mardi 13 janvier 2015

Le front al-Nosra attaque à nouveau les deux enclaves chiites de Nubbol et Zahra (8-9 janvier 2015)

Le 8 janvier 2015, le front al-Nosra, la branche officielle d'al-Qaïda en Syrie, et l'un des acteurs majeurs du conflit syrien, renouvelle son offensive contre les deux enclaves chiites voisines de Nubbol et Zahra, au nord-ouest d'Alep. Ces enclaves chiites sont défendues par la milice pro-régime syrien, les Forces Nationales de Défense, et par des éléments du Hezbollah libanais. Le front al-Nosra, qui conduit l'attaque avec d'autres groupes rebelles, parvient à infiltrer les défenses du régime, dans un premier temps, sur trois axes : au nord-est et à l'est de Nubbol et au sud-est de Zahra, dans le secteur de la zone industrielle (voir cartes). La pénétration est facilitée par l'emploi d'armes lourdes, notamment des blindés (jusqu'à 7 selon une source). Les forces pro-régime ont ensuite contre-attaqué et repoussé les assaillants en dehors des deux localités, avec l'appui de l'aviation qui est intervenue pour empêcher les renforts du front al-Nosra de rejoindre les combattants qui avaient pénétré la première ligne de défense. Le 9 janvier, des hélicoptères ont effectué plusieurs largages, probablement de vivres et de munitions. Parmi les assaillants, on trouve le groupe de djihadistes russophones de Seyfullakh Shishani, un chef tchétchène tué durant l'assaut sur la prison centrale d'Alep en février 2014 et dont le groupe a été rebaptisé à son nom. Ce groupe avait rallié le front al-Nosra en décembre 2013 après s'être détaché de la JMA d'Omar Shishani, maintenant chef important de l'EI, au mois d'août précédent. Les combattants du groupe Seyfullakh planifient leur assaut avec des photographies satellites. Plusieurs dizaines d'hommes sont engagés dans l'attaque, avec l'appui d'au moins un char, qui s'avère être un T-72AV à camouflage désertique et briquettes réactives. Les armes individuelles sont relativement modernes puisqu'un des djihadistes dispose d'une AK-74M. Le groupe, comme c'est souvent le cas pour le front al-Nosra, a employé un véhicule kamikaze pour ouvrir la voie à ses fantassins dans une des deux localités. Le véhicule semble être un BREM. L'assaut est appuyé également par au moins deux "canons de l'enfer" artisanaux.



Les deux enclaves chiites assiégées sont au nord-ouest d'Alep et menacent les lignes de ravitaillement rebelles à partir de la Turquie, face à l'encerclement d'Alep par le régime.

Les forces du régime ont fortifié les approches est de Nubbol et de Zahra.
Les combattants du Jamaat Seyfullakh, membre d'al-Nosra, planifient l'assaut à partir d'images satellites.

L'un des djihadistes est armé d'une AK-74M.
Le T-72AV utilisé par le groupe Seyfullakh pour l'attaque.

Un des BMP-1 utilsés vu de l'arrière.

Deux "canons de l'enfer" se tiennent prêt à bombarder les deux villages chiites.

Les munitions des deux canons.

Le BREM kamikaze approche de l'objectif.

Explosion du véhicule kamikaze.

Les combattants du groupe Seyfullakh montent à l'assaut.



Le bilan des pertes, comme souvent, est contradictoire. Il semble bien néanmoins que ce soit l'assaut le plus coûteux pour les rebelles syriens depuis une tentative avortée d'assaut en novembre 2014, après un bombardement au canon et à la roquette. Les deux enclaves chiites sont assiégées depuis l'été 2012 par les rebelles syriens et sont fréquemment ravitaillées par des lâchers de parachutes de l'aviation syrienne. De nombreuses milices pro-régime, comme Liwa Assad Allah al-Ghaleb, ont recruté parmi les chiites de ces enclaves voisines. La défense de Zahra et Nubbol aurait coûté au moins 11 tués aux forces pro-régime, qui revendiquent des dizaines de morts du côté du front al-Nosra. Celui-ci a reconnu 22 tués (14 selon un premier bilan fourni par l'OSDH).

Carte réalisée par le blog Agathocle de Syracuse. La zone à l'ouest des deux villages chiites est tenue par les Kurdes de l'YPG.

Carte de situation pro-régime.


On en devine un peu plus sur les pertes matérielles des deux côtés, au vu des images disponibles. L'assaut initial a coûté aux forces du régime au moins un char. Du côté d'al-Nosra, un BMP-1 a été incendié et un char T-72, que les vainqueurs font parader dans Zahra et Nubbol avec les portraits d'Assad et d'Hassan Nasrallah (le leader du Hezbollah), semble avoir eu son canon cisaillé par un impact. Deux chars T-55 et un un autre BMP-1 semblent avoir été pris quasiment intacts. On note également que les Forces Nationales de Défense ont conduit une contre-attaque nocturne, comme le montre une vidéo de l'organisation mise en ligne aujourd'hui. La tactique du combat nocturne semble s'être fortement répandue depuis que les forces du régime syrien bénéficient de l'encadrement plus prononcé des conseillers iraniens et du Hezbollah, à partir du printemps 2013. On remarque également sur les images que plusieurs combattants du régime bénéficient d'armes individuelles plus modernes (AK-74 en particulier) ce qui confirme la présence d'unités d'élite.

Un T-55 du front al-Nosra semble ouvrir le feu depuis la zone industrielle au sud-est de Zahra.

Al-Nosra emploie aussi, dans le même secteur, un technical montant un quadritube ZPU-4 en 14,5 mm.

Tireur d'élite du régime syrien en position.

Le BMP-1 abandonné par al-Nosra.

Ce T-72 affublé des portraits de Nasrallah et Assad, qui parade dans les rues de Zahra et Nubbol, a perdu une partie de son canon.

Au premier plan, un T-55 abandonné par al-Nosra. Au fond, le BMP-1 incendié.

Le BMP-1 en feu.

Le régime utilise aussi une jeep armée d'un canon sans recul de 106.

Les Forces Nationales de Défense se préparent pour une contre-attaque nocturne.

Combat de nuit.

Les défenseurs de Zahra/Nubbol tirent au RPG-7 sur les véhicules d'al-Nosra.


Le BMP-1 capturé.




2 commentaires:

  1. Bonjour,

    Vous dîtes que l'AK 74 est une arme de poing, or une arme de poing s'utilise avec une seule main (pistolet, revolver) alors que la kalachnikov s'utilise plutôt à deux mains...le terme exact doit être arme individuelle.

    Evidemment ce petit détail n'enlève rien à l'intérêt de l'article.

    Cordialement,

    Pierre

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  2. Bonjour,

    Oui, raccourci de langage, je corrige.

    Cordialement.

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