jeudi 21 mai 2015

Général Guy FRANCOIS, Le canon de 75 modèle 1897, Armes et véhicules de la Grande Guerre, Ysec Editions, 2013, 32 p.

Le général Guy François est l'un des spécialistes de l'artillerie française de la Grande Guerre (notamment sur voie ferrée). Il revient dans ce court volume des éditions Ysec sur une véritable légende : le canon français de 75 modèle 1897, symbole de l'artillerie hexagonale de la Première Guerre mondiale.

Le 75 trouve son origine dans le renouvellement de l'artillerie française suite à la défaite de 1870 contre les Prussiens, qui montre l'infériorité des pièces françaises face aux canons de ces derniers. Les nouveaux modèles se développent rapidement mais un problème persistant est celui de la lenteur du tir, en raison du recul qui oblige à remettre le canon en position après chaque coup. En 1892, le commandant Deport, à l'atelier de Puteaux, reçoit l'ordre de tester son système de frein hydropneumatique sur un canon de calibre 75 mm. C'est le capitaine Sainte-Claire Deville, avec son adjoint le capitaine Rimailho, qui finalise la conception du 75. Si les premières commandes sont passées dès 1895, le matériel n'est officiellement adopté qu'en 1898 sous le nom de canon de 75 mm modèle 1897. Présenté au grand public en 1899, le canon de 75 fait l'admiration des Allemands lors des combats en Chine et ces derniers sont obligés de modifier leur pièce comparable, le 77 mm, en 1906, avec 10 ans de retard.

Comme le 75 se distingue par sa très grande cadence de tir, les batteries comptent désormais 4 canons au lieu de 6 et équipent toutes les unités jusqu'au corps d'armée, alors que les Allemands comptent des obusiers de 105 mm en plus des pièces de 77 mm. Le 2 août 1914, la France a 4 780 canons de 75 en ligne, mais cet effort se fait au détriment de l'artillerie lourde, de l'équipement individuel et de la tenue de campagne. Les personnels français de l'artillerie, issus de Polytechnique et des grandes écoles scientifiques, sont bien formés ; en outre les obus explosifs français sont supérieurs à ceux allemands du 77 et comparables aux obus de 105. Seul problème, les 75 n'ont que peu de matériel téléphonique, ce qui est un handicap car le tir de l'artillerie se fait de plus en plus masqué.

Le 75 se distingue dès les premiers mois de la guerre, même si l'artillerie appuie les attaques et ne les prépare pas. Le 7 août 1914, une batterie décime le 21ème régiment de dragons allemands au nord-est de Verdun. Avec la pénurie rapide d'obus, le ministre de la Guerre confie la production des munitions à des firmes privées ; faute d'expérience, la qualité s'en ressent et de nombreux 75 connaissent des éclatements de tubes prématurés qui tuent et blessent nombre d'artilleurs. La fabrication est ensuite confiée à de grands industriels, comme Citroën, et la crise est résolue à l'automne 1915. On produit jusqu'à 230 000 obus de 75 par jour en 1918. Après une baisse du nombre de pièces jusqu'en mai 1915, le nombre de canons ne cesse de croître pour atteindre 6 039 en novembre 1918. 1 828 canons sont fournis aux Américains.

Le tir du 75 est rapide grâce à sa stabilité : le canon est calé par une bêche enfoncée dans le sol, le recul du tube amorti par le frein hydropneumatique ; le chargement est rapide, l'obus est encartouché comme une balle de fusil ; deux servants effectuent le pointage. Au départ, le 75 tire deux types de munitions : l'obus à balles (shrapnell) et l'obus explosif. Les types d'obus se diversifient, avec notamment l'apparition des obus à gaz, même sur le 75 (ypérite en 1918). En 1917, le canon est jugé de trop courte portée avec l'amélioration du 77 allemand. On prescrit de ne pas tirer plus de 12 coups par minute pour ménager les tubes. Les 75 étaient faciles à entretenir à l'arrière en raison de l'interchangeabilité des composants et de la simplicité du matériel.

Dès 1911, l'armée française réfléchit à une utilisation antiaérienne du 75. L'auto-canon modèle 1913 combine le canon avec un affût spécial créé à Puteaux monté sur un châssis automobile De Dion Bouton. 199 exemplaires sont construits et remportent de nombreux succès contre les avions allemands. D'autres montages sont improvisés pour le camp retranché de Paris avant que Puteaux réalise, là encore, une plate-forme métallique moins problématique pour les freins, endommagés par les tirs à la verticale sur montage improvisé. En mars 1918, on fait aussi monter les pièces de 75 de DCA sur remorque tractée par camion pour les rendre plus mobiles. Le 75 standard est également tracté dès 1915. En 1918, on compte 34 régiments d'artillerie de campagne portée (RACP). Les tracteurs sont des Jeffery et Pierce-Arrow américains ou des Latil TP et Panhard français. Les RACP font partie de la réserve générale d'artillerie, sous les ordres du commandant en chef, qui attribue ce puissant dispositif pour des offensives ou pour contrer une attaque ennemie. En 1917, on conçoit aussi la version antichar du 75, fabriquée à 350 exemplaires, et qui montre son efficacité en juillet 1918 en Champagne contre les quelques chars allemands rencontrés. Dès 1899, le 75 est adapté pour la défense des côtes et en 1914, il équipe également les forts de Bourges. On le trouve aussi sur les vedettes rapides et bâtiments de lutte anti sous-marine, comme arme de bord.

Une bonne entrée en matière sur ce matériel mythique, abondamment illustrée, peu onéreuse. Seul regret : pas d'indications bibliographiques, même minimes, en fin de volume.


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