mardi 24 février 2015

Mourir pour Assad ? Les combattants étrangers pro-régime en Syrie-3/3 : les milices irakiennes et les autres formations

Le Hezbollah est coutumier de la formation, de l'entraînement et de l'encadrement de milices. Il l'avait déjà fait pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988) aux côtés des Gardiens de la Révolution iraniens. Le Hezbollah participe ainsi à la formation de Jaysh al-Shabi (puis des Forces Nationales de Défense), l'armée populaire liée à la structure de l'armée syrienne en pleine recomposition depuis le début de la guerre civile. Cette initiative prouve d'ailleurs que le régime syrien a su reconfigurer son armée pour faire face à une menace irrégulière et asymétrique, avec une milice formée sur le modèle de la Basij iranienne1. Dès le début 2012, Jaafar Athab, membre d'une milice irakienne pro-iranienne, Asa’ib Ahl al-Haq, est tué à Hama2. C'est le général Suleimani, le commandant de la force Qods, qui aurait donné l'ordre aux milices irakiennes pro-iraniennes, Asa’ib Ahl al-Haq et les Brigades du Hezbollah notamment, d'envoyer leurs combattants en Syrie dès 2012. Pour les Iraniens, le contrôle de la zone autour du sanctuaire de Zaynab, au sud de Damas, est essentiel : non seulement les rebelles pourraient encercler la capitale et assiéger l'aéroport international de Damas, mais en outre, le pélerinage sert de couverture au transit des Gardiens de la Révolution et autres activités clandestines. Le plus grand hôtel de Sayyeda Zaynab, l'hôtel As-Safir de Damas, est possédé par la riche famille des Nahas, une famille chiite qui a des liens étroits avec le clan Assad. Le général Shafiq Fayyad, le cousin de Hafez el-Assad, a commandé la 3ème division blindée qui a joué un grand rôle dans la répression du soulèvement des Frères Musulmans en 1982 puis dans l'échec de la tentative de coup d'Etat de Rifaat, le frère de Hafez, en 1984. Or Fayyad a marié son fils dans la famille Nahas. On mesure combien, pour l'Iran, la Syre constitue la « 35ème province » du pays3.



Les premiers indices de la participation de miliciens chiites étrangers aux combats en Syrie commencent à filtrer à l'automne 2012, par des interviews avec ces combattants ou par le biais du gouvernement irakien4. La plupart de ces miliciens servent dans la brigade Liwa Abou Fadl al-Abbas. Leur nombre est difficile à évaluer mais un milicien irakien parlait déjà, en octobre 2012, de 200 Irakiens partis en Syrie, provenant de scissions du courant de Moqtada al-Sadr et de milices armées formées par l'Iran sous l'occupation américaine de l'Irak. L'organisation Badr, un mouvement politique créé par l'Iran dans les années 1980 pour combattre Saddam Hussein, annonce que le mouvement s'arme et s'équipe pour éventuellement participer au conflit. Début octobre 2012, Abou Hajeer, le chef de la brigade Liwa Abou Fadal al-Abbas, revendique déjà 500 combattants. Cette brigade rassemble plusieurs sous-unités dont certaines portent des noms importants de la religion chiite : brigade Ali Akbar, brigade al-Qasim, brigade Malik al-Ashtar. Au moins une unité est nommée d'après un des martyrs de la brigade (Ahmad Karaya). En Irak, l'organisation du recrutement de volontaires s'est accélérée à partir de la fin 2012 : des convois entiers de bus de pélerins transportent des combattants et des armes. En octobre 2012, le comité de recrutement de la province de Diyala, où l'affrontement entre chiites et sunnites irakiens est très vif (c'est un bastion de l'Etat Islamique en Irak, devenu ensuite EIIL en avril 2013), prétend avoir expédié 70 combattants en Syrie. Si la majorité des volontaires sont chiites, il y a aussi des sunnites et des Druzes. La plupart des combattants chiites irakiens sont motivés par le désir de prévenir, en Irak, le renouveau des violences sectaires de 2006, qui avaient coûté la vie à des centaines de chiites et de sunnites. Pour le moment, la plupart de ces milices restent basées en Irak, et expédient des combattants en Syrie : les groupes armés présents en Syrie ne cherchent pas, comme les factions rebelles, à contrôler des territoires syriens5.


Les groupes armés irakiens qui envoient des combattants en Syrie

La présence de miliciens chiites irakiens en Syrie commence à apparaître au grand jour entre janvier et mai 20136. En mars, les premières photos et notices de « martyrs » tués au combat apparaissent : les morts appartiennent à deux organisations, Asa’ib Ahl al-Haq (La ligue des Justes) et Kata’ib Hizballah (Les Brigades du Hezbollah). Pour le premier groupe, il n'y a pas eu d'annonces officielles, simplement des funérailles dans plusieurs villes irakiennes. Les Brigades du Hezbollah, au contraire, ont massivement diffusé sur le web (le premier martyr est Ahmed Mahdi Shuweili), même si les deux groupes n'indiquent jamais où les combattants ont été tués. Créés sous l'occupation américaine de l'Irak, ces deux groupes armés ont reçu une aide massive du Hezbollah et des Gardiens de la Révolution iraniens. On peut donc considérer que ces deux milices sont de simples paravents du régime de Téhéran. Plus tard, certaines notices de martyrs prouvent d'ailleurs que les miliciens sont d'abord passés par l'Iran avant de gagner la Syrie ; leurs corps sont rapatriés via la frontière irako-iranienne. On apprend en outre que les combattants d'Asa’ib Ahl al-Haq servent en fait au sein de la brigade Liwa Abou Fadl al-Abbas7. A partir du mois de mai, la confusion est grande dans l'identification des morts en raison de l'engagement massif du Hezbollah à al-Qusayr ; or certains membres du Hezbollah qui font partie de la brigade Liwa Abou Fadl al-Abbas sont aussi tués près du sanctuaire de Zaynab, au sud de Damas.

Un grand nombre de chiites irakiens tués en Syrie appartient à la brigade Asa’ib Ahl al-Haq, qui a des liens étroits avec le Hezbollah8. Cette milice (qui comprend 2 à 3 000 hommes), formée en 2006 par une scission de l'Armée du Mahdi de Moqtada al-Sadr, avait combattu les Américains pendant l'occupation de l'Irak et avait notamment aidé à introduire les fameux IED « explosively formed penetrator ». Au vu du nombre de martyrs, c'est sans doute l'un des pourvoyeurs les plus importants. En juillet 2013, le groupe annonce que les combattants dépêchés en Syrie font partie d'une unité spéciale : Liwa Kafil Zaynab. Les vidéos du groupe insistent maintenant sur la coopération avec l'armée syrienne et le Hezbollah. Un ancien leader sadriste, Muhammad al-Tabatabai, qui fait peut-être partie de l'encadrement du groupe, est venu visiter les combattants en Syrie en juillet 20139. Le mouvement a des liens étroits avec l'Iran10. Le 26 avril 2014, un attentat-suicide vise un rassemblent du groupe à Bagdad, tuant 37 personnes. L'attentat est revendiqué par l'EIIL, qui indique que c'est une réponse à l'engagement de Asa’ib Ahl al-Haq en Syrie. L'aile politique du mouvement, menée par Qais Khazali, s'est alliée avec le parti de Nouri al-Maliki pour les élections législatives. 10 des personnes tuées dans l'attentat sont des vétérans de la Syrie. Pour les opposants de Maliki, celui-ci infiltre des combattants chiites djihadistes, sectaires, dans les rangs des forces militaires et de sécurité, notamment dans une force spéciale paramilitaire, les « Fils de l'Irak », chargée de combattre l'EIIL. Les miliciens d'Asa’ib Ahl al-Haq auraient également remplacé la police irakienne dans la province d'Anbar, et seraient apparus, en uniformes réguliers, à Bagdad. Les miliciens sont également présents dans la province de Diyala, frontalière de l'Iran. Ils auraient commis de nombreuses exécutions sommaires. Egalement engagés depuis la révolte dans la province d'Anbar en décembre 2013, orchestrée par l'EIIL, ils y ont déjà perdu au moins un tué. Les miliciens pourchasseraient aussi les sunnites anti-Maliki autour de Bassorah. Moqtada al-Sadr, chiite qui s'oppose à Malili, a violemment condamné Asa’ib Ahl al-Haq et des affrontements armés ont même eu lieu à Bagdad entre sa milice, l'arme du Mahdi, et Asa’ib Ahl al-Haq. Celle-ci, pour maintenir son influence, argue des attaques de l'EIIL commises contre les chiites irakiens11.


Emblème de AAH.-Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/f/fb/Asaib-ahl-alhaq_logo.jpg


Quant aux Brigades du Hezbollah (400 hommes d'élite), elles ont des liens étroits avec la force Qods des Gardiens de la Révolution iraniens : basées à Baghdad, elles font passer en contrebande et stockent des armes iraniennes en Irak. En décembre 2009, le groupe avait acquis une certaine notoriété en piratant un drone Predator américain. Jamal Jafar Muhammad, alias « l'Ingénieur », qui serait le chef de l'organisation, pourrait également être l'un des bras droits du général Suleimani, qui dirige la force Qods. Il aurait participé aux attentats de 1983 contre les ambassades américaine et française au Koweït, et à une tentative d'assassinat de l'émir du pays en 1985, à l'époque où l'Iran essayait d'empêcher le soutien occidental à l'Irak pendant le conflit contre ce pays12. Jaysh al-Mukhtar, une milice chiite formée le 4 février 2013, a été constituée par le secrétaire général des Brigades du Hezbollah en Irak. C'est un paravent pour l'envoi de combattants irakiens en Syrie13. Abu Karrar al-Hamidawi, un des cadres des Brigades du Hezbollah, a servi dans cette milice avant d'être tué en Syrie le 4 avril 2013. Asa’ib Ahl al-Haq et Kata’ib Hizballah sont incorporées dans le projet du président irakien Maliki de former une division spéciale, pour la protection de Bagdad, composée de miliciens chiites14.


AAH publie de nombreuses photos d'insurgés syriens tués pour montrer son "efficacité".-Source : http://4.bp.blogspot.com/-cSTBFOMigUY/Ulu-zybbxxI/AAAAAAAAGRQ/eQNEXLkcvrg/s1600/9.jpg


Harakat Hizballah al-Nujaba est un groupe créé par les Brigades du Hezbollah et Asa’ib Ahl al-Haq pour acheminer les combattants en Syrie, et peut-être aussi par les Brigades du Jour Promis, la milice qui a succédé à Jaysh al-Mahdi de Moqtada al-Sadr. Il a formé, en plus de Liwa’a ‘Ammar Ibn Yasir, la principale milice, qui opère à Alep, et de Liwa’a al-Imam al-Hasan al-Mujtaba, qui elle est dans l'est de la Ghouta (voir plus loin), une autre milice, Liwa’a al-Hamad, à partir de juillet 2013. Le premier martyr n'apparaît que le 5 décembre. Il n'y a quelques vidéos qui montrent ce dernier groupe en action15.

Autre milice irakienne qui intervient dans les combats en Syrie : Kata’ib Sayyid al-Shuhada (KSS : 200 hommes), présente au sud de Damas pour défendre le tombeau de Zaynab, et qui semble être surtout un réservoir de miliciens pour ce faire16. La première mention du groupe date du 14 avril 2013 : elle a porté plusieurs noms, Kata’ib Karbala et Kata’ib Abu Fadl al-Abbas, et a envoyé des combattants qui ont servi dans la brigade Abou Fadal al-Abbas. Certaines sources affirment que la milice serait issue de scissions des Brigades du Hezbollah, et que Abu Mustafa Sheibani, un des personages importants ayant participé à la création de ces groupes spéciaux soutenus par l'Iran en Irak, en serait le chef. Sheibani, qui a la double nationalité irakienne et iranienne, était connu en Irak pour diffuser les « explosively formed penetrator (EFP) roadside bombs ». Là encore, des corps de combattants tués en Syrie passent par la frontière Iran-Irak, révélant la source du financement important du groupe. Une seule vidéo, en juin 2013, mettait en scène la milice en Syrie. Au moins 4 de ses combattants ont été tués en Syrie ; le recrutement semble se faire notamment à Bassorah. Fin août 2013, le total des morts est porté à 8. Il est possible que cette milice soit la branche militaire en Syrie d'une organisation irakienne de Bassorah, le mouvement Sayyid al-Shuhada. A l'été 2013, elle prétend avoir envoyé 500 combattants en Syrie, qui serviraient, pour la plupart, dans l'est de la Ghouta, les zones rurales autour de Damas. L'organisation a peut-être, selon Philip Smyth, servi de paravent à l'organisation Badr irakienne. 8 combattants sont tués ou portés disparus dans l'est de la Ghouta à la fin août, au moment des fameuses attaques chimiques. A noter que sur les vidéos et photographies mises en ligne, les miliciens portent un emblème distinctif bien reconnaissable. Cette milice se distingue aussi des autres par le grand nombre de photos ou de vidéos mettant en scène des cadavres de rebelles, parfois mutilés. Dans son iconographie de propagande, elle montre seulement Khamenei et l'Ayatollah Muhammed Baqir Hakim, l'un des fondateurs de l'organisation Badr en Irak, ce qui renforcerait l'hypothèse des liens avec cette organisation17. Le 24 septembre 2013, la télévision syrienne annonce la mort du chef de KSS, Abu Layth, tué dans l'est de la Ghouta18.




Emblème de KSS-Source : http://azelin.files.wordpress.com/2013/06/untitled187.png?w=277&h=275


En février 2013, Hadi al-Amiri, le chef de l'organisation Badr irakienne (liée à Téhéran), prend prétexte de la livraison d'armes de la Turquie et du Qatar à al-Qaïda comme déclaration de guerre aux rebelles syriens19. Au départ, l'organisation Badr est la milice du Conseil Suprême pour la Révolution Islamique en Irak, avant de s'en détacher et de se constituer comme formation politique. En 2006, elle aurait rassemblé 10 000 miliciens. Le groupe a reçu fonds, entraînement et armement de l'Iran, et ce même avant de devenir autonome. L'organisation durcit sa posture après le 20 mai 2013, jour où un attentat vise un bus de pélerins chiittes près de Tikrit, en Irak, ciblant peut-être des conseillers iraniens venant former des combattants de la milice. Le 17 juin, l'organisation Badr annonce la mort d'un premier milicien, Yasin Muhammed al-Zayn, qui aurait péri à Zaynab. Le 13 juillet 2013, elle proclame avoir déjà envoyé 1 500 combattants en Syrie. L'organisation pleurt ses morts qui appartiennent à une formation spéciale créée pour les besoins de la guerre syrienne, Quwet Shahid al-Sadr20. Le 28 juillet, après l'annonce de la mort d'un deuxième martyr, l'organisation Badr rebaptise cette force expéditionnaire Quwet al-Shahid Muhammed Baqir al-Sadr, d'après le nom de l'ancien chef du mouvement Dawa en Irak. Sadr a joue un rôle important, comme clerc à Nadjaf, dans la formation de l'idéologie qui sera appliquée en Iran à partir de 1979 par Khomeini : il a été exécuté en 1980 par Saddam Hussein. Les miliciens utilisent plus fréquemment que les autres les versions du M-16 (dont la carabine M-4) dont certains équipés de lunettes de visée. Ils utilisent aussi ce qui est apparemment la copie iranienne du fusil anti-sniper Steyr HS. 5021.


Logo de l'organisation Badr.-Source : http://azelin.files.wordpress.com/2013/06/untitled249.png?w=162&h=268


Al-Muqawama al-Islamiyya fi al-Iraq-Faylaq al-Wa’ad al-Sadiq, un groupe dirigé par Al-Muqawama al-Islamiyya fi al-Iraq-Faylaq al-Wa’ad al-Sadiq, serait basé à Nadjaf, en Irak. Le nom du groupe renvoie aux provocations du Hezbollah et à la capture de deux soldats israëliens qui avait entraîné la guerre contre Tsahal en 2006. On ne sait pas si le groupe a été créé à cette date ou plus tard, en 2010-2011. En août 2012, il annonce se tourner vers des projets civils, mais un an plus tard, il envoie ses premiers combattants en Syrie. La première vidéo ne date que de janvier 2014 mais a pu être tourné avant : on y voit une subdivision de la milice, Kata’ib Musa al-Khadhim-Sariyya ‘Ammar Ibn Yasir, attaquer un Humvee. Comme Harakat al-Nujaba, le groupe semble être un paravent iranien reconfiguré pour envoyer des combattants irakiens en Syrie. De manière intéressante, le groupe prétend combattre à Alep, où opère déjà Liwa’a ‘Ammar Ibn Yasir : cela confirme effectivement la présence remarquée de davantage de miliciens chiites dans le secteur en décembre 2013-janvier 201422.


Les milices irakiennes basées en Syrie


La brigade Liwa Abou Fadl al-Abbas (LAFA) est apparue à l'automne 2012 et confirme, si besoin, est que la guerre civile syrienne s'oriente vers un conflit de plus en plus sectaire23. L'organisation se fixe comme objectif la défense du sanctuaire chiite de Sayida Zaynab et des populations chiites environnantes au sud de Damas. Elle réunit une minorité de combattants syriens et une majorité de combattants chiites étrangers. Dans l'esprit, elle reflète ce qu'ont pu être les brigades internationales pendant la guerre d'Espagne. Cependant, cette milice fait appel à de nombreux combattants de Asa’ib Ahl al-Haq ou des Brigades du Hezbollah, soutenues par l'Iran, a des uniformes, des armes flambant neuves, une structure de commandement et s'identifie avec le Hezbollah libanais. L'influence de l'Iran est évidente dans la structure de l'organisation. Le nom du groupe lui-même renvoie à la rupture historique entre les chiites et les sunnites, Abou Fadl al-Abbas étant un combattant chiite qui s'illustre à la bataille de Kerbala et qui était le porte-drapeau de l'imam Hussein. Une vidéo fameuse montre un combattant de la brigade hissant le drapeau de celle-ci sur le dôme doré du sanctuaire de Zaynab.



Source : http://azelin.files.wordpress.com/2013/05/untitled35.png?w=960


Au départ, LAFA est formée comme la plupart des Comités Populaires syriens, à partir de chiites vivant à proximité du sanctuaire de Zaynab. La plupart des membres initiaux sont des réfugiés chiites irakiens qui ont souvent été miliciens dans leur pays d'origine. A part un Syrien, tous les dirigeants du groupe ont des racines irakiennes. Abou Fatima al-Musawi devient plus tard le chef de Liwa Assad Allah al-Ghaleb (LAAG), dont les symboles sont proches de AAH. Un autre membre de LAAG, Qasim Abdul Mamuri, est un membre d'AAH24.

Le groupe armé rassemble à la fois des chiites irakiens, formés et armés par l'Iran, et des chiites libanais, dont des combattants du Hezbollah. Les uniformes et la tactique du tir semi-automatique, pour améliorer la précision et économiser les munitions, relieraient LAFA au mouvement libanais. Mais dès le mois d'août 2012, le Hezbollah était présent autour du sanctuaire de Zaynab : Hassan Selim Meqdad, capturé par les rebelles, est supposé être un cadre de l'organisation libanaise. Sous la torture, visiblement, il avait reconnu la présence de 250 hommes autour du site. En avril 2013, Haidar Haj Ali est tué en Syrie : on croit d'abord qu'il est de la LAFA, mais il appartient en réalité au Hezbollah, et il a manifestement péri près du sanctuaire de Zaynab. Les emblèmes utilisés par LAFA rapprochent celle-ci du Hezbollah, et, derrière, de l'Iran. On sait que la milice a un secrétaire général, comme le Hezbollah, Abou Ajeeb (qui vient du vilage de Nubl, près d'Alep) ; un autre chef important est Abou Hajar (il s'agit de noms de guerre). Des photos où l'on voit le groupe opérer avec des véhicules de police ou des équipements plus lourds de l'armée syrienne laissent penser que la milice est intégrée, d'une façon ou d'une autre, aux opérations des forces du régime. Equipée de technicals, de fusils de précision Dragunov, d'armes légères et même de pièces d'artillerie, LAFA semble opérer de manière efficace en combat urbain. On sait par ailleurs que LAFA est soutenue, près du tombeau de Zaynab, par les miliciens syriens25. Au total, la brigade LAFA comprendrait entre 500 et 1 500 hommes, selon les sources. LAFA ne défend pas seulement le tombeau de Zaynab : elle protège aussi d'autres sites considérés comme saint par les chiites. La tombe de Al-Sayyida Ruqayya, la fille d'Husayn bin Ali, est située dans la campagne autour d'Alep ; la tombe de Al-Sayyida Sakinah, une autre fille d'Husayn bin Ali, se situe elle dans le faubourg de Daraya, à Damas26. Liwa al-Taff, une force créée en mai 2013, et qui comprend plusieurs centaines de combattants répartis en au moins trois bataillons, appuie les opérations de LAFA27.




Le 5 juin 2013, le jour même de la victoire à al-Qusayr, une nouvelle milice chiite basée à Damas, Liwa’a Zulfiqar (LZ), apparaît sur Facebook28. En réalite, ce nouveau groupe est issu de LAFA, probablement dans l'intention d'agir sur le moral des rebelles en laissant croire qu'un véritable flot de combattants chiites afflue en Syrie pour aider le régime. La plupart des miliciens sont tirés de Liwa’a al-Yum al-Mawud -de Moqtada al-Sadr-, de Asa’ib Ahl al-Haq et des Brigades du Hezbollah. D'après une dépêche de Reuters datée du 19 juin, il se pourrait que LZ soit une création nouvelle suite à des combats ayant opposé les forces du régime syrien aux miliciens irakiens chiites eux-mêmes (!) à Damas ! Malgré tout, les miliciens chiites irakiens demeurent dépendants de l'armée syrienne pour obtenir le matériel lourd (blindés, artillerie, etc) nécessaire à certaines opérations. La création de LZ correspondant aussi à un changement d'emblème pour LAFA. Le nom de la nouvelle formation lui-même est symbolique : Zulfiqar est l'épée à deux pointes de Mahomet, que celui-ci aurait donnée à Ali sur son lit de mort, symbolisant pour les chiites la passation de pouvoir de l'un à l'autre. Les combattants de LZ se distinguent aussi par le port de tenues à camouflage désertique, contrairement à ceux de LAFA. Son commandant est Fadel Subhi, alias Abou Hajar, qui vient de LAFA. Il est tué à Deraa le 16 septembre 2013 et son corps est rapatrié à Nadjaf, en Irak. Abou Shahed, qui vient aussi de LAFA, a pris le relais29.



Source : http://azelin.files.wordpress.com/2013/06/untitled236.png?w=300&h=225


Liwa’a ‘Ammar Ibn Yasir (LAIY) est le premier groupe composé de miliciens chiites irakiens à ne pas combattre au sanctuaire de Zaynab30. LAIY intervient dans la zone au nord d'Alep et dans la cité elle-même, ce qui tend à prouver que contrairement à ce que l'on pensait jusque là, les miliciens étrangers ne sont pas employés qu'à Damas ou dans de grandes offensives comme à al-Qusayr, mais aussi pour des opérations de combat urbain plus quotidiennes. Le groupe apparaît fin mai 2013 sur le web et le 4 juin procède aux funérailles très hautes en couleur de 7 combattants tués en Syrie. Le nom de l'unité lui-même est encore une fois très instructif : Ammar Ibn Yasir était l'un des compagnons d'Ali, connu pour sa loyauté. Sa tombe, à Raqqa, en Syrie, a été détruite par les insurgés après la prise de la ville en mars 2013. La milice met souvent en avant dans ses documents iconographiques Akram al-Kaabi, le chef d'une autre milice chiite, Asa’ib Ahl al-Haq, ce qui suggère qu'encore une fois, ce nouveau groupe n'est peut-être qu'un paravent d'une structure antérieure. En plus des 7 tués du 4 juin 2013, un autre mort est enterré le 3 juillet suivant. Sur Youtube, les vidéos sont postées sous un utilisateur appelé Brigades de l'Armée du Mahdi, une référence explicite à Moqtada al-Sadr, qui a été réticent à envoyer des combattants en Syrie et qui est en délicatesse avec le pouvoir iranien. La milice cherche probablement ainsi à se gagner les faveurs de volontaires irakiens supplémentaires. Sur les vidéos, on peut voir très nettement que les miliciens chiites irakiens arborent un brassard jaune : pour les insurgés, cela les identifie immédiatement comme combattants étrangers. Le Hezbollah avait distribué des brassards identiques pendant la bataille d'al-Qusayr et on sait que LAFA en porte aussi à Damas. En août 2013, LAIY avait déjà perdu 10 tués en Syrie31.



Logo de LAIY.-Source : http://azelin.files.wordpress.com/2013/07/untitled273.png?w=300&h=166


Le 23 juillet 2013 apparaît une nouvelle milice, Liwa’a al-Imam al-Hasan al-Mujtaba-Sariyya Shahid Ahmed Kayara (LIHM), qui combat dans les environs urbains et ruraux de Damas, et particulièrement au sud-est de la capitale, près de Shebaa. La milice porte le nom du deuxième imam chiite. Elle se singularise par la reconnaissance, en son sein, de plusieurs bataillons. Elle prétend en effet disposer d'une unité de mortiers, d'une autre de roquettes, et de plusieurs bataillons d'infanterie, dont une force d'intervention rapide, le bataillon Ashtar. La propagande de la milice colle moins aux Iraniens, ce qui serait peut-être une façon d'élargir le recrutement dans le monde chiite. Comme les autres milices, LIHM met en valeur, en particulier dans ses vidéos, les snipers32.

Fin septembre 2013, une autre milice se fait jour : Sariyya al-Tali’a al-Khurasani (STK), nommée d'après Abou Muslim al-Khurasani, un combattant du VIIIème siècle qui a contribué à la chute des Omeyyades. L'organisation prétend être basée à Erbil, au coeur du Kurdistan irakien : elle opère uniquement dans les zones rurales autour de Damas. La création officielle date du 8 octobre 2013. Comme les autres milices, elle met en avant la défense du tombeau de Zaynab et l'idéologie iranienne. L'organisation met en ligne de nombreuses photos et vidéos de ses combattants avec une insistance particulière sur des poses à côté du drapeau de la milice. Le logo est inspiré de celui des Gardiens de la Révolution. La milice ne semble pas recevoir de combattants d'autres groupes irakiens. Contrairement aux autres groupes également, elle donne rapidement le nom de son chef, Ali al-Yasiri. L'armement est semblable à celui des autres formations, le groupe utilisant aussi des mortiers légers. Comme l'organisation Badr, les photos montrent régulièrement des clercs chiites aux côtés des combattants33.


Logo de STK-Source : http://azelin.files.wordpress.com/2013/10/untitled416.png?w=218&h=243


La dernière milice d'origine irakienne apparue en Syrie est Liwa Assad Allah al-Ghaleb (LAAG)34. Cette milice a été formée fin 2013 par A’qil Al-Mousawy, qui répond au nom de guerre d'Abou Fatimah. Ce dernier a formé cette nouvelle milice après avoir été commandant dans Liwa Abou Fadal al-Abbas. Après être revenu en Irak, il recrute pour constituer sa propre unité. LAAG est engagé à Daraya, au sud de Damas, à la fin 2013, puis dans le faubourg de Qadam, non loin de l'autoroute Damas-Deraa. L'inexpérience des combattants entraîne de lourdes pertes dans les premiers engagements. Gagnant progressivement de l'expérience, la milice est engagée avec d'autres groupes irakiens à Mleha, dans l'est de la Ghouta. En plus de chiites irakiens, elle est désormais composée de chiites et de Druzes syriens. Ces derniers viennent de la ville de Jaramana, proche de Mleha. LAAG suit, sur le plan religieux, l'autorité de Sheikh Qassem Al-Ta’y, dont la branche syrienne, dirigée par Sheikh Ibrahim Dawa, finance cette milice. LAAG emploie, à la mi-mai 2014, des roquettes de type Volcano contre Mleha : une vidéo, qui met en scène les tirs, est la première du genre à montrer des miliciens étrangers en Syrie, pro-régime, utiliser ce type de matériel.





  • Les autres milices


Le nationalisme arabe, contrairement à ce que l'on pourrait croire, est loin d'être mort. Il est même encore présent dans de nombreux pays arabes d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Les nationalistes arabes ont ainsi formé leur propre milice en soutien du régime syrien, la Garde Nationaliste Arabe35. Formée en avril 2013, celle-ci comprend 4 bataillons, dénommés Wadih Haddad (un chrétien palestinien, nationaliste arabe, membre du FPLP), Haydar al-Amali (un penseur nationaliste arabe libanais, mort en 2007), Mohamed Brahmi (un Tunisien fondateur du Mouvement Populaire Arabe Nationaliste et Socialiste, tué en juillet 2013 par les islamistes) et Jules Jammal (un chrétien syrien officier de la marine syrienne, passé au rang de héros pour avoir soi-disant coulé un navire français en 1956 pendant la crise de Suez).


Emblème de la Garde Nationaliste Arabe.-Source : http://3.bp.blogspot.com/-cG-w7b29Wtw/UsKLQCS7jDI/AAAAAAAAIIQ/7iB-mi0keZ0/s1600/1.jpg


L'idéologie du groupe rallie le discours du régime syrien, face aux intérêts sionistes, insiste sur la libération de la Palestine, vante les mérites de Nasser et ceux de la République Arabe Unie entre la Syrie et l'Egypte entre 1958 et 1961. Dans l'iconographie figurent aussi Hugo Chavez, le Hezbollah et Saddam Hussein. La Garde Nationaliste Arabe procède à des recrutements via des réseaux comme la Jeunesse Nationaliste Arabe, présente à Sidon au Liban, à Gaza et en Egypte. La milice comprend de nombreux combattants du monde arabe, dont des Irakiens et des Egyptiens. Elle collabore étroitement avec l'armée syrienne et se trouve dans les provinces de Damas, Homs, Alep et Deraa. Elle est surtout présente à Damas et aux alentours, et aurait pris part à l'offensive dans le Qalamoun en novembre 2013.


Combattants du bataillon Mohamed Brahmi dans le Qalamoun.-Source : http://4.bp.blogspot.com/-nQQ7n6LP7Tw/UsKNuRjRkdI/AAAAAAAAIJc/4pBP8OyvVu0/s1600/10.jpg


D'après Al-Akhbar, la Garde Nationaliste Arabe aurait été formée en mai 2013, après un raid aérien israëlien sur la Syrie (probablement un de ceux contre le matériel destiné au Hezbollah), et serait dirigée par un Libanais originaire de Jamal Amal, au sud du pays, Abu A’ed. Elle se compose à l'origine de membres de la Jeunesse Nationaliste Arabe. Abu A’ed a combattu en Irak contre les Américains. D'après le frère de ce dernier, c'est en collaboration avec l'armée syrienne que la Garde Nationaliste Arabe installe alors son camp sur le mont Qassioun, qui surplombe Damas. Le nombre de combattants, et particulièrement ceux recrutés en Egypte et en Palestine, aurait cru de manière importante au moment des menaces de frappes occidentales sur la Syrie, en septembre 2013, avant l'accord sur les armes chimiques du régime. La Garde Nationaliste Arabe collabore avec les réguliers syriens et les Forces Nationales de Défense : elle interviendrait dans les provinces de Damas, Deraa, Homs et Alep. Parmi les recrues, il y aussi des Irakiens, des Tunisiens, des Yéménites et même des Syriens. Le groupe est financé, entraîné, armé et encadré par le régime. L'effectif avoisinerait les 1 000 hommes et les pertes se monteraient au moins à 50 tués. La plupart des hommes ont entre 18 et 30 ans ; d'anciens officiers des armées égyptienne et irakienne, ou des groupes palestiniens, serviraient d'instructeurs et de conseillers pour les forces du régime. Ainsi le docteur Jamal, 36 ans, ancien officier de l'armée égyptienne. Il a quitté celle-ci après que le président Morsi ait soutenu l'insurrection syrienne et appelé à une intervention occidentale. Le premier tué du groupe, Ahmed Osman, appelé Abu Bakr al-Masri, est mort dans le Qalamoun en octobre 2013. La plus jeune recrue, Fidaa al-Iraqi, un Irakien de 16 ans, a été blessé lors de combats dans la province de Quneitra. Un jeune Libanais de 25 ans, qui lui a été blessé dans la province de Deraa, confirme que la Garde Nationalise Arabe combat aux côtés du Hezbollah et du Parti National Socialiste Syrien (voir ci-dessous). La Garde Nationaliste Arabe a aussi recruté 70 Syriennes qui assurent des tâches de sécurité. Dalal, une jeune femme de 22 ans originaire de Raqqa, a d'abord soutenu l'insurrection ; mais elle a été horrifiée par la mainmise des djihadistes sur Raqqa, puis par la décapitation d'un homme dans la province d'Idlib36. A la mi-mai 2014, la Garde Nationaliste Arabe est engagée sur le front de Mleha, dans l'est de la Ghouta. Comme la milice irakienne et syrienne Liwa Assad Allah al-Ghaleb, elle utilise désormais des roquettes Volcano37.


Combattants de la Garde Nationaliste Arabe à Mleha.-Source : https://syrianfreepress.files.wordpress.com/2014/05/arab-nationalist-guard-2.jpg




Le Front Populaire de Libération de la Palestine-Commandement Général (FPLP-CG), un paravent de la Syrie qui précède de longue date la guerre civile, a été lui aussi impliqué dans le conflit, et y a subi des pertes38. Depuis les années 1970, avec les prises d'otages dans les avions ou les attentats à la bombe, ce groupe aux tactiques innovantes est devenu une milice parmi d'autres au service du régime Assad. Fondé par Ahmad Jibril, le groupe réunissait des militants désireux de passer à l'action plutôt que d'ergoter sur le marxisme. Après la fin de la guerre froide, le FPLP-GC dépend étroitement de l'appui syrien. Il s'associe également avec l'Iran, proche allié du clan Assad. Jibril n'a de fait aucune idéologie : d'aucuns le décrivent comme un « révolutionnaire nihiliste ». Il faut dire que Jibril a servi dans l'armée syrienne, puis a fondé, en 1961, le Front de Libération de la Palestine (FLP). Le groupe est constitué de Palestiniens ayant servi eux aussi dans l'armée syrienne, et avec l'arrivée au pouvoir de Hafez el-Assad, le groupe est étroitement lié à l'appareil militaire de Damas. D'ailleurs, pendant la guerre civile libanaise (1975-1990), le FPLP-GC participe à la « guerre des camps » contre l'OLP d'Arafat. La guerre civile syrienne est un choc car le groupe est attaqué sur tous les fronts : dans ses camps d'entraînement au Liban, dans les camps de réfugiés près de Beyrouth, et à son QG de Damas. Des scissions et des défections sont intervenues.


Le camp de réfugiés palestiniens du Yarmouk, au sud de Damas, créé dans les années 1950, est devenu un quartier à part entière. Ses 150 000 habitants sont même davantage des Syriens que des Palestiniens. Dès juin 2011, le QG du FPLP-GC à Yarmouk est incendié. La milice du groupe réagit et abat 14 personnes, en blesse 43 autres. En juillet 2012, 17 membres de l'Armée de Libération de la Palestine, une milice pro-Assad, sont kidnappés alors qu'ils se rendent à Alep, puis assassinés. La milice de 2 000 hommes du camp du Yarmouk commence alors à se déchirer. Dès le mois d'août, le FPLP-GC mène des opérations dans le camp avec l'armée syrienne, et crée une milice paravent pour ce faire, le Comité Populaire-Camp de Réfugiés du Yarmouk. Elle établit des checkpoints dans le camp et commence à subir des pertes face aux Palestiniens pro-insurrection et aux insurgés syriens : 3 tués le 7 septembre, un cadre, Adel Hasan, en octobre, tué dans un camp de réfugiés de la province de Deraa. Les Palestiniens pro-insurrection forment bientôt leur propre unité, Liwa al-Asifah (Brigade Tempête), armée par les insurgés syriens. Les attentats à la bombe dans le camp se multiplient dans les mois suivants. Les insurgés et les Palestiniens alliés visent en particulier les camps d'entraînement du FPLP-GC, comme Rihaniyya, pris en novembre 2012. En décembre, la pression est elle que Jibril quitte Damas, le mouvement étant chassé du camp Yarmouk. L'aviation syrienne commence dès lors à le pilonner. Les insurgés répliquent en assassinant le chef opérations du FPLP-GC, Madel Elian. Le site internet du groupe est également neutralisé à plusieurs reprises. Les pertes ont été lourdes dans les combats du Yarmouk ; Nidhal Alani, un des commandants les plus expérimentés, a été tué. En avril 2013, 6 combattants trouvent la mort dans une des nombreuses tentatives de réinfiltrer le camp.

Les scissions et défections ont été fréquentes depuis les débuts du FPLP-CG. Dès la guerre civile libanaise, le mouvement y répond avec la plus féroce violence. En 1977, Muhammad Zaydan part avec ses hommes, en désaccord avec le soutien apporté aux Syriens au Liban. Il fonde le Front de Libération de la Palestine. Un an plus tard, Jibril fait placer une bombe dans le QG du mouvement à Beyrouth, qui tue 200 personnes, dont l'essentiel des cadres du groupe. Le mort du fils de Jibril, Jihad, qui commandait les forces du FPLP-CG au Liban, en 2002, serait peut-être due à des querelles internes. En avril 2010, des affrontements armés éclatent dans un camp de la Bekaa après que Jibril ait limogé un chef local. Après l'implication du FPLP-CG aux côté du régime syrien en août 2012, le camp de Sabra, près de Beyrouth, se déchire. 6 membres du Comité Central du mouvement seraient partis en signe de protestation. Et même Khalid Jibril, le fils d'Ahmad, chef des unités spéciales du mouvement, aurait tenté de rejoindre Gaza en février 2013. Une scission, le FPLP-CL (Commandement Libre), combattrait même aux côtés des rebelles syriens.

Au Liban, en octobre 2012, le QG du FPLP-CG au camp de réfugiés de Ain al-Hilweh, à Sidon, est attaqué par des inconnus armés. En janvier et mars 2013, des sunnites pro-insurrection syrienne attaquent les bureaux du mouvement au même endroit. Le mouvement réplique en tirant des roquettes, en novembre 2012, sur des villages, puis en enlevant un chef sunnite important de la Bekaa, Shaykh Arfan al-Maarabouni. Le FPLP-CG, placé dans le Chouf et la Bekaa, peut lancer des roquettes sur le Liban et la Syrie. Pour conserver une certaine activité, le mouvement s'est rappoché de l'Iran depuis l'été 2012. Il faut dire aussi que l'encadrement vieillit : Jibril a plus de 70 ans, un des chefs historiques, Ibrahim Salama, est mort en mai 2013. La seule alternative pour cette coquille de plus en plus vide est de s'accrocher désespérement à ses soutiens, Syrie et au besoin, Iran.

Le Parti Social Nationaliste Syrien (PNSS) apporte aussi la contribution de sa branche militaire, que l'on reconnaît à l'emblème du zawba’a (typhon). Plus connu pour son activité au Liban, les cadres du PNSS ont été mobilisés dans les Forces Nationales de Défense et les comités populaires. Mais les indices se multiplient montrant que le PNSS opère de manière indépendante. Les éloges aux martyrs tombés au combat se multiplient, comme celui de Muhammad Ali Awad, un Libanais tombé au combat dans la province de Homs à la fin décembre 2013. Le rôle important du PNSS au Liban renforce encore l'intérêt d'une analyse de son implication en Syrie. Fondé en 1932 par un Grec orthodoxe juste à l'extérieur de Beyrouth, le PNSS défend une idéologie plutôt séculière et pan-syrienne, défendant l'idée d'une « Grande Syrie » qui par certains côtés emprunte beaucoup aux nationalismes européens. Il utilise un discours de « résistance » et d'anti-impérialisme, bien que ses détracteurs lui reprochent fréquemment de verser dans l'extrême-droite, voire le fascisme pur et simple. Bien qu'ayant un recrutement transconfessionnel, le PNSS semble aujourd'hui davantage s'activer pour armer les chrétiens face à une insurrection considérée comme dominée par les sunnites.


Emblème du PNSS.-Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/e9/Logo_of_the_Syrian_Social_Nationalist_Party.svg/600px-Logo_of_the_Syrian_Social_Nationalist_Party.svg.png


Malgré ses faibles moyens, la branche militaire du PNSS au Liban est connue pour ses actions éclairs et audacieuses. Le PNSS est ainsi à l'origine de l'introduction des attentats-suicides contre les Israëliens après l'invasion du Liban en 1982 et probablement responsable de la mort du président Bashir Gamayel. Le PNSS a combattu aux côtés du Hezbollah contre Israël, mobilisant encore pendant la guerre de l'été 2006. En mai 2008, ses éléments participent à la défaite des miliciens sunnites dans les rues de Beyrouth. Les sunnites répliquent d'ailleurs en tuant 11 membres de l'organisation à Hadra, puis en mutilant les cadavres. Le PNSS a également fait le coup de feu à Tripoli contre les sunnites radicaux qui prennent le parti des insurgés syriens, en mai 2012 puis en juin 2013. Les combattants du PNSS, essentiellement des Libanais et des Syriens, opèrent dans les provinces de Homs et de Damas, mais on les a vus aussi à Tartous, dans les provinces de Suweida et Deraa, et même récemment à Morek, dans la province de Hama39. A la mi-mai 2014, après l'évacuation de Homs par les insurgés syriens, les miliciens du PNSS qui stationnent dans la ville affrontent par les armes les miliciens syriens, pourtant eux aussi pro-régime, des Forces Nationales de Défense, dans le quartier de Hamadieh. La cause des incidents serait peut-être que les FND, qui ont commis de nombreux pillages, s'en sont pris à des maisons chrétiennes. Or le PNSS est la première milice pro-régime syrien a tenté d'exercer, selon Philip Smyth, une forme de contrôle territorial en Syrie. Le parti a mis en place ses propres drapeaux sur les zones conquises et a lancé un nouveau site internet complètement indépendant du régime syrien. Le PNSS, qui comprend de nombreux chrétiens libanais, et qui est pourtant plutôt séculier, pourrait ainsi jouer de la carte « chrétienne » pour renforcer son emprise territoriale. Il profite aussi du rejet par la population des FND, considéré comme de véritables pillards40.


  • Les combattants ou formations « exotiques »


Si la majorité des combattants étrangers venus soutenir le régime Assad vient d'Irak et du Liban, et suit l'idéologie iranienne, d'autres ne viennent pas forcément de pays arabes avec de fortes minorités chiites41. Des rumeurs font ainsi état de la présence de combattants afghans, pakistanais et même d'un Africain de l'ouest du continent au sein de LAFA, la principale milice pro-iranienne. Dès la fin janvier 2013, les rumeurs s'accumulent sur la présence chiites afghans, peut-être issus de la minorité des Hazaras. Les rebelles en particulier s'ingénient à insister sur la présence d'Afghans et de Pakistanais, impossible à vérifier, d'autant que les éléments restent épars. Muhammed Suleiman al-Kuwni, dont la mort est annoncée par LAFA puis par l'Iran les 26-27 juillet 2013, serait un combattant venu de Côte-d'Ivoire, où vit un demi-million de musulmans chiites. On sait que le Hezbollah a développé un réseau de financement et même de recrutement dans ce pays, mais on ne peut là encore vérifier que ce combattant en est bien originaire.

Récemment, un journal afghan a affirmé, le 15 janvier 2014, que les Gardiens de la Révolution recruteraient effectivement parmi la communauté chiite afghane. Ils auraient expédié 120 hommes en Syrie rien que durant les deux derniers mois, dont 28 ont été tués et 8 blessés. Les morts ont été enterrés dans le cimetière iranien de Mashad et les blessés soignés dans un hôpital des Gardiens de la Révolution. D'après des vétérans eux-mêmes, les Gardiens recrutent parmi la communauté afghane réfugiée en Iran (2,5 millions de personnes) en promettant notamment la résidence permanente aux volontaires. Fin novembre, un journal lié aux Gardiens de la Révolution avait déjà annoncé la mort de 10 Afghans réfugiés en Syrie : deux des martyrs avaient été enterrés à Qoms, ce qui tend à prouver que les Gardiens fournissent une compensation financière aux familles des volontaires42.

Plusieurs centaines de combattants chiites pro-régime seraient aussi originaires de la péninsule arabique, notamment du Yémen. En juin 2013, un officiel irakien évoquait la mort de 9 Saoudiens, 8 Bahreinis et 6 Koweïtiens chiites morts au combat en défendant le sanctuaire de Zaynab, enterrés à Nadjaf. Le premier Saoudien tué en Syrie en combattant pour le régime serait Ahmad Adnan al-Qar'ush, de la région chiite d'al-Qatif. Il a combattu pour LAFA et a été tué en mai 2013. Les médias saoudiens rapportent quant à eux la présence, dans la région de Damas, de l'organisation terroriste saoudienne Hezbollah Hijaz. En août 2013, le journal arabe Al-Sharq Al-Awsat, basé au Royaume-Uni, affirme que des centaines de combattants chiites houthites, au Yémen, une insurrection soutenue par l'Iran, combattraient en Syrie. Le Yémen avançait déjà le chiffre de 200 houthites en mai 2013 et en juin, 6 d'entre eux auraient été tués dans la province de Deraa. Certaines photos postées sur Facebook laissent supposer que quelques Somaliens combattraient aussi dans les rangs de LAFA.

Début mars 2014, des hommes supposés venir des Etats-Unis combattant pour le régime syrien multiplient les vidéos les montrant sur le champ de bataille publiées sur Internet. « Wino », du gang Westside Armenian Power de Los Angeles, et « Creeper », du gang Surenos 13, lié à la mafia mexicaine. « Wino » s'appelle en fait Nerses Kilajyan ; selon les chercheurs américains, il est en Syrie depuis décembre 2012, comme l'indique son profil Facebook. Il se montre en photo avec plusieurs autres américains et combat manifestement sous le commandement du Hezbollah. Les motivations restent difficiles à expliquer : Nerses a peut-être des liens familiaux avec la Syrie, mais l'argent semble la motivation la plus pausible43. Surtout, il appartient peut-être à la minorité arménienne américaine, sans être citoyen américain lui-même ; or les chrétiens arméniens de Syrie ont pour partie rejoint les milices pro-régime44. Certaines vidéos ou photos semblent avoir été prises dans la région d'Alep.



  • Encadrement, idéologie caractéristiques et engagement des milices étrangères en Syrie :

Dans la presse et les médias, les volontaires irakiens sont souvent présentés comme désorganisés, mal entraînés45. En réalité, insister sur les volontaires fait partie d'un récit cherchant à regrouper l'effort irakien, en particulier parmi les chiites, derrière le bouclier iranien. Les volontaires constituent la majorité des recrues mais ils sont sélectionnés par les autorités syriennes et iraniennes et soumis à un entraînement sévère, notamment assuré par le Hezbollah. Sur le plan idéologique, les volontaires acquiescent au discours véhiculé en Iran. L'apparition des milices irakiennes à partir de mars 2013 permet de constater que les recrues viennent essentiellement des provinces de Bassorah, Maysan, Nadjaf et Bagdad.

L'argument principal pour justifier l'intervention des miliciens irakiens chiites est la défense du sanctuaire chiite de Zaynab, au sud de Damas ; à l'est de ce dernier se trouve l'aéroport international de la capitale syrienne. L'intérêt stratégique du site est donc évident. Les Irakiens eux-mêmes en font des chansons, comme celle d'Ali Muwali, « Ya Zaynab », qui est reprise dans de nombreuses vidéos des milices irakiennes opérant en Syrie. Zaynab, la soeur de Hussein, a le caractère d'une quasi sainte pour les chiites, d'où l'importance accordée à sa sépulture. En réalité, l'Iran est présent de longue date autour du sanctuaire, où il détient des propriétés et dispense un enseignement religieux conforme à celui du régime iranien. Progressivement, les milices irakiennes étendent leur objectif à la défense de tous les tombeaux chiites -et pas seulement en Syrie- et non à celle de Zaynab seulement. Même le Parti National-Socialiste Syrien, une formation politique pourtant séculière, a repris l'argument religieux de la défense du sanctuaire de Zaynab. Depuis juin 2014, et le redéploiement de certains miliciens en Irak contre l'EI, s'ajoute le souvenir de la destruction par al-Qaïda du sanctuaire al-Askari de Samarra46. Le Hezbollah développe ensuite un discours panchiite, affirmant intervenir en Syrie pour protéger des villages frontaliers majoritairement peuplés de chiites. L'Iran, suivi par le Hezbollah, s'empresse de qualifier les rebelles syriens de takfiris, et cède au discours conspirationniste faisant des Américains, et plus largement de l'Occident, les soutiens occultes des islamistes radicaux de l'insurrection syrienne47.

Source : Phillip Smyth, THE SHIITE JIHAD IN SYRIA AND ITS REGIONAL EFFECTS, Policy Focus 138, The Washington Institute for Near East Policy, février 2015.

Source : Phillip Smyth, THE SHIITE JIHAD IN SYRIA AND ITS REGIONAL EFFECTS, Policy Focus 138, The Washington Institute for Near East Policy, février 2015.

L'entraînement des miliciens irakiens se ferait notamment en Iran, sous la direction des Gardiens de la Révolution. Il durerait deux semaines dans des camps de Sanandaj, une ville de l'ouest du pays. Les volontaires reçoivent 50 dollars par jour, soit 1 500 dollars par mois, en plus d'une prime de 12 000 dollars à l'engagement. En novembre 2013, la demande de combattants serait telle que le salaire moyen serait passé à 2 500 dollars48. Les Iraniens forment également plus longtemps certaines recrues dans des camps spéciaux tenus par la force Qods à Varamin. Les volontaires sont ensuite expédiés par groupes de 10 à 15 en avion à Damas. Une fois arrivé, après une rencontre avec les chefs de milices chiites, ils sont convoyés en bus. Les vétérans des combats en Irak ont parfois l'expérience des combats urbains et en rase campagne. Les milices chiites irakiennes emploient des fusils d'assaut AK-47 et dérivés, des mitrailleuses PKM, des fusils de précision et des RPG-7. Non seulement elles montent des checkpoints ou des positions défensives, des embuscades et des contre-embuscades, mais elles servent parfois, aussi, d'infanterie appoint pour les unités blindées/mécanisées syriennes. Elles manoeuvrent également leurs propres technicals. Les miliciens chiites insistent sur la manipulation de telle ou telle arme : cela fait partie de leur entraînement en Iran, où ils reçoivent une formation spécifique sur un armement donné pendant 45 jours. Les snipers, en particulier, sont mis en avant par LAFA, LAIY et LZ, avec des fusils d'assaut FAL ou Steyr SSG 69 à lunette, et des versions modifiées du Dragunov SVD. Les tireurs d'élite servent parfois au sein d'escouades ou de manière plus indépendante, en solitaire ou en binôme.

Depuis octobre 2013, Philip Smyth note, parmi les photos et vidéos de combattants des milices chiites, une présence plus important des armes anti-snipers49. Ces armes sont peut-être des copies iraniennes du Steyr HS. 50 de 12,7 mm, une arme qui porte jusqu'à 1 500 m. L'Iran en avait reçu 800 en 2007 (les Américais en ont retrouvé une centaine en Irak, et au moins un soldat a été tué par une telle arme), mais il est probable que les miliciens manipulent, de fait, des copies, le Sayad-250. Téhéran a pu en convoyer au régime syrien par avion ou celui-ci s'est « servi » lors de livraisons précédentes d'armes par l'Iran au Hezbollah, en tant qu'intermédiaire de transit. En Syrie, en plus du Hezbollah libanais, les milices alimentées par Harakat Hizballah al-Nujaba sont fréquemment vues avec cette arme. Cette augmentation des images de matériel anti-sniper est peut-être destinée à des fins de propagande ; l'arme est probablement devenue plus répandue avec la prolifération des milices chiites ; enfin, le régime a mené plusieurs offensives à l'automne qui ont pu conduire à davantage utiliser cet équipement.

La question du nombre de miliciens, en particulier irakiens, qui participent aux combats en Syrie, est l'une des plus sensibles. Comme on l'a dit au début de cet article, certaines sources parlent de 3 500 à 4 000 hommes. En juin 2013, Philip Smyth faisant le décompte suivant : entre 800 et 2 000 combattants51. Dans un article du journal Elaph, basé à Londres, Viviane Aqiqi, qui écrit depuis Beyrouth, évoque le chiffre de 5 000 miliciens chiites irakiens déjà formés et expédiés en Syrie par les Gardiens de la Révolution : 500 pour As’ib Ahl al-Haq, 600 pour les Brigades du Hezbollah, 400 pour Kata’ib Sayyid al-Shuhada, 2 000 pour Liwa al-Youm al-Mawud, 200 pour Saraya Tala’i al-Khurasani, 300 pour Quwet al-Shahid Muhammed Baqir al-Sadr, 500 pour Liwa Abul-Fadl al-Abbas et 150 pour les brigades de l'imam Hussein52. En juin 2013, Philip Smyth, d'après les notices des martyrs, avait établi qu'une à deux douzaines de combattants irakiens chiites étaient tués chaque mois en Syrie53. Les chiffres semblent cependant dérisoires face aux besoins militaires du régime : d'après une étude rebelle (à prendre avec précaution, mais qui recoupent certaines observations de spécialistes), Assad ne pourrait compter que sur à peine 40 000 hommes de l'ancienne armée régulière, et jusqu'à 45 000 miliciens, des Forces Nationales de Défense ou autres54. Ce qui est quasiment certain, c'est que les effectifs de l'armée syrienne, qui comptait plus de 300 000 hommes en 2011, sont tombés à 100 000, ou même un peu moins, aujourd'hui. D'où le recours aux miliciens, regroupés en 2013 sous l'ombrelle des Forces Nationales de Défense, mais qui n'alignent encore que 50 000 hommes. On voit l'importance des contingents étrangers, souvent rapidement disponibles et prêts à combattre, et qui ont souvent fait la décision là où ils sont intervenus (comme le Hezbollah à al-Qusayr)55. Il est fort probable qu'actuellement, sur le terrain, les étrangers pro-régime soient plus nombreux que les djihadistes étrangers de l'insurrection : en tout, depuis le début, il y a en eu peut-être 30 000, avec 8 000 présents simultanément selon un décompte récent, alors qu'en face, on peut aller jusqu'à 15 000 volontaires étrangers avec peut-être 6 000 présents simultanément sur le terrain Sur ces 8 000, on peut diviser en 3 000 du Hezbollah et 5 000 des autres formations56. Le centre d'informations israëlien Meir Amit, lui, parle en mars 2014 de 7 à 8 000 volontaires étrangers présents sur le terrain, dont plusieurs milliers du Hezbollah57. Il note aussi que sur 71 Irakiens tués en Syrie, la plupart viennent des faubourgs de Bagdad ou du sud de l'Irak. La plupart sont aussi des vétérans du combat contre Israël avec le Hezbollah ou contre les pays occidentaux en Irak. Sur les 4 à 5 000 combattants étrangers hors-Hezbollah, 2 à 3 000 opèreraient pour LAFA ou les groupes associés.

La plupart des combattants irakiens acceptent le concept révolutionnaire de l'Iran de Khamenei, le wilayat al-faqih, qui donne aux autorités islamiques de justice la souveraineté sur le peuple (concept qui n'est pas reconnu par le séminaire de Nadjaf en Irak). La religion chiite inclut aussi une forte dimension eschatologique : le retour du Mahdi est censé vaincre l'Antéchrist lors du Jugement Dernier. Le retour de l'imam caché est annoncé par un certain nombre de signes, dont l'irruption d'une armée impie venue de Damas, qui doit être défaite par le Mahdi. Pendant la bataille d'al-Qusayr, les chiites ont commencé à assimiler les rebelles sunnites à cette armée de tyrans, vus comme de nouveaux Omeyyades persécutant la famille du prophète. Dès juillet 2012, Yasser Habib, un prêcheur exalté qui officie depuis Londres, à appeler le Hezbollah à intervenir en Syrie pour protéger le sanctuaire de Sayyida Zaynab, fournissant ainsi une première justification. L'ayatollah Sistani de Nadjaf, très attaché à la tradition quiétiste de son école, n'a pas approuvé le départ de combattants chiites en Syrie. Le Hezbollah, dès l'été 2013, justifie son intervention en Syrie pour la défense des villages chiites menacés par les « mécréants » sunnites et pour la défense des lieux saints du chiisme58. Il serait intervenu en Syrie pour suivre un taklif shar’i, un ordre religieux impératif de l'ayatollah suprême iranien59.

Les milices pro-iraniennes sont en général de petites formations, comme on l'a vu, auxquelles on attribue des missions précises. Les volontaires irakiens, acheminés à l'aéroport de Damas ou à proximité, forment le noyau d'élite de groupes moins solides. Ces troupes d'élite, surtout celles liées au Hezbollah, sont ensuite employées au-delà de l'encadrement, du renseignement et de la formation. Elles contribuent à sécuriser l'aéroport de Damas dès janvier 2013, puis celui d'Alep. Elles deviennent ensuite des formations d'infanterie régulière avec armement lourd : artillerie, mortiers, véhicules blindés, chars. Les milices, après la victoire de Qusayr, sont surtout engagées à Homs et dans l'est de la Ghouta, de juin à septembre 2013. Certaines gardent les lignes de communication entre Damas et Suweyda. A la fin août et en septembre, elles sont même engagées à Deraa, au sud. Puis, en octobre, on les voit intervenir dans la reconquête de faubourgs de Damas, à l'ouest, à l'est et au sud60.

Les milices chiites irakiennes qui interviennent en Syrie ont par ailleurs appuyé la contre-offensive du régime irakien d'al-Maliki, un chiite, contre la province d'Anbar, après le soulèvement piloté par l'EIIL61. LZ, KSS et Asa’ib Ahl al-Haq ont publié des messages soutenant l'offensive du gouvernement irakien. Ces groupes tentent de se confondre avec les forces de sécurité et l'armée irakiennes, et de présenter l'armée irakienne comme une armée chiite, défendant des intérêts sectaires. Ils relient aussi leur engagement en Syrie au combat contre l'EIIL en Irak. Certaines milices auraient peut-être redéployé des combattants de Syrie vers la province d'Anbar.




1Matthew Levitt et Aaron Y. Zelin, « Hizb Allah’s Gambit in Syria », CTC Sentinel, août 2013, special issue . Vol 6. Issue 8, p.14-17.
2Will Fulton, Joseph Holliday, et Sam Wyer, Iranian Strategy in Syria, Institute for the Study of War, mai 2013.
3Will Fulton, Joseph Holliday, et Sam Wyer, Iranian Strategy in Syria, Institute for the Study of War, mai 2013.
4Christopher Anzalone, « Zaynab’s Guardians: The Emergence of Shi`a Militias in Syria », CTC Sentinel jjuillet 2013 . Vol 6. Issue 7, p.16-21.
5Carl Yonker, Iran’s Shadow Warriors: Iraqi Shiʿi Militias Defending the Faithful in Syria and Iraq, Tel Aviv Notes, The Moshe Dayan Center, Volume 7, Number 23, 10 décembre 2013.
6Phillip Smyth, « Hizballah Cavalcade: Roundup of Iraqis Killed in Syria, Part 1 », Jihadology.net, 11 mai 2013.
7Phillip Smyth, « Hizballah Cavalcade: Roundup of Iraqis Killed in Syria, Part 2 », Jihadology.net, 17 mai 2013.
8Phillip Smyth, « Hizballah Cavalcade: Roundup of Iraqis Killed in Syria, Part 3 », Jihadology.net, 2 juin 2013.
9Phillip Smyth, « Hizballah Cavalcade: Asa’ib Ahl al-Haq’s Liwa’a Kafeel Zaynab », Jihadology.net, 14 août 2013.
11Nicholas A. Heras, « Iraqi Shi’a Militia Asa’ib Ahl al-Haq Expands Operations to Syria », The Jamestown Founda tion, Terrorism Monitor, Volume XII Issue 10, 16 mai 2014.
12Thomas Strouse, « KATA’IB HEZBOLLAH AND THE INTRICATE WEB OF IRANIAN MILITARY INVOLVEMENT IN IRAQ », The Jamestown Foundation, Terrorism Monitor, VOLUME VIII, ISSUE 9, H 5, 5 mars 2010.
13Shi'ite Foreign Fighters in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 18 mars 2014 .
15Philip Smyth, « Hizballah Cavalcade: Liwa’a al-Hamad: Harakat al-Nujaba’s Latest Shia Militia in Syria », Jihadology.net, 21 décembre 2013.
16Phillip Smyth, « Hizballah Cavalcade: Kata’ib Sayyid al-Shuhada: Another Supplier of Iraqi Shia Fighters in Syria », Jihadology.net, 3 juin 2013.
17Phillip Smyth, « Hizballah Cavalcade: Kata’ib Sayyid al-Shuhada Emerges: Updates on the New Iraqi Shia Militia Supplying Fighters to Syria », Jihadology.net, 9 septembre 2013.
18Shi'ite Foreign Fighters in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 18 mars 2014 .
19Phillip Smyth, « Hizballah Cavalcade: Breaking Badr: Is Iraq’s Badr Organization Operating In Syria? », Jihadology.net, 25 juin 2013.
20Phillip Smyth, « Hizballah Cavalcade: Breaking Badr, The New Season: Confirmation of the Badr Organization’s Involvement in Syria », Jihadology.net, 12 août 2013.
21Phillip Smyth, « Hizballah Cavalcade: The Badr Organization’s Syrian Expeditionary Force: Quwet al-Shahid Muhammed Baqir al-Sadr », Jihadology.net, 18 octobre 2013.
22Phillip Smyth, « Hizballah Cavalcade: Faylak Wa’ad al-Sadiq: The Repackaging of an Iraqi “Special Group” for Syria », Jihadology.net, 13 janvier 2014.
23Phillip Smyth, « Hizballah Cavalcade: What is the Liwa’a Abu Fadl al-Abbas (LAFA)?: Assessing Syria’s Shia “International Brigade” Through Their Social Media Presence », Jihadology.net, 15 mai 2013.
24Phillip Smyth, THE SHIITE JIHAD IN SYRIA AND ITS REGIONAL EFFECTS, Policy Focus 138, The Washington Institute for Near East Policy, février 2015.
25Hezbollah Involvement in the Syrian Civil War, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 17 juin 2013.
26Shi'ite Foreign Fighters in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 18 mars 2014 .
27Shi'ite Foreign Fighters in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 18 mars 2014 .
28Phillip Smyth, « Hizballah Cavalcade: Liwa’a Zulfiqar: Birth of A New Shia Militia in Syria? », Jihadology.net, 20 juin 2013.
29Testimony of Mr. Phillip Smyth, Research Analyst at the University of Maryland – Laboratory for Computational Cultural Dynamics, House Committee Foreign Affairs Committee – Subcommittee On Terrorism, Nonproliferation, and Trade, 20 novembre 2013, Hearing: Terrorist Groups in Syria.
30Phillip Smyth, « Hizballah Cavalcade: Liwa’a ‘Ammar Ibn Yasir: A New Shia Militia Operating In Aleppo, Syria », Jihadology.net, 20 juillet 2013.
31Matthew Levitt et Aaron Y. Zelin, « Hizb Allah’s Gambit in Syria », CTC Sentinel, août 2013, special issue . Vol 6. Issue 8, p.14-17.
32Phillip Smyth, « Hizballah Cavalcade: Liwa’a al-Imam al-Hasan al-Mujtaba: A Shia Militia Fighting in Rif Dimashq/Ghouta », Jihadology.net, 5 octobre 2013.
33Phillip Smyth , « Hizballah Cavalcade: Sariyya al-Tali’a al-Khurasani: A New Combat-Tested Shia Militia in Syria », Jihadology.net, 29 octobre 2013.
35Aymenn Jawad Al-Tamimi, « The Arab Nationalist Guard: A Pro-Assad Militia », Brown Moses Blog, 1er janvier 2014.
36Rana Harbi, « Arab nationalists take up arms in the battle for Syria », Al-Akhbar English, 5 mai 2014.
38Phillip Smyth, « THE POPULAR FRONT FOR THE LIBERATION OF PALESTINE-GENERAL COMMAND (PFLP-GC) AND THE SYRIAN CIVIL WAR », Middle East Review of International Affairs, Vol. 17, No. 2 (Eté 2013), p.55-72.
39Chris Zambelis, « Assad's Hurricane: A Profile of the Paramilitary Wing of the Syrian Social Nationalist Party », Terrorism Monitor Volume: 12 Issue: 6, The Jamestown Foundation, 20 mars 2014.
41Phillip Smyth, « Hizballah Cavalcade: The Lion of Damascus, and Afghans, and Africans! Oh My!: Fighters From Exotic Locales In Syria’s Shia Militias », Jihadology.net, 30 juillet 2013.
45Phillip Smyth, « From Karbala to Sayyida Zaynab: Iraqi Fighters in Syria’s Shi`a Militias », CTC Sentinel, août 2013, special issue . Vol 6. Issue 8, p.28-32.
46Phillip Smyth, THE SHIITE JIHAD IN SYRIA AND ITS REGIONAL EFFECTS, Policy Focus 138, The Washington Institute for Near East Policy, février 2015.
47Phillip Smyth, THE SHIITE JIHAD IN SYRIA AND ITS REGIONAL EFFECTS, Policy Focus 138, The Washington Institute for Near East Policy, février 2015.
48Shi'ite Foreign Fighters in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 18 mars 2014 .
49Phillip Smyth, « Hizballah Cavalcade: Khamenei’s Cannon: .50 Caliber Anti-Material Rifles & Shia Fighters in Syria », Jihadology.net, 24 décembre 2013.
51Michael Knights, « Iran's Foreign Legion: The Role of Iraqi Shiite Militias in Syria », PolicyWatch 2096, The Washington Institute, 27 juin 2013.
53Michael Knights, « Iran's Foreign Legion: The Role of Iraqi Shiite Militias in Syria », PolicyWatch 2096, The Washington Institute, 27 juin 2013.
55Jeffrey White, «  Assad's Indispensable Foreign Legions », PolicyWatch 2196, The Washington Institute, 22 janvier 2014.
56« Shiite Foreign Fighters in Syria: Facts, Narratives and Regional Impact », NGC Blog, 24 janvier 2014.
57Shi'ite Foreign Fighters in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 18 mars 2014 .
58« Shiite Foreign Fighters in Syria: Facts, Narratives and Regional Impact », NGC Blog, 24 janvier 2014.
59Testimony of Mr. Phillip Smyth, Research Analyst at the University of Maryland – Laboratory for Computational Cultural Dynamics, House Committee Foreign Affairs Committee – Subcommittee On Terrorism, Nonproliferation, and Trade, 20 novembre 2013, Hearing: Terrorist Groups in Syria.
60Testimony of Mr. Phillip Smyth, Research Analyst at the University of Maryland – Laboratory for Computational Cultural Dynamics, House Committee Foreign Affairs Committee – Subcommittee On Terrorism, Nonproliferation, and Trade, 20 novembre 2013, Hearing: Terrorist Groups in Syria.
61Phillip Smyth, « Hizballah Cavalcade: Selling Sectarianism: Shia Islamist Groups & Maliki’s Anbar Offensive », Jihadology.net, 3 février 2014.

4 commentaires:

  1. Re bonjour Stéphane,
    article très dense et intéressant (je me répète désolé....). La baisse importante des effectifs de l'armée Syrienne est assez surprenante, voir incroyable. Qu'est devenu le reliquat (mis à part les déserteurs ayant rejoint la rébellion) ? Est il encaserné et surveillé par les services de renseignement ? En tout cas on peut dire qu'il y a bien internationalisation du conflit, au regard des multiples acteurs participant à cette guerre.

    Bien à vous,
    FG

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    1. Bonjour, L'AAS depuis le début de la guerre n'a que mobilisé partiellement, peut être 25 % des conscrits potentiels. Ajoutons les pertes, les désertions (parfois massives au début 2012, mais plus maintenant. La 7eme brigade mécanisée originaire de Deraa est passée presque entièrement dans l'opposition, la 9eme division blindée a perdu une bonne moitié de ses effectifs.) La garde républicaine a été souvent dispatchée en petits groupes pour encadrer d'autres unités.Beaucoup de militaires ont été affectés à l'encadrement des milices du Baa'th et des FDN. Une réorganisation complète qui a sauvé le régime.

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    2. Bonjour,

      Tout à fait, puisque la mobilisation, en avril 2011, a d'ailleurs entraîné les premières désertions et défections (les deux n'étant pas forcément toujours liées).
      Effectivement la Garde Républicaine a été abondamment utilisée depuis le début, notamment à Damas, par fractions ou unités plus constituées, mais elle a également subi des pertes ; il semblerait qu'elle compte de plus en plus dans ses rangs d'Iraniens ou d'Irakiens, intégrés directement dans la structure combattante, et même pour manipuler les matériels (chars, etc).
      L'un des intérêts majeurs du sujet, comme vous le dites, est cette réorganisation d'une armée devenue hybride : restes d'armée régulière + services de sécurité et de renseignement, miliciens, combattants étrangers.

      Cordialement.

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  2. Bonjour François,

    Merci -à suivre car comme de coutume, je mets le billet à jour, ça ne va pas tarder pour celui-là.
    En ce qui concerne l'armée régulière, la décrue est due à la fois aux désertions, aux pertes (élevées quand même, au moins 37 000 tués, sans doute plus) et effectivement au fait qu'une partie des effectifs est bloquée dans les casernes car jugée peu sûre par le régime.

    Mais oui, le conflit s'est régionalisé, voire internationalisé, c'est certain.

    Cordialement.

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