dimanche 9 novembre 2014

VON OPPENHEIM, Le domaine tchadien de Rabah (trad. Roger Pascal), Racines du présent, Paris, L'Harmattan, 2001, 143 p.

Le baron Von Oppenheim, conseiller à la légation allemande du Caire, publie en 1902 un texte consacré à Rabah, seigneur de la guerre soudanais et trafiquant d'esclaves qui affronte les Français lors de la colonisation du Tchad. Von Oppenheim ne travaille pas avec des sources de première main, ce qui explique les inexactitudes et le caractère incomplet de son travail : cependant, comme le rappelle le traducteur, le texte est précieux, car il est l'un des rares à présenter un personnage africain important pour l'époque, même si c'est sous un angle de vue européen.

L'Allemand insiste sur le caractère fulgurant des conquêtes de Rabah, qui fonde sa capitale en 1894 et disparaît au combat contre les Français six ans plus tard. L'empire ne survit pas à sa mort. Von Oppenheim comptait monter une expédition à partir du Caire mais en a été empêché par la progression de Rabah : c'est pourquoi il rassemble des informations sur lui à partir de 1896, puisque la colonie allemande du Cameroun est frontalière, au nord, du Tchad.

Rabah a servi sous Ziber Pacha, marchand d'esclaves puissant du Bahr-el-Gazal que le Khédive d'Egypte a préféré mettre sous résidence surveillée en 1876. Son fils Suleiman reprend le flambeau mais périt en affrontant le Khédive d'Egypte et ses mercenaires, dont Gessi, un Italien, et Gordon, en 1879. Rabah, qui a probablement 30 ans à cette époque, a servi Ziber, puis Suleiman ; il s'enfuit vers l'ouest après la mort de ce dernier, emmenant plusieurs centaines de bazinguers (soldats irréguliers) qui lui permettent de s'installer au niveau du Ouaddaï. Il essaie d'attaquer cet empire en 1887, sans succès. Rabah, qui récupère certains partisans du Mahdi, s'enfonce encore plus à l'ouest, défait l'empire du Baguirmi puis celui du Bornou (1892-1893). Il amasse un trésor de guerre considérable.

A partir de Dikoa, sa nouvelle capitale près du lac Tchad (qui aurait compté jusqu'à 100 000 habitants à sa mort) , Rabah règne en seigneur de guerre, avec une armée de 20 bannières comptant chacune 250 hommes, avec un système de forts, de points d'appui avec magasins de vivres et de munitions. Il dispose probablement de 4 à 5 000 hommes équipés d'armes feu mais de beaucoup d'autres armés de lances ou d'armes blanches ou de jet. Rabah se soucie de son approvisionnement en armes, en munitions et en poudre, d'autant qu'il bloque le commerce des Tripolitains et ne peut négocier avec le Ouaddaï.

Avant d'avoir pu consolider son pouvoir, Rabah doit affronter, en 1898, les Français qui cherchent à s'implanter dans ce qui deviendra le Tchad ; ce conflit, en plus de l'hostilité des Sénoussis, lui sera fatal. La France cherche en effet à assurer la réunion territoriale de ses différentes colonies africaines : en 1897, Gentil descend le Chari jusqu'au lac Tchad avec un vapeur et signe un traité avec le Baguirmi. Rabah se venge en ravageant le Baguirmi, exécutant ensuite un Français, de Béhagle, venu en exploration économique. Bretonnet, subordonné de Gentil, envoyé en avant-garde, présume de ses forces : acculé par les forces de Rabah, très supérieures en nombre, il est massacré avec tout son détachement. Gentil arrive ensuite, et bâtit Fort-Archambault. Renforcé en hommes en artillerie, il affronte l'armée de Rabah à Kouno (29 octobre 1899) : le combat est très dur, les Français y laissent la moitié de leurs forces, tuées ou blessées.

Gentil attend ensuite l'arrivée des deux autres missions françaises, envoyées depuis le nord et l'ouest, pour gagner le Tchad. La jonction est faite en février 1900 : les Français s'emparent de Kousséri, où ils installent leur camp. Après avoir défait le fils de Rabah, Fadel Allah, la bataille décisive a lieu le 22 avril non loin de la localité : aux 700 à 800 Français sont opposés 5 000 hommes, dont 2 000 armés de fusils, Rabah disposant de quelques pièces d'artillerie prises à Bretonnet (les Français ont 7 canons dont 5 de montagne modèle 1880). Rabah est vaincu et tué de même que Lamy, un des chefs de mission français. Les Français détruisent le reste de l'empire tandis qu'ils fondent Fort-Lamy, en face de Kousséri.

Fadel Allah tente de rassembler les lambeaux de forces de son père, prend contact avec les Anglais au Bornou. Le fils de Rabah est finalement surpris et tué en août 1901 par les Français, en territoire britannique. Mais la fin de l'empire de Rabah ne signifie pas la fin des combats pour les Français. Les premières expéditions montées vers le nord, dès novembre 1901, se heurte aux Touaregs et à la Sénoussiya. 

Une traduction utile, donc, même si l'on regrette de ne pas avoir plus de détails sur la source, son origine, à partir de quel texte elle a été réalisée, etc. Sans compter que les illustrations -une ou deux images et quelques cartes d'époque- sont un peu limitées.



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