dimanche 10 janvier 2016

Bruno FALBA, Christophe REGNAULT et Maurizio GEMINIANI, Waterloo, le chant du départ, Glénat, 2015, 82 p.

2015 oblige, les bandes dessinées se sont multipliées sur Waterloo, avec le bicentenaire de la bataille. En ouvrant celle-ci, on s'attend à trouver quelque chose de solide: Bruno Falba au scénario (que j'avais apprécié sur L'espion de l'empereur) et la contribution de Jean Tulard, "pape" des études napoléoniennes françaises bien que d'autres chercheurs plus jeunes se soient désormais largement imposés.

L'histoire de la rencontre entre le baron Larrey, chirurgien de la Grande Armée, miraculeusement sauvé de la mort, et le maréchal Blücher, le vainqueur prussien, aurait pu fonctionner. Ca ne prend pas, pourtant. On peine à croire que Larrey se souvienne d'absolument tous les détails des Cent Jours, tout comme Blücher d'ailleurs, et ce même si on est juste après la bataille de Waterloo. Certaines bulles de Napoléon laissent également pantois quant aux détails qu'il serait capable de discerner sur le champ de bataille...En outre, si le propos est globalement à jour historiographiquement, on note une certaine tendance à écarter la responsabilité de l'empereur dans la défaite. Ainsi, à Ligny, c'est Soult, qui remplace Berthier comme chef d'état-major, et Ney qui sont les principaux responsables de la victoire manquée dans la bande dessinée, alors que Napoléon y a probablement sa part également. De la même façon, la découverte "surprise" d'Hougoumont est attribuée au manque de clairvoyance de Soult qui n'aurait pas reconnnu le terrain. La BD charge aussi beaucoup Grouchy, dans la lignée du Mémorial, même si Larrey précise qu'il s'en tenait aux ordres de l'empereur. Quant à la charge de Ney, difficile de croire aussi que Napoléon ne l'aurait pas tacitement soutenu dès le départ, et pas seulement après la charge initiale. Autre problème : c'est une vision "par le haut", évidemment utile quand on s'adresse au grand public. Mais tout de même, l'histoire des chefs aurait pu se combiner avec une vision un peu plus près des combattants... singulièrement absents ici, du moins dans leur vécu de l'événement, car ils remplissent, en anonymes, les planches des batailles.




Le dossier d'une dizaine de pages de Jean Tulard remplit son office mais n'apporte aucune plus-value supplémentaire : c'est un historique de la bataille de Waterloo avec ses illustrations, même s'il évoque la mémoire de l'événement, sa mise en images (mais pas son histoire, curieusement ou non). La quinzaine de titres cités fait très grand public -bande dessinée oblige- mais peut décevoir.

La bande dessinée est malheureusement ternie par un nombre important de fautes de français. C'est assez rare dans celles que je lis et fiche d'ordinaire pour être souligné. Et je ne parle pas de coquilles ou de fautes de frappe mais de fautes d'accord ou autres qui concernent véritablement l'écrit. Il y a un heureusement un beau dessin notamment dans les grandes scènes de bataille.

En résumé, une bande dessinée qui vaut essentiellement pour ses qualités documentaires. Sur un one shot, les personnages sont trop fades pour que le scénario, écrasé par l'histoire, soit convaincant. On a l'impression de retrouver la situation du film Le Souper, adaptation d'une pièce de théâtre où se rencontrent Fouché et Talleyrand, juste après la défaite de Napoléon. Sauf qu'ici on n'a pas le jeu formidable d'acteurs du film.

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