fils rebelles pour n'en conserver qu'un seul pour la succession. L'empire ottoman s'est enraciné à l'ouest, dans les Balkans, d'où il tire sa troupe d'élite des janissaires et sa redoutable artillerie. Mais la légitimité des Ottomans est en Orient : Soliman incarne désormais le sunnisme officiel contre l'empire perse chiite des Safavides. Il prétend par ailleurs à lui seul au titre impérial. Le sultan passe sa vie sur les champs de bataille : 10 campagnes en Europe, 3 en Asie, et il meurt pendant la dernière en 1566. Les armées ottomanes trouvent leurs limites en raison des distances, trop considérables à supporter même pour un si formidable outil militaire. Bien renseigné, maître en communication politique, Soliman profite de la crise protestante dans l'Empire et noue des liens avec le royaume de France qui débouchent après sa mort sur les premières capitulations, privilèges octroyés aux Français dans l'Empire. Le sultan est aussi un grand bâtisseur, notamment à Istanbul : l'architecte Sinan bâtit le complexe de la Suleymaniye, alors même que le palais (Topkapi) n'est pas trop retouché. Soliman fait déplacer le sérail et son harem dans le palais ; il éprouve un amour profond pour la première de ses épouses, Hurrem Sultane. La fin du règne est assombrie par la mort de cette  dernière et de ses deux fils, par la défaite à Malte : un règne trop long qui se conclut sous la tente.

Le dessin est toujours aussi agréable : on trouve en fin de volume une chronologie et une bibliographie indicative au bout du dossier.



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