jeudi 12 juin 2014

2ème Guerre Mondiale n°54 (juin-juillet 2014)

Numéro de transition pour le magazine 2ème Guerre Mondiale, qui change de propriétaire, comme l'annonce N. Pontic dans l'éditorial. Outre les articles que j'ai écrits et que j'ai annoncés ici-même, vous trouverez p.5 une fiche résumée de ma  recension du Joukov de Jean Lopez (en attendant celle de Bagration...). A noter aussi que Benoît Rondeau commente, p.4, le Rommel de Cédric Mas et D. Feldmann que j'avais également recensé il y a quelques temps.

- p.8-9, Vincent Bernard fait un point d'actualité sur la Crimée, en raison des événements depuis janvier. Il s'attache surtout à la période de l'histoire de la péninsule depuis l'annexion russe, en 1783. Or la Crimée a une histoire compliquée : juridiquement, elle n'a été russe qu'entre 1783 et 1954. La mémoire russe est sensible à la Crimée en raison d'événements phares : le traité de 1774 avec l'empire ottoman, le siège de Sébastopol en 1854-1855, la déportation des populations non-russes en 1944, le transfert à l'Ukraine dix ans plus tard. En outre, historiquement, la conquête russe a été difficile, puisqu'elle s'étale sur deux siècles (XVIème-XVIIIème). D'ailleurs, il y a un premier exode massif de la population tatare (du nom donné aux envahisseurs mongols et aux populations turcophones qui les accompagnent) en direction de l'empire ottoman, après la fin de la guerre de Crimée. En 1897, les Tatars ne forment plus qu'un tiers de la population et les Russes sont déjà majoritaires. Une République socialiste soviétique de Tauride est créée le 21 mars 1918, avant d'être renversée par les Allemands qui installent une éphémère république tatare. Les Blancs de Denikine puis Wrangel se maintiennent en Crimée jusqu'en décembre 1920. Les bolcheviks tentent ensuite de promouvoir des cadres locaux, le bilinguisme russe/tatar est instauré pour s'attirer les bonnes grâces des Tatars, leur leader le plus connu, Veli Ibrahimov, est mis en avant. Le ton change cependant dès la fin des années 20. L'invasion allemande de 1941, puis le succès du siège de Sébastopol, entraînent la mainmise allemande sur la péninsule. La population juive (85-92 000 personnes) est presque entièrement exterminée. La reconquête soviétique en 1944 entraîne la déportation des Tatars (plus de 190 000 personnes) mais ils ne sont pas les seuls : un mois plus tard, les Arméniens, Grecs et Bulgares sont également chassés. Le "cadeau" de 1954 à l'Ukraine est purement symbolique : Moscou garde la main sur les installations militaires. A la fin de la guerre froide, l'ère Gorbatchev permet enfin le retour d'une partie des exilés tatars (on avance souvent le chiffre de 200 000). La Crimée reste cependant un cas à part, pour la Russie, même après la disparition de l'URSS, en raison de l'importance symbolique qui y est attachée. Comme la chronique Ecrire l'histoire, cette partie Actualité souffre un peu du manque de place et de références.

- la chronique Ecrire l'histoire de B. Rondeau revient sur la signification du 6 juin 1944 pour chacun des belligérants (du moins ceux concernés). L'idée est intéressante mais difficile de développer sur deux pages, et il faudrait mettre quelques références pour appuyer.

- le dossier, signé Vincent Bernard, est une perspective stratégique sur l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. L'auteur montre dans une première partie comment Hitler se lance dans le conflit, en 1939, alors que son outil militaire et son économie de guerre sont loin d'être prêts -la victoire de 1940 passant pour une "anomalie historique". Dans une deuxième partie, il retrace la "fuite en avant" d'Hitler qui se mesure, en 1941, à l'URSS puis aux Etats-Unis. L'Allemagne est mal préparée pour une "guerre totale" -et on pourrait discuter de la résilience de l'URSS, d'ailleurs, Stalingrad était-elle vraiment une bataille "au bord du gouffre", comme le disent certains ? Dans un dernier temps, Vincent Bernard explique que même la mise en marche de l'industrie de guerre allemande ne suffit pas à compenser l'écrasante supériorité alliée dans ce domaine. L'Allemagne n'a plus les moyens de ses ambitions, et les désastres de l'été 1944 achèvent de précipiter l'écroulement -Bagration est une catastrophe à l'est pour la Wehrmacht. Sans stratégie véritable, sans industrie de guerre permettant de soutenir dès le début une guerre industrielle, l'Allemagne ne pouvait pas l'emporter ; elle a bénéficié parfois de circonstances et d'atouts favorables, mais les gros bataillons ont parlé (d'autant qu'à la fin de la guerre comme le dit l'auteur, ils sont meilleurs que leurs vis-à-vis allemands).

- Vincent Bernard signe aussi un court article sur les chars américains du débarquement en Normandie, sur Omaha et Utah. A noter que les bataillons américains ne se composent pas seulement de chars DD, mais de deux compagnies de DD et d'une équipée du dispositif avec snorkels (que l'on voit p.60-61) qui est utilisé en fait dès le débarquement en Sicile, en juillet 1943. D'ailleurs Gerow, le commandant du Vème corps américain, ne voyait pas l'utilité de prendre les DD et c'est pourquoi il y a eu un compromis sur la composition des bataillons.

- Franck Ségretain signe un article sur la libération de la Corse, en septembre-octobre 1943. Une expérience importante pour De Gaulle et le CFLN, qui permet l'éviction de Giraud, et montre qu'il faut organiser l'aspect politique et administratif de la libération du territoire, pour précéder les alliés et surtout les mouvements de résistance intérieure, en particulier les communistes.

- la fiche uniformes, une fois n'est pas coutume, est dédiée à un lieutenant de la Garde féminin, chef de pièce de canon d'assaut, de l'Armée Rouge.

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