jeudi 9 octobre 2014

Jean-Yves LE NAOUR, A. DAN, Sébastien BOUET, La faute au Midi, Grand Angle, Bamboo Editions, 2014, 48 p.

Synopsis : Le 21 août 1914, les soldats provençaux du XVe corps sont lancés dans la bataille de Lorraine, sans appui d’artillerie. C’est un massacre. 10 000 soldats sont fauchés par les obus et la mitraille avant même de voir un seul casque à pointe. Pour Joffre, généralissime des armées françaises, cette défaite est catastrophique, car elle ruine ses plans. Afin de se dédouaner, il rejette la faute sur les soldats du Midi, à la mauvaise réputation. Humble combattant provençal, Auguste Odde, comme trois autres soldats, participe à cette affreuse bataille. Blessé au bras, il est soupçonné de lâcheté et risque la peine de mort...

Encore un volume "one shot" de la collection Grand Angle de Bamboo Editions, pour commémorer le centenaire de la Grande Guerre. Avec toujours Jean-Yves le Naour au scénario, sur un sujet qu'il connaît bien pour y avoir consacré un livre aux éditions Vendémiaire : le discrédit jeté sur les soldats méridionaux, en août 1914, pour l'échec de l'offensive française en Lorraine. Comme dans le volume sur François-Ferdinand, un encart de 8 pages en fin de volume rappelle cet épisode historique peu glorieux qui donne la matière à l'album. Le XVème corps, composé de soldats du Midi, tombe dans le piège tendu par les Allemands en Lorraine, malgré les avertissements d'une reconnaissance aérienne et des habitants du cru, et à cause de l'empressement à en découdre de Foch. Le XXème corps, composé de Lorrains, lâche en premier, et le XVème, dont le flanc est découvert, suit. Les méridionaux se reprennent quelques jours plus tard mais il faut à Joffre un bouc-émissaire pour justifier l'échec de son plan de bataille. C'est lui qui souffle au ministre de la Guerre Messimy que les méridionaux, par leur lâcheté, ont fait capoter l'opération. Messimy utilise les services du sénateur de la Seine, Gervais, pour répandre l'information dans la presse. Le tollé est tel que Messimy doit rendre son portefeuille quelques jours plus tard, le 25 août. Mais le mal est fait : un médecin-major examine 16 blessés dans la nuit du 10 au 11 septembre et en identifie 6 comme coupables de "mutilation volontaire". Une cour martiale condamne les 6 hommes à mort le 18 septembre, et 2 d'entre eux, Auguste Odde, le personnage principal de la BD, et Joseph Tomasini, sont exécutés le lendemain. En raison du contexte de guerre, les garanties habituelles de la justice ont été supprimées : l'iniquité de la sentence s'en trouve renforcée. Un chirurgien découvre quelques jours plus tard que les soldats du Midi ont bien été blessés par des éclats d'obus allemands. Les deux soldats sont réhabilités en septembre 1918, le docteur qui les avait condamnés est blâmé. En mars 1919, des représentants de l'Etat viennent présenter leurs excuses aux familles, avec croix de guerre et médailes militaires comme "baume réparateur".




Dans la bande dessinée, Jean-Yves Le Naour choisit de relater les faits, sans s'attacher, faute de place, à l'explication des causes profondes de cet incident dramatique : pourquoi l'application folle de l'offensive à outrance en Lorraine, pourquoi le mépris des méridionaux a-t-il si bien fonctionné (même s'il l'explique rapidement dans l'encart final), pourquoi surtout les cours de justice militaire avaient obtenu de tels pouvoirs exceptionnels, choses qui pour certaines ont été bien travaillées par certains écrits (comme je le disais sur François-Ferdinand, une bibliographie sommaire pour creuser ne serait pas de trop, comme dans la collection Ils ont fait l'histoire de Glénat). La finalité du propos est cependant très pédagogique : à travers le personnage d'Auguste Odde, J.-Y. Le Naour laisse entrevoir le parcours de soldats partis faire leur devoir mais qui ont été pris au piège d'une mécanique folle, sans aucun recours possible. Dans cette bande dessinée, l'histoire prend le pas sur la fiction. Le travail ayant bénéficié de la collaboration des Archives départementales des Bouches-du-Rhône, on regrette d'autant plus de ne pas connaître dans l'encart les sources de ces faits historiques peu connus jusqu'à récemment. 


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