vendredi 25 juillet 2014

Henri LANDEMER, Les Waffen SS, Paris, Balland, 1972, 407 p.

Qui est donc cet auteur, Henri Landemer, qui publie en 1972 cet ouvrage sur les Waffen-SS ? Nul autre qu'un des pseudonymes du fameux Jean Mabire, le fameux ténor de la Nouvelle Droite, défenseur du néo-paganisme, disparu en 2006 et auteur d'incalculables ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale et les divisions de la Waffen-SS en particulier. On est donc prévenu, dès le début : vu l'âge du livre et l'auteur, il ne faut pas s'attendre à quelque chose de transcendant, et au contraire à un propos plutôt biaisé.

Mabire, cependant, a suffisamment de talent littéraire pour raconter, comme un roman, la naissance des SA puis des SS. Il est intéressant sur l'idéologie de Himmler et de la SS, en particulier dans la dimension ésotérique, preuve qu'il s'intéresse au sujet -il écrira d'ailleurs plus tard un autre livre sur la question du paganisme et du mythe de Thulé... une des premières notes qui sonnent faux vient quand Mabire parle des Totenkopf, les gardiens des camps de concentration, qui selon lui, n'ont jamais touché aux prisonniers, déléguant la basse besogne à des "kapos" (sic).

Plus intéressante est l'idée selon laquelle, à partir de 1936, la future Waffen-SS (qui ne prend ce nom qu'en 1940) se construit quelque peu en miroir de la Reichswehr, en formant d'abord un noyau important de cadres qui serviront de base pour l'expansion, en prenant la tête de nouvelles unités. Le récit s'infléchit à nouveau dès la campagne de Pologne : Mabire consacre autant de lignes à parler des exactions commises par les Polonais contre la minorité allemande (sic) qu'à celles exécutées par les Allemands... rejoignant aussi la vieille idée teutonne selon laquelle la nécessité militaire justifie tout, surtout contre des Polonais. La Wehrmacht et la Waffen-SS s'en sortent cependant moins "proprement" qu'il ne le défend. Le massacre du Paradis commis par la Totenkopf durant la campagne de France est inséré, sans aucun commentaire ou presque, dans la description des combats (!). De même que la formation de la division Wiking rencontre en réalité bien plus de difficultés qu'il ne le laisse croire...



Pour Barbarossa, Mabire ressort le vieil argument des meurtres commis par les Soviétiques sur les prisonniers allemands (réels, mais en comparaison infiniment moins nombreux que ceux réalisés par les Allemands...) pour justifier le massacre systématique ou presque des prisonniers soviétiques. Evidemment, l'Armée Rouge n'est sauvée que par le "général Hiver" et les Sibériens (!). Un des personnages préférés de Mabire, c'est manifestement Léon Degrelle, le leader des volontaires wallons de la Waffen-SS. Il est pour ainsi dire porté au pinacle. Dans les Balkans, Mabire ne voit que sauvagerie interethnique, dans laquelle la 7. SS-Freiwilligen Gebirgs Division Prinz Eugen vient remettre un peu d'ordre (!). D'ailleurs tout le monde massacre beaucoup, sauf les Allemands. Les exactions contre les Italiens en septembre 1943 sont expédiées en quelques lignes. En revanche, la fin tragique des soldats allemands pris au piège en Yougoslavie tirerait presque quelques larmes, si on se laissait gagner par le penchant de l'auteur...

D'ailleurs Mabire ne prend plus la peine de parler des crimes et autres exactions commis par les Waffen-SS sur tous les théâtres d'opérations... il en vient ensuite à un autre de ses personnages fétiches, Otto Skorzeny, qui avec son coup médiatique sur le Gran Sasso ressuscite une Waffen-SS en panne de victoires... et qui s'internationalise de plus en plus. L'odyssée de Degrelle, et de la Wiking, dans le chaudron de Korsun-Tcherkassy fait l'objet de tout un chapitre. Quand on arrive à la Normandie, évidemment rien sur les crimes de la Hitlerjugend contre les Canadiens. Ceux de la Das Reich lors de son expédition antipartisans  sont bien évoqués, mais après un énième rappel des crimes de guerre soviétiques qui ont forgé les cadres à l'est (!). Le récit des pendaisons de Tulle ou du massacre d'Oradour-sur-Glane est d'ailleurs livré pour ainsi dire brut, sans commentaire. L'héroïsme, c'est Wittmann, le chef de char de Tigre, qui meurt carbonisé dans son char après avoir détruit des dizaines de chars alliés (revendiqués du moins...).

L'attentat du 20 juillet 1944 est vu uniquement du côté des "victimes", Hitler et ses affidés, dont les SS évidemment. Un passage très intéressant, c'est celui du récit de l'insurrection polonaise à Varsovie, à partir du 1er août 1944. Mabire préfère élever les Polonais au rang d'adversaire valeureux de Waffen-SS et d'une Wehrmacht "propres" - les massacres de civils n'étant le fait que des deux unités "parias" bien pratiques pour dédouanner tout le monde, la Dirlewanger et la Kaminski. Il faut évidemment lire ici les travaux écrits par les historiens actuels du sujet comme C. Ingrao. On passe ensuite directement à la bataille des Ardennes, où le massacre de Malmédy commis par la Leibstandarte est toujours dépeint de manière aussi concise, et où tous les autres (contre les militaires américains ou les civils belges) ne sont pas évoqués. Mabire préfère le récit de l'odyssée du Kampfgruppe Peiper et des commandos de Skorzeny...

Les derniers chapitres sont entre autres consacrés au siège de Budapest -Mabire se place plutôt visiblement derrière les Croix Fléchées que derrière Horthy, et a une vision très irénique du comportement de la population pendant le siège... l'ouvrage se termine sur le parcours des Wallons et des Français de la Charlemagne en Poméranie, sur la Baltique, puis à Berlin pour ces derniers.

Un petit coup d'oeil sur la bibliographie montre les choix de Mabire : ouvrages connotés (Carell, Blond, Benoist-Méchin, Duprat...) et surtout d'anciens Waffen-SS qui ne regrettent pas grand chose (Degrelle, Saint-Loup, Skorzeny, Steiner...). On aura compris qu'il faut davantage  lire cet ouvrage pour comprendre comment fonctionne Jean Mabire et comment il distille des idées qui n'ont rien d'innocent ; pour quelque chose de plus sérieux sur le même sujet, on ira lire Jean-Luc Leleu en français et quelques autres en anglais ou en allemand.

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