mercredi 31 décembre 2014

Jocelyn BOUQUILLARD et Christophe MARQUET, Hokusai. Manga, Paris, Seuil et BNF, 2007, 160 p.

Le département des Estampes et de la Photographie de la BNF possède l'une des plus remarquables collections de livres illustrés japonais de l'époque Edo (1600-1868). L'un des principaux peintres de cette époque, Katshushika Hokusai (1760-1849), a été découvert par Théodore Duret lors d'un voyage au Japon en 1871, jetant les bases de cette collection à la BNF. Le Manga de Hokusai est sans doute son oeuvre phare.

Considéré comme l'un des plus grands artistes japonais, Hokusai a laissé des milliers d'oeuvre derrière lui. Encyclopédie de l'image, avec plus de 800 pages et 4 000 motifs, le Manga de Hokusai a été édité en 14 volumes entre 1814 et 1878. Le terme manga, ici, désigne des croquis réalisés au fil de l'inspiration, qu'Hokusai destinait probablement à ses élèves, comme un recueil de modèles. Critique, humoristique aussi, Hokusai donne dans son oeuvre un instantanté de la société japonaise de son époque. Les volumes sont édités à Edo, les deux derniers après la mort du peintre. Le fonds de la collection vient des acquisitions de Duret lui-même.

Manuel de dessins, le Manga a une fonction clairement didactique. C'est aussi un travail collectif car au dessinateur s'ajoutent les travaux du graveur et de l'estampeur. La légende veut que le Manga ait vu un début d'édition par les élèves d'Hokusai, à partir de croquis laissés par le peintre chez l'un d'entre eux, à Nagoya, en 1812. En réalité, l'artiste d'inspire d'un manuel de peinture chinois paru précédemment ainsi que de nombreux autres manuels japonais de dessins de l'ère Edo. Filiation qui avait été notée par les Japonais eux-mêmes, dès l'époque. Le travail de Hokusai prolonge notamment celui de Morikuni, au début du XVIIIème siècle. Il a aussi été influencé par le travail d'artistes contemporains comme Masayoshi. Hokusai a également lu l'ouvrage d'un spécialiste japonais des études hollandaises, Chûryô. Fidélité documentaire et ouverture sur le monde : étrange mélange d'un savoir japonais au début du XIXème siècle.

Les planches du Manga sont ensuite présentées de manière thématique : La montage et l'eau, Les variations du climat et du végétal, Planches animalières, Scènes animalières, Le monde façonné par l'homme, Le monde des hommes, Les arts du combat et les armes, L'univers des monstres, des démons et des spectres, Divinités, guerriers et personnages légendaires. Si les illustrations sont souvent en pleine page, il est dommage que les légendes de chaque partie soient toutes placées au début de chapitre et non en parallèle des oeuvres, ce qui rend peu pratique la lecture -et on aurait aimé aussi des légendes détaillées, et un commentaire en début de chapitre un peu plus fourni. Pour en savoir plus, on peut néanmoins se reporter à la bibliographie fournie en dernière page.


2ème Guerre Mondiale n°37 : La bataille des Ardennes. Récits et témoignages (janvier-mars 2015)

Anniversaire oblige, le dernier thématique du magazine 2ème Guerre mondiale évoque la bataille des Ardennes (décembre 1944-janvier 1945). Plutôt qu'un énième récit de la contre-offensive allemande et de ses suites qui n'apporterait plus grand chose, le sujet ayant été rebattu dans la presse spécialisée (qui elle-même ne peut évidemment remplacer ouvrages plus ou moins savants), le magazine a fait le choix de présenter un panel de témoignages compilé par Emannuel Derischebourg et Pierre Tiquet, ce dernier étant un aficionado de la collecte des témoignages d'anciens Waffen-SS (sic).

Précédé d'une courte introduction, avec chronologie succincte et ordre de bataille (et il faut noter aussi que le thématique comprend de nombreuses cartes, c'est toujours commode pour le lecteur), l'ensemble se divise en trois parties. La première présente le choc de l'attaque allemande à partir du 16 décembre, et repose essentiellement sur des témoignages de vétérans de Leibstandarte. On y trouve aussi un témoignage d'un GI de la 30th Infantry Division et celui du commandant de la 116. Panzerdivision à la 5. Panzerarmee. Je note qu'un effort minimum de commentaire des témoignages a été fait : c'est réduit mais appréciable, même si l'on souhaiterait que ce soit plus fourni. La photo p.20-21, en revanche, ne représente pas Sepp Dietrich, mais H. Graf von Strachwitz, ancien commandant de la division Grossdeutschland, et que l'on voit sur la photo le 21 mars 1944, avant une attaque de son Kampfgruppe dans le secteur de Narva.

La deuxième partie s'intéresse aux grands chocs de la contre-offensive allemande, Saint-Vith, Bastogne, Houffalize. Si elle commence par un témoignage américain de la 10th Armored Division, la relève est très vite prise par celui de Hans Schmidt, estaffette de la Leibstandarte, qui déséquilibre un peu cette partie en faveur du camp allemand. La dernière partie est consacrée au moment le moins connu de la bataille, la contre-offensive alliée de janvier 1945; Elle est plus équilibrée car le témoignage de Schmidt, accompagné de celui d'un Gefreiter de la 5. Fallschirmdivision, est compensée par un témoignage plus long d'un GI de la 87th Infantry Division.

La conclusion insiste sur le déséquilibre des forces en faveur des Alliés, les lourdes pertes subies de part et d'autre durant l'offensive. Les deux camps ont su improviser sur le plan tactique mais l'artillerie américaine a souvent fait la différence. La contre-offensive allemande avait en réalité peu de chances de renverser le cours stratégique de la guerre (à noter p.80 une mauvaise traduction à partir d'une source en anglais, sans doute une de la bibliographie sommaire présente p.81 : "renverser la table" ?). L'un des résultats de la bataille sera, côté allemand, de reconnaître un peu la valeur du soldat américain ; côté allié, on constate la résilience de la Wehrmacht et on va même en exagérer la menace, notamment avec le fameux Alpenfestung bavarois.

Au final, un numéro qui sort un peu des sentiers battus avec des témoignages plutôt qu'un énième récit de la bataille, comme on l'a dit. On peut simplement regretter le caractère encore un peu trop germanocentré de la sélection et l'absence de mélange plus poussé entre témoignages inédits et commentaires critiques de ladite sélection.

Gioria FOSSI, Galerie des Offices. Les chefs d'oeuvre, Giunti, 2012, 64 p.

Un de mes cadeaux de Noël (merci à ma soeur). La galerie des Offices de Florence est l'un des plus anciens musées, selon les critères modernes. En 1581, François Ier de Médicis rassemble ses collections dans un endroit conçu par Vasari comme un lieu administratif et judiciaire, à l'origine. D'une forme en U, l'ouvrage est bâti en pietra serena, roche de grès gris typique de l'architecture florentine. Vasari crée aussi le corridor qui porte son nomet qui relie la galerie au Palais Pitti, réservé aux Médicis et à leur cour.

De par son ancienneté, la galerie rassemble nombre d'oeuvres de peinture importantes pour l'histoire de l'art en Europe. On y trouve par exemples les retables de di Boninsegna, de Cimabue et de Giotto (XIIIème-XIVème siècle), qui tendent de plus en plus vers le réalisme et le volume des formes et des personnages. Les peintures de Martini, Memmi et Giottino (XIVème siècle) soulignent aussi le désir d'expressions concrètes, le soin des formes essentielles.

Vierge d'Ognissanti de Giotto.


Le XVème siècle est particulièrement bien représenté avec Botticelli et les Lippi père et fils. Le retable de Veneziano est l'un des chefs d'oeuvre de l'époque. Sainte Anne Metterza, fruit de la collaboration de Masolino et Masaccio est une oeuvre fondamentale de l'évolution de la peinture au début de la Renaissance. La galerie abrite aussi L'Adoration des Mages de da Fabiano, ainsi que les deux parties du Diptyque des ducs d'Urbino de Piero della Francesca, interprète parmi les plus sensibles de l'art d'Europe du Nord, tout comme Ghirlandaio, bien représenté dans la galerie. Le Printemps de Botticelli est peut-être l'oeuvre la plus célèbre du musée, accompagnée de la non moins fameuse Naissance de Vénus. La galerie comprend aussi l'Annonciation de Léonard de Vinci, dont la restauration s'est achevée en 2000.

Sainte Anne Metterza.


On trouve aussi des peintures témoignant de la Renaissance en Europe du Nord : La mise au tombeau de van der Weyden, des oeuvres de Dürer, le Triptyque Partinari de Hugo van der Goes. Le XVIème siècle est par définition le "siècle d'or" de la peinture italienne : Michel-Ange, Raphaël, Chigi, del Sarto, Beccafumi, Romano, Le Parmesan, Salviati, le Tintoret, Bassano, Véronèse. On trouve aussi dans la galerie L'Ange musicien de Fiorentino, le Portrait de Cosme l'Ancien de le Pontormo, le Portrait de Lucrezia Panciatichi du Bronzino et la célèbre Vénus d'Urbino du Titien.

Vénus d'Urbino du Titien.


Les XVIIème et XVIIIème siècle sont bien représentés par les dons des Médicis et des Lorraine. Les Médicis affectionnent les artistes étrangers : Rubens, Van Dyck, Velazquez, Rembrandt, Goya. Le Caravage, bien que jamais présent à Florence, est également présent, comme en fait foi La Méduse qui sert de couverture à l'album, mais aussi le Bacchus et Le sacrifice d'Isaac. Goya est représenté par La comtesse Marie-Thérèse de Chinchon. Berckheyde est considéré comme un précurseur des vies urbaines du XVIIIème siècle. Le Palais des Doges de Venise du Canaletto fait également partie de la collection du musée.

Le sacrifice d'Isaac du Caravage.

dimanche 21 décembre 2014

Wilhelm VON SCHRAMM, Les espions ont-il gagné la guerre ?, Paris, Stock, 1969, 284 p.

Derrière ce titre un peu énigmatique se cache en réalité la traduction d'un ouvrage allemand, Verrat im Zweiten Weltkrieg, écrit par Wilhem von Schramm, un ancien officier de la Wehrmacht qui a notamment servi dans les officines de propagande de l'OKW, puis a fait partie après la guerre de la Bundeswehr. Il a écrit de nombreux ouvrages sur son expérience et certaines problématiques de la Seconde Guerre mondiale.

Ici, von Schramm détruit tout simplement une des légendes les plus coriaces de la Seconde Guerre mondiale, et ce dès 1967 : l'existence d'un traître au sein du grand état-major allemand, qui aurait renseigné le réseau Lucie en Suisse dirigé par l'énigmatique Rudolf Rössler. La légende d'un Rössler omniscient sur les intentions de l'Allemagne nazie naît entre autres grâce aux écrits de Foote, ancien membre du réseau, et de Flicke, chargé du contre-espionnage radio à l'OKW. En réalité, Rössler ne s'intéresse aux secrets militaires qu'à partir de l'été 1939 et n'entre en contact avec les Soviétiques qu'en juin 1941. Rössler devient une source importante de l'URSS dans la seconde moitié de l'année 1942 et connaît un pic d'activité dans les dix premiers mois de 1943. Le contenu des renseignements est d'ailleurs variable, et les Soviétiques, qui n'ont plus vraiment besoin du réseau à ce moment-là, ne font rien pour empêcher la police suisse de le démanteler à l'automne 1943. Mais le mystère demeure sur l'origine des sources de Rössler, ce sur quoi se bâtit le mythe.

samedi 20 décembre 2014

La bataille de Stalingrad (Сталинградская битва) de Vladimir Petrov (1949)

Le film, en deux parties, raconte la bataille de Stalingrad. Dans la première, Staline devine que les Allemands vont frapper pour prendre la ville. Hitler donne l'ordre à ses généraux de s'en emparer à tout prix. L'armée allemande fond sur Stalingrad après un violent bombardement aérien. L'Armée Rouge, soutenue par la population civile, lutte pied-à-pied dans les décombres au sein d'un sanglant combat de rues. Pendant ce temps Staline prépare la contre-offensive. L'opération Uranus est lancée au début de la deuxième partie après un ultime assaut allemand. Les tentatives de dégager la 6. Armee encerclée échouent. Paulus refuse de se rendre alors que ses soldats endurant les pires privations. Il finit par capituler après une dernière offensive soviétique. Les vainqueurs tiennent une assemblée dans les ruines de Stalingrad. A Moscu, Staline a désormais les yeux fixés sur Berlin au niveau de la carte étalée sur la table...





La bataille de Stalingrad est réalisé par V. Petrov après la Seconde Guerre mondiale, dans une période où les films -et les films de guerre- sont particulièrement rares, jusqu'à la mort de Staline (1953). Il appartient au genre du film du culte de la personnalité de Staline via la Grande Guerre Patriotique, encadrant Le troisième choc (1948) et La chute de Berlin sorti la même année. Comme les films de cette catégorie, il vante surtout les mérites de Staline, qui dirige de bout en bout la bataille de Stalingrad et éduque ses généraux, face à Hitler et à son état-major, totalement incompétents. L'essentiel du film tourne donc autour de scènes d'état-major ou autour des deux dirigeants penchés sur les cartes. Les scènes de bataille ou d'action, bien qu'employant un matériel conséquent (dont de nombreux matériels allemands capturés, chars, canons, etc), manquent cruellement de personnages secondaires un tantinet affirmés pour contrebalancer le culte du chef. On note d'ailleurs la mise au ban de Joukov, complètement absent du film, alors même que l'on voit beaucoup Vassilievsky s'entretenir avec Staline. Des trois films précités, La bataille de Stalingrad est probablement le plus lourd, le plus ennuyeux. Reste la musique de Khachaturian et la reconstitution d'ampleur survenant moins de dix ans après la bataille réelle de Stalingrad.




Le Baron Rouge (Von Richthofen and Brown ou The Red Baron) de Roger Corman (1971)

1916. Manfred von Richthofen (John Philip Law), un ancien officier de cavalerie, est assigné à l'escadrille de chasse d'Oswald Boelcke (Peter Masterson). Il devient rapidement un as. En parallèle évolue, au sein d'une escadrille britannique, un nouveau pilote canadien, Roy Brown (Don Stroud), sous les ordres d'un as anglais, Lanoe Hawker (Corin Redgrave), décoré de la Victoria Cross. Brown refuse d'adopter le comportement chevaleresque des Britanniques à l'égard de l'ennemi. Richthofen, lui, se fait faire des trophées en argent pour ses victoires, et s'affronte à Hermann Göring (Barry Primus), un autre pilote de l'escadrille. Boelcke étant mort suite à une collision en vol, von Richthofen prend la tête de l'escadrille. Brown devient de plus en plus aigri alors que le pilote allemand est "dopé" par ses combats aériens. Outragé par un ordre dictant de camoufler les appareils, Richthofen les fait peindre au contraire en couleurs très voyantes, prétextant qu'un gentilhomme ne doit pas se cacher de l'ennemi...

Roger Corman a eu longtemps envie de tourner un film sur le Baron Rouge. Le scénario s'inspire de très, très loin de la réalité : la confrontation entre von Richthofen et Brown est plutôt le prétexte à une réflexion sur le caractère impitoyable, ou non, de la guerre aérienne en 1914-1918. Corman dispose d'un budget impressionnant : il fait appel à Lynn Garrison, ancien pilote canadien qui a réuni un cirque aérien de la Grande Guerre pour le tournage du film Le crépuscule des aigles (1966). Il dispose ainsi de SE 5, de Pfalz D.III, de Fokker D.VII, de Fokker Dr. I. Des Tiger Moth et des Stampe SV4C déguisés complètent l'ensemble. Les séquences aériennes sont filmées à partir d'un hélicoptère Alouette et par des caméras fixées sur les avions : Garrison a formé Law et Stroud, qui jouent les deux pilotes, pour qu'ils puissent décoller, atterrir et voler un minimum. Les professionnels prennent en charge les séquences aériennes plus complexes. Le 15 septembre 1970, Charles Boddington, un vétéran du tournage du Crépuscule des Aigles, se tue aux commandes de son SE 5 en effectuant une passe à basse altitude au-dessus du terrain. Le lendemain, un choucas vient heurter de plein fouet Garrison, qui pilote avec Stroud pour une scène à basse altitude : l'appareil s'écrase dans une rivière, heureusement sans mal pour les deux pilotes, Garrison étant néanmoins inconscient en raison du choc avec l'oiseau. Les autorités irlandaises, pays où est tourné le film, suspendent d'ailleurs le tournage de peur d'autres incidents. Les scènes d'intérieur sont tournées à Powescourt House, un ensemble architectural irlandais dessiné par un Allemand, qui renforce le réalisme des séquences.



Le film, assez faible au plan du scénario, vaut donc essentiellement pour ses parties aériennes. Car pour le reste, point de trame, point de caractérisation des personnages non plus. En dehors des scènes de combat aérien, le reste est quasiment du remplissage pour meubler.


vendredi 19 décembre 2014

Jean TULARD, Joseph Fouché, Paris, Fayard, 1998, 496 p.

Fouché, le ministre de la police de Napoléon, semble incarner l'Etat dans l'Etat. Il laisse croire en tout cas que la police sait tout. Et le mythe est renforcé par les écrivains : Nodier, Balzac... et Victor Hugo avec Javert. Le personnage du policier est né. Puis vient l'histoire de l'institution, qui serait née au sens moderne avec Fouché. Celui-ci est surtout le continuateur des grands lieutenants généraux de police du XVIIIème, d'Argenson ou Sartine. A la figure du policier s'ajoute celle du traître, figée dans le marbre à Sainte-Hélène par Napoléon lui-même. Louis Madelin, devant son jury de thèse parmi lequel figure Lavisse, aura bien du mal à défendre, en 1900, son sujet sur Fouché. Jean Tulard, à travers Fouché, se propose dans cette biographie (complétée par de nombreux annexes), à partir de nouvelles sources, de faire aussi une histoire de la police dans ces temps troublés.

Fouché, né dans les environs de Nantes, est formé à l'Oratoire dont il devient ensuite professeur. En 1788, installé à Arras, il rencontre Robespierre dont il manque d'épouser la soeur. Elu à la Convention, il se range du côté des Montagnards ; médiocre orateur, il n'en vote pas moins la mort du roi. Il se rapproche ensuite de la Commune de Paris dont il adopte les idées radicales. Dans la Nièvre, comme représentant en mission, il applique la déchristianisation. A Lyon, il fait exécuter les insurgés pris les armes à la main au canon : il assume la responsabilité du massacre sans y avoir participé directement. Rappelé à Paris par Robespierre en 1794, Fouché s'oppose très vite à l'Incorruptible, qui dispose pourtant de sérieux atouts. Menacé, il joue un rôle important dans la coalition d'opposition qui va finalement faire tomber Robespierre le 9 Thermidor.

jeudi 18 décembre 2014

Fury (2014) de David Ayer

Comme de nombreux autres passionnés de la Seconde Guerre mondiale et "apprentis-historiens", je suis récemment allé voir au cinéma Fury, le film de char de David Ayer. Un film qui s'est déjà vu affublé de critiques à mon sens plus ou moins justifiées, et qui ne touchent d'ailleurs pas qu'à la question du réalisme, vieil apanage des films de guerre. M'étant moi-même prêté au jeu il y a quelques temps sur certains films, j'en mesure maintenant toute l'inanité. A choisir, entre les qualités et les défauts, ce sera plutôt des qualités dont je vous parlerai ici, sans oublier bien sûr de souligner les problèmes que posent le film.

Steven J. ZALOGA, US Tank Battles in Germany 1944-1945, Armor at War 7046, Concord, 2002, 74 p.

Le film Fury m'a redonné envie de me replonger dans ce petit volume illustré de photos commentées dédié aux batailles de chars américaines en Allemagne, en 1944-1945. Le texte est de Steven J. Zaloga, grand spécialiste du sujet (l'arme blindée américaine), dont j'ai déjà commenté plusieurs ouvrages sur ce blog.

Après un court texte de présentation historique des événements sur l'entrée en Allemagne en 1944-1945, on en vient au gros morceau : les photographies. Elles sont originales sous plusieurs aspects. On voit ainsi que les Américains n'hésitent pas à remettre en service des semi-chenillés allemands capturés, comme le fait la 30th Infantry Division avec des Sdkfz 251 de la 3. Panzergrenadier Division en octobre 1944. On note aussi cette photo montrant l'un des premiers M4A3E2 équipant le 743rd Tank Battalion, mis hors de combat en novembre 1944 par 4 obus de 88 (!). Pour un autre de la même unité il aura fallu 8 obus de la même munition : seule cette version surblindée du Sherman est capable d'encaisser un tel pilonnage... On observe aussi qu'en décembre 1944 la 2nd Armored Division, qui manque de chars lance-flammes contre les positions fortifiées allemandes, reçoit l'appoint de chars Crocodiles britanniques. La 6th Armored Division reçoit également des LVT pour les opérations amphibie, même si les véhicules seront, au final, peu utilisés. Noël 1944 voit également l'arrivée des chars légers M24 Chaffee, qui vont remplacer les fragiles M5 Stuart devenus obsolètes.

Les tankistes américains renforcent de leur propre initiative le blindage de leurs Sherman, jugé trop faible. La 14th Armored Division développe ainsi des dispositifs à base de sacs de sable entassés et reliés sur le char. La 9th Army crée pour ses bataillons de chars un renfort avec chenilles de rechange, sacs de sable et filets de camouflage. A la 3rd Army de Patton, on préfère découper des plaques de blindage sur les carcasses de chars américains et allemands et renforcer ainsi 110 Sherman des 4th, 6th et 11th Armored Divisions, en février 1945. La 12th Armored Division choisit, elle, de couler du béton pour renforcer le blindage. Patton fait aussi réarmer des Sherman 75 avec le canon de 76 mm, mais l'arrivée massive de M4A3 (76) rend la mesure caduque, les canons équiperont des M4A3E2. En février 1945 sont débarqués à Anvers les premiers exemplaires du nouveau char lourd T26E3, qui vont d'abord équiper les 3rd et 9th Armored Divisions. 2 T26 de la 3rd Armored sont d'ailleurs mis hors de combat lors de la prise de Cologne, dont l'un, touché par un obus de 88 d'un Nashorn, définitivement. Cette division comprend aussi des M4A3E2 armés d'un canon de 76 mm sur la centaine qu'a transformé le groupe d'armées.

En plus des T26, il faut noter que les Américains disposent aussi, depuis l'automne 1944, du Tank Destroyer M36 Jackson, lui aussi armé d'un canon de 90 mm, et qui détruit de nombreux blindés en Allemagne. Comme le montre une photo p.58, après la bataille des Ardennes, l'armée américaine modifie un peu sa politique de ségrégation raciale, et à partir de février 1945 des soldats noirs se retrouvent dans les unités de combat aux côtés des Blancs. A noter aussi la résistance rencontrée le 11 avril 1945 à Braunschweig par la 2nd Armored Division, qui doit faire face à une concentation de 67 canons antiaériens lourds protégeant l'usine d'acier Hermann Göring, au sud-ouest de la ville. La 2nd Armored Division a également reçu ses premiers T26E3 fin mars 1945 et les aligne lors de l'entrée dans Magdebourg le 18 avril 1945. On note aussi cette étrange photo d'un StuG roumain à l'étoile rouge capturé par les Allemands avant leur reddition puis par les Américains en Tchécoslovaquie...



mercredi 17 décembre 2014

Publication : DSI Hors-série n°39 (décembre 2014-janvier 2015)

Je signale la parution d'un petit article de mon cru dans le hors-série n°39 du magazine DSI, consacré à l'étude du bombardement aérien. Plus précisément j'évoque rapidement les deux opérations Linebacker, I et II, menées par les Américains au Nord-Viêtnam, en 1972, juste avant la fin du conflit. C'est aussi l'occasion de revenir en bref sur les opérations aériennes au-dessus du Nord-Viêtnam. Bonne lecture.

dimanche 14 décembre 2014

36 heures avant le débarquement (36 Hours) de George Seaton (1965)

Juin 1944. Le major de l'US Army Jeff Pike (James Garner) est un officier dit Bigot, c'est à dire au courant du plan de débarquement allié en Europe. Ses chefs décident de l'envoyer à Lisbonne pour prendre contact avec un informateur menant double jeu avec les nazis et qui est intoxiqué par les Alliés, pour être sûr que le plan de diversion mis en place a fonctionné et que les Allemands croient à l'hypothèse d'un débarquement dans le Pas-de-Calais. Sur place, Pike est rapidement drogué dans un restaurant par des agents allemands et transporté, inconscient, en Allemagne. A son réveil, Pike est accueilli par le major Welter Gerber (Rod Taylor), dans ce qui semble être un hôpital de l'armée américaine, dans l'Allemagne occupée, après la fin de la guerre. Gerber annonce à Pike que la guerre a pris fin depuis six ans et qu'il est tombé dans un état d'amnésie...

36 Hours est inspiré d'une nouvelle de Roald Dahl écrite pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1944 : Beware of the Dog, qui dans le roman concerne, cependant, un pilote britannique et non un officier américain (Dahl était lui-même, d'ailleurs, pilote de la RAF). Le film a été tourné en grande partie dans le parc national de Yosemite, en Californie.



C'est un film d'espionnage original avec une intrigue travaillée : même si l'on connaît d'entrée la manipulation dont est victime Pike, les moyens mis en place par les Allemands sont impressionnants -faux hôpital, faux journaux, moyens médicaux, matériel américain, dossier de Pike. Sans compter le major Gerber, psychiatre du soin du stress post-traumatique des soldats sur le front de l'est reconverti dans la manipulation des prisonniers pour les faire parler. C'est d'ailleurs le personnage le plus intéressant du film, convaincu de l'efficacité de sa méthode non-violente et pourtant tourmenté par la manipulation dont lui-même fait l'objet par les nazis. De la même façon, Eva Marie Saint incarne avec brio une déportée contrainte de participer à la mise en scène des Allemands.



Malheureusement le film casse rapidement l'illusion et Pike découvre assez vite qu'il est victime d'une supercherie. Au lieu de développer un jeu de dupes entre l'officier Bigot et les Allemands, le film dérive vers un scénario plus classique où Pike cherche à s'échapper en compagnie de la déportée qui lui a permis de découvrir le mensonge, face à la traque de Werner Peters, détestable en officier SS. James Garner fait figure de héros très conventionnel, GI banal dont la capture est compensée par la réaction de l'état-major allié. La fin du film est d'ailleurs en demi-teinte. A noter cependant la touche comique apportée par John Banner, garde-frontières allemand qui permet l'évasion de Pike en Suisse, et qui campe un rôle assez proche de celui qu'il retrouvera dans la série Papa Schulz qui commence peu de temps après le film.




Alexandre SUMPF, La Grande Guerre oubliée. Russie 1914-1918, Paris, Perrin, 2014, 527 p.

Alexandre Sumpf est maître de conférences à l'université de Strasbourg. Spécialiste de l'histoire de la Russie et de l'URSS, il a signé cette année un bon article sur la mémoire russe de la Première Guerre mondiale que j'avais utilisé dans mon propre écrit sur l'armée russe durant ce conflit pour le blog L'autre côté de la colline. C'est donc avec grand intérêt que j'ai accueilli la sortie de cet ouvrage consacré à la Russie pendant la Grande Guerre. En effet, en français, le sujet est délaissé ; il manquait une synthèse récente pour remplacer la vulgate ancienne, en anglais, de N. Stone (qu'un J. Lopez choisit encore de privilégier pour le passage concerné, au lieu de travaux plus récents qu'il connaît, pourtant -notamment un article de référence cité dans sa bibliographie, contrairement à d'autres ouvrages qui n'y sont pas-, pour sa biographie de Joukov).

La Grande Guerre a cette particularité, en Russie, d'avoir été largement éclipsée par la guerre civile et surtout par la Grande Guerre Patriotique. Le travail de recherche se renouvelle à peine. C'est pourtant un front proprement "russe", comme le rappelle l'historien. Pour les Russes, la Première Guerre mondiale est un phénomène inédit, qui ne se limite pas au recul de l'armée russe que l'on devine sur les cartes. L'année 1915 représente d'après Alexandre Sumpf un véritable tournant, notamment parce que la guerre prend alors une connotation négative et avive la contestation intérieure, débouchant sur les révolutions de 1917. Pourtant, les historiens ne s'arrêtent désormais plus à la révolution d'Octobre ou même à l'armistice de Brest-Litovsk, mais étudient plutôt la Russie d'un bloc de 1914 à 1921, guerre civile comprise. Alexandre Sumpf divise son propos en trois parties : la première pose les conditions de l'entrée en guerre de la Russie, la deuxième revient sur l'engagement de la nation russe dans la guerre, la troisième enfin évoque les conséquences de la guerre sur le pays.


samedi 13 décembre 2014

David L. ANDERSON, The Columbia Guide to the Vietnam War, Columbia University Press, 2002, 308 p.

David L. Anderson est un historien américain, professeur à l'université de Californie, et spécialiste de la guerre du Viêtnam, sur laquelle il a écrit plusieurs ouvrages de référence. Il a enseigné à l'université d'Indianapolis entre 1981 et 2004. Le guide de l'université de Columbia, paru en 2002, est l'une de ces références, écrite par un historien qui a lui-même été décoré de la Bronze Star pour son service actif au sein de l'US Army au Viêtnam.

Ce guide se divise en plusieurs parties. La première, qui occupe les 80 premières pages, est une histoire résumée du conflit, de ses origines à la mémoire de la guerre. Anderson insiste sur l'histoire longue du Viêtnam et sur l'effet destructeur pour la société viêtnamienne du colonialisme français. Il met en évidence la montée parallèle du nationalisme et du communisme au Viêtnam à l'époque coloniale. La politique américaine est largement influencée par la politique de la "porte ouverte" en Asie au début du XXème siècle, par l'internationalisme wilsonien, le souvenir brûlant de Munich, la victoire de la Seconde Guerre mondiale et la doctrine Truman, qui vont modifier la perception stratégique du Viêtnam pour les Etats-Unis. Pour l'historien, le Viêtminh a su jouer de sa position pour s'imposer face aux Français qui ont multiplié les erreurs ou les maladresses. L'Indochine est importante pour les Américains en raison de la guerre froide, de la géopolitique asiatique et de motifs économiques. Si Eisenhower finance la guerre française mais n'intervient pas à Dien Bien Phu, c'est parce que la conférence de Genève semble offrir une alternative à l'intermédiaire français. Les Américains poussent Diêm mais se retrouvent pris de cour par les ambitions du personnage, et se sentent obligés de le soutenir sur le plan militaire pour éviter une répétition du scénario coréen, probable à leurs yeux, au détriment des réformes intérieures. Le Front National de Libération, formé en décembre 1960 à l'initiative du Nord-Viêtnam, répond cependant à une demande pressante des sudistes. Kennedy reprend la politique d'Eisenhower et l'amplifie, augmentant l'aide militaire notamment en 1962, après l'accord de neutralité au Laos : or l'ARVN montre des carences, Diêm se met à dos les bouddhistes, ce qui explique son assassinat auquel les Américains ne s'opposent pas en novembre 1963 durant un coup d'Etat. La mort de Kennedy ne remet pas en question la politique de ce dernier. Johnson ne veut pas être le président de la guerre mais veut contraindre le Nord-Viêtnam à cesser d'intervenir au Sud. L'incident du golfe du Tonkin lui donne autorité pour mener sa guerre, mais il est contraint, poussé par ses conseillers, d'engager les troupes américaines au sol après l'échec de l'option aérienne. Johnson instaure la conscription, cependant inégale et sélective : elle concerne surtout les classes pauvres de la société américaine, et au début les Afro-Américains, très représentés dans les unités régulières qui sont les premières engagées. Westmoreland choisit une stratégie d'usure, définie par le fameux "body count". La pacification reste secondaire. Les soldats américains font en fait face à une diversité de théâtres d'opérations au Sud-Viêtnam : mais la puissance de feu, les pièges et les atrocités sont des caractéristiques communes sur tout le territoire. Si le Nord-Viêtnam et le Viêtcong tiennent, c'est parce qu'ils sont engagés dans une guerre totale face à des Etats-Unis cherchant à conduire une guerre limitée. L'offensive du Têt en 1968 achève de retourner l'opinion américaine contre la guerre, car elle fracasse le discours politique et militaire qui annonce une fin prochaine de l'intervention. La contestation, née dès 1965, enfle aux Etats-Unis et les médias sont désormais très critiques. Johnson choisit de stopper l'escalade et de ne pas se représenter, alors que le camp démocrate est déchiré par la guerre : à la fin de l'année 1968, le républicain Nixon remporte avec une courte avance l'élection présidentielle. Nixon choisit la "viêtnamisation" mais dans le même temps accentue les bombardements et n'hésite pas à faire envahir le Cambodge en mai 1970, ce qui relance la contestation aux Etats-Unis. Parallèlement les négociations achoppent en raison des réticences du Sud-Viêtnam, qui bloquent encore la conclusion en 1972, alors que le Nord est disposé à négocier après l'opération Linebacker I en réponse à son offensive de Pâques au Sud. Les accords de Paris prévoient, côté sud-viêtnamien, le maintien des troupes du Nord au Sud, mais le président Thieu a reçu la garantie de Nixon d'une intervention américaine en cas d'assaut de Hanoï. C'est pourquoi il passe à l'offensive peu de temps après. Or ce soutien américain est compromis par la chute de Nixon et le retournement de l'opinion et du monde politique aux Etats-Unis. L'ultime offensive du Nord progresse bien plus rapidement que prévu au printemps 1975 et aboutit à la chute de Saïgon. La guerre connaît une prolongation au Cambodge voisin. Aux Etats-Unis, les vétérans peinent à se réintégrer face à une société qui les ignore pour oublier la défaite. La fiction s'empare du conflit dès la fin de la décennie 1970. En politique, le "syndrome viêtnamien" reste bien présent, montrant que le consensus de la guerre froide qui avait permis de placer les troupes américaines au Viêtnam n'existe plus.

La deuxième partie du livre, sur les 90 pages suivantes, est un lexique alphabétique renvoyant aux mots placés en gras dans le texte de la première partie. On y trouvera le minimum sur les personnages, les organisations, les faits ou thèmes importants relatifs à la guerre du Viêtnam. La troisième partie est une chronologie du conflit. La quatrième, très utile, est une bibliographie commentée sur la guerre du Viêtnam, classée par thèmes, sur 50 pages. La cinquième et dernière partie enfin comprend des documents importants sur le conflit.

Objectif rempli donc pour ce guide qui permet de s'initier, de manière assez poussée, à la guerre du Viêtnam. Un bon outil de travail.


Parution : Les guerres du Tchad 1969-1987, Lemme Edit/Illustoria, 31 décembre 2014

Certains s'en doutaient un peu, je confirme : le 31 décembre prochain paraît aux éditions Lemme Edit/Illustoria mon deuxième ouvrage en date, Les guerres du Tchad 1969-1987.

C'est un court ouvrage (moins d'une centaine de pages) qui se présente avant tout comme une synthèse des conflits au Tchad entre 1969 et 1987, c'est à dire ceux marqués notamment par l'intervention française. Néanmoins, j'équilibre le point de vue avec les acteurs tchadiens, la Libye, etc. Le livre permet de balayer l'ensemble des conflits au Tchad depuis l'indépendance et jusqu'en 1987, mais vu sa taille, il ne faut pas chercher un ouvrage exhaustif : néanmoins il permet d'avoir sous la main un outil de travail sur ces conflits.

Par rapport à mon premier ouvrage sur l'offensive du Têt, pourtant plus long, j'ai intégré cette fois des notes de bas de page, et les références restantes sont indiquées en bibliographie. Vu le format, celle-ci est loin d'être exhaustive et j'espère pouvoir un jour revenir sur ce sujet plus longuement.

Comme les remerciements ont malheureusement "sauté", faute de place, je tiens à remercier ici, à divers titres, Arnaud Delalande, Yves Trotignon, Eric Le Goff, Patrick Rozes, David François, Adrien Fontanellaz et Albert Grandolini. Merci enfin à mon épouse pour sa patience pendant l'écriture de cet ouvrage et sa contribution à la relecture.

Comme pour L'offensive du Têt, j'ai créé une page Facebook pour la promotion du livre et pour accompagner la parution par des compléments et autres ajouts utiles, vous pouvez la suivre au besoin. Bonne lecture !

vendredi 12 décembre 2014

Paul CLAVAL, Histoire de la géographie, Que Sais-Je, Paris, PUF, 2011 (4ème éd.), 128 p.

On ne présente plus Paul Claval, célèbre géographe français qui a largement contribué à modifier l'appréhension de cette discipline en France, depuis plusieurs décennies.

Claval est également un des spécialistes de l'historiographie de la géographie. Comme il le dit lui-même dans l'introduction de son Que Sais-Je, se pencher sur l'histoire de la géographie comme discipline scientifique, c'est faire un effort de décentrement. Géographie pratique et géographie scientifique ne sont pas antinomiques. La seconde s'est construite depuis l'Antiquité. Elle situe les observations et repère leurs positions relatives ; elle décrit les réalités concrètes du paysage ; elle reporte ses résultats sur des cartes, qui peuvent se lire à plusieurs niveaux ; elle corrige les fausses perceptions individuelles ou collectives ; elle s'inscrit dans un contexte intellectuel, politique et administratif à chaque époque.

La géographie naît au VIème siècle av. J.-C. en Grèce antique. Les Grecs sont surtout intéressés par la description de la Terre habitée. Plus tard, Eratosthène et Hipparque bâtissent les premières cartes, à une époque où l'on considère la Terre comme une sphère. Strabon réalise une géographie régionale tandis que Ptolémée et Denys d'Alexandrie résument le savoir acquis et donnent ainsi un cadre théorique qui manque par exemple aux géographes chinois de la même époque. La géographie décline au Moyen Age occidental alors qu'elle explose dans l'islam médiéval, avec Ibn Battuta et surtout Ibn Khaldoun. Les progrès de la navigation, la traduction de Ptolémée et les Grandes Découvertes relancent la géographie en Europe. La Renaissance remet à l'honneur la cartographie et fait de la géographie une science indispensable.


mercredi 10 décembre 2014

Représailles (Rappresaglia) de George Pan Cosmatos (1973)

1944, à Rome. Le père Pietro Antonelli (Marcello Mastroianni) tente de sauver les trésors de la Renaissance présents à Rome de la convoitise des occupants allemands. Le lieutenant-colonel Kappler (Richard Burton) dirige quant à lui la sécurité de la ville de Rome, représentant la SS. Antonelli est contraint de livrer un Masaccio à Kapler. Or les armées alliées, qui ont débarqué à Anzio mais restent bloquées devant le mont Cassin, ne sont désormais plus très éloignées de la capitale italienne, ce qui stimule la résistance à Rome. Les résistants exécutent un attentat qui coûte la vie à 33 soldats allemands. Deux des auteurs de l'attentat sont des étudiants du père Antonelli et se réfugient chez lui. En représailles, Kappler est chargé de mettre à mort 10 Italiens pour 1 Allemand tué, soit 330 personnes. Il commence à dresser les listes pour les exécutions...

Représailles s'inspire largement d'un livre de Robert Katz, Death in Rome, paru en 1973. L'épisode qui fournit la trame du roman et du film est bien sûr le massacre des fosses Ardéatines, commis par les Allemands le 24 mars 1944 après une attaque de partisans, la veille, en plein coeur de Rome, Via Rasella, contre le régiment SS de police Bozen. A ce moment-là, les Allemands occupent Rome depuis septembre 1943 et la chute de Mussolini. Ils ont organisé la déportation des Juifs italiens en octobre et ont réquisitionné de nombreux civils pour des travaux forcés. En décembre, les partisans italiens conduisent les premières attaques contre l'occupant à Rome. La 11ème compagnie, 3ème bataillon du régiment SS de police Bozen, visée par l'attentat du 23 mars, est alors composée d'Autrichiens du Sud-Tyrol, région rattachée à l'Italie après la Première Guerre mondiale. L'attaque est orchestrée par 16 partisans d'un groupe communiste, qui parviennent tous à s'enfuir après avoir déposé une charge explosive dans le chariot d'un balayeur de rues.



Kappler (qui est en réalité beaucoup moins désabusé que dans le film, et qui n'a à l'époque que 37 ans alors que Burton en a 48...) mène l'enquête. C'est en accord avec le commandant de la place de Rome, le général de la Luftwaffe Mälzer, qu'il choisit le nombre de 10 Italiens à exécuter pour chaque policier SS tué. Mälzer voulait en plus brûler une partie de la ville. L'exécution doit avoir lieu dans les 24 heures ; Kesselring, le commandant de théâtre, a interprété l'ordre confirmé par le Führer comme concernant les personnes déjà condamnées à mort. Mais Kappler n'a pas assez de condamnés à mort et doit faire feu de tout bois, raflant aussi les Juifs emprisonnés et d'autres catégories de détenus. Les exécutions ont lieu dans des carrières abandonnées près de la Via Ardeatina : elles sont réalisées essentiellement par des officiers SS n'ayant jamais abattu quiconque. Kappler a choisi comme mode d'exécution des tirs de pistolet à bout portant dans la nuque, par groupe de 5 prisonniers. Il a prévu du cognac pour les officiers SS devant accomplir le massacre. Les corps sont empilés et les caves des carrières scellées à l'explosif. Ils ne seront découverts qu'après la libération de Rome. Le massacre des Fosses Ardéatines, de par son ampleur et le contexte dans lequel il intervient, est devenu emblématique des atrocités allemandes commises en Italie pendant l'occupation allemande. Un débat fait toujours rage à propos de la réaction ambigüe de la Papauté, qui n'a pas condamné le massacre allemand mais à en revanche déploré l'attentat des partisans italiens. Le film Représailles, suivant le livre de Katz, montre que la Papauté était au courant des représailles allemandes mais n'a rien fait, même symboliquement, pour s'y opposer.
 

Cosmatos, le réalisateur, avait proposé au producteur Carlo Ponti d'adapter le livre de R. Katz à l'écran. C'est davantage un spécialiste du film d'action : il signera ensuite Bons baisers d'Athènes, Rambo 2 (sic) ou Cobra. L'image est donc plus parlante en générale que le scénario, cependant Cosmatos est parfois arrivé à marier les deux efficacement, comme c'est le cas ici. Servi par deux acteurs qui dominent largement l'ensemble (Burton et Mastroianni), le propos montre la barbarie dans son caractère le plus froid et inhumain : la bureaucratie SS. C'est ainsi que la mort de 330 personnes se décide sur des coups de téléphone, dans une comptabilité sordide pour le spectateur, mais pas pour les acteurs du crime, qui ne voient qu'une tâche bureaucratique. Le lien improbable entre le père Antonelli et Kappler naît d'ailleurs uniquement de leur passion commune pour l'art. La force du film de Cosmatos est également de montrer le massacre des Fosses Ardéatines de manière quasi documentaire. : les SS emmènent les condamnés dans les grottes et les exécutent à coups de pistolets dans la nuque, par groupes de 5. La dernière scène est particulièrement bouleversante, avec Kappler, dans le rôle du bourreau, qui se retrouve à devoir exécuter Antonelli, qui s'est volontairement approché des carrières pour se faire prendre. De la même façon, la scène d'attentat est particulièrement bien reconstituée. Pour une fois, Cosmatos n'avait pas sacrifié le fond à la forme, comme il le fera souvent par la suite.


mardi 9 décembre 2014

David CAMPBELL, Barbarossa 1941. German Infantryman vs Soviet Rifleman, Combat 7, Osprey, 2014, 80 p.

Les éditions britanniques Osprey, bien connues des amateurs d'histoire militaire, ont récemment lancé une nouvelle collection parmi un catalogue déjà bien fourni : Combat. Le volume n°7 de la nouvelle collection, sorti à l'été dernier, signé David Campbell, dresse une comparaison entre le fantassin allemand et le fusilier soviétique pendant l'opération Barbarossa.

Combat présente, pour les éditions Osprey, un nouveau visage. Les illustrations, généralement plus grandes, sont légendées de manière plus détaillée. Les références citées dans la bibliographie en fin de volume sont beaucoup plus citées, non pas en notes, mais entre parenthèses, dans le texte, jusqu'aux pages. Les cartes, généralement en double page, reprennent un système de numéros qui permettent de mieux suivre la chronologie des opérations et les différents mouvements de troupes.


Sir Arthur Conan DOYLE, La compagnie blanche et Sir Nigel, Libretto, Paris, éditions Phébus, 1995

Comme le rappelle Michel Le Bris dans l'introduction à La Compagnie Blanche, Sir Arthur Conan Doyle, dont la famille faisait remonter ses origines aux compagnons de Guillaume le Conquérant, ne pouvait échapper à une éducation emprunte d'histoire anglaise. L'écrivain dépeint d'ailleurs une réalité sombre, médiévale, qui reflète son propre parcours. Le grand-père, John Doyle, caricaturiste politique du Times, quitte l'Irlande pour l'Angleterre, mais un train de vie trop fastueux oblige le fils cadet, Charles, à devenir petit fonctionnaire en Ecosse. Alcoolique, le père ne peut être un modèle pour les enfants, dont Arthur, élevés par leur mère, Mary, qui les entretient dans le souvenir de leurs nobles origines.

C'est ainsi que le héros des deux romans de chevalerie d'Arthur Conan Doyle, Nigel Loring, dont les aventures commencent en 1348, ressemble à s'y méprendre à l'auteur, vivant avec sa mère solitaire et en quête de gloire et de reconnaissance. En 1885, bicentenaire de la défaite de Monmouth, Doyle se tourne vers le roman historique. Micah Clarke connaît un franc succès alors même qu'Une étude en rouge, où apparaissent pour la première fois Sherlock Holmes et Watson, composition alimentaire, est rejetée. Il projette de mener de front médecine et littérature. Mais en 1889, la visite des ruines de l'abbaye de Beaulieu le ramène vers l'écriture chevaleresque. Il y consacre tout son temps et son énergie, mais le succès parallèle de Sherlock Holmes après son premier roman historique est tel qu'il doit interrompre l'écriture de La Compagnie Blanche pour donner encore vie à son héros détective. Sorti en 1890, ce dernier volume est un succès, le meilleur roman depuis Walter Scott diront certains. Mais cette réussite est effacée par celle, incomparablement supérieure, des aventures de Sherlock Holmes. Arthur Conan Doyle reste prisonnier de sa création, même s'il publie 15 ans plus tard Sir Nigel, qui retrace cette fois la jeunesse de son héros, Nigel Loring.



La réputation des deux romans, très populaires en Angleterre dans l'entre-deux-guerres en particulier, n'est pas surfaite.  Les aventures de l'écuyer Alleyne Edricson, écuyer se mettant au service d'une grande compagnie avec des archers anglais en France, sont chatoyantes. On y croise évidemment quantité de personnages historiques et l'on sent que l'auteur a travaillé considérablement son sujet par des recherches en amont. Arthur Conan Doyle, le créateur de Sherlock Holmes, sait parfaitement faire revivre l'atmosphère des débuts de la guerre de Cent Ans, vue ici du côté anglais. A découvrir.


mercredi 3 décembre 2014

John BARBER et Mark HARRISON, The Soviet Home Front 1941-1945. A social and economic history of USSR in World War II, Longman, 1991, 252 p.

John Barber est docteur au King's College de Cambridge, et spécialiste de l'URSS pendant la Seconde Guerre mondiale. Mark Harrison, professeur à l'université de Warwick, est un spécialiste des questions économiques sur la Seconde Guerre mondiale, à propos desquelles il a beaucoup écrit depuis cet ouvrage à quatre mains. En 1991, Barber et Harrison publient en effet un livre qui tente d'expliquer, de manière contemporaine à l'effondrement de l'URSS, comment cet Etat a fait face à l'invasion allemande à partir de 1941. Bien que la recherche ait progressé depuis, l'ensemble reste une bonne base de départ pour une histoire économique et sociale de l'URSS pendant le conflit.

La réorganisation de l'économie soviétique sous les plans quinquennaux a conduit à l'industrialisation mais a porté un coup fatal à l'économie rurale. La transformation se fait de manière violente et les purges de 1936-1937 entraînent plusieurs années de stagnation, prolongées par le début de la Seconde Guerre mondiale. Des millions de Soviétiques profitent de ces changements structurels mais des millions d'autres en souffrent : la base sociale du régime reste étroite. L'Etat prend une place considérable, le pays est centralisé : mais la direction n'est pas aussi monolithique qu'il est souvent dit, le centre ne contrôle pas forcément étroitement les autorités locales et les populations savent s'adapter et improviser. Staline bénéficie à la fois de la répression mais aussi d'un véritable soutien populaire. Au départ, l'adversaire probable et désigné est plutôt le Japon : ce n'est qu'au milieu des années 1930 que l'URSS penche pour l'Allemagne. Le pays se prépare à la guerre sur une échelle fantastique, mais l'effort est coûteux, et les Soviétiques n'envisagent pas une guerre immédiate, ce qui fragilise les forces armées, surprises en cours de modernisation perpétuelle. L'effort de production s'accélère avec le début de la Seconde Guerre mondiale.

mardi 2 décembre 2014

2ème Guerre Mondiale n°57 (décembre 2014-janvier 2015)

Peu d'écrits pour moi dans ce numéro : je signe un focus Actualité sur l'Irak pendant la Seconde Guerre mondiale et une petite chronique cinéma sur le film L'aigle s'est envolé (1976). Vous trouverez également p.4-5 quatre résumés de fiches de lecture parues sur le blog. A noter une couverture non German Bias, pour une fois !

- Franck Ségretain revient à la Résistance, où il est à mon sens meilleur que quand il s'attaque à l'histoire militaire pure. Il explique comment la Résistance a appliqué le plan "d'insurrection nationale", avec plus ou moins de bonheur : efficacité dans le sabotage, échec dans le cadre des confrontations plus classiques avec l'armée allemande. Le retour à la guérilla mobile s'est imposé. Les FFI auront apporté un soutien appréciable aux armées alliées -et payé par un prix du sang assez élevé- sans avoir de résultat vraiment décisif.

- la chronique Ecrire l'histoire de Benoît Rondeau est en quelque sorte un modèle du genre. L'auteur incorpore d'ailleurs les références incontournables dans le texte. Les Britanniques ont eu à coeur de souligner leur contribution pendant le conflit, parfois en écartant un peu vite leurs alliés. Ils sont plus enclins à dénigrer leurs adversaires (Italiens) ou leurs alliés (Américains) qu'à reconnaître leurs propres échecs. L'armée britannique, diverse, cosmopolite, a su cependant atteindre un maximum avec Montgomery, qui a su lui aussi entretenir sa légende. Et pourtant, la Seconde Guerre mondiale marque sans aucun doute la fin du déclin de l'Angleterre face aux Etats-Unis et à l'URSS, autres grands vainqueurs du conflit.

- le dossier de Vincent Bernard est consacré à la bataille de Bastogne. Les Allemands manquent l'occasion de changer la configuration de la bataille le 19 décembre, par prudence et absence de renseignements précis. S'ensuit un siège en règle qui ne débouche pas, comme on sait. Pour les Américains, Bastogne est d'abord un carrefour routier qu'il s'agit de conserver. Comme les Allemands, les Américains surestiment souvent les forces qui leur font face. Le dossier se termine par quelques témoignages américains sur la bataille.

- la fiche Personnage porte sur le général allemand Hasso-Eccard Freiherr von Manteuffel. Comme de coutume, le portrait est aussi détaillé que faire se peut, en revanche Benoît Rondeau n'a pas indiqué cette fois-ci quelques références bibliographiques.

- Vincent Bernard signe également l'article sur la bataille de Brest. Le port de Brest pourrait soulager la logistique alliée. Les Américains lancent, après la percée de Cobra, le VIIIth Corps sur la Bretagne, et en particulier les 4th et 6th Armored Divisions. Les blindés ne peuvent empêcher les Allemands de se retrancher dans la ville. A ce moment-là, la capture du port n'est plus nécessaire pour des raisons stratégiques, mais bien plutôt pour montrer que l'armée américaine ne renonce pas. Il faudra près d'un mois de siège en règle pour aboutir à la capitulation de Brest, le 19 septembre 1944, après un combat de rues acharné qui dissuadera les Alliés de mener à bien d'autres sièges de poches sur l'Atlantique. Dans sa biblio, l'auteur ne parle pas du chapitre du livre de M. Doubler consacré à la bataille, ni l'histoire de la 29th ID de Balkoski, pourtant intéressants pour son sujet.

- enfin, Benoît Rondeau évoque l'infanterie de l'Afrika Korps. Article de facture plus classique que la chronique Ecrire l'histoire, sur le sujet maîtrisé par l'auteur qui a signé un livre sur l'Afrika Korps. Ce dernier manque d'une infanterie pourtant bien utile sur les positions défensives. Rommel manquera toujours d'infanterie, qui subit par ailleurs de lourdes pertes durant l'opération Crusader. La carence est toujours présente en 1942, d'autant que les pertes peinent à être comblées.

- la fiche Uniforme porte sur un Aufklärer de la 90. Leichte-Afrika-Division.