mercredi 20 mai 2015

Elisabeth MALAMUT, Alexis Ier Comnène, Paris, Ellipses, 2007, 526 p.

Elisabeth Malamut, agrégée d'histoire, est professeur d'histoire byzantine à l'université de Provence (Aix-Marseille I). C'est une spécialiste de l'Empire byzantin et de la Méditerranée orientale. Elle a été chercheur au CNRS pendant 30 ans.

La dynastie des Comnènes marque l'apogée de l'Empire byzantin. Alexis Comnène, pourtant, parvient au trône dans une situation compliquée ; sa famille se maintient au pouvoir, directement ou par alliance familiale, jusqu'à la chute de l'empire. Il est un soldat devenu empereur, neveu d'Isaac Comnène, lui-même parvenu à la pourpre, rejeton d'une grande famille aristocratique d'Asie Mineure, groupe qui s'impose de plus en plus depuis le Xème siècle. En 1081, secoué par les révoltes intérieures, menacé à l'extérieur, l'empire est sur le point de s'effondrer. En 1118, l'empire est pacifié, les frontières défendues. Alexis serait-il le sauveur de Byzance ? D'aucuns lui reprochent d'avoir freiné l'expansion économique, la renaissance culturelle, d'avoir aussi fermé la société. L'historiographie du personnage est controversée : la bibliographie peut s'appuyer sur nombre de sources médiévales, mais aussi de travaux modernes. Les Mousai, conseils à son fils, l'Alexiade de sa fille Anne chantent la gloire d'Alexis, tout comme l'oeuvre du mari de celle-ci, inachevée, Nicéphore Bryennios. Au rhéteur Théophylacte d'Achrida qui clame les louanges de l'empereur s'oppose Jean l'Oxite. Jean Zonaras voit aussi le règne comme une calamité. Les chroniqueurs normands d'Italie du Sud ou ceux de la première croisade sont généralement hostiles, bien que fascinés par Alexis. Les modernes sont tout aussi partagés. Hélène Ahrweiler (dont l'historienne est l'élève) se contredit en présentant l'empereur comme celui qui restaure la flotte byzantine, mais qui en même temps donne un pouvoir énorme aux Vénitiens. Alexis aurait plus accomodé les institutions à la société de son époque qu'entrepris des réformes en profondeur. Paul Lemerle est beaucoup plus critique. Les historiens anglo-saxons soulignent l'ampleur des réformes entreprises, sur un ton plutôt positif.




Elisabeth Malamut commence sa biographie par un prologue qui montre l'irrésitible ascension des Comnènes, de 1057 à 1081. En 1056 s'éteint la brillante dynastie macédonienne. L'empire a été transformé entre 1025 et 1081 : pour certains historiens comme Ostrogorsky, la période est dominée par des empereurs issus de l'aristocratie civile, qui s'opposerait à une aristocratie militaire, la différence recouvrant aussi une opposition capitale/province. L'historienne est plus nuancée. En 1025, l'empire a atteint ses frontières maximales, "naturelles" diraient certains, l'Euphrate et le Danube. L'armée byzantine est organisée autour des tagmata, régiments de mercenaires ou de soldats professionnels. L'économie byzantine est prospère : les campagnes fournissent l'essentiel des richesses. Les esclaves ruraux disparaissent au profit d'esclaves domestiques. Constantinople est une énorme ville pour l'époque, avec plusieurs centaines de milliers d'habitants. L'aristocratie domine la société byzantine. Aux familles anatoliennes puissantes jusqu'au règne de Basile II succèdent d'autres familles d'Asie Mineure, des lignées occidentales et d'autres encore favorisées par Basile II. La fin de la dynastie macédonienne voit l'arrivée au pouvoir, en 1057, d'Isaac Comnène, représentant des familles de l'est de l'Asie Mineure. Il se retire deux ans plus tard, devenu impopulaire en raison de ses réformes fiscales. Son court règne marque cependant la montée en puissance des familles Comnène et Doukas. Constantin X, de cette dernière famille, règne jusqu'en 1067. Son règne est marqué par l'aggravation de la menace extérieure (Turcs, Normands, Petchénègues). Son successeur Romain Diogène, issu d'une famille militaire, est battu à Manzikert, puis victime de la guerre civile qui porte au pouvoir Michel VII Doukas. La société est très ouverte le règne de ce dernier, mais elle suscite des révoltes militaires alors même que le danger pointe aux frontières. Anne Dalassène, la mère d'Alexis, peut ainsi faire envoyer son fils, très jeune, combattre le rebelle normand Roussel de Bailleul. Alexis combat ensuite les révoltes de Nicéphore Bryennios, Nicéphore Botaneiatès, qui finit par renverser Michel VII, puis de Nicéphore Basilakios. Botaneiatès a épousé Marie d'Alanie, l'ex-femme de Michel VII. C'est elle qui se lie aux Comnènes, pour protéger son fils ; un complot se trame, et les deux frères Comnènes, Isaac et Alexis, s'enfuient de Constantinople en février 1081.

Alexis est choisi comme empereur car mieux accepté par les Doukai. Les Comnènes prennent Constantinople par trahison, et leurs troupes mettent à sac une partie de la ville. La situation est alors grave : l'empire est menacé par les Turcs, les Normands et les Petchénègues. Alexis doit absolument reconstituer une armée. Les Normands sont dirigés par Robert Guiscard, en Italie du Sud, qui a repris des territoires aux Byzantins. Ce dernier joue sur un appel à l'aide lancé par Michel VII. Il fait même passer un moine venu de Byzance pour l'ex-empereur. Les Normands franchissent l'Adriatique et viennent assiéger Dyrrachium. Alexis Ier, avec une armée levée à la hâte, se porte à leur rencontre mais il est battu sous les murs de la ville. Il suscite néanmoins des difficultés sur les arrières de Robert en pactisant avec l'empereur Henri IV, qui menace le pape Grégoire VII allié de Guiscard. Celui-ci repart en Italie en 1082 et c'est son fils Bohémond qui poursuit la campagne. Après être entré en Macédoine, Bohémond est surpris à Larissa. Guiscard revient en 1084 mais meurt de maladie l'année suivante : le danger normand est conjuré. Restent les Petchénègues établis sur le Danube. Alexis subit contre eux une première défaite, cuisante, en 1087. Il faut l'alliance avec les Coumans pour en venir à bout à la bataille du Lebounion, en 1091 ; Alexis fait d'ailleurs massacrer nombre de prisonniers petchénègues. Les Turcs Seldjoukides ont profité des guerres civiles dans l'Empire byzantin pour s'installer en Asie Mineure. Le sultan de Nicée progresse jusqu'à la côte. Alexis cherche à diviser les Turcs pour les affaiblir. Il faut néanmoins affronter l'émir de Smyrne, Tzachas, particulièrement menaçant.

Noble exerçant la fonction militaire, Alexis reste un empereur-soldat à la tête de ses armées. Piètre tacticien et stratège au début du règne, le talent militaire s'affirme au fil des années, notamment après la victoire du Lebounion. Alexis est toujours accessible en campagne, et se fait accompagner d'un moine, habitude imposée dès ses débuts par sa mère. La guerre devient une fonction aristocratique. L'empereur tient compte des signes divins dans ses campagnes et se place sous la protection de saint Démétrios de Thessalonique. Son armée est d'abord composée des tagmata, avec l'élite que constitue la garde varange, surtout composée d'Anglais sous son règne. Après les premières défaites, l'armée d'Alexis se compose de mercenaires, d'unités byzantines tirées des familles alliées, et de survivants ennemis incorporés, notamment les Petchénègues. L'armée byzantine évolue au contact de ses adversaires du moment. Les compagnons d'armes d'Alexis sont Grégoire Pakourianos, Constantin Humbertopoulos, Tatikios, fils d'un Turc fait prisonnier. Alexis dispose de chefs militaires de confiance : Manuel Boutoumitès, Eumathios Philokalès. La tente impériale est une reproduction en miniature du palais ; parfois l'empereur se repose aussi entre ses campagnes, comme le décrit Anne Comnène.

Les femmes ont beaucoup compté dans l'ascension des Comnènes. Anne Dalassène, la mère d'Alexis, est la femme de Jean, le frère de l'empereur Isaac, évincé par les Doukai. Elle n'accepte qu'avec réticence le mariage d'Alexis avec une Doukai, Irène. Alexis s'entiche de Marie d'Alanie, qui cherche surtout à sauvegarder les droits de son fils, puis se rapproche d'Irène : la naissance d'un premier fils, Jean, en 1087, conduit à l'élimination de fait de l'hypothèse Marie d'Alanie. Alexis se repose sur sa mère pour gouverner en son absence. Anne Dalassène est despoina, souveraine, en l'absence de son fils. Son frère Isaac, nommé sébastocrator, nouvelle dignité, est également un homme de confiance. Alexis finit par faire enfermer Marie d'Alanie dans un monastère, en 1094, puis se libère de la tutelle devenue pesante de sa mère l'année suivante. La nouvelle hiérarchie installée dans la noblesse minore ensuite le rôle des femmes. Ce n'est qu'avec sa mort qu'Irène et sa fille Anne tentent de reprendre le pouvoir aux dépens de son fils Jean.

Dans la deuxième partie du livre, l'historienne évoque l'empereur et son image impériale. Constantinople, et ses 400 000 habitants, est une capitale qui impressionne jusqu'aux adversaires de l'empire. Le complexe Grand Palais-hippodrome-Sainte-Sophie est toujours vivant, même si Alexis n'est pas un grand adepte des triomphes et autres cérémonies. Les Comnènes développent le palais des Blachernes, au nord-ouest de la ville, contre le rempart de Théodose, qui existait depuis le Vème siècle. Il devient progressivement la principale résidence impériale. Le Grand Palais est encore en partie occupé. Le palais des Manganes est maintenu par Marie d'Alanie. Les Byzantins ne sont plus aussi friands de courses de chars et l'hippodrome n'est plus aussi fréquenté. Les églises en revanche sont très visitées et les processions cérémonielles rythment la vie de la capitale. Les empereurs Comnènes sont de grands bâtisseurs d'églises et de monastères. Anne Dalassène fonde celui du Christ Pantépoptès, Irène un couvent féminin. Jean, le fils d'Isaac, transforme son palais en monastère du Christ Evergétis. Les Comnènes ressuscitent aussi l'Orphanotropheion. L'aristocratie finit par s'installer dans le quartier des Blachernes, autour du palais. Progressivement, l'activité commerciale glisse de la mer de Marmara à la Corne d'Or, investie par les Italiens. Les Juifs, quant à eux, sont relégués de l'autre côté de la Corne d'Or, à Galata.

Alexis est aussi le champion de l'orthodoxie. Sa fille le compare volontiers à Constantin. L'empereur tente de convaincre, mais utilise parfois la répression. Dominant son Eglise, Alexis se la met à dos au début de son règne par les nombreuses réquisitions qu'il effectue pour financer ses campagnes. Nicolas Grammatikos, le nouveau patriarche de Constantinople à partir de 1084 jusqu'en 1111, est un fidèle d'Alexis. L'empereur fait condamner, en 1082, Jean Italos, un expatrié d'Italie du Sud, à qui il reproche sa trop grande proximité avec les païens de l'Antiquité. En réalité, Alexis représente l'aristocratie militaire, qui n'a que faire de la renaissance culturelle qui a eu lieu au XIème siècle. Pour Alexis, la culture, c'est la Bible. Alors que l'empire est menacé, il doit ressouder les rangs, se présenter comme le sauveur de l'empire,  y compris sur le plan religieux. C'est pourquoi il réprime les hérésies. Nil le Calabrais, accusé de professer une hérésie christologique, est sévèrement condamné, de même que les Arméniens de Constantinople qui l'ont suivi. Alexis poursuit aussi les déviations mystiques, comme celle de Théodore de Trébizonde. Surtout, il doit affronter les hérésies dualistes. Les Pauliciens, transférés dès le VIIIème siècle de l'Orient à Philippopolis en Bulgarie, résistent par les armes après avoir combattu dans l'armée d'Alexis. Les Bogomiles, menés par leur chef Basile, investissent les rues de Constantinople, sapent les fondations de l'Eglise orthodoxe et constituent une contre-religion. Démasqués, les Bogomiles et leur chef sont brûlés dans l'hippodrome. Le malaise est profond car ces déviances semblent se construire sur les désillusions d'une société qui assiste à l'installation d'un ordre "féodal" par Alexis. En 1107, critiquant les insuffisances de l'Eglise, l'empereur crée le corps des didascales dans le clergé patriarcal pour prêcher et instruire correctement la population. A l'Orphanotropheion, on éduque aussi les enfants des adversaires soumis. Le monachisme, à l'époque d'Alexis, est le reflet d'une société voulue idéale. Les monastères ont chacun leur règle, le typikon. Certains sont inspirés par la forme laurite. Dans la capitale, il est influencé par la règle de la Théotokos Evergétis fondé au milieu du XIème siècle. Les bénéficiaires de l'arrivée au pouvoir d'Alexis dotent richement certains établissements. La Kécharitôméné, dans la capitale, est patronnée par les femmes de rang impérial. Christodule, en 1088, tente de fonder un monastère Saint-Jean à Patmos, non sans mal. Alexis réforme aussi la charistikè, l'attribution temporaire d'un monastère à une personne privée pour le restaurer ou l'embellir, qui a donné lieu à des abus. Après 1094 les contrôles sont renforcés, et l'institution disparaît progressivement au XIIème siècle. L'éphoreia, ou patronage laïc, se perpétue. Alexis est le patron du monastère du Christ Philantrôpos à Constantinople. Il intervient aussi dans les affaires du mont Athos, la "sainte montagne", lors de l'affaire des berges valaques et de celle de la présence d'enfants et d'eunuques. 

Alexis veille à assurer son pouvoir autocratique. Il met en avant la rénovation. Il a tendance à confondre patrimoine privé (celui de sa famille) et celui de l'Etat. Il est avant tout le plus grand seigneur du royaume. Ce nouveau système perdure jusqu'à la fin des Comnènes en 1185 et au-delà, la famille étant toujours représentée dans les empereurs des siècles tardifs. La prise de pouvoir a lieu avec l'aide des réseaux de parenté. L'empereur a créé le titre de sébastocrator, juste en-dessous du basileus, pour récompenser ses fidèles. Soutenu par la famille alliée des Doukai, il veille à augmenter ses réseaux d'alliance par des mariages. La famille impériale constitue une nouvelle aristocratie, la nouvelle noblesse est composée de généraux loyaux. Les donations de l'empereur à ses proches entraînent une énorme ponction fiscale sur les hiérarchies traditionnelles et les catégories les plus nombreuses de la population. Alexis installe une lignée par la naissance, en installant son fils aîné comme futur empereur. De nombreux revenus d'Etat et des terres sont donnés aux fidèles, qui se constituent de véritables apanages dans l'Empire. En 1092, une réforme monétaire met fin aux désordres existants. Une réforme fiscale conduit à augmenter au maximum l'imposition. Sur le plan administratif, Alexis Ier crée une nouvelle fonction, le logothète des sékréta. C'est surtout l'administration fiscale qui est réformée. L'empereur répond à des besoins pratiques, mais montre son conservatisme et l'autocratie attachée à l'exercice de son pouvoir. Les biens de la couronne, par exemple, sont assimilables aux fondations pieuses. Alexis doit faire face à de nombreux complots, dès le début de son règne. Il prend l'habitude d'emmener ses concurrents potentiels en campagne avec lui. Malgré son habileté dans ce domaine, il doit faire face à des dissidences régionales, comme celle de Georges Monomachatos, duc de Dyrrachion. Les îles de Crète et de Chypre se soulèvent pendant l'hiver 1091, puis Grégoire Tarônitès, duc de Trébizonde, en 1103-1104. Dès octobre-novembre 1083, un premier complot militaire été déjoué. La décennie 1090 est particulièrement dangereuse pour Alexis, avec notamment le complot des frères Diogénai en 1094. La conjuration des Anémas, en 1100-1101, recrute de nombreux officiers de l'armée. Les familles anatoliennes de militaires, en particulier, semblent hostiles à Alexis. Si les rhéteurs louent la clémence d'Alexis, celui-ci n'a pas hésité à aveugler certains adversaires ou à faire massacrer des opposants quand il le jugeait bon.

L'empereur se représente comme encerclé, assiégé : sa légitimité vient de ses victoires contre de nombreux ennemis. La bravoure, la clémence, la tempérance restent des valeurs traditionnelles impériales. Alexis introduit la naissance, la valeur du sang : l'idéal de la vie contemplative laisse la place à celui de l'homme d'action, du guerrier. Les femmes doivent être remarquées pour leur beauté et exercer la philanthropie, mais sans ostentation. Sous le règne d'Alexis, les lettres ne meurent pas : panégyriques, oeuvres d'histoire, romans, satires, oeuvres autobiographiques se développent. Le Digénis Akritas reflète assez bien la nouvelle idéologie des Comnènes et une mentalité aristocratique parfois critique de l'autocratie impériale. Les conseils et récits de Kékauménos donnent une vision très fermée de l'oikos. Le Timarion est une satire calquée sur les dialogues de Lucien. Alexis ne répugne pas non plus à écouter des astrologues, moins persécutés que ne l'a dit sa fille Anne. L'empereur refuse d'organiser sa propagande autour de grands monuments artistiques ou d'oeuvres culturelles : son rôle de défenseur de la foi orthodoxe lui suffit. Il insiste davantage sur la mise en scène des procès et sur ses oeuvres de philanthropie comme l'Orphanotropheion.

La troisième et dernière partie évoque la rencontre entre Alexis et les Occidentaux. Brouillé au départ avec Grégoire VII qui soutient Guiscard et les Normands, l'empereur se rapproche de son successeur Urbain II. En 1087, le comte Robert de Flandres traverse les Balkans, de retour de Terre Sainte. Alexis lui demande de l'aide après avoir été battu par les Petchénègues. En 1089, 500 chevaliers flamands arrivent dans l'empire byzantin et partent se battre contre les Turcs de Nicée. C'est vers 1090-1091 qu'Alexis demande secours à l'Occident. Suit le concile de Clermont et l'appel à la croisade. Mais l'empereur attend des mercenaires, non des hordes de pauvres et des seigneurs avec leur armée. Les Byzantins sont affolés par le nombre d'Occidentaux de la croisade des pauvres. Alexis prend soin de bien recevoir les grands seigneurs : si Hugues de Vermandois se montre méprisant, et voit son caquet vite rabattu, il faut batailler sous les murs de Constantinople avec les hommes de Godefroy de Bouillon pour que celui-ci accepte de prêter serment à Alexis. Ce sont deux sociétés qui s'affrontent. Bohémond de Tarente prête serment sans barguigner. L'empereur a plus de difficultés avec Raymond de Saint-Gilles, sans compter ceux qui essaient de se dérober, comme Tancrède le Normand. Les croisés marchent sur Nicée, accompagnés d'une armée byzantine qui négocie la reddition de la ville en 1097 pour éviter sa mise à sac. C'est au moment du siège d'Antioche que les mauvaises relations entre croisés et Byzantins se dégradent : Alexis, qui suit avec son armée la progression des Occidentaux, n'intervient pas. Pour faire contrepoids à Bohémond qui s'est emparé d'Antioche, et après la chute de Jérusalem, Alexis s'entend avec Raymond de Saint-Gilles, qui jette les bases du comté de Tripoli. Néanmoins il ne parvient pas à conduire les renforts venus d'Occident en Terre sainte, qui se font massacrer par les Turcs.

La relation entre Alexis et Bohémond est complexe. Les deux hommes se connaissent bien. Bohémond n'a pas l'armée croisée la plus forte, et il est débordé par son neveau Tancrède, qui fait l'admiration de ses chevaliers. Bohémond veut faire souche en Orient ; il n'est pas impossible qu'Alexis ait envisagé d'en faire un de ses généraux, comme le montre les excellentes relations entre eux dès son arrivée à Constantinople. Après le siège de Nicée au contraire, Bohémond devient farouchement anti-byzantin. C'est peut-être lui, devant Antioche, qui est à l'origine du départ du contingent byzantin de Tatikios. Entre 1100 et 1103, Bohémond étant prisonnier des Turcs, c'est Tancrède qui dirige la principauté d'Antioche. Bohémond repart en Occident en 1104-1105, pour lever une croisade contre l'empire byzantin. Après avoir débarqué à Dyrrachion, il est cependant vaincu par Alexis qui lui impose le traité de Dévol, en 1108 : Alexis devient ainsi le suzerain de tous les Etats croisés, sauf du royaume de Jérusalem. Les signataires du traité, côté byzantin, montrent d'ailleurs que la cour s'est occidentalisée.

Mais très rapidement, le roi de Jérusalem Baudoin reprend la suzeraineté sur les Etats latins d'Orient à l'empereur byzantin. En 1111, Alexis passe un traité d'alliance avec Pise, les flottes pisanes ne cessant de piller les côtes de l'empire. Il tente de se concilier Venise, et la papauté, et va même jusqu'à proposer un mariage aux princes normands d'Antioche, dans l'espoir de pouvoir reconquérir l'Asie Mineure.

En 1112, Alexis manifeste les premiers symptômes du mal qui va l'emporter. Depuis 1115, Nicéphore Bryennios, le mari de sa fille Anne, assume le gouvernement. Irène, sa femme, est aussi de plus en plus présente. La dernière campagne militaire de l'empereur a lieu en 1116. Début 1118, ce qui est probablement une angine de poitrine s'aggrave : Alexis est transporté dans le Grand Palais, puis aux Manganes. Son fils Jean parvient à récupérer l'anneau impérial et se fait acclamer empereur, brisant les desseins nourris par sa soeur et sa mère. Le corps d'Alexis ne sera d'ailleurs pas traité immédiatement avec tous les honneurs dûs à son rang. Jean, quelques mois après son accession, devra démanteler un complot ourdi par sa soeur Anne.

En conclusion, Elisabeth Malamut rappelle qu'Alexis est d'abord un homme de son époque. Une société qui favorise de plus en plus la naissance pour parvenir au pouvoir ; une société de grande économie domaniale ; de fondations monastiques ; d'armées de mercenaires. Alexis installe un système de gouvernement par parentèle, introduit de nouveaux liens entre les personnes, et tient davantage compte des Occidentaux. Il montre que l'empereur dirige la vie religieuse, et met aussi en avant la jeunesse.


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