mercredi 4 mars 2015

Montagnes en flammes/Les monts en flammes (Berge in Flammen) de Kartl Hartl et Luis Trenker (1931)

1er août 1914. Florian Dimai (Luis Trenker) et Arthur Franchini (Luigi Serventi) escaladent ensemble un pic du Tyrol. Amis de cordée, ils sont bientôt séparés par la guerre. Dimai rejoint un régiment de Jäger de l'empire autrichien. Engagé en Galicie, le régiment est rappelé dans le Tyrol en mai 1915, après l'entrée en guerre de l'Italie du côté de l'Entente. Le petit village de Dimai et de ses camarades est occupé par les Italiens, dont fait partie Franchini. La ligne de front permet tout juste aux Tyroliens d'apercevoir leur village en contrebas, sans y avoir accès....

Berge in Flammen, film allemand de 1931, est entre autres réalisé par Luis Trenker, qui a écrit le roman servant de source d'inspiration, et qui se base sur sa propre expérience. Tourné dans les Dolomites, c'est en quelque sorte le pendant du film Les hommes contre (1970), sauf qu'ici le point de vue est plutôt autrichien, et que le discours est beaucoup moins antimilitariste.

La séquence initiale donne le ton : l'Autrichien et l'Italien gravissent ensemble la montagne, mettant en scène la force de la nature et l'exploit humain, mais ne vont pas pour autant hésiter une seconde à se faire la guerre dans leurs armées respectives. Les Tyroliens répondent d'ailleurs ardemment à la mobilisation, et le réalisateur ne s'attarde pas sur le mélodrame du départ, préférant montrer la colonne de Tyroliens partant en guerre, serpentant au milieu des montagnes.



L'entrée en guerre de l'Italie contre la Triple Alliance, en mai 1915, alors que les Tyroliens combattent en Galicie contre les Russes, est perçue comme une véritable trahison. Le réalisateur montre adroitement que certains soldats croient tout d'abord que l'Italie est entrée en guerre à leurs côtés (!). Rapatrié dans le Tyrol, les Jäger ont le malheur de découvrir leur village occupé par l'ennemi, juste au-delà la crête qu'ils occupent face aux Italiens. Là encore, le réalisateur insiste sur le combat que livre l'homme face à la nature. Plus que les obus d'artillerie, les tireurs d'élite ou les mitrailleuses, ce sont le froid ou les avalanches qui font mourir les soldats à leur poste de garde ou engloutissent les convois de ravitaillement. Les Autrichiens manquent de se faire surprendre par une attaque nocturne des Italiens, qu'ils repoussent finalement, dans une scène de combat remarquablement bien faite pour l'époque, jusqu'au combat au corps-à-corps.



Mais la Grande Guerre est aussi une guerre industrielle. Faute de pouvoir emporter la position adverse, les Italiens décident de creuser à la perçeuse mécanique un tunnel à partir de cavernes, pour le bourrer d'explosifs et faire sauter le retranchement autrichien. Dimai, qui se rend compte le premier ce qui se trame, se porte volontaire pour mener une reconnaissance afin de déterminer l'emplacement du tunnel. Parmi les pertes subies lors de la mission, un Tyrolien fauché par un tireur d'élite pour avoir seulement un peu trop levé la tête afin d'observer son village natal...



Dans le village, l'occupation italienne n'est pas montrée sous un jour caricatural. Les Italiens qui cantonnent chez la femme de Dimai, dont son ami, se comportent bien. La femme de Dimai cède pourtant au désespoir lorsque des blessés autrichiens capturés lui annoncent la mort de son époux en Galicie, phénomène classique des guerres de tout temps. Dimai part en mission seul pour obtenir des renseignements, car les Autrichiens n'ont pas les moyens matériels de creuse une contre-sape. Il en profite pour passer dans son village et réconforter son épouse, mais il ne peut rester, car il a fortuitement appris de la bouche d'un Italien cantonné chez lui la date de l'exposion souterraine. Le retour de Dimai, blessé au bras par l'un des siens accidentellement, permet aux Tyroliens d'évacuer leur position et de repousser l'assaut italien.



Le 10 août 1931, Franchini et Dimai, amputé du bras gauche, visitent l'ancien champ de bataille alpin, décalque de la première scène qui semble insister sur la fraternité d'armes, au-delà des nations. C'est Trenker lui-même qui a imposé cette séquence, soucieux d'insister sur la réconciliation après la Grande Guerre. Mais le film héroïse largement la guerre, qui prolonge le caractère sportif de l'alpinisme, l'homme affrontant à la fois son égal mais aussi la nature meurtrière. D'ailleurs, l'un des caméraman du film, Sepp Allgeier, tournera la séquence d'ouverture du film nazi Le Triomphe de la Volonté. Le montagnard du Tyrol tel qu'il est présenté dans le film devient, quelque part, l'homme guerrier sur lequel un régime revanchard peut éventuellement compter.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire