dimanche 1 mars 2015

L'épopée dans l'ombre (Shake Hands with the Devil) de Michael Anderson (1959)

1921, Dublin. Kerry O'Shea (Don Murray), un Irlandais qui a vécu aux Etats-Unis, est revenu dans le pays de ses parents pour suivre les cours du collège de chirurgie, alors même que les Irlandais luttent pour leur indépendance contre l'Angleterre. Kerry refuse de s'engager dans l'IRA malgré les instances pressantes de son camarade étudiant Paddy O'Nolan (Ray McAnally). Un soir, les deux camarades sont pris dans un échange de tirs entre un membre de l'IRA et les Black and Tans, qui blessent O'Nolan. Celui-ci fait appeler, une fois en sûreté, un de leurs professeurs, Sean Lenihan (James Cagney), qui s'avère être une des chevilles ouvrières de l'IRA. Kerry ayant abandonné un de ses cahiers avec son nom dans la rue, il doit désormais mener la vie d'un clandestin...

L'épopée dans l'ombre préfigure, par bien des côtés, un film comme Le vent se lève de Ken Loach (2006), qui semble fortement s'en inspirer. Le réalisateur, Michael Anderson, a lui-même joué dans un film de guerre, In Which We Serve, sur la Royal Navy, pendant la Seconde Guerre mondiale (1942). Il réalisera plus tard d'autres films sur la Seconde Guerre mondale : Les briseurs de barrage (1955) et dix ans plus tard, Opération Crossbow.



Pour L'épopée dans l'ombre, Anderson choisit un thème relativement difficile : la guerre d'indépendance irlandaise. Plus précisément, il met en scène, au travers de destins individuels, la guérilla urbaine et rurale orchestrée par l'IRA et la répression britannique incarnée par les Black and Tans, une force levée par Winston Churchill, alors ministre de la Guerre, pour épauler la police irlandaise au service des Britanniques, la Royal Irish Constabulary, désarçonnée par la guérilla. Leur surnom vient des pièces diverses d'uniformes que portaient ces paramilitaires, qui comptaient de nombreux vétérans britanniques de la Grande Guerre. Les Black and Tans se signalent par des exactions contre les civils irlandais et leurs biens.



C'est dans cet affrontement sans merci qu'est jeté le personnage principal, Don Murray, un Irlandais d'origine américaine qui a connu les tranchées en France. Et qui refuse de s'engager au début, alors que le film commence sur une scène de faux enterrement (l'IRA cache des armes dans un cercueil) démasqué par les Black and Tans, alors qu'O'Shea se recueille sur la tombe de ses parents. Après l'incident avec son ami Nolan, la blessure de ce dernier se révélant fatale, O'Shea n'a d'autre choix que de suivre Lenihan, son professeur, dans la clandestinité. Il marche sur les traces de son père, qui a combattu lors du soulèvement de Pâques 1916.

Cagney, déjà en fin de carrière, campe à merveille le commandant de l'IRA, froid, implacable, qui s'est pris à aimer la guerre clandestine et qui n'est prêt à aucune concession, attendant la reddition totale des Britanniques. La scène où s'il oppose à son chef, le "général" (Michael Redgrave), à propos de la signature du traité qui va déchirer l'IRA et conduire à la guerre civile, en est l'illustration. Autre scène d'anthologie : celle où Cagney se tient, au seuil d'une porte à l'arrière-plan, son ombre se découpant dans la lumière entrant dans la pièce. Il tend une Bible à l'otage britannique qu'il a l'intention d'exécuter magré la signature du traité.

Anderson a un certain génie pour mettre en oeuvre les scènes d'action. Celle de l'embuscade où se retrouvent pris à partie les deux étudiants est déjà fine. Plus encore l'est celle où O'Shea, capturé par les Black & Tans, est interrogé par le colonel Smithson (Christopher Rhodes), dont on ne voit que le poing orné de bagues frappant le visage d'O'Shea, le spectateur voyant la scène à travers les yeux de ce dernier. Mais au final, Anderson renvoie dos à dos les excès des Black and Tans et ceux des jusqu'aux-boutistes de l'IRA, qui refuse le traité au nom d'une forme de guerre totale. L'ensemble est complété par de nombreux personnages secondaires tout à fait brillants parmi lesquels on remarque Richard Harris. En revanche, les personnages féminins, bien que poignants, sont en marge de l'intrigue, soit parce qu'ils ne peuvent se battre comme les hommes de l'IRA, soit qu'ils incarnent l'ennemi, comme l'otage britannique. Cela n'enlève rien à l'intérêt du film, particulièrement réussi.




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