lundi 13 juillet 2015

Robert W. THURSTON et Bernd BONWETSCH, The People's War. Responses to World War II in Soviet Union, University of Illinois Press, 2000, 275 p.

Ce recueil collectif d'articles, réunis par deux historiens, vise à aborder la façon dont a été vécu la guerre par le citoyen soviétique ordinaire. Il s'agit aussi de casser l'héroïsation de la population soviétique réalisée par le régime soviétique après la guerre, dont la propagande martelait que toute la société était regroupée derrière l'Etat. Comme l'indique les deux directeurs du travail, en 2000, les historiens russes n'avaient pas encore les moyens matériels de défricher toutes les archives disponibles depuis la fin de l'URSS. En Occident, si l'occupation allemande de l'URSS a été bien traitée, cela n'était pas le cas pour la vie des citoyens soviétiques pendant le conflit. Globalement cependant, les historiens occidentaux brisent désormais la vieille image de la dictature toute puissante, écrasant son propre peuple pour remporter la victoire. En réalité, tout dépend de la réaction de la société, et l'Etat soviétique n'a parfois que peu de prise sur le cours des événements.

Le recueil se divise en trois parties (chaque contribution s'accompagne de ses propres notes). La première, la plus importante (la moitié des contributions) se penche sur la façon dont les Soviétiques ont vécu et sont morts pendant la guerre. Uwe Gartenschlager évoque la survie des habitants dans Minsk occupée. Elle utilise surtout des sources allemandes, plus quelques témoignages et des travaux biélorusses. On mesure l'écart de la recherche à ce moment-là et lors de la publication de cet ouvrage collectif, douze ans plus tard, avec un article sur le même sujet infiniment plus précis car disposant de plus de sources. 



L'article de Hans-Heinrich Nolte sur la communauté juive de Slonim est peut-être l'un des plus intéressants du recueil, car abordant un cas particulier de manière fouillée. Slonim, située à 200 km à l'ouest de Minsk, en Pologne, compte une forte communauté juive. En 1939, après l'invasion soviétique de la Pologne, la localité est rattachée à l'URSS. Le 5 juillet 1941, Slonim devient le QG de l'Einsatzgruppe B, puis celui de l'Einsatzkommando 9 faisant partie de l'Einsatzgruppe A. Au total, 45 000 Juifs sont tués à Slonim ou dans les environs. Le premier massacre, dès le 17 juillet, fait un millier de victimes. Slonim devient le siège d'un Gebiet administré par Gerhard Erren. Les Allemands entassent bientôt les Juifs dans un ghetto qu'ils estiment peuplés de 24 000 Juifs, en réalité sans doute beaucoup plus. Un deuxième massacre de Juifs a lieu le 14 novembre 1941, dans des circonstances épouvantables. Ce sont 9 à 10 000 Juifs qui sont tués ce jour-là. Les Juifs, des communistes surtout, créent un réseau de résistance dans le Beutelager, un camp de travail où les citoyens travaillent à remettre en état des armes soviétiques capturées. Ils entrent en contact avec les partisans de la brigade Shchors en mars 1942. Certains Juifs décident de rejoindre les partisans où ils forment la 51ème brigade (120 hommes en juillet 1942, avec fusils, mitrailleuses et grenades) ; d'autres préfèrent rester à Slonim. Le 29 juin 1942, les Allemands encerclent la ville et écrasent le ghetto ; les Juifs de la résistance se défendent et tuent 5 Allemands. 8 000 Juifs auraient été massacrés. Les survivants du ghetto sont éliminés au plus tard à l'automne 1943. Le 2 août 1942, les partisans sont intervenus pour empêcher la liquidation du ghetto de Kosov, les Juifs rejoignant pour partie la 51ème brigade. Une zone de 30 km² est libérée. Devenue trop importante, la brigade de partisans se scinde : une partie se dirige vers les forêts et les marais de la rivière Pripat. La 51ème brigade est dissoute, non pas par antisémitisme, comme on l'a longtemps cru, mais parce que Moscou cherche alors à réaffirmer son emprise sur les groupes de partisans ; or les Juifs forment un groupe un peu à part. Les Allemands traquent les partisans durant l'hiver 1942-1943 mais n'arrivent pas à les éliminer. Les Juifs de Slonim continuent à oeuvrer au sein du mouvement partisan jusqu'à la libération de la Biélorussie en 1944. Les Juifs d'URSS ont été en grande partie exterminés par les nazis : sur les 2,7 millions vivant dans les territoires occupés, 2,6 millions ont péri. Sur les 650 000 Juifs de Biélorussie et de Volhynie, 47 500 se sont enfuis dans les bois et 12 000 ont survécu jusqu'à l'arrivée de l'Armée Rouge, le plus haut pourcentage dans les territoires occupés. 

Thurston traduit un article de Gennady Bordiugov consacré à l'humeur populaire dans l'URSS en guerre (non occupée). A partir d'archives soviétiques, l'historien russe montre combien les citoyens soviétiques croient à une victoire rapide au déclenchement de Barbarossa. En octobre 1941, les critiques sont en revanche féroces : à Ivanovo, près de Moscou ; à Toula ; à Archangelsk. Après l'échec des leviers classiques de l'Etat soviétique, Staline change de fusil d'épaule, comme le montre le discours du 3 juillet 1941, même si les pertes très lourdes sont dissimulées. Les officiers sont promus au mérite ; 600 000 détenus du goulag sont libérés, dont 175 000 sont mobilisés. La période initiale de la guerre a bien marqué une crise du gouvernement : la société a dû consentir un énorme effort pour répondre à l'invasion : le socialisme répressif a été lâché spontanément depuis la base et délibérement ensuite par la classe dirigeante. L'armée est valorisée par la création d'unités d'élite, de la Garde. Le Komintern est dissous en 1943, les liens avec l'Eglise orthodoxe rétablis. En 1943-1944, paysans, ouvriers, membres de l'intelligentsia rêvent à un futur meilleur, sans forcément se débarrasser du socialisme mais où celui-ci évoluerait. L'économiste Sazonov ose même plaider pour un retour des investissements étrangers en URSS afin de doper l'économie. Malgré le tour de vis appliqué par Staline dès les dernières années de la guerre, c'est bien le peuple soviétique qui a rendu son efficacité à un système dont les carences sont apparues au grand jour dès juin 1941.

Thurston traduit un autre article, celui de Andrei Dzeniskevich qui examine la psychologie sociale des travailleurs à Léningrad dans les premiers mois de l'invasion. La ville n'a pas connu que le patriotisme chanté par la propagande, mais aussi les fausses rumeurs, le mécontentement, les critiques acerbes. Au début de la guerre, les Allemands s'emploient à diffuser de fausses nouvelles, comme la trahison du maréchal Timochenko. Les Soviétiques évacuent en catastrophe les enfants vers Novgorod. Souvent, les critiques repérées par les organes de sécurité viennent de personnes ayant souffert de la collectivisation ou autres politiques staliniennes. Quelques travailleurs émettent des critiques sur l'impréparation à la guerre ou les communistes. Le patriotisme, à l'inverse, est très présent : d'ailleurs les miliciens proclament haut et fort leur désir de propager la révolution et d'écraser le capitalisme, en plus du fascisme. D'ailleurs les miliciens font souvent le parallèle entre les Allemands et les Blancs de la guerre civile.

Richard Bidlack parle des stratégies de survie à Léningrad durant la première année de la guerre. Entre novembre 1941 et mai 1942, Léningrad n'est pas en état de nourrir sa population civile. La ville est un grand centre industriel : elle compte 600 000 ouvriers sur 3 millions d'habitants au déclenchement de Barbarossa. Après le 22 juin, la ville continue à produire mais évacue une partie des installations vers l'intérieur. Avec l'arrivée des Allemands, elle lève 130 000 miliciens, forme 14 000 hommes pour les expédier derrière les lignes ennemies ; 500 000 habitants sont réquisitionnés pour les travaux de défense. Dans les stratégies de survie, l'évacuation fonctionne peu : 400 000 personnes quittent la ville avant le siège, mais 2,5 millions sont prises au piège, dont 400 000 enfants. Avec le gel sur le lac Ladoga, plus de 500 000 personnes sont évacuées entre janvier et avril 1942. Certains habitants tentent de passer du côté allemand. Autre stratégie de survie : être embauché dans une usine, qui fournit de la nourriture et surtout une entraide mutuelle (des cliniques pour les soins aussi). Pendant l'hiver toutefois, seule la moitié des travailleurs est capable d'être présente à l'usine. La ville compte ainsi plus de 800 000 ouvriers, mais le taux de mortalité n'est pas forcément plus bas dans les usines, en particulier dans celles d'armement. Les membres du Parti font jouer leurs privilèges et ont un taux de mortalité bien inférieur à celui des autres habitants. Certains habitants ont recours au marché noir. Dès mars 1942, les autorités autorisent les habitants à cultiver un jardin, et les usines créent leurs propres fermes. Les vols et crimes liés à la nourriture ont été fréquents, et sévèrement punis. Les meurtres, notamment pour le cannibalisme, ont bien existé : sur les 1 500 relevés, 886 sont intervenus entre décembre 1941 et février 1942. Autre stratégie : les refus de travail ou les propositions de laisser Léningrad "ville ouverte", qui interviennent entre septembre et novembre 1941. Mais au final, le fait que les dirigeants aient protégé la population pendant l'hiver a rétabli la loyauté.

Thurston propose encore la traduction d'un autre article russe, celui de Mikhail Gorinov qui s'intéresse à l'humeur des Moscovites de Barbarossa au mois de mai 1942. Au début de la guerre, Moscou compte plus de 4 millions d'habitants. Le nombre reste stable jusqu'en octobre, puis diminue en raison de la mobilisation des hommes et de l'évacuation d'autres catégories à l'est. En janvier 1942, Moscou ne compte plus que 2 millions d'habitants, avant de remonter à 2,7 millions début 1943. Les mouvements de personnes sont sévèrement contrôlés. La taille du Parti diminue pourtant de 70% en 1941, de 173 000 personnes en juin à 50 000 en décembre. Les trois derniers mois de 1941 sont particulièrement meurtriers dans la capitale en raison du caractère âgé de la population et des privations matérielles. Les problèmes de ravitaillement commencent en juillet et s'accélèrent en octobre. Le rationnement alimentaire devient sévère, et en avril 1942 Moscou est au bord de la famine. La ville connaît aussi des problèmes de chauffage. Les raids aériens allemands, entre juillet 1941 et 1942, tuent plus de 2 000 habitants. La répression est présente. Dès le 22 juin, la police adopte des mesures préventives et arrête plus d'un millier de personnes, déplaçant aussi 230 criminels. La panique d'octobre est jugulée par l'application de la loi martiale : 69 personnes sont exécutées après être passées en jugement devant les tribunaux de Moscou. Les Moscovites soutiennent le régime, la propagande s'améliore avec le temps pour combler la faim d'informations. Des opinions négatives se sont manifestées dès le 22 juin ; elles sont moins fortes après le discours de Staline le 3 juillet. Les 16 et 17 octobre, une panique gagne la ville, mais elle ne concerne pas toute la population ; le régime ne s'y trompe d'ailleurs pas. Dès le 19 octobre, l'ordre est revenu, et les discours de Staline avec la parade pour fêter l'anniversaire de la Révolution, les 6-7 novembre, regonflent le moral des habitants. Avec la contre-offensive du mois de décembre, le moral est désormais plus élevé et seuls les problèmes de ravitaillement entraînent des critiques jusqu'en mai 1942.

La deuxième partie du recueil traite de la culture et des intellectuels pendant la guerre. Bernd Bowentsch examine le comportement des intellectuels. Le processus de transformation sociale de l'URSS s'est produit largement par l'emploi de la force. L'élite intellectuelle, cependant, n'est véritablement touchée qu'avec les grandes purges de 1937-1938, qui instaurent un véritable climat de terreur et de défiance. Avec le déclenchement de Barbarossa, le pouvoir soviétique craint fortement de devoir mener une guerre à l'intérieur du pays en plus de celle contre les Allemands. 750 000 détenus des camps sont déportés à l'est dans le premier mois de la guerre. Avec la contre-offensive soviétique, le pouvoir soviétique envoie, par décret du 4 janvier 1942, 100 000 hommes du NKVD dans les territoires libérés pour les "nettoyer" de toute activité subversive. Le Goulag, malgré les libérations pour la mobilisation en 1941, continue de se remplir durant la guerre. Avec la victoire, les minorités sont persécutées, de même que les populations des territoires libérés. La liberté intellectuelle offerte pendant la guerre se referme bien vite après 1945.

Aileen Rambow explique quant à elle l'évolution de la littérature et les changements idéologiques survenus à Léningrad. La littérature est formatée par le réalisme socialiste et le culte de Staline. Les citoyens ont peu de temps à y consacrer au début du siège. Néanmoins la littérature développe trois formes de patriotisme : local, national et international. Le mythe joue un rôle central : celui de Pétersbourg, des chevaux de bronze de Pouchkine, de Petrograd et de sa défense pendant la guerre civile, de Léningrad pour le patriotisme local... Léningrad est présentée comme le coeur de l'URSS. Dès 1942 néanmoins, la liberté laissée aux artistes commence à être recadrée, même si des changements interviennent : les appels à la haine contre les Allemands sont modérés. Le but de la littérature est de souder les habitants, et de nouvelles formes de patriotisme sont avancées, avant d'être recadrées entre 1946 et 1949, une fois la guerre terminée.

Richard Stites évoque la culture de guerre soviétique. La politique de l'Etat rencontre la réponse populaire. Sous Staline, cette culture comble un vide entre l'Etat et le reste de la société, entre la vision de l'élite et la vision populaire de la guerre. Dans les productions cinématographiques soviétiques, la haine de l'adversaire est très forte. Malgré l'engagement des femmes au front, celles-ci sont rarement montrées au combat, mais plutôt dans un rôle de mère. Les héros de l'histoire russe sont mobilisés et remplacent pour un temps le culte de Staline. La musique classique est exaltée comme jamais : Tchaikovski, la symphonie de Léningrad de Chostakovitch. 45 000 hommes et femmes servent, dans 3 720 brigades, au divertissement de la troupe. La propagande n'est jamais absente, et fait même barrage aux citoyens soviétiques sur la vraie nature de la guerre.

La dernière partie du recueil s'attache aux comportements des soldats soviétiques. Mark von Hagen revient sur l'attitude des soldats et des officiers à la veille de l'invasion allemande. Il souligne combien la recherche a progressé sur l'explication des désastres initiaux : il est impensable de séparer l'étude de l'Armée Rouge de la société qui l'a engendrée. L'historien se sert de sources soviétiques nouvelles et explique combien les historiens ont été tributaires des sources allemandes ou du manque d'archives. La mauvaise performance de l'Armée Rouge en Pologne et en Finlande s'explique par un manque d'entraînement qui résulte de la très forte croissance en effectifs. La mauvaise discipline est le résultat des purges mais aussi d'un écart social entre les officiers supérieurs et la troupe et les officiers subalternes, le rôle des sous-officiers étant moindre dans l'Armée Rouge comme dans l'armée tsariste. Le culte du secret, le recrutement par le NKVD et autres organes de sécurité des meilleures recrues affaiblissent l'armée. Les purges mettent des officiers jeunes à de trop hautes responsabilités. Le nombre de suicides et de blessures auto-infligées grimpent en flèche (plus d'un millier de cas mortels en 1938). Un défaitisme s'installe. Pourtant l'invasion de la Pologne et celle de la Finlande sont bien accueillies : à un certain chauvinisme russe s'ajoutent dans la population le mythe de l'invincibilité de l'Armée Rouge. Le pacte de non-agression avec l'Allemagne jette également le doute. L'Armée Rouge, qui a incorporé dans les années 30 de nombreux non-Russes dont ceux des territoires "libérés", qui n'ont pas connu le stalinisme, est donc un groupe hétérogène.

Suzanne Conze et Beate Fieseler reviennent sur le cas des femmes soviétiques combattantes. Plus d'un million de femmes soviétiques ont servi dans l'Armée Rouge ou dans les partisans, dont 500 000 au front. En 1943, elles forment un pic de 8% des forces armées. Dès 1942, en raison des pertes, les femmes servent de plus en plus au combat ; 3 régiments aériens ont été formés dès 1941 ; les femmes constitueront 24% du personnel de la défense antiaérienne. Il n'y a jamais eu une politique de conscription cohérente des femmes. Elles ont seulement récolté 86 médailles de héros de l'Union Soviétique. De nombreux récits féminins sont parus en URSS au moment du dégel, sous Khrouchtchev, particulièrement entre 1962 et 1965. Les femmes ont déjà combattu druant la Grande Guerre et surtout pendant la guerre civile, où elles ont formé 2% de l'Armée Rouge. Elles deviennent des héroïnes de la littérature, des modèles de la nouvelle femme soviétique, avant le retour conservateur des années 30. Les femmes ont pourtant pu recevoir une formation paramilitaire, par l'Osoaviakhim, fondée par les Komsomols en 1927. Les femmes sont prévues pour intégrer la défense civile. Jusqu'au pacte germano-soviétique, les journaux féminins vantent le combat contre les fascistes (Espagne, Chine). En 1941, la propagande évoque la mère, non la femme combattante qui apparaît seulement en 1942. C'est surtout à partir de 1943 que ce modèle s'impose, avec les femmes-pilotes d'un régiment de bombardement de nuit. C'est que l'Etat soviétique ne souhaite pas que le mouvement perdure. Les exploits individuels sont soulignés mais pas la contribution des femmes en tant que telle. D'ailleurs, les femmes ne seront pas autorisées à défiler pour la parade de la victoire en 1945. La plupart sont démobilisées après la fin de la guerre.

La dernière contribution, de R. Thurston, s'intéresse au comportement des soldats soviétiques pris au piège dans les "chaudrons" allemands. Les Allemands ont fait 3 millions de prisonniers en 1941. Pourtant, ils ont senti un raidissement de la résistance dès qu'ils sont entrés en Russie proprement dite, ce qui dément l'idée d'une population soviétique prête à ouvrir les bras à l'envahisseur partout. Une armée dont les effectifs ont augmenté, qui a subi des purges importantes, a reçu de nouveaux matériels : voilà qui explique beaucoup des défauts constatés en 1941. On oublie souvent qu'à côté du désastre finlandais, il n' y a eu aucun problème de moral à Khalkin-Ghol, contre les Japonais. Durant Barbarossa, si le terrain ou les positions défensives s'y prêtent, les soldats soviétiques sont de redoutables adversaires, comme le montre le siège de Brest-Litovsk. Les 3,35 millions de prisonniers soviétiques comprennent 2 465 000 pris lors d'encerclements, soit 75% du total. Ce qui veut dire que l'anticommunisme n'est pas la cause première des redditions, d'autant que les troupes soviétiques tentent souvent des sorties désespérées des chaudrons. En outre, l'aviation allemande a un effet terrible sur le moral des soldats soviétiques ; les meilleures formations ayant été détruites dès le départ, les renforts sont de moins bonne qualité, tout comme l'encadrement, parfois tenu en suspicion. Les soldats soviétiques se rendent souvent pour ne pas mourir de faim ou après que leur unité ait subi des taux de pertes impressionnants, parfois de plus de 70% de tués. Il y a eu aussi des désertions par anticommunisme. Mais là encore, quant on regarde la division de Krasnov, formée en février 1945 avec des Cosaques et des émigrés, on observe que sur les 18 000 hommes, 5 000 sont... allemands. Les chiffres sur les Osttruppen sont contestés : 250 000 non-Slaves pour Joachim Hoffmann fin 1944 ; 45 000, dont 60% d'anciens prisonniers, pour Leonid Reschin. Le million de collaborateurs parmi les citoyens soviétiques inclut aussi les Hiwis. Les Allemands ont fait au total 5,74 millions de prisonniers soviétiques ; en mai 1944, il y en avait encore 1 053 000 en vie sous leur garde, dont 875 000 au travail forcé. 818 000 ont été relâchés. En mai 1944 il manque donc 3,289 millions de prisonniers, morts ou disparus. La faute à un traitement inhumain et brutal des prisonniers soviétiques : 2 des 3 millions faits en 1941 étaient déjà morts au printemps 1942. Beaucoup refusent d'être rapatriés en URSS en 1945. Il faut dire que tous les citoyens soviétiques ayant été détenus par les Allemands seront sévèrement contrôlés, voire déportés pour beaucoup, à leur retour. 


2 commentaires:

  1. Mai 1944 à la fin de l'article ne serait-il pas Mai 1945?

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  2. Bonjour,

    Non, c'est bien mai 1944, les auteurs font des comptes à partir des sources allemandes, un an avant la fin de la guerre.

    Cordialement.

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