jeudi 18 décembre 2014

Fury (2014) de David Ayer

Comme de nombreux autres passionnés de la Seconde Guerre mondiale et "apprentis-historiens", je suis récemment allé voir au cinéma Fury, le film de char de David Ayer. Un film qui s'est déjà vu affublé de critiques à mon sens plus ou moins justifiées, et qui ne touchent d'ailleurs pas qu'à la question du réalisme, vieil apanage des films de guerre. M'étant moi-même prêté au jeu il y a quelques temps sur certains films, j'en mesure maintenant toute l'inanité. A choisir, entre les qualités et les défauts, ce sera plutôt des qualités dont je vous parlerai ici, sans oublier bien sûr de souligner les problèmes que posent le film.




Le petit texte introductif, un peu court, précise que les équipages de chars américains souffrent le martyre face aux Panzer. Plutôt que de retenir qu'un film de char américain ne parle pas des autres alliés et de leur contribution à la victoire (dans un registre récent, le film russe Tigre Blanc, autre film de char intéressant au demeurant, ne parle pas non plus de la contribution des Américains ou des Britanniques à la victoire sur le IIIème Reich. Cela enlève-t-il à la qualité du film ? Assurément pas), je retiens surtout que le réalisateur a manifestement lu certains ouvrages qui tendent à accréditer l'idée selon laquelle les chars américains n'étaient que des cercueils ambulants. C'est faire fi de l'histoire puisque le Sherman, principal char américain du moment, est certes inférieur techniquement pour certains aspects aux mastodontes allemands, mais supérieur sur d'autres. En outre, si vraie crise il y a eu, c'est surtout durant l'année 1944 et particulièrement durant la bataille des Ardennes, où le décalage entre les deux camps est effectivement très prononcé, à tel point que les récriminations des équipages sont légion. En avril 1945, les premiers M26 Pershing, à canon de 90 mm, certes peu nombreux, sont arrivés au front depuis le mois précédent, et le nombre de Sherman à canon de 76 mm -dont le char Fury du film, un M4A2E8 Easy Eight HVSS, évolution ultime du Sherman pendant la guerre, en quelque sorte- est beaucoup plus important (cela ne résout pas tout, mais ça aide). Concernant la 2nd Armored Division, à laquelle appartient le char Fury dans le film, il faut noter qu'elle touche par exemple ses premiers Pershing fin mars 1945, alors que le film se déroule en avril. En outre elle compte déjà de nombreux Sherman à canon de 76 mm (comme Fury) et que la 9th Army à laquelle appartient la division développe, comme les autres formations américaines, des blindages improvisés supplémentaires pour les Sherman. Sans parler du fait que le Sherman est intégré dans un ensemble tactique qui ne se limite pas qu'aux chars. Sans parler aussi du fait que la conception du Sherman, son choix, sa non évolution ou presque pendant plusieurs années a une histoire, qu'il pourrait être utile de connaître avant de dire des bêtises. Passons.



L'un des aspects les plus intéressants de Fury est probablement de faire baigner le spectateur dans cette atmosphère immonde, il n'y a pas d'autre mot, qu'a pu être le combat de chars durant la Seconde Guerre mondiale et particulièrement durant ces dernières semaines de combats à l'ouest. La première scène donne le ton : au milieu de colonnes de véhicules détruits, Brad Pitt élimine à l'arme blanche, en sautant de son char, un officier allemand à cheval passant au milieu des décombres. L'ambiance est placée d'entrée. Fury vient de perdre un membre d'équipage, le co-pilote. Revenu tant bien que mal à la base, le chef de char, le sergent Collier, reçoit un "bleu", Norman, un dactylo expédié en urgence pour boucher les trous dans les unités blindées. Scénario qui effectivement s'est souvent produit dans les divisions blindées américaines pendant la guerre. Les marquages de Fury laissent voir que le char appartient au 66th Armored Regiment, 2nd Armored Division. Cette division blindée, rattachée à la 9th US Army de Simpson comme cela est dit dans le film, a franchi le Rhin fin mars 1945 et a formé la pince nord de l'encerclement du groupe d'armées B allemand dans la poche de la Ruhr. Elle a ensuite atteint la Weser début avril avant d'être la première division américaine sur l'Elbe, où elle s'arrête à la fin du mois d'avril 1945. Durant l'encerclement de la Ruhr, son homologue, la 3rd Armored Division, a rencontré pendant quelques jours une farouche résistance devant la ville de Paderborn, perdant même son commandant, le général Rose, tué par un équipage de Tigre II. Elle a fait face, notamment, à des unités de la Waffen-SS. Je pensais initialement que c'était là la source d'inspiration du film mais il y en a, en réalité, plusieurs, dont ne fait pas partie la bataille autour de Paderborn, et par ailleurs, la période donne effectivement de quoi faire.



Car c'est l'autre intérêt du film que de montrer, ce qui là encore est tout à fait authentique, que l'entrée des Américains en Allemagne fin mars-début avril 1945 n'a pas été, loin s'en faut, une promenade militaire. Sans aller jusqu'à dire qu'on y a vu des combats de l'intensité du front de l'est à la même époque (la comparaison elle-même étant de très loin superflue, à tel point que comparer les deux fronts n'a guère de sens), il faut bien dire que certaines formations de la Wehrmacht ou de la Waffen-SS, mais aussi les autorités locales, ou une combinaison de ces éléments, ont parfois posé problème à l'US Army en marche vers la fin de la guerre. Outre l'exemple de Paderborn que j'ai déjà traité ailleurs, on pourrait rappeler pour mémoire les féroces combats de la 4th Armored Division et de la 45th Infantry Division à Aschaffenbourg, que j'ai là encore évoqués, ou ceux, moins longs mais tout aussi violents, de la prise de Nuremberg (où l'on retrouve encore la 45th Infantry Division). Fury s'inspire encore d'un autre exemple de résistance allemande en avril 1945. Concernant la 2nd Armored Division, on peut noter que le 11 avril 1945, donc à la période où est censée se dérouler le film (avril, sans plus de précision), l'unité bute par exemple sur une concentration de canons antiaériens lourds (67) protégeant l'usine d'acier Hermann Göring au sud-ouest de la ville de Braunschweig, qui lui donne du fil à retordre (il y a même des pièces montées sur rail). Bref, voilà un moment de la Seconde Guerre mondiale qui est clairement à redécouvrir, ne serait-ce que pour ne pas tomber dans le dénigrement d'un film qui, sur ce point-là au moins, n'est pas outrancier. Et pour éviter de faire de faux parallèles, aussi, avec le front de l'est : les situations sont complètement différentes. Et pourtant, à l'ouest, les Allemands ne se sont pas toujours laissés faire, loin s'en faut.



Fury fait découvrir le caractère sordide de la guerre par les yeux du "bleu", Norman, qui rencontre l'intérieur d'un char en montant dedans pour la première fois, et en nettoyant les restes de son prédécesseur déchiqueté à sa place. Norman incarne l'innocence confrontée à la réalité d'une guerre brutale, et d'autant plus atroce qu'elle touche à sa fin. Les autres membres de l'équipage combattent depuis l'engagement de la 2nd Armored Division en Afrique du Nord : la guerre est devenue leur métier, comme ils le disent souvent, et même, pour Collier, un chez soi. Le réalisateur n'épargne rien au spectateur : les tirs de Panzerfäuste sur les Sherman à bout portant, par des adolescents aussitôt fauchés au StG 44 de prise par un sergent Collier impassible ; l'officier en flammes qui sort du Sherman touché et qui préfère se tirer une balle dans la tête pour ne pas mourir carbonisé ; l'exécution d'un prisonnier allemand, de force, par le bleu, sous la contrainte de Collier, pour le faire rentrer "dans l'atmosphère" de la guerre. Scène qui met mal à l'aise mais qui correspond, là encore, à une certaine réalité, particulièrement en Allemagne en avril 1945 où les combats prennent un côté inexpiable, surtout après les massacres de prisonniers commis pendant la bataille des Ardennes par les Waffen-SS, qui ont connu côté américain une abondante publicité. Quant au réalisme des deux premières scènes de combat, les prétendus experts y trouveront toujours à redire. Notamment cet obus de canon antichar Pak 40 allemand qui ricoche bizarrement sur un des Sherman (là, ça fait un peu désordre...). Oui, les fantassins américains marchent bien alignés derrière les 4 Sherman qui montent à l'assaut des positions allemandes : et pourtant, sur des images d'actualité américaines d'avril 1945, on peut voir exactement les mêmes scènes dans les environs de Coblence, par exemple. Même si la prise est peut-être montée pour la caméra, il n'en demeure pas moins que Fury s'inspire au moins de la propagande. En soi c'est déjà intéressant pour être relevé. De même que la courte scène de combat urbain dans la petite localité allemande reflète probablement assez bien une partie des brefs combats de rues rencontrés par les Américains : là encore le réalisateur s'inspire assez directement d'images de l'époque, aisément identifiables, avec quelques raccourcis. A noter également que la présence de soldats noirs dans les rangs du 41st Armored Infantry Regiment, le régiment d'infanterie portée de la 2nd Armored Division que vient soutenir Collier et ses Sherman, n'est pas incongrue : la politique de ségrégation raciale des unités américaines évolue après la bataille des Ardennes et à partir de février 1945, des soldats noirs sont mélangés aux unités combattantes jusque là uniquement blanches.


La scène d'intérieur dans la localité, où Collier et Norman se retrouvent attablés avec deux Allemandes, a quelque chose de poignant. Rarement dans un film de guerre américain on aura autant montré l'ambivalence des soldats entrant en Allemagne en 1945, la "grande croisade" par excellence prenant fin, aussi, sur l'occupation d'un territoire. Or les soldats américains n'ont pas été forcément exemplaires, sans être tous des soudards sans foi ni loi. Cependant Fury se fait l'écho d'un cinéma américain montrant les choses, déjà depuis un certain temps, de façon beaucoup plus nuancée. Mais c'est aussi là qu'on commence à voir les faiblesses du film : Brad Pitt écrase tout le casting, les rôles secondaires sont peu travaillés, même si Norman fait figure de "bleu" crédible ; les autres membres du char sont quasiment insignifiants. C'est souvent une faiblesse dans les films de guerre ; dans un film de char, en huis clos, cela prend davantage d'importance, au vu du sujet. D'autant que la partie finale du film est sans doute la plus décevante.




Quoiqu'en pensent les "experts", le film s'inspire pour la scène finale d'un épisode tout à fait authentique (à la différence près, de taille certes, qu'il n'y avait pas qu'un seul char côté américain...) : une contre-attaque d'une unité de la Waffen-SS qui a rejeté, en avril 1945, des formations américaines d'une ville à peine conquise, menaçant de couper certaines de leurs arrières. Episode critique vite résolu, mais qui existe bel et bien. Fury se retrouve seul, les trois autres chars ayant été détruits par un Tigre I solitaire. D'aucuns ont poussé des cris d'orfraie devant cette scène où le géant allemand finit achevé au canon de 76 mm par derrière. Ils oublient un peu vite que le Tigre pulvérise facilement 3 Sherman, pour n'être détruit que par le dernier. En outre les équipages allemands de 1945, sauf exception, ne sont parfois pas plus entraînés que le "bleu" américain qui grimpe dans Fury. Enfin, à signaler tout de même, c'est un vrai Tigre I que met en scène le film : le seul exemplaire mondial encore en état de marche, celui du musée de Bovington, un Tigre de début de production (capturé en Tunisie en 1943), ce qui, après de multiples montages depuis 1945 (y compris dans Saving Private Ryan), est exceptionnel. Un des seuls films à compter un vrai Tigre au casting était jusque là... La gloire est à eux, film quasi documentaire sur les combats d'Arnhem tourné par les Britanniques en... 1946. C'est suffisamment rare pour le souligner. Si problème de réalisme il y a dans cette scène, c'est d'abord celui des Sherman à canon de 76 (il y en a 2 sur les 3 restants lors du combat principal) qui même avec les munitions perforantes HVAP sont incapables de percer le blindage frontal du Tigre à courte distance (!) ; puis ce dernier ne peut trouer le seul Sherman 76 restant -Fury- de flanc à bout portant.



Le parallèle avec la fin de Saving Private Ryan, dans Fury, peut paraître évident. Néanmoins, même si la survie du char (temporaire) au milieu de centaines de Waffen-SS semble quelque peu déplacée, la scène en rappelle une autre : celle du film To Hell and Back (1955), qui raconte le parcours d'Audie Murphy, un des soldats américains les plus décorés de la guerre, et qui gagne sa Medal of Honor, en janvier 1945, en tirant à la mitrailleuse cal. 50 d'un tank destroyer M10 Wolverine en flammes, en Alsace. Il y a quelque part du Audie Murphy dans le personnage incarné par Brad Pitt, même si la fin est différente, bien sûr. Alors il est vrai que les Waffen-SS n'arrivent pas à "crâmer" Fury au Panzerfaust. C'est oublier que ce lance-roquettes portable n'est pas le principal responsable des pertes en Sherman à l'ouest, en 1944-1945 : la part du lion revient aux canons antichars, tractés ou mobiles (Panzerjäger, StuG, etc), ce qui est somme toute logique. La portée pratique du Panzerfaut se comptant en dizaines de mètres, le sort du tireur est souvent celui vu dans le film, tragique. Sauf contexte particulier comme le combat de rues ou en sous-bois. Et même si, reconnaissons-le, cette dernière partie du film n'est pas trop crédible. La fin est d'ailleurs proprement bâclée par le réalisateur, ce qui est regrettable.



J'avais dit dès le début de ce billet que j'insisterai sur les qualités de Fury. Ce n'est pas le film de guerre du siècle. Il ne "révolutionnera" pas le genre comme avait pu le faire il y a presque 20 ans Saving Private Ryan (comparaison, d'ailleurs, qui elle-même n'a pas beaucoup de sens, mais que reprennent souvent les critiques de Fury). Et pourtant, à son humble niveau, pour un public américain ou occidental, il montre que même une guerre "juste" comme la Seconde Guerre mondiale, côté allié, a été effroyablement brutale, amère, violente. On est loin de la guerre vue comme un wargame que certains se complaisent à imaginer dans un certain confort : ici les corps sont écrasés sous les chenilles (un instant flash qui rappelle une scène de Croix de Fer de Peckinpah), les Allemands brûlent au phosphore, tout comme brûlent les équipages de Sherman touchés, les hommes sont décapités par les obus, les obus à haute vélocité sifflent dans les airs, les Allemands pendent ceux qu'ils estiment lâches avec des pancartes accrochées au cou (tout à fait authentique, y compris sur le front ouest), les Américains exécutent les prisonniers. Fury montre la violence crue (tarantinesque, diront certains) de la guerre telle qu'elle est, dans le contexte particulier du combat blindé. Ce qui manque peut-être, et l'on revient ici sur les faiblesses des acteurs et du scénario, c'est justement quelque chose de plus profond sur cette brutalité, sur cette violence de guerre. On peut regretter que David Ayer ne fasse du spectateur, finalement, qu'un témoin de cette violence, sans le faire réfléchir davantage. Le nom du char, qui donne celui du film, renvoie à ses créatures de la mythologie grecque (Erinyes, Furies en latin) qui poursuivent les criminels à la fois sur terre et aux enfers : le char devient pour les hommes une sorte de malédiction. Des hommes qui ne vivent que par et pour la guerre depuis des années, voyant la fin de celle-ci approcher, ne peuvent que s'y jeter à corps perdu : c'est bien ce qu'illustre le personnage de Collier, qui cimente tout l'ensemble. Une autre personne qui a analysé le film fait remarquer, à juste titre, que les chevaux, dans le film, symbolisent par leur apparition les 4 cavaliers de l'Apocalypse : le premier, un cheval blanc sur lequel est monté l'officier que Collier tue dans la première scène, avant de le relâcher, représente la conquête, la gloire passée de l'équipage du char ; le deuxième, que découpe une vieille femme allemande alors que Fury progresse vers une petite ville, symbole la famine ; le moment où les anciens de l'équipage évoquent le massacre des chevaux blessés dans la poche de Falaise représente la guerre ; et le dernier, qui réveille Norman assoupi sous le char, à la fin du film, est la mort. Le bleu a donc suivi un voyage de la vie à la mort, jusqu'à l'apocalypse, guidé par Collier. Il est en tout cas certain, même si on ne suit pas cette analyse religieuse, que les chevaux ont une place particulière dans le film. Au final, dans Fury, il y a beaucoup plus à prendre qu'à laisser. Quoiqu'en pensent certains, je crois pour ma part que c'est un des films de guerre américains sur la Seconde Guerre mondiale parmi les plus intéressants depuis longtemps. A découvrir, sans le jeter aux orties d'entrée.

8 commentaires:

  1. Pointer les erreurs historiques dans un film de guerre est certainement nécessaire, mais il s'agit également d'un exercice parfois futile. Le multioscarisé "Démineurs" a subi un tir de barrage de la part des vétérans d'Irak, et à juste titre (scène stupide de sniper, manque de crédibilité des interventions des démineurs), et pourtant il offre des images saisissantes de cette guerre particulière en plein milieu de populations civiles. Je ne connais pas en outre de films de guerre américain dont les fins ne soient ni bâclées ni stupides, même le "soldat Ryan", (et, en la matière, la palme revient aux films de Mel Gibson).

    Pour revenir à David Ayer, d'après sa filmographie, on voit qu'il aime présenter une thèse dans chacun de ses films: on peut ainsi lui reprocher dans chaque cas le côté unilatéral de sa démonstration. "Training day" présentait une police de Los Angeles brutale et corrompue jusqu'à l'os. Le script dormit longtemps dans les tiroirs des producteurs, qui craignaient que cette vision suscite la polémique. Puis, avec le scandale de la brigade Rampart, on découvrit qu'Ayer n'avait fait que mettre en récit ses expériences personnelles de jeunesse dans les ghettos de South Central LA, et que beaucoup de ses accusations étaient crédibles.

    Quelques années plus tard, "End of Watch" présente une tonalité radicalement différente, en exaltant le LAPD et sa vieille devise de la "Thin blue line"; la police constitue le rempart protégeant du chaos la société des honnêtes gens, selon la propre vision de William Parker, chef légendaire du LAPD (et qui a d'ailleurs inspiré Monsieur Spock, le personnage rigoriste et dénué d'empathie de Star Trek). Dans ce dernier film, les gangsters sont de véritables psychopathes, et les policiers des héros des temps modernes.

    Chacun de ces deux films donna lieu aux polémiques attendues, et on rétorqua à juste titre que le réalisateur bornait ses ambitions à n'être qu'un témoin du monde, et à rendre le spectateur lui-même témoin de sa violence. Pour ma part, je trouve que les 2 oeuvres font sens quand on les met bout à bout, et, en fin de compte, cette séquence constitue une remarquable description des ghettos de South LA, minés par la criminalité et la crise, en montrant également l'impuissance des forces de l'ordre. En plus, ils sont très divertissants, comme l'est indéniablement Fury même si la brutalité soulève parfois les tripes (j'ai vu des spectateurs quitter la séance...).

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  2. Bonjour,

    Sur le réalisme je suis bien d'accord : c'est pourquoi j'essaie de ne plus m'y arrêter, sauf cas particulier. Dans le cas de Fury, il est clair qu'Ayer ne vise pas le réalisme avec la dernière séquence, il faut donc l'interpréter autrement (car il fait des scènes plus réalistes).

    Vos commentaires sur le reste de la filmographie d'Ayer, que je ne connais pas, sont intéressants, merci.

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  3. Ce qui est génant, c'est que le film se veut réaliste, il l'est d'ailleurs sur de nombreux points comme évoqués dans votre critique, c'est dommage que les principales scènes de combat ne le soient pas dans leur déroulement, toujours à l'avantage des américains bien sûr:
    plusieurs shermans avancent en ligne droite dans un champs dégagé face à un bois ou se trouve camouflés des canons anti-chars allemands, situation de combat classique en soit, ce qui n'est pas réaliste par contre c'est que tous les tirs allemands sont manqués, pas un seul sherman détruit alors qu'ils forment des cibles parfaites...bien sûr les canons qui sont eux camouflés seront détruits presque du premier coup...
    Le combat du tigre: en fait ni les américains ni les allemands n'appliquent les tactiques habituelles utilisées pendant la guerre dans le film, les américains après avoir reculés (normal) auraient du contourner le tigre pour l'attaquer par derrière au lieu de foncer dessus frontalement en formant une ligne et une cible parfaite, le tigre n'aurait jamais du s'avancer alors qu'il est quasi invulnérable de face à grande distance...
    Le combat final: on voit bien dès le début que les allemands disposent de plusieurs dizaines de panzerfaust (réaliste car cette arme est disponible en grand nombre à cette époque)...seulement 2 seront utilisés pendant le combat...complètement irréaliste...
    Autours du sherman, il y a de nombreux couverts qui permettent une approche sur les côtés ou derrière permettant à des fantassins de poser des charges, utiliser un panzerfaust...dans ce contexte un char immobilisé est une proie facile pour plusieurs centaines de fantassins équipés d'armes anti-char...
    Au final si le film ne manque pas de qualités, comme déjà évoquées, avec notamment une immersion dans le char intéressante, j'avoue qu'en tant que passionné de seconde guerre mondiale, je suis un peu déçu, il n'est pas au niveau d'un film tel que "Il faut sauver le soldat Ryan" mais ce n'est qu'un avis personnel...

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    1. Placer "save private Ryan" comme seuil de qualité décrédibilise tout le propos. 20 min de violence pure pour mettre le spectateur en état de choc, 70 min pour qu'il s'en remette et en profiter pour insufler la propagande "USA-Land of freedom" et les 10 dernières minutes de violence pour ceux qui avaient encore faim. Voilà Private Ryan. Quelle réflexion propose Private Ryan? aucune. C'est ce que Tarantino a compris et c'est pourquoi il a poussé le bouchon encore plus loin avec "inglorious bastards".
      Je n'ai vu que les bandes-annonce de "Fury" mais il ne m'a pas donné envie du tout. Rien à voir avec des films comme "l'honneur d'un capitaine" de Schöndörffer ou "Brotherhood" de Kang Je Gyu, qui chacun à leur facon explorent le dilemne du soldat face à son ennemi qui est aussi un homme. Je cite Brotherhood car lui aussi est ultra-violent mais il réussit pourtant à mettre en cause la justesse de la cause pour laquelle on se bat, malgré l'orgie de combats qui est la raison pour laquelle on regarde ce genre de films en général.

      Cordialement.
      oodbae

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    2. Bonjour,

      En fait, la comparaison n'est pas de moi, mais de ceux qui descendent en flammes Fury. C'est pour ça que je l'ai reprise, de fait, sinon je n'aurais peut-être même pas eu l'idée de comparer.

      Frères de sang est un film de guerre typiquement coréen, mais je le rangerai plus volontiers dans la catégorie que vous décrivez pour Saving Private Ryan. Fury n'y entre évidemment pas : c'est bien autre chose. Et moi la bande-annonce m'a donné envie d'aller le voir, ayant été définitivement poussé par les critiques ultra-négatives de certains qui me semblaient bien péremptoires. Et j'ai bien eu raison d'y aller, car ça valait le déplacement, en fait.

      Cordialement.

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  4. Bonsoir,

    En fait, le débat sur le réalisme me semble parfois un peu plat. Je m'explique : tactiquement, comme je le disais dans le billet, les Américains ont parfois subi des pertes comme autour de Paderborn avec la 3rd AD, fin mars-début avril 1945, en commettant des erreurs que l'on retrouve dans le film (progression sans utiliser les couverts, attaque frontale, etc). En outre, côté allemand, même si les armes à disposition restent excellentes, ceux qui le manipulent ne le sont pas forcément tous (il y a des exceptions, mais). Donc même un équipage de Tigre à ce moment-là peut être novice et commettre des erreurs fatales... j'arrête là mais on sent déjà bien les limites sur le "réalisme" du film (qui reste un film).

    Après, on est d'accord, rien à voir avec Saving Private Ryan qui marquait une rupture, mais qui lui non plus n'est pas exempt de critiques. Peut-on le considérer comme un chef d'oeuvre du film de guerre ? Je n'en suis pas certain.

    Cordialement.

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  5. Salut à tous,
    alors moi j'ai kiffer le film et l'article ici présenté, ce qui m'interpelle, et comme à chaque fois, c'est que chacun y va de sa touche personnel pour dire au monde entier (qui s'en fou il faut bien se l'avouer), "oh moi je suis fan de la ww2","moi je suis historien amateur du sujet", "moi je connais tout plus que toi !", " et moi d'abord, je connais par coeur la tactique des ricains et des unités de cavaleries allemandes".... etc etc etc.
    ..OH LES GARS !!!!! ce ne sont que des films !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!, comparons ce qui peux l'être, si tu n'as pas vu fury ne le compare pas avec le soldat ryan, si tu n'as pas été pilote ou artilleur dans une unité de cavalerie ne viens pas nous dire quelle tactique est la meilleur ! si t'as pas vécu la guerre ne nous sort pas tes légendes pourri, cela ne reste que du cinéma, moi qui ai acheté le film en blueray , projectionné sur mon grand écran le film (4m50 sur 2m20, ouais je sais tu t'en fou, et ba moi aussi j'ai le droit décrire des conneries, je suis charlie !) , et bien je peu vous dire que pour du spectacle on en prend plein les yeux et les feuilles (suggestion métaphorique pour parler des oreilles), je ne connaissais pas le réalisateur, et je m'en fou pas mal, son film est un film comme j'aime voir sur grand écran, et dans le monde de la cavalerie (car c'est comme ça que ça s'appel, moi j'ai fait l'armée et je suis histor...TA GUEULE , et hop une auto insulte il est temps que ça se finisse) bref pas un film, une bombe ! je n'ai regretté que sa "courte" durée.
    pas un peu trop brouillon la fin de mon post j'espère ? , n'en déplaise au puriste.
    Encore une fois Bravo à Stéphane Mantoux pour son article, très plaisant à lire et bien illustré, cela m'a donner envie d'allez lire d'autres articles ici même.
    Longue vie au site

    signé stéphane Vangeneugden de Toulouse (j'ai été trop con pour me connecter avec mon compte google)

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  6. Bonsoir,

    Effectivement, la critique tourne parfois au café du commerce type sportif : "L'arbitre est un connard", "j'aurais mieux choisi les joueurs que lui", etc.
    Par contre, ce n'est pas parce qu'on n'a pas vécu la guerre que l'on ne peut rien sur un film qui traite quand même de la Seconde Guerre mondiale, et qui la remet en scène. Le témoin, aussi brillant soit-il, reste un témoin : la mémoire n'est pas l'histoire. C'est au nom de l'histoire que j'ai fait cette fiche, parce que je trouvais certaines critiques négatives contre le film artificielles et partisanes. Et j'ai tenté d'argumenter mon propos. Fiche un peu engagée, oui. Mais je comprends que beaucoup de spectateurs ne s'en soucient guère et souhaitent juste passer un bon moment en regardant le film. Simplement, pour moi, ça va au-delà.

    Merci pour le commentaire, et pas de problème, c'est très clair.


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