samedi 6 juin 2015

Georges BLOND, Verdun, Presses Pocket, Paris, Presses de la Cité, 1964, 313 p.

Georges Blond est le pseudonyme de Jean-Marie Hoedick (1906-1989), que j'ai déjà évoqué ici à propos de son ouvrage sur le porte-avions Enterprise, premier du nom. Né à Marseille, le personnage est proche du fascisme en France dès l'entre-deux-guerres. Il sert dans la marine pendant la Seconde Guerre mondiale, mais après la défaite de la France, il est interné par les Anglais. Déjà fortement animé d'un sentiment antianglais, la publication d'un ouvrage sur le sujet en 1941 lui vaut l'attention des Allemands. Il va alors travailler au sein du journal collaborationniste Je Suis Partout, même si à la fin de la guerre, il fait partie de la tendance "modérée" du groupe d'auteurs. En 1942, il participe à un voyage d'écrivains français en Allemagne, aux côtés notamment de Drieu La Rochelle. Ses liens collaborationnistes le discréditent à la Libération : il fait partie d'une liste noire publiée par le Comité National des Ecrivains en septembre 1945. Contrairement à d'autres membres de Je Suis Partout, il n'est pas inquiété, même s'il est frappé d'indignité nationale en 1949 seulement. Dès 1946, il a commencé à écrire des romans policiers ; puis dans les années 1950 il publie, dans un surprenant retournement, des ouvrages à la gloire des Alliés... après une vie de marin, il se consacre à l'écriture de romans ou d'ouvrages de vulgarisation historique. Il affectionne surtout la Première Guerre mondiale, l'histoire maritime et la période napoléonienne.

Verdun n'échappe pas au style de l'auteur. Point d'ouvrage d'histoire, mais plus une oeuvre littéraire à tonalité historique sur la bataille de 1916, à l'instar de ce qu'il avait écrit sur l'Enterprise. D'ailleurs Georges Blond répète à plusieurs reprises qu'il a collecté nombre de témoignages pour écrire ce livre, mais sans jamais mentionner ses sources. Et il prend soin quelquefois d'anonymer le nom des officiers supérieurs quand il évoque les questions trop polémiques...

Commençant par les préparatifs allemands, Blond évoque ensuite l'aveuglement des Français devant les indices qui leur sont offerts par l'ennemi, ou par les déserteurs. Dès le récit de l'offensive allemande à partir du 21 février 1916, on comprend que pour l'auteur, ce qui permet aux hommes de tenir sous le feu, c'est la volonté, et rien d'autre, comme le montre l'exemple du bois des Caures et des chasseurs de Driant. L'instinct de survie, point à la ligne. Quant à l'arrière, il semble pour Blond bien éloigné des réalités du front. Il souligne les fautes du commandement français ayant abouti à la prise, sans combat, du fort de Douaumont, l'ouvrage le plus important de l'ensemble fortifié ("Douaumont ist gefallen !"). L'auteur, on s'en doute, n'a pas une idée trop détestable de Pétain, sans verser dans l'éloge parfaitement complaisant. Il n'apprécie pas beaucoup, en revanche, Joffre, Nivelle et les autres généraux. Son récit est celui du soldat, pas de l'officier. Une base saine contre une tête inepte, en somme. Blond préfère sans équivoque Navarre, qui triomphe dans le ciel de Verdun, à Mangin. Le siège du fort de Vaux est le prétexte à la mise en scène de la remise d'une épée, par le Kronprinz, à Raynal, le commandant de la garnison. Ce qui n'empêche pas Blond de réhabiliter les lieutenants Herduin et Milan, fusillés pour avoir reculé avec le reste de leurs unités. L'auteur termine son livre par la reprise du fort de Douaumont par les Français.

En somme, une oeuvre littéraire sur une grande bataille de la Grande Guerre, par un ancien collaborationniste, rien de plus. Avis aux amateurs.

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