jeudi 28 août 2014

Jean-François SOLNON, Henri III, Tempus 173, Paris, Perrin, 2007, 438 p.

Jean-François Solnon est un historien français, professeur d'histoire moderne à l'université de Besançon. Ses thèmes de recherche de prédilection comprennent notamment les institutions et la société de la France d'Ancien Régime, la société des princes, le pouvoir royal et la famille royale, ou bien encore les relations entre monde européen et monde ottoman.

On ne s'étonne donc pas que l'historien ait choisi une biographie d'Henri III, parue initialement en 2001 chez Perrin en grand format puis rééditée dans la collection de poche Tempus quelques années plus tard.

Curieux prologue que celui du livre, où l'historien fait parler le duc de Nemours, qui demande au petit Henri sa religion, alors que les protestants projettent de l'éloigner de la cour et de le prendre sous leur aile, en 1561.

Né en 1551, fils de Catherine de Médicis, Henri, qui s'appelle alors Alexandre Edouard (choix diplomatiques obligent...), reçoit l'éducation propre à un prince, et sera l'un des plus éloquents du siècle. C'est encore un enfant qui assiste à la mort de son père, Henri II, en 1559, par accident.



Son frère François II ne règne pas très longtemps et meurt en 1560. Le temps de pendre les conjurés d'Amboise qui ont cherché à enlever le roi pour le soustraire à l'influence des Guise. Catherine de Médicis oeuvre à la conciliation, à travers le colloque de Poissy, puis l'édit de Saint-Germain (1562). Peine perdue, le massacre de Wassy ouvre les hostilités, dans lesquelles se jettent les protestants. Catherine emmène Henri dans le grand tour de France que la cour réalise en 1564. Le frère de Charles IX, le préféré de sa mère, promet déjà beaucoup, aux dires mêmes du duc d'Albe, serviteur de Philippe II. Il est impressionné par les fêtes qu'organise Catherine pendant le voyage et qui ont souvent un sens politique à peine déguisé.

C'est en 1567-1569 que Henri, devenu duc d'Anjou, s'affirme, sur le champ de bataille. Les victoires de Jarnac et de Moncontour ne sont pas décisives mais elles façonnent l'homme, épaulé par le cardinal de Lorraine qui devient une sorte de mentor. La paix boîteuse de 1570 n'apaise pas les tensions. Henri accumule les conquêtes féminines mais répugne au projet envisagé par sa mère : épouser Elisabeth Ière d'Angleterre. Tandis que Charles IX joue la conciliation avec Coligny, Henri incarne le volet "catholique" d'une politique royale qui n'est pas fragmentée, selon l'historien, même si la guerre en Hollande est lourde de menaces pour l'équilibre en France.

Henri n'a pas joué un rôle déterminant dans le massacre de la Saint-Barthélémy, contrairement à ce qu'on a longtemps pensé, le tout relevant aussi de la légende noire qui entoure Catherine de Médicis. En réalité, l'Espagne et les Guise ont piloté l'opération, pour la première dès l'attentat manqué contre Coligny le 22 août, et pour les seconds deux jours plus tard. Henri n'a probablement pas participé au massacre, et à dire vrai, on ne sait pas trop ce qu'il a fait. En outre depuis juillet 1572 il est occupé par la succession au trône de Pologne, qu'il convoite. Henri part assiéger La Rochelle, jusqu'en 1573. Il s'expose en première ligne, au grand dam de sa mère, mais se constitue aussi une cour de fidèles. Devenu roi de Pologne par défaut, Henri doit quitter Marie de Clèves, et partir pour un royaume où le système de gouvernement est bien différent de celui de la France.

Arrivé en Pologne en janvier 1574, après avoir traversé le Saint-Empire, non sans risques, Henri se languit bientôt de porter la couronne. L'évasion, rocambolesque, ne tarde pas. Avant de revenir en France, il s'attarde auprès de l'empereur Maximilien mais surtout des fastes de Venise, qui lui laissent une impression durable. Henri III sera un roi qui rétablira l'étiquette, montrera une religiosité exacerbée, épousera Louis de Vaudémont, qu'il aimait sincèrement et qui n'avait aucune ambition politique. Roi désargenté, trahi par un frère, François d'Alençon, allié à des protestants, Henri III se réfugie dans des divertissements vus comme indignes par la population, mais qui servent en fait de soupape à sa personnalité tourmentée. Malgré la signature de l'édit de Beaulieu, pour lui un camouflet, Henri III obtient en 1576 le soutien des premières ligues qui se forment comme une réaction catholique.

A la cour, les "mignons" du roi affrontent ceux de François d'Alençon et ceux du duc de Guise, dans un duel resté célèbre en particulier. Le terme a pris en un sens péjoratif sous la plume de leurs adversaires, mais les "mignons" étaient avant tout des hommes qui devaient tout au roi et seulement à lui, ce qui était propre à exciter des jalousies. Pendant les 7 années que dure une paix fragile, Henri III légifère beaucoup, règle le cérémonial de cour, tentant ainsi de domestiquer la noblesse. La "guerre des amoureux" ne débouche sur rien. Et Henri III attend désespérement un héritier... en favorisant les mignons, qui accumulent prébendes et dignités, le roi ne parvient pas à détourner le mécontentement de sa propre personne.

Amateur de danse, Henri III fut aussi un homme de l'esprit, et non un mécène, bien qu'il ait gardé des divertissements d'adolescent. Il reçoit ainsi un certain Giordano Bruno. Il introduit la mode des petits chiens et des bilboquets. L'accusation d'homosexualité, proférée par les adversaires du souverain, fait fi des nombreuses conquêtes féminines, même si le roi a pu paraître éfféminé. En 1582, l'espoir d'un héritier le fait se tourner de plus en plus vers la religion. Mais la mort de François d'Anjou, en 1584, place en successeur potentiel Henri de Navarre, le huguenot. De quoi provoquer la naissance de la Sainte Ligue à Paris puis de la Ligue des Guises, en 1585, soutenue par l'Espagne. Le traité de Nemours est une capitulation.

Joyeuse, le mignon du roi, est tué à Coutras contre Henri de Navarre, alors qu'Henri de Guise triomphe des reîtres allemands. En mai 1588, Henri de Guise entre à Paris où les barricades se sont dressées contre le roi, alors que l'Espagne s'apprête à lancer l'Invincible Armada contre l'Angleterre. La défaite de la flotte donne des ailes à Henri III, réfugié à Blois. Après avoir changé son gouvernement pour éliminer les fidèles de sa mère, il ordonne l'assassinat d'Henri et du cardinal de Guise, le 23 décembre. Allié à Henri de Navarre, en avril 1589, c'est alors que les deux forces réunies assiègent Paris, où les ligueurs se déchaînent contre le roi, que celui-ci est assassiné, le 1er août, par le moine dominicain Jacques Clément. Lequel ne fait que traduire l'éloge du tyrannicide en vigueur pendant les guerres de religion, d'abord chez les protestants, puis chez les catholiques ; s'il a agi seul, il a été entouré d'un milieu qui a favorisé sa décision.

Henri III, au final, est une personnalité complexe. Ses goûts, ses penchants, ne sont pas ceux de la majorité de ses contemporains. Soucieux de l'autorité royale, Henri III a gouverné, légiféré, ne se révélant pleinement qu'avec la crise de successsion ouverte en 1584. Digne héritier de François Ier, il a assuré la survie de la monarchie française en des temps plus que troublés. 

La biographie de J.-F. Solnon se présente, au total, comme une oeuvre de vulgarisation destinée au grand public -ce qui explique d'ailleurs la faiblesse de l'appareil critique, qui fait suite à une chronologie du souverain et à des arbres généalogiques. Néanmoins l'historien maîtrise son sujet, et la réhabilitation d'Henri III, déjà entamée lorsqu'il écrit cette biographie, est plutôt convaincante.



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