vendredi 22 août 2014

Exemple d'opération de l'insurrection syrienne (2). Forcer le blocus de Mleha (3 août 2014)

Merci à M. Morant pour l'aide apportée dans la rédaction de ce billet, en particulier sur l'identification des matériels.


Après avoir analysé l'assaut des rebelles syriens sur 3 des 4 checkpoints entourant la base militaire d'Hamadiyah (province d'Idlib), en juillet 2014, avec Mathieu Morant1, je me propose cette fois de revenir sur une autre opération menée par les rebelles syriens, dans un contexte militaire complètement différent. Le siège de Mleha, en effet, ne se déroule pas en milieu rural, où se situait la base d'Hamadiyah (même si elle jouxte la localité de Maarat-al-Numan), mais à proximité immédiate de Damas, la capitale, dans un espace densément urbanisé. Je me concentre ici volontairement, encore une fois, du côté rebelle, et je n'évoquerai les forces du régime qu'en contrepoint2. Les acteurs et les formes de combat changent mais l'on peut aussi distinguer des caractéristiques communes, sur le plan tactique, au sein du paysage insurgé. L'analyse portera ici plus particulièrement sur la tentative réussie de forcer le blocus autour de Mleha par les rebelles, depuis l'extérieur en particulier, le 3 août 2014, qui est l'oeuvre, principalement, d'une des formations rebelles les plus puissantes : Jaysh-al-Islam.




Mleha : un siège de 135 jours (3/4 avril-14 août 2014)


La ville de Mleha, au sud-est de Damas, a été le théâtre d'une bataille acharnée entre le régime syrien et les rebelles depuis le mois d'avril 2014 jusqu'au 14 août. Les forces du régime commencent leur assaut le 3 avril, alors même qu'elles renouvellent également leur offensive contre le quartier de Jobar, dans l'est de la capitale. Mleha est en effet considérée comme une des portes d'entrée de la Ghouta orientale, encore tenue par les rebelles, malgré l'encerclement mis en place par les forces du régime autour de cette dernière région (qui a également connu les attaques chimiques du mois d'août 2013) et les combats dans le Qalamoun (depuis l'automne 2013), région montagneuse voisine du Liban d'où provenait une partie du ravitaillement de la Ghouta orientale. Le 2 mai, les rebelles lancent une contre-attaque et parviennent à occuper la partie nord de la ville voisine de Jaramana, où de nombreux Druzes servent au sein des forces pro-régime3. Dès le lendemain, les forces du régime contre-attaquent et avancent jusqu'au coeur de la ville le 4 mai ; le Hezbollah joue un rôle notable dans cette percée. Le 5 mai, un contingent de rebelles arrive de Douma et engage les forces du régime qui installent le siège de la localité. 




3 cartes montrant l'évolution des lignes de front à Damas et sa banlieue, ainsi que dans l'est de la Ghouta. Mleha est sur le flanc ouest de la zone tenue par les rebelles dans la Ghouta orientale.
 

A ce moment-là, le régime a déjà engagé à Mleha des formations de la Garde Républicaine (qui chapeautent le siège en quelque sorte), certains éléments survivants de l'ancienne 4ème division blindée, autre formation prétorienne du régime, les Forces Nationales de Défense, des conseillers militaires iraniens, des miliciens irakiens (dont la nouvelle milice Liwa Assad Allah al-Ghaleb4), d'autres milices (comme la Garde Nationaliste Arabe5) et même le Hezbollah6 (une brigade complète), autrement dit une bonne partie de l'éventail des forces à sa disposition. Les drones iraniens sont également aperçus en mai au-dessus de Mleha. L'aviation du régime intervient de manière particulièrement soutenue au-dessus de la ville. Les forces du régime, dès qu'elles rencontrent trop de résistance, se retirent pour laisser l'aviation et l'artillerie écraser toute opposition, probablement pour limiter les pertes en infanterie. Cela n'empêche pas le général Hussein Ishaq, commandant la défense antiaérienne du régime (une branche de l'armée de l'air) d'être tué dans les combats le 18 mai7. Côté rebelle, les combats sont essentiellement conduits par Jaysh al-Islam8, le groupe de Zahran Alloush (membre du Front Islamique), le front al-Nosra et quelques autres groupes armés locaux, comme le corps al-Rahman9 (une brigade à Mleha ; une autre, équipée de missiles TOW américains, opère dans l'est du Qalamoun), mais aussi les brigades et bataillons al-Habib al-Mustafa10, membres de l'Union Islamique Ajnad al-Sham11, la coalition rivale de Jaysh al-Islam à l'est de Damas née en novembre 201312

Carte de localisation de Mleha par rapport à Damas.-Stéphane Mantoux.
 

Coincés à l'intérieur de la ville encerclée par le régime à partir du 9/10 juillet, les rebelles tentent une première sortie le 16 juillet, précédés de l'explosion d'un kamikaze du front al-Nosra. Plusieurs centaines de combattants tentent ensuite de force le blocus à partir du 3 août, en rejoignant les rebelles encerclés. Mais le régime resserre l'étau et les assiégés, pilonnés par l'aviation et l'artillerie, sont contraints d'évacuer la ville dix jours plus tard. Les 400 derniers insurgés évacuent Mleha en direction de Jisreen et Kfar Batna, au nord, laissant derrière eux leurs morts et leurs armes lourdes. Le Front Islamique évacue aussi le village d'al-Bulaha. Les combats durant les deux derniers jours du siège ont été particulièrement acharnés : les combattants irakiens pro-régime auraient perdu 45 tués, revendiquant la mort de 115 rebelles. Les rebelles ont réussi à tenir en utilisant, notamment, de nombreux tunnels pour assurer leur logistique (dont un mesurant plus d'un kilomètre de long), rendant la progression des forces pro-régime particulièrement difficile13.


Jaysh al-Islam : un exemple de groupe rebelle au combat


Jaysh al-Islam (Armée de l'Islam), le groupe qui pilote l'essentiel des forces rebelles pendant le siège de Mleha, est le résultat de la recomposition du paysage des insurgés syriens après les attaques chimiques du 21 août 2013 et l'accord négocié avec le régime. Le groupe naît le 29 septembre 2013 de la fusion d'une cinquantaine de groupes armés opérant essentiellement dans la région de Damas. Le noyau du mouvement est cependant Liwa al-Islam14, un des groupes rebelles les plus puissants du moment, né dès l'été 2011 et devenu Liwa al-Islam en 2012 ; c'est l'une des factions les plus actives à l'est de Damas15. Très critique du label Armée Syrienne Libre et de la représentation politique extérieure de l'insurrection, Liwa al-Islam, dirigé par Zahran Allousch, reçoit alors le soutien de plus en plus marqué de l'Arabie Saoudite16. Près de deux mois plus tard, Jaysh al-Islam rejoint 6 autres groupes pour constituer la coalition la plus puissante formée jusqu'ici par l'insurrection syrienne, le Front Islamique, créé le 22 novembre 201317. Zahran Alloush prend d'ailleurs la tête des opérations militaires de cette nouvelle coalition où Jaysh al-Islam côtoie Ahrar al-Sham et Liwa al-Tawhid, deux des autres groupes parmi les plus puissants du paysage insurgé. 

Emblème de Liwa al-Islam, composante principale de Jaysh al-Islam.-Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/4/40/Jaysh_al-Islam_logo.jpg


Emblème de Jaysh al-Islam, calqué sur celui du Front Islamique.-Source : https://www.facebook.com/islamarmynews/photos/a.561350980635794.1073741825.561251493979076/561353073968918/?type=1&permPage=1


 

Zahran Alloush, le chef de Jaysh al-Islam, est connu pour ses discours enflammés insistant sur une guerre sectaire, ce qui le met en porte-à-faux vis-à-vis d'autres rebelles, y compris au sein du Front Islamique. C'est également un adversaire farouche de l'EIIL dès 2013, devenu Etat Islamique (EI) en juin 2014, ce que l'on peut voir au moment de l'escalade menant à l'offensive rebelle anti-EIIL en janvier 201418. En revanche, Alloush a longtemps entretenu de bonnes relations avec le front al-Nosra, avec lequel son groupe a combattu dans la région de Damas. En juillet 2014, Jaysh al-Islam a annoncé sa fusion avec une autre composante du Front Islamique, Suquour al-Sham. On retrouve là des fractures préexistantes à la création du Front Islamique en novembre 2013. Les deux groupes faisaient en effet partie d'une coalition précédente, le Front Islamique de Libération de la Syrie, né en septembre 2012, aux côtés de Liwa al-Tawhid, autre formation du Front Islamique. Au contraire, d'autres composantes du Front Islamique, et notamment Ahrar al-Sham, étaient eux partie intégrantes du Front Islamique Syrien, créé le 21 décembre 2012. Jaysh al-Islam et Suqour al-Sham regroupent ensuite sous leur bannière d'autres groupes importants dans une nouvelle alliance comprenant 18 signataires, parmi lesquels le Front des Révolutionnaires Syriens19, Harakat Hazm20, Jaysh al-Mujahideen21, l'Union Islamique Ajnad al-Sham, les brigades Noureddine al-Zanki, les légions al-Sham22, Liwa al-Haaq et les Boucliers de Protection23. A partir des 20-21 juillet, Jaysh al-Islam est en point dans le combat contre la présence de l'Etat Islamique à Yalda, un faubourg très contesté du sud de Damas, aux côtés de l'Union Islamique Ajnad al-Sham, du front al-Nosra et de groupes liés au label ASL24. Jaysh al-Islam cherche à tout prix à éviter que l'EI s'implante de manière trop prononcée dans la région de Damas, qu'elle considère comme sa chasse gardée. 

Zahran Alloush, le chef de Jaysh-al-Islam.-Source : http://3.bp.blogspot.com/-1LpsQAe_DAk/UrzCjMRNfPI/AAAAAAAAFB8/8gq9j2jK0XE/s1600/20131123-185350.jpg
 


Une autre caractéristique importante de Jaysh-al-Islam est d'être un groupe rebelle assez bien pourvu en armement lourd. Le 6 octobre 2012, Liwa-al-Islam capture deux lanceurs SA-8 Gecko avec au moins six missiles25. Jaysh al-Islam utilise plusieurs fois les missiles SAM, notamment contre les hélicoptères : le 17 janvier 2014, un Mi-17 est ainsi peut-être abattu par le groupe avec un SA-8 au-dessus de Daraya, au sud de Damas26. Plus impressionnant encore bien que purement symbolique, Jaysh al-Islam a été capable de récupérer 2 avions L-39ZA sur la base aérienne de Kshesh, tombée le 12 février 2013, où opéraient justement 3 escadrilles utilisant cet appareil ; le groupe a pu tourner une vidéo où on voit les L-39 évoluer sur une piste27. Jaysh al-Islam aurait mis à profit l'argent saoudien pour corrompre un officier de la 4ème division blindée, unité prétorienne du régime Assad, et acquérir 2 chars T-72AV et 2 véhicules de combat BMP-1, sans que l'on ait davantage de détails sur cette affaire. Le groupe dispose aussi d'au moins un automoteur antiaérien ZSU 23/4 de prise. En outre, il a développé ses propres ateliers artisanaux pour aménager les véhicules blindés capturés, et les modifications apportées constituent peut-être sa plus grande originalité par rapport à d'autres groupes rebelles tout aussi bien équipés en véhicules blindés. Sa flotte comprend plusieurs chars de combat : des T-72AV, dont un exemplaire modifié localement (blindage frontal et arrière renforcé), des T-72M1, et des T-55, dont un modèle T-55M, dont le blindage a été une nouvelle fois modifié dans leurs ateliers. Plusieurs blindés BMP-1 et AMB-S complètent la flotte de Jaysh al-Islam. Capturés en nombre important dans la région de Damas, des automoteurs ZSU-23/4 sont souvent utilisés pour l'appui au sol, comme le montre l'exemple de Mleha. S'il est difficile d'établir le nombre exact de chars et blindés en service avec Jaysh al-Islam, certaines vidéos publiées par le groupe montrent 2 T-72AV, 1 T-72M1, 3 BMP-1, 1 AMB-S et deux automoteurs ZSU-23/4 évoluer en convoi : ce n’est pas la flotte la plus impressionnante de l’insurrection syrienne, et Jaysh al-Islam n’en fait qu’une utilisation limitée sur le plan tactique, comme le montre l’exemple choisi à Mleha. Cependant, il est important de savoir que cette flotte existe pour comprendre les conditions de l’affrontement décrit.


Aperçu du matériel blindé de Jaysh al-Islam : en tête, le ZSU 23/4 que l'on retrouvera à Mleha.-Source : https://pbs.twimg.com/media/Bj5bAcpCEAAGGMJ.jpg:large



Forcer le blocus : dimanche 3 août 2014


Le dimanche 3 août 2014, les rebelles basés à l'extérieur de Mleha lancent une attaque pour secourir les quelques centaines d'insurgés pris au piège dans la ville depuis le 9 juillet, soit 24 jours29. Cette attaque se combine avec une poussée des assiégés en direction de la pince attaquant depuis l'extérieur. Elle s'ouvre par l'explosion d'un kamikaze du front al-Nosra lancé sur les positions du régime dans un BMP-1 bourré d'explosifs30. L'aviation du régime est particulièrement active pour soutenir la contre-attaque des forces au sol et lance pas moins de 5 raids sur Mleha pour la seule journée du 5 août31. L'offensive pour s'ouvrir une voie jusqu'aux assiégés de Mleha est conduite essentiellement par Jaysh al-Islam, qui y perd des combattants, comme Abdul Rahman al-Dirani32. Dès le 7 août cependant, le régime réussit à refermer le siège autour des défenseurs de la ville. Le 12 août, ce sont pas moins de 11 raids aériens qui frappent Mleha33 ainsi que 22 frappes d'artillerie34. Le 13 août, on compte encore 7 raids aériens et une dizaine de tirs de missiles sur la localité35. Le 14 août, les 400 derniers rebelles pris au piège dans Mleha se retirent de la ville36. Selon le conseil local de la ville, les rebelles auraient perdu 400 tués durant le siège de 4 mois, tandis qu'un millier de combattants du régime y aurait perdu la vie, sans parler de dizaines de véhicules détruits lors des combats37. Toujours selon la même source, dès le lendemain, les miliciens des Forces Nationales de Défense mettent la ville au pillage38.






Abu Alaa al-Tunisi, le kamikaze du front al-Nosra devant le BMP-1 bourré d'explosifs qui va ouvrir la voie.







Positions tenues par le régime autour de Mleha (cercles rouges) et attaques rebelles pour faire la jonction, sur le corridor nord (flèches jaunes).-Stéphane Mantoux.




Les mouvements de Jaysh-al-Islam lors de la percée du 3 août, d'après les vidéos du groupe. En rouge, les positions du régime.-Stéphane Mantoux.






Groupes/coalitions rebelles engagés
Remarques

Jaysh-al-Islam (Front Islamique)

Conduit l'essentiel de l'effort depuis l'extérieur, le seul à mettre en ligne des moyens blindés.


Front al-Nosra

Lance un BMP-1 kamikaze peut-être piloté par un étranger (Tunisien?) pour ouvrir la voie à l'assaut des autres formations.


Brigades et bataillons al-Habib al-Mustafa (Union Islamique Ajnad-al-Sham)


Participe à la percée, mais incertitude sur le rôle exact (depuis l'extérieur, l'intérieur ?)


Corps al-Rahman (dispose de missiles TOW américains, proche du label ASL)


Participe à la percée, probablement depuis l'extérieur.


La première vidéo mise en ligne par Jaysh al-Islam sur la percée du 3 août montre l'insertion des premiers combattants à travers le corridor au nord de Mleha, un espace ouvert mais battu par le feu des positions du régime de part et d'autre, à l'ouest et à l'est. Ce corridor constitue le passage obligé pour faire la jonction avec les assiégés. Les fantassins, qui portent un bandana bleu pour éviter les tirs fratrices, s'élancent à découvert pour rallier la protection fournie par les bâtiments, en s'abritant au passage derrière une carcasse de T-72 restée sur le terrain. Au moins un des assaillants est tué pendant la progression. Un tir de suppression est fourni par un tireur au RPG-739. Sur cette première vidéo, les assaillants évoluent peut-être, depuis le nord, sur le flanc ouest du corridor, à l'ouest de l'usine de caoutchouc (Rubber Plant), ce qui laisserait à penser, comme le confirme l'une des vidéos suivantes, que l'objectif est bien d'empêcher les tirs du régime sur le corridor visé en nettoyant les flancs ouest et est. Une deuxième vidéo montre un bâtiment investi par Jaysh al-Islam avec des vivres, en particulier, abandonnés par les hommes du régime40. La troisième vidéo révèle quelques prises matérielles dans le même bâtiment : un gilet pare-balles, un fusil de précision Dragunov, un RPG avec des munitions41. La quatrième vidéo montre un T-72 de Jaysh al-Islam franchissant une levée de terre devant la mosquée de Dalati, sur le flanc est du corridor, puis progressant vers l'est pour couvrir l'assaut de fantassins sur le bâtiment immédiatement au sud-est de la mosquée, tenu par les forces du régime et qui permet lui aussi d'arroser le corridor emprunté par les rebelles42. Le bâtiment est pris après un assaut en règle d'au moins une dizaine de fantassins, dont un tireur RPG (il semble bien que ce soit celui dont on voit l'intérieur précédemment, avec les prises). Une cinquième vidéo, un peu plus longue, postée un peu plus tard, le 10 août, donne un aperçu général de l'assaut. On y voit les commandants de Jaysh-al-islam effectuer une reconnaissance visuelle du corridor et déterminer les axes d'assaut sur un écran représentant une vue satellite du champ de bataille : il apparaît bien, comme le confirment les vidéos précédentes, que la tentative de jonction avec les assiégés passe par le nettoyage des flancs du corridor, de façon à ce que celui-ci ne soit pas battu par les tirs des forces du régime. Un T-72, celui déjà vu précédemment, et le ZSU 23/4 de Jaysh-al-islam couvrent les fantassins. La caméra filme aussi un raid d'un MiG-23 du régime pris à partie par plusieurs pièces antiaériennes montées sur pickups43.

Un T-72 de Jaysh al-Islam couvre la progression des fantassins.

A l'abri derrière un T-72, les hommes de Jaysh-al-Islam approchent de leur objectif.

Une carcasse de T-72, appartenant probablement au régime, sert de couvert aux combattants de Jaysh-al-Islam lors d'un bond dans le corridor.

L'assaut. Les combattants de Jaysh-al-Islam se lancent en terrain découvert en passant par un trou réalisé dans le mur d'un bâtiment. Les bandanas bleus visent à éviter les tirs fratricides.

Mouvement des hommes de Jaysh al-Islam, probablement à l'ouest du corridor, sur le flanc ouest de la "Rubber Plant" indiquée sur la carte.


Le Front Islamique44, la coalition dont fait partie Jaysh al-Islam, a également mis en ligne quelques vidéos supplémentaires relatives à l'opération du 3 août. On y voit notamment un deuxième char T-72 engagé par Jaysh al-Islam, qui protège l'avance d'une dizaine de fantassins45. Une deuxième vidéo montre une escouade de fantassins, avec un tireur RPG, progresser à travers les bâtiments en profitant de la protection du char T-72 stationné non loin46. Une troisième séquence met en scène le ZSU 23/4 Shilka de Jaysh-al-Islam, dont on reconnaît l'emblème peint sur le flanc du véhicule, utilisé en tir tendu contre des bâtiments47. Dans une dernière vidéo, un des T-72 du groupe intervient lui aussi pour pilonner le même objectif que le Shilka48.



Un MiG-23 du régime syrien survole les combattants de Jaysh-al-Islam.

Une prise : un fusil de précision Dragunov.

Un RPG fait également partie du butin.

A l'est du corridor, les fantassins de Jaysh al-Islam s'apprête à pénétrer dans un bâtiment tenu par le régime, comme le montre les fortifications sommaires, après avoir jeté des grenades à l'intérieur.

A l'assaut à travers les murs des jardins de cours intérieures. Les bandanas bleus sont bien visibles.

Progression à travers les jardins. Un combattant tire à l'AK-47 pour permettre le passage de ses camarades.

Le long du mur d'enceinte entourant le bâtiment assailli plus haut. L'escouade compte un tireur RPG et un autre homme portant les roquettes.


Autre groupe qui participe aux combats de Mleha, les brigades et bataillons al-Habib et al-Mustafa49, qui appartiennent à l'Union Islamique Ajnad al-Sham, la coalition rivale de Jaysh-al-Islam sur la région de Damas, mais qui a renforcé sa coopération avec celle-ci depuis quelques mois. Le 4 août, le groupe met en ligne la vidéo montrant la destruction d'un char T-72 du régime dans Mleha50. Une deuxième vidéo laisse penser que le groupe a effectivement participé à la tentative de jonction entre assiégés et forces à l'extérieur de la ville51. Une autre vidéo postée un peu plus tard, le 8 août, montre les tunnels utilisés par les défenseurs à l'intérieur de la ville ainsi que la proximité des lignes de front en contexte urbain : on aperçoit le drapeau du régime et les barricades improvisées par les forces du régime52. Deux jours après la chute de Mleha, le 16 août, le groupe met en ligne la bande annonce d'un documentaire à venir consacré au siège53. De son côté, l'Union Islamique Ajnad al-Sham, coalition dont fait partie l'unité, publie une courte vidéo le 8 août montrant l'attaque menée le 3 sur le corridor au nord de Mleha expliquée sur un écran avec projection d'un film54.



A quelques centaines de mètres des positions des brigades et bataillons al-Habib al-Mustafa flotte le drapeau du régime syrien.

Un T-72 touché le 3 août, jour de la percée.

Sur une position dans Mleha, un tireur RPG pose avec son arme.

Photo posée pour le photographe d'un combattant de la brigade dans Mleha.

Un autre T-72 du régime tente de venir en aide au véhicule touché.

Un des tunnels creusés par les insurgés dans Mleha.

Le 8 août, l'Union Islamique Ajnad al-Sham publie une courte vidéo où l'on voit une projection à propos de l'opération du 3. On reconnaît aisément le corridor visé sur cette image.



Dernier groupe à prendre part aux combats de Mleha, le corps al-Rahman55, dont une brigade est présente (une autre combat dans le Qalamoun et dispose de missiles TOW). L'unité filme à distance l'explosion du BMP-1 kamikaze lancé par al-Nosra pour faciliter l'assaut sur le corridor56. On voit ensuite les fantassins échanger des tirs avec les positions du régime57. Les hommes du groupe portent des bandanas bleus pour éviter les tirs fratricides, comme ceux de Jaysh-al-Islam, ce qui témoigne probablement d'un certain degré de coordination entre les groupes impliqués. Le corps Rahman engage aussi plusieurs pickups armés de mitrailleuses lourdes : un avec une ZPU-2, un autre avec un canon de 23 mm, un autre avec un canon de 14,5 mm58. Le 6 août, le groupe met en ligne la vidéo montrant l'utilisation d'un canon de 23 mm bricolé et monté sur affût pour le tir de précision59. Une autre vidéo montre l'emploi d'un canon improvisé60. Le 14 août, une vidéo montre l'utilisation de plusieurs mortiers61.

Le corps al-Rahman filme à distance l'explosion du BMP-1 kamikaze d'al-Nosra qui ouvre la voie.

Le corps al-Rahman utilise un canon de 23 mm monté sur affût pour le tir de précision.

Canon artisanal du corps al-Rahman en action à Mleha.

L'infanterie engage les positions du régime après l'explosion du BMP kamikaze.



Groupe rebelle
Type et nombre de véhicules blindés engagés

Jaysh al-Islam

Au moins 2 chars T-72 
(1 AV et 1 M1)
et 1 automoteur antiaérien ZSU 23/4 Shilka utilisé pour des tirs au sol.







Le MiG-23 du régime vu de plus près.

Reconnaissance des lieux avant l'attaque par les commandants de Jaysh-al-Islam.



Plusieurs vues du Shilka engagé en soutien de l'attaque. On reconnaît l'emblème de Jaysh-al-Islam sur le flanc du véhicule.





Plusieurs vues des T-72 déployés par Jaysh-al-Islam : au moins 2 voire 3 chars soutiennent l'assaut, on reconnaît là encore l'emblème du groupe sur le flanc de la tourelle du dernier, qui passe devant la mosquée.


Un combattant de Jaysh-al-Islam a été tué pendant la progression sur le flanc ouest du corridor.

Avant l'attaque, les chefs de Jaysh-al-Islam déterminent les axes de progression avec une vue satellite. On reconnaît aisément le corridor et ses flancs tels que désignés sur les cartes ci-dessus.



Conclusion


L'analyse de la tentative de percée du blocus imposé par le régime aux rebelles de Mleha, le 3 août dernier, offre des conclusions intéressantes, d'autant plus si on les compare à celles émises au moment de terminer notre premier article sur l'assaut des checkpoints autour de la base militaire d'Hamadiyah. Dans ce cas précis, côté rebelle, on ne trouve plus qu'un acteur principal ou presque, Jaysh al-Islam. Le front al-Nosra s'est contenté de fournir un kamikaze qui, comme souvent lors du conflit syrien, fait office « d'artillerie consommable » pour pallier au manque de puissance de feu (le groupe a encore peu communiqué sur les derniers moments du siège de Mleha), même s'il a été assez présent lors du siège. Les rebelles, contrairement à Hamadiyah, semblent manquer ici d'artillerie, même artisanale : les pièces sont beaucoup moins présentes que dans la province d'Idlib.Les deux autres groupes repérés n'ont joué qu'un rôle moindre dans la percée. Jaysh-al-Islam incarne sans doute assez bien le degré de sophistication militaire auquel sont parvenus les groupes rebelles les plus puissants après trois années de guerre. La formation de Zahran Alloush dispose ainsi d'une composante blindée dont les équipages, on le sait par la publicité que le groupe en a faite, bénéficient d'un entraînement dans une véritable école de la guerre mécanisée62. Les vidéos de l'engagement du 3 août montrent à l'évidence le souci de préserver les T-72 et le ZSU 23/4 de la destruction, et ce même si les chars en particulier fournissent une protection pour la progression des fantassins, comme à Hamadiyah. On remarque aussi que les véhicules ne font pas une consommation outrancière de munitions. D'ailleurs la prudence prévaut puisque le nombre de véhicules engagés par rapport à la flotte disponible est somme toute limité. Plus largement, la planification rebelle est ici à la mesure de l'importance de l'opération, qui vise à rétablir le contact avec les assiégés isolés dans la ville depuis près d'un mois. La reconnaissance visuelle se couple de briefings à partir d'images satellites pour faciliter la progression. Les combattants arborent des brassards de couleur bleue pour éviter les tirs fratricides, une précaution que l'on avait déjà noté à Hamadiyah. Les tunnels, qui ont joué un grand rôle côté rebelle lors du siège de Mleha, ont probablement facilité l'acheminement des forces et l'approvisionnement logistique. En revanche, on n'observe pas d'attention portés aux blessés (pas de brancardiers ou de soins donnés visibles, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y en a pas cependant). Il faut noter aussi que sur le plan tactique, Jaysh-al-Islam bâtit un vrai plan d'opérations en choisissant de cibler les bâtiments situés de part et d'autre du corridor au nord de Mleha, qui sont tenus par le régime, et qui menacent de leurs feux l'opération de jonction. Ces bâtiments sont assaillis sous le couvert des chars, l'infanterie progressant en profitant des couverts offerts par le contexte urbain. Le régime, quant à lui, qui a peu communiqué sur cette opération rebelle, se repose surtout sur sa puissance de feu pour l'emporter, établissant un cordon pour étrangler les rebelles défendant Mleha et réinstallant le siège quelques jours après la percée réussie (ce qui témoigne peut-être aussi, à leur niveau, de la formation dispensée par les conseillers étrangers, Iraniens, etc). Les insurgés ont dû évacuer Mleha le 14 août et se sont repliés dans les environs ; mais le succès du régime a été particulièrement coûteux. Il aura fallu quatre mois de siège, dont pas loin de trois de combats urbains intenses, pour encercler et chasser les rebelles, au prix de lourdes pertes en hommes et en véhicules probablement, que le régime peut difficilement se permettre. Non loin de Mleha, au nord-ouest, les insurgés tiennent d'ailleurs toujours dans le quartier de Jobar, à l'est du centre-ville de Damas, et ont été capables encore récemment de lancer des attaques en direction de celui-ci.



2La chaîne Youtube des Forces Nationales de Défense, la milice pro-régime, qui a elle aussi combattu à Mleha, offre un bon aperçu de la production audiovisuelle du régime syrien : https://www.youtube.com/channel/UCrYXrQdrpBvKsI14OlAMu0A/videos
3Notamment au sein de la nouvelle milice irakienne comprenant des Syriens, Liwa Assad Allah al-Ghaleb : http://historicoblog3.blogspot.com/2014/06/de-la-syrie-lirak-de-lirak-la-syrie.html
18Pour A. Lund, Allousch est même le plus anti-EIIL dans le Front Islamique : http://carnegieendowment.org/syriaincrisis/?fa=54121

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