dimanche 4 octobre 2015

Jill LLOYD, Van Gogh et l'expressionnisme, Paris, Gallimard, 2006, 160 p.

Ce livre est le catalogue de l'exposition "Vincent Van Gogh et l'expressionnisme" qui s'est tenue à la Neue Galerie de New York et  au Van Gogh Museum d'Amsterdam en 2006-2007. Jill Lloyd, la commissaire de l'exposition, spécialiste de l'expressionnisme allemand, signe le texte.

Le sujet a été rarement abordé en soi pourtant. Pourtant, immédiatement après la mort de l'artiste, directeurs de musée, galeristes et collectionneurs privés des pays germaniques cherchent à acquérir ses oeuvres. C'est ainsi que les artistes expressionnistes purent se familiariser avec ses oeuvres, dont le thème et le style leur semblaient étonnamment proches. 

"Van Gogh fut notre père à tous !". C'est ainsi que Max Pechstein, expressionniste allemand, résumait l'influence du peintre sur le mouvement. Elle est surtout visible chez les artistes allemands et autrichiens. A l'époque les musées allemands se déchirent sur la question de "l'art national" ou "international". En 1912, à Cologne, l'exposition du Sonderbund constitue l'apogée de la présentation des oeuvres de Van Gogh aux publics allemand et autrichien. L'existence tragique et le suicide de Van Gogh sont bientôt élevés au rang de mythes, qui influencent non seulement les peintres mais aussi les poètes qui s'identifient à lui.

Les expressionnistes en retirent une vision très émotionnelle de l'artiste. Le critique d'art allemand Meier-Grafe est le premier à populariser la vision de héros tragique attachée à Van Gogh. Il souligne aussi l'utilisation virtuose de la couleur par le peintre, alors qu'il n'a en réalité jamais compris ce qu'était l'expressionnisme de son époque. Le groupe Die Brücke fondé en 1905 va largement s'inspirer des toiles peintes par Van Gogh à Arles et Auvers. En 1906, le groupe s'élargit à des peintres qui se sentent proches de cet artiste : Pechstein, Cuno Amiet, Emil Nolde surtout. D'ailleurs Nolde finit par considérer Die Brücke comme un groupe d'imitateurs superficiels de Van Gogh. En réaction, certains peintres comme Kirchner tentent d'autres interprétations de leur travail à partir de l'oeuvre du modèle. Kirchner lui-même est beaucoup marqué pour son engagement comme artilleur durant la Première Guerre mondiale.

Autre groupe différent, les expressionnistes munichois du Blaue Reiter (Le cavalier bleu) notamment réunis autour de Kandinsky et Franz Marc. Leur travail est plus abstrait, sans style commun, même si Kandinsky fait figure de théoricien du groupe. Un des peintres de ce groupe les plus marqués par Van Gogh est Jawlensky. Kandinsky est moins concerné par le phénomène d'inspiration que Marc, qui se sert de l'oeuvre de Van Gogh pour faire évoluer sa peinture. Les artistes du groupe rendent d'ailleurs hommage à Van Gogh dans leur Almanach de 1912. A Vienne, Van Gogh inspire les écrivains et les poètes. Klimt se retrouve davantage dans la fascination extrême-orientale de Van Gogh. Oskar Kokoschka fut probablement l'un de ceux qui imita le plus le peintre. Richard Gerstl est également très marqué par Van Gogh, au point qu'il se suicide par pendaison, en 1908, à 25 ans. Sans aller jusque là, Egon Schiele s'identifie au récit dramatique et au mythe de la vie de Van Gogh. Comme Paul Klee, Schiele s'intéresse plus aux lignes et aux contours qu'aux couleurs de l'artiste. La controverse d'identité à propos de l'art fait également rage en Autriche : c'est que Van Gogh, sans le savoir, à aider les expressionnistes à définir leurs buts et leur identité.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire