lundi 28 juillet 2014

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 21/Les Norvégiens


Dès le mois d'octobre 2012, le service anti-terroriste de la police norvégienne (PST) émet des inquiétudes à propos du nombre grandissant de nationaux partant combattre en Syrie. Le chef du renseignement militaire précise que 7 Norvégiens, déjà, sont partis se battre sur place au sein de groupes liés à al-Qaïda. La plupart sont alors liés au groupe Ummah du Prophète (Profetens Ummah, anciennement Ansar-al-Sunnah), qui opère en Norvège. Ce groupe structuré en 2013 prend la suite d'autres plus anciens qui apparaissent dès 2010. Un des membres importants du mouvement est alors Arfan Bhatti1. Ce dernier est parti faire le djihad en Syrie dès 20122. Ubaydullah Hussain, qui dirige le mouvement, avait conduit en septembre 2012 des manifestations contre le film « L'innocence des musulmans » devant l'ambassade américaine à Oslo. Il prétend qu'une douzaine de membres de son organisation sont partis faire le djihad en Syrie, dont un âgé de 21 ans a été récemment tué à Alep, ce qui est démenti ensuite par la famille, qui reçoit des preuves du maintien de la bonne santé du jeune homme3.

Un an plus tard, en novembre 2013, le PST porte officiellement à 40 le nombre de Norvégiens partis en Syrie, mais il est probablement plus élevé. Un journal norvégien en a répertorié 22. La plupart ont entamé une conversion radicale qui a complètement échappé à leurs familles. Certains étaient bien membres du groupe Ummah. D'autres, comme ce Norvégien converti, a menti à ses parents en prétextant un voyage en Arabie Saoudite. Deux Norvégiens d'origine algérienne ont péri en Syrie, l'un en 2012 et l'autre en 2013. Un Tunisien qui avait des liens avec la Norvège a également été tué sur place à l'automne 2012. Pour les spécialistes, ce djihad syrien pourrait être l'opportunité d'une radicalisation des factions islamistes qui opèrent en Norvège. D'autant que le nombre de vétérans revenus en Norvège se monterait déjà à deux chiffres4...

L'un des exemples les plus connus est celui de ce Norvégien d'origine érythréenne, parti faire le djihad en Syrie à 23 ans. Il était arrivé en Norvège en 2003, à l'âge de 13 ans. Puis il se radicalise subitement, en quelques mois, au contact de quelques personnes de même origine qui font partie d'Ummah. Son dernier emploi était gardien d'un parking à Oslo, jusqu'en septembre 2012, il était marié à une jeune femme elle aussi originaire d'Erythrée. En décembre, père d'un bébé de quelques semaines, il part en Syrie. Il opère au sein de Kataib al-Muhajereen et se trouve associé au front al-Nosra5.

En août 2013, la femme d'un Norvégien d'origine algérienne de 32 ans, Sirine, une Norvégienne d'origine turque de 27 ans, accompagne son époux pour faire le djihad en Syrie. Son mari est tué à peine deux mois après son arrivée, mais elle choisit de rester sur place. Sirine invoque l'idée du djihad défensif comme motivation principale de son départ en Syrie6.

En octobre 2013, l'opinion norvégienne s'émeut lorsqu'on apprend que deux jeunes filles ont gagné la Syrie, et la ville d'Alep. Les deux jeunes filles, âgées de 16 et 19 ans, ont rejoint le pays via la Turquie. Le père des deux jeunes filles, d'origine somalienne, se rend en Turquie pour tenter de les récupérer. La plus âgée a commencé à se radicaliser quelques mois plus tôt, notamment en portant le niqab, mais les premiers signes d'un départ pour la Syrie ne sont apparus qu'à peine une semaine avant le passage à l'acte7. La communauté somalienne de Norvège -environ 30 000 personnes- avait également fourni un des participants à l'attaque des Shebaab du mall de Nairobi, en septembre 20138. Le père des deux jeunes adolescentes arrive finalement à ramener ses filles en Norvège.


Dès février 2014, le service de renseignement norvégien tire la sonnette d'alarme : le nombre de vétérans du djihad de retour en Norvège s'accroît, et parmi eux des personnes liés aux groupes djihadistes, notamment l'EIIL. Une douzaine de femmes aurait également gagné la Syrie. Le 27 mai, la police arrête un Norvégien d'origine somalienne et deux autres d'origine kosovare, résidant à Oslo, soutenant l'EIIL. Les deux Kosovars sont frères, ont combattu en Syrie, tandis qu'un troisième frère y est mort. Egzon Avdyli aurait été tué dans les rangs de l'EIIL ; il était l'un des porte-parole d'Ummah en Norvège et avait rejoint la Syrie au début de l'année 20149. Il avait 25 ans10. Cette arrestation fait suite à celle d'un Norvégien d'origine pakistanaise, en février dernier, qui revenait de Syrie et avait combattu pour al-Nosra et l'EIIL. Agé de 22 ans, l'homme était revenu à Oslo se faire soigner après avoir été blessé en Syrie (une balle dans la jambe)11. On estime en mai 2014 que 10 Norvégiens ont peut-être péri en Syrie. Si la plupart des Norvégiens djihadistes viennent d'Oslo ou des alentours, un noyau provient également du comté de Trömso, près du cercle Arctique, au nord de la Norvège12.


A droite, Egzon Avdly, avec U. Hussayn, le chef du groupe Ummah.-Source : http://www.longwarjournal.org/threat-matrix/images/Egzon-Avdyli-ISIS.jpg


En juillet 2014, le PST lance une enquête contre Bastián Vásquez, alias Abu Safiyya, un Chilo-Norvégien qui apparaît dans des vidéos de propagande de l'Etat Islamique. Agé de 25 ans, le jeune homme aurait certaines responsabilités au sein de l'EI. En 2012, il avait pris part aux manifestations à Oslo contre le film « L'innocence des musulmans ». Vasquez appartient à une famille installée à Skien, en Norvège, pays qui compte une importante communauté chilienne exilée du temps de la dictature de Pinochet. L'intérêt est que sa double nationalité lui permet d'être doublement utile pour le recrutement de l'EI. Vasquez s'est converti à un islam radical depuis au moins 2008. Un de ses compagnons, d'origine somalienne, a été arrêté par le PST après avoir combattu en Syrie. Il est proche de Mohyeldeen Mohammad, un Norvégien d'origine irakienne qui est le pivot du djihadisme norvégien et qui a été l'un des premiers à partir en Syrie. Vasquez rejoint la Syrie peu de temps après les manifestations à Oslo au sein du groupe Oummah (il a été arrêté en 2012 après avoir posté une vidéo sur Youtube où il menaçait de mort le Premier Ministre et la famille royale) ; en 2013, il fait partie de l'EIIL dans la région d'Alep13. Vasquez est d'ailleurs désavoué par ses parents, qui précisent qu'il est bien norvégien, étant né après l'arrivée de ses parents dans ce pays. Son profil correspond à celui de nombreux djihadistes scandinaves, fils d'immigrés récents14. Fin juillet 2014, le PST (service de sécurité de la police) annonce qu'il est en état d'alerte en raison de la menace d'une action terroriste en Norvège perpétrée par des vétérans du djihad syrien15. Les informations font état d'un groupe de djihadistes ayant combattu en Syrie qui retournerait vers l'Europe, et peut-être vers la Norvège, pour y commettre des attentats. Le PST redoute en particulier l'action d'un Norvégien qui aurait été formé à l'utilisation des explosifs au Yémen. Le musée juif d'Oslo a été interdit aux visites de même que le palais royal16.


Bastian Vazquez.-Source : http://santiagotimes.cl/wp-content/uploads/2014/07/vasquez-new.jpg


Bastian Vazquez dans la vidéo de propagande pour l'EI, devant un Humvee capturé en Irak.-Source : http://santiagotimes.cl/wp-content/uploads/2014/07/bastian-vasquez.png





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