samedi 13 décembre 2014

David L. ANDERSON, The Columbia Guide to the Vietnam War, Columbia University Press, 2002, 308 p.

David L. Anderson est un historien américain, professeur à l'université de Californie, et spécialiste de la guerre du Viêtnam, sur laquelle il a écrit plusieurs ouvrages de référence. Il a enseigné à l'université d'Indianapolis entre 1981 et 2004. Le guide de l'université de Columbia, paru en 2002, est l'une de ces références, écrite par un historien qui a lui-même été décoré de la Bronze Star pour son service actif au sein de l'US Army au Viêtnam.

Ce guide se divise en plusieurs parties. La première, qui occupe les 80 premières pages, est une histoire résumée du conflit, de ses origines à la mémoire de la guerre. Anderson insiste sur l'histoire longue du Viêtnam et sur l'effet destructeur pour la société viêtnamienne du colonialisme français. Il met en évidence la montée parallèle du nationalisme et du communisme au Viêtnam à l'époque coloniale. La politique américaine est largement influencée par la politique de la "porte ouverte" en Asie au début du XXème siècle, par l'internationalisme wilsonien, le souvenir brûlant de Munich, la victoire de la Seconde Guerre mondiale et la doctrine Truman, qui vont modifier la perception stratégique du Viêtnam pour les Etats-Unis. Pour l'historien, le Viêtminh a su jouer de sa position pour s'imposer face aux Français qui ont multiplié les erreurs ou les maladresses. L'Indochine est importante pour les Américains en raison de la guerre froide, de la géopolitique asiatique et de motifs économiques. Si Eisenhower finance la guerre française mais n'intervient pas à Dien Bien Phu, c'est parce que la conférence de Genève semble offrir une alternative à l'intermédiaire français. Les Américains poussent Diêm mais se retrouvent pris de cour par les ambitions du personnage, et se sentent obligés de le soutenir sur le plan militaire pour éviter une répétition du scénario coréen, probable à leurs yeux, au détriment des réformes intérieures. Le Front National de Libération, formé en décembre 1960 à l'initiative du Nord-Viêtnam, répond cependant à une demande pressante des sudistes. Kennedy reprend la politique d'Eisenhower et l'amplifie, augmentant l'aide militaire notamment en 1962, après l'accord de neutralité au Laos : or l'ARVN montre des carences, Diêm se met à dos les bouddhistes, ce qui explique son assassinat auquel les Américains ne s'opposent pas en novembre 1963 durant un coup d'Etat. La mort de Kennedy ne remet pas en question la politique de ce dernier. Johnson ne veut pas être le président de la guerre mais veut contraindre le Nord-Viêtnam à cesser d'intervenir au Sud. L'incident du golfe du Tonkin lui donne autorité pour mener sa guerre, mais il est contraint, poussé par ses conseillers, d'engager les troupes américaines au sol après l'échec de l'option aérienne. Johnson instaure la conscription, cependant inégale et sélective : elle concerne surtout les classes pauvres de la société américaine, et au début les Afro-Américains, très représentés dans les unités régulières qui sont les premières engagées. Westmoreland choisit une stratégie d'usure, définie par le fameux "body count". La pacification reste secondaire. Les soldats américains font en fait face à une diversité de théâtres d'opérations au Sud-Viêtnam : mais la puissance de feu, les pièges et les atrocités sont des caractéristiques communes sur tout le territoire. Si le Nord-Viêtnam et le Viêtcong tiennent, c'est parce qu'ils sont engagés dans une guerre totale face à des Etats-Unis cherchant à conduire une guerre limitée. L'offensive du Têt en 1968 achève de retourner l'opinion américaine contre la guerre, car elle fracasse le discours politique et militaire qui annonce une fin prochaine de l'intervention. La contestation, née dès 1965, enfle aux Etats-Unis et les médias sont désormais très critiques. Johnson choisit de stopper l'escalade et de ne pas se représenter, alors que le camp démocrate est déchiré par la guerre : à la fin de l'année 1968, le républicain Nixon remporte avec une courte avance l'élection présidentielle. Nixon choisit la "viêtnamisation" mais dans le même temps accentue les bombardements et n'hésite pas à faire envahir le Cambodge en mai 1970, ce qui relance la contestation aux Etats-Unis. Parallèlement les négociations achoppent en raison des réticences du Sud-Viêtnam, qui bloquent encore la conclusion en 1972, alors que le Nord est disposé à négocier après l'opération Linebacker I en réponse à son offensive de Pâques au Sud. Les accords de Paris prévoient, côté sud-viêtnamien, le maintien des troupes du Nord au Sud, mais le président Thieu a reçu la garantie de Nixon d'une intervention américaine en cas d'assaut de Hanoï. C'est pourquoi il passe à l'offensive peu de temps après. Or ce soutien américain est compromis par la chute de Nixon et le retournement de l'opinion et du monde politique aux Etats-Unis. L'ultime offensive du Nord progresse bien plus rapidement que prévu au printemps 1975 et aboutit à la chute de Saïgon. La guerre connaît une prolongation au Cambodge voisin. Aux Etats-Unis, les vétérans peinent à se réintégrer face à une société qui les ignore pour oublier la défaite. La fiction s'empare du conflit dès la fin de la décennie 1970. En politique, le "syndrome viêtnamien" reste bien présent, montrant que le consensus de la guerre froide qui avait permis de placer les troupes américaines au Viêtnam n'existe plus.

La deuxième partie du livre, sur les 90 pages suivantes, est un lexique alphabétique renvoyant aux mots placés en gras dans le texte de la première partie. On y trouvera le minimum sur les personnages, les organisations, les faits ou thèmes importants relatifs à la guerre du Viêtnam. La troisième partie est une chronologie du conflit. La quatrième, très utile, est une bibliographie commentée sur la guerre du Viêtnam, classée par thèmes, sur 50 pages. La cinquième et dernière partie enfin comprend des documents importants sur le conflit.

Objectif rempli donc pour ce guide qui permet de s'initier, de manière assez poussée, à la guerre du Viêtnam. Un bon outil de travail.


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