samedi 1 août 2015

Hernan CORTES (éd. Bernard Grunberg), La conquête du Mexique, Paris, La Découverte, 1991, 458 p.

C'est Bernard Grunberg, historien français spécialiste de la Nouvelle-Espagne, qui est l'auteur de cette réédition de la traduction des lettres envoyées par Cortès à Charles Quint, réalisée par Désiré Charnay en 1896. L'ouvrage publié initialement en 1982 a été plusieurs fois réédité (ici en 1991).

La conquête du Mexique met face à face deux mondes différents. L'empire aztèque est détruit par l'Espagne, mais la société coloniale qui s'intalle, hispano-indigène, est très originale. Cortès, issu d'une famille d'hidalgos d'Estrémadure, embarque pour l'Amérique dès 1504. Colon fortuné, secrétaire du gouverneur de Cuba, Velazquez, ayant participé à des opérations de pacification, il est pressenti pour prendre la tête de la 3ème expédition en direction du Mexique. Le gouverneur tente de lui retirer le commandement avant le départ mais en février 1519, Cortès prend la mer. Débarquant au Yucatan, il récupère un Espagnol naufrage maîtrisant la langue locale et une jeune Mexicaine, Dona Marina, qui lui sert d'interprète. En avril, il débarque sur le continent, fonde Vera Cruz pour se débarrasser de la tutelle de Velazquez, fait couler ses vaisseaux, rallie ou soumet les vassaux de l'empereur aztèque qui lui a envoyé des émissaires. Il est accueilli dans la capitale aztèque, Tenochtitlan, en novembre 1519. Mais Velazquez ayant envoyé une expédition punitive contre lui, Cortès doit sortir de la ville pour défaire Narvaez et enrôler ses hommes, en mai 1520. Entretemps son lieutenant Alvarado a massacré une partie de la noblesse aztèque et les Espagnols se retrouvent assiégés. La sortie manque de se transformer en désastre : c'est la Noche Triste (30 juin). Refaisant ses forces avec des Espagnols fraîchement débarqués et les hommes de la ville de Tlaxcala, Cortès entame le siège de Tenochtitlan (mai-août 1521). La ville est prise, l'empereur aztèque capturé, mais la capitale aztèque n'est plus qu'un champ de ruines et un charnier. Les pouvoirs de Cortès sont confirmés en 1522. Il gouverne directement la région jusqu'en 1524 et poursuit l'expansion territoriale. L'expédition au Honduras (1524-1526) est malheureuse : l'empereur aztèque est exécuté, les responsables laissés par Cortès se déchirent. En 1528, celui-ci doit partir en Espagne se justifier. Il ne regagne la Nouvelle-Espagne qu'en 1530, devenu marquis d'Oaxaca, et s'intéresse à la découverte du Pacifique, sans grand succès, à part la péninsule californienne. La Nouvelle-Espagne devient une vice-royauté (1535) ; Cortès, qui ne s'entend pas bien avec le vice-roi, doit retourner en Espagne se justifier (1540). Il prend part au siège d'Alger avec Charles Quint et poursuit sa vie de courtisan, sans reconquérir sa place antérieure. Il meurt en 1547.

A l'époque, la personnalité de Cortès est controversée. Grunberg souligne le manque d'une biographie française de Cortès (C. Duverger a depuis comblé ce manque). Il explique que les historiens ne le replacent pas assez dans son époque. Pour lui, l'origine extrémadurienne a une importance fondamentale : Cortès est un homme de la Reconquista, du Moyen Age, comme sa culture le montre aussi. Notaire, il connaît bien la loi espagnole. Mais c'est aussi un homme de la Renaissance : humaniste, avec la soif de savoir, de découverte, serviteur de Dieu et du roi.

Cortès a beaucoup écrit, pour se justifier ou obtenir des récompenses. On trouve éditées ici les 5 lettres qui racontent la conquête de la Nouvelle-Espagne, de 1519 à 1526. Cortès y met en oeuvre son génie, avec un don de la propagande tel qu'on a parfois comparé ses lettres aux Commentaires de César (!). Les conquêtes sont d'abord des entreprises commerciales. Cortès a financé le gros de l'expédition qu'il mène. Représentant d'intérêts, il sait les défendre et se démarque de Velazquez en se plaçant sous l'autorité directe du roi d'Espagne, et de Dieu, ce qui sert aussi à justifier la conquête. Cortès sait mener les conquistadors, alternant successivement fermeté et clémence pour maintenir la troupe soudée. L'âme de la conquête, c'est Cortès, rusé, qui paie de sa personne et qui est estimé de ses hommes. Il sait distribuer l'or et les cadeaux pour calmer les mécontentements.

Les Espagnols sont horrifiés par la religion aztèque et les sacrifices humains. Dans un premier temps, jusqu'en 1521, Cortès tente de faire changer les choses par la persuasion. A partir de cette date, le changement se fait par la force, avec notamment la destruction des temples. Les Espagnols ne considèrent pas les Indiens comme inférieurs : Cortès s'émerveille de la civilisation aztèque, respecte l'adversaire, mais les insoumis, en revanche, sont durement traités et bientôt promis à l'esclavage. Si l'empire aztèque s'effondre, c'est aussi que Cortès sait se rallier de nombreux vassaux des Aztèques, trop heureux de se libérer de leur domination. En outre, l'expédition de Narvaez amène les premières maladies qui vont décimer les habitants de Tenochtitlan pendant le siège. Des 25 millions d'habitants que comptaient la région, il n'en reste plus qu'un million à la fin du siècle. En outre, Cortès a cherché à impressionner les Indiens, même si les Aztèques ne les ont pas forcément pris pour des dieux. Le jeune empire aztèque, avec sa structure de domination de provinces et d'Etats plus ou moins indépendants, a joué en faveur de l'envahisseur. L'empereur Moctezuma II, par son attitude, favorise aussi la victoire espagnole. Sur le plan militaire, si l'équipement des Espagnols est supérieur, si les chevaux ont un rôle psychologique, c'est surtout le type de guerre qui diffère. A la guerre rituelle des Aztèques s'oppose la guerre "totale" des Espagnols. C'est la dualité même de la conquête : les exploits des conquistadors s'inscrivent dans la destruction de civilisations.


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