samedi 28 juin 2014

Baïonnette au canon (Fixed Bayonets !) de Samuel Fuller (1951)

Hiver 1950. Après le débarquement d'Inchon et la poussée victorieuse des troupes de l'ONU, menées par les Américains, en Corée du Nord, l'intervention chinoise renverse la situation. La 1st Infantry Division "Big Red One" prépare son repli et laisse une section de 48 hommes d'un de ses régiments pour faire croire à l'ennemi qu'elle ne quitte pas ses positions, alors qu'elle se replie vers un pont qui constitue la seule voie de passage. Parmi la section chargée de cette diversion risquée, le caporal Denno (Richard Baseheart) qui, plus que tout, craint de devoir assumer le commandement de la section si les autres cadres se font tuer...


Fixed Bayonets ! est le premier d'une série de 7 films qui marquent la collaboration de la Fox avec Samuel Fuller. Il sort alors que la guerre de Corée n'est pas encore terminée, tout comme The Steel Helmet qui avait impressionné la Fox et attiré l'attention sur Fuller. L'US Army, qui avait vu d'un mauvais oeil The Steel Helmet, impose à Fuller un conseiller militaire, Raymond Harvey, détenteur de la Medal of Honor. Fuller se liera avec celui-ci qui tiendra le même rôle dans Ordres secrets aux espions nazis (1958). La 1st Infantry Division "Big Red One" n'a pas servi en Corée, mais Samuel Fuller se sert de sa propre expérience de vétéran de la Seconde Guerre mondiale pour dénommer les unités et les commandants d'unités de la division, dans son film, qui sont bien authentiques. Il réalisera bien plus tard, en 1980, un autre film consacré au parcours de cette division pendant le second conflit mondial, tiré de son parcours personnel.

Source: http://www.k-libre.fr/klibre-bo/upload/illustration/baionnette-au-canon-detail-dvd.jpg


Comme dans The Steel Helmet, on est loin du film de guerre conventionnel. L'action se déroule essentiellement dans une grotte où la section trouve refuge pour mener son jeu du chat et de la souris avec les Chinois. Fuller vise au réalisme et on retient cette scène surréaliste pour un film de guerre où le sergent en charge fait masser les pieds de ses soldats pour empêcher qu'ils gèlent (!). Tout le propos de Fuller tourne autour de la survie d'un groupe d'hommes isolés, face à des conditions climatiques difficiles et à un ennemi impitoyable et redoutable -cf l'autre scène fameuse où un avant-poste est emporté par les Chinois que les Américains ne voient même pas approcher. Le scénario est desservi par un budget limité (beaucoup de carton-pâte...) et quelques passages éculés (la marche dans un champ de mines...). Cependant, Fuller révolutionne à sa façon le genre du film de guerre : Fixed Bayonets !, plus que The Steel Helmet, se focalise sur la psychologie des personnages et non sur les combats. Aucune vision héroïque du combattant, bien au contraire, à l'instar d'autres films sur la guerre de Corée, comme Pork Chop Hill de Lewis Milestone (1953) : les soldats américains doutent et font face non pas pour le drapeau mais en raison de qualités humaines qui n'ont rien à voir avec un "sens du devoir" mythifié. Ce n'est pas le meilleur film de Fuller mais il est intéressant -en outre, dans la bataille finale, on aperçoit très furtivement James Dean, dans le rôle d'un soldat américain, pour son tout premier rôle...





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