samedi 6 juin 2015

Marie-Agnès COMBESQUE, Martin Luther King Jr. Un homme et son rêve, Le Félin Poche, Paris, Editions du Félin, 2008, 364 p.

Marie Agnès Combesque, "journaliste, écrivain, enseignante", d'après le quatrième de couverture (mais aussi membre du comité central de la Ligue des Droits de l'Homme), a écrit cette biographie de Martin Luther King en 2004, rééditée en poche en 2008. Le livre, qui volontairement n'évoque pas la question de l'assassinat du personnage, montre en revanche comment il est devenu le porte-parole du mouvement des droits civiques. Il en est aussi devenu le leader, et quand la violence a submergé son action, il s'est transformé de leader moral en leader politique. Entre 1965 et 1968, il s'oppose à la guerre du Viêtnam, prend la défense de tous les pauvres (et pas seulement des Noirs), songe à la présidentielle de 1968. Si la journaliste écrit ce livre, c'est que le parcours de Martin Luther King reste assez peu connu en français, les traductions de la pléthore d'ouvrages américains n'étant pas légion, comme le montre la bibliographie en fin d'ouvrage, exclusivement anglo-saxonne.

Le livre est divisé en trois parties. La première retrace la longue lutte des Noirs pour leur libération : c'est une mise en contexte du personnage, qui n'est pas le premier à surgir du néant. L'arrière-grand-père paternel de Martin Luther King a été esclave dans des conditions épouvantables (il a servi "d'étalon" pour la production d'esclaves...). L'histoire de l'émancipation des Noirs, avec la guerre de Sécession (et la structuration et la socialisation qu'apporte l'Eglise), de leur place dans la société du Sud, après la guerre, se clôt avec le boycott de la ligne de bus de Montgomery, en 1955, qui va lancer le mouvement pour les droits civiques. Pour l'auteur, c'est le seul mouvement social d'ampleur des Etats-Unis au XXème siècle, qui a même contribué à former les Blancs anti-guerre du Viêtnam par la suite.

La deuxième partie traite de la décennie cruciale 1955-1965. Martin Luther King va réussir à fédérer un mouvement très divers, tiraillé de l'intérieur. Il rallie la culture protestante fondamentaliste de l'Eglise noire et sa dimension sociale. Le personnage se situe entre le protestantisme et le socialisme, dans la non-violence, tout en mettant en parallèle le combat des Noirs américains avec celui des anciennes colonies en train de gagner leur indépendance. Pasteur, Martin Luther King demeure cependant un religieux, inspiré, mystique même, et ce jusqu'à sa mort tragique.

L'année 1965 constitue un tournant par lequel démarre la troisième partie. C'est l'année de l'intervention directe des Américains au Sud-Viêtnam, un conflit que Martin Luther King va désormais critiquer. Quand l'égalité et le droit de vote des Noirs au Sud sont enfin reconnus, il se dirige vers le Nord, pour mener cette fois un combat social, contre la pauvreté. C'est à Chicago en particulier qu'il trouve une opposition parmi les jeunes Noirs, qui préfèrent parfois la voie de la violence ; les Blancs commencent à lâcher le mouvement des droits civiques ; et pourtant, dans un contexte difficile, juste avant son assassinat, Martin Luther King livre parmi ses plus beaux discours (comme celui juste avant sa mort, le 3 avril, à Memphis).

Marie-Agnès présente cependant l'homme avec ses faiblesses, notamment dans ses relations avec les femmes, pour lesquelles il reste assez prisonnier de son milieu d'origine. Il court perpétuellement après le temps : on l'a choisi car il était jeune, docteur, et qu'il pouvait fédérer les différentes composantes du mouvement pour les droits civiques, ce qui a fonctionné jusqu'en 1965. D'après l'auteur, en France, on a du mal à concevoir qu'un mouvement religieux puisse être un mouvement de "libération", ce qui expliquerait le manque d'ouvrages traduits et la meilleure connaissance des "Black Panthers" et des mouvements nationalistes. Le pasteur devenu homme politique : c'est bien cette transition que même l'historiographie américaine gomme parfois, parce que les aspects sociaux de la fin sont dérangeants. La passerelle entre l'Evangile et le socialisme se fait par la non-violence, apportée par le camarade de King, Bayard Rustin, qui s'inspire lui-même de Randolph.

Il n'est pas anodin que la réédition du livre soit survenue en 2008. 2008, l'année où Barack Obama, un Noir, devient président des Etats-Unis. 40 ans après l'assassinat de Martin Luther King.



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