vendredi 18 avril 2014

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 2/Les Néerlandais

Au moins 20 Néerlandais sont partis combattre en Syrie depuis le début de la guerre civile et 6 y ont trouvé la mort1. Il n'y a pas de réseaux organisés jusqu'à présent qui recrutent les musulmans néerlandais sur place, mais des groupes comme Sharia4Holland, Behind Bars, Hizb-al-Tahrir et Millatu Ibrahim se servent du conflit pour promouvoir leur cause, ce qui est un facteur potentiel de radicalisation de leur public. Il est d'ailleurs fort possible que le nombre total de Néerlandais partis en Syrie dépasse en fait la centaine. Les 20 personnes qui ont été identifiées proviennent des communautés marocaine, somalienne et turque surtout, bien que l'une d'entre elles soit originaire de Bosnie. La majorité est néanmoins d'origine marocaine. Ils viennent de Zeist, Delft, Rotterdam et La Hague (en particulier le quartier de Schilderswijk). La plupart des hommes recrutés ont entre 23 et 26 ans, même si deux étaient des mineurs. Le soutien à la cause s'exprime via un site Internet et le recrutement s'effectuerait par des activistes de Sharia4Holland et Behind Bars qui ont déjà effectué le voyage en Syrie. Les volontaires gagnent la Turquie via les Pays-Bas ou la Belgique et entrent dans le nord de la Syrie.



Le premier Néerlandais tué en Syrie, d'origine marocaine, est mort en mars 2013. Il faisait partie d'un groupe de 20 jeunes hommes de Delft, certains ayant un passé de délinquant ; lui-même cherchait manifestement à « racheter ses péchés » en partant combattre en Syrie. Un de ses amis, qui jouait dans l'équipe de foot Delfia, est également tué en Syrie, ainsi que son frère. Une jeune femme de 19 ans, connue sous le nom d'Oum Usama, de Zoetermeer, suspectée de procéder au recrutement, est arrêtée en juillet 2013. Un autre recruteur, Murat Ofkeli, surveillé par les autorités depuis 2001 et qui avait notamment envoyé en 2005 3 jeunes Néerlandais pour la Tchétchénie, qui avaient été arrêtés en Azerbaïdjan, n'est pas pris au sérieux jusqu'à ce que la presse se fasse l'écho de plaintes des parents des candidats au djihad. Banni de la mosquée As-Soennah de La Hague, Ofkeli aurait trouvé la mort en Syrie en juin 2013.

Le chef des djihadistes néerlandais en Syrie, Abu Fidaa, a donné une interview au journal De Volkskrant en juin 2013. Il fournit des précisions qui sont impossibles à vérifier, mais qui n'en sont pas moins intéressantes. On conseille ainsi aux volontaires de lire 48 Laws of Power ou Les 36 Stratagèmes de la guerre, par exemple. D'après lui, une fois arrivés en Syrie, les volontaires sont entraînés pendant six semaines ; ils peuvent alors se porter candidats au martyr. Les Néerlandais sont mélangés avec d'autres nationalités pour favoriser l'intégration dans un djihad « global ». On pense que les Néerlandais sont surtout à Alep mais Abu Fidaa précise qu'ils se trouvent aussi dans d'autres parties du pays. 3 femmes ont également fait le choix de suivre leurs maris en Syrie.

Abou Fidaa, à gauche sur la photo.-Source : http://onafhankelijkdelft.nl/wp-content/uploads/Abu-Fidaa-delft-jihadsrijder-kanonnevoer-assad.jpg


Le 17 janvier 2014, le ministre des Affaires Etrangères néerlandais déclare que 10 Néerlandais ont déjà trouvé la mort en Syrie ; 120 seraient toujours là-bas ; et 20 sont revenus et étroitement surveillés2.

Le recrutement, aux Pays-Bas, se ferait par des réseaux de plus en plus organisés en 2014. On trouve des mosquées salafistes, en particulier dans la communauté marocaine, et des imams appartiennent aussi à une organisation salafiste saoudienne, la fondation Ahl al-Sunnah. D'autres salafistes opèrent plus discrètement, en dehors des mosquées. Arrivés en Turquie par avion, généralement en provenance d'Allemagne, les volontaires gagnent la frontière et contactent par téléphone des personnes indiquées par les vétérans revenus aux Pays-Bas. Ils reçoivent armes et équipement sur place. Les Néerlandais stationnent généralement dans la province d'Alep3.

Khalid K., arrêté une première fois par les autorités néerlandaises pour activités terroristes en 2011, vient de la ville d'Almere, surgie du néant au milieu des années 1970 aux Pays-Bas, sur une étendue d'eau du Zuidersee. Traité pour claustrophobie et schizophrénie, Khalid est relâché faute de preuves. Depuis, il est probablement parti combattre en Syrie, d'abord avec le front al-Nosra, puis avec l'EIIL. Une photo le présente, selon toute vraisemblance, en train de poser devant 5 têtes issues de corps décapités, d'anciens camarades du front al-Nosra4.

En février 2014, le contre-terrorisme néerlandais estimait qu'une centaine de personnes était partie en Syrie ; 70 y seraient toujours, au moins 11 ont été tués et une vingtaine, qui est revenue, est étroitement surveillée. La plupart des volontaires sont des hommes jeunes, d'un peu plus de 20 ans, mais certains sont mineurs -9 cas rien que pour la région de La Hague. Zakariya al-Hollandi fait partie des convertis néerlandais, de son vrai nom Victor Droste. Il a rejoint le front al-Nosra. Il vient du village de Heeten, dans la province de Overijssel. L'endroit et le contexte familial semblent a priori peu propices à une conversion. Et c'est pourtant ce qui arrive en 2010. L'année suivante, il commence à s'intéresser au mouvement salafiste radical britannique Islam4UK, de Choudary, puis à la version néerlandaise établie par celui-ci, Sharia4Holland. Après avoir rencontré Choudary lors d'une conférence, Droste, qui choisit désormais de s'appeler Zakariya al-Hollandi, rejoint un groupe radical à La Hague, où il écoute les prêches enregistrées de Anwar al-Awlaki, théologien d'al-Qaïda à la fois yéménite et américain et qui est tué par une frappe de drones américains au Yémen à la fin septembre 2011. Après une dispute avec ses parents à Noël de cette même année, Droste part pour la Syrie.

En encadré, Victor Droste, un converti, alias Zakariya al-Hollandi.-Source : http://bin.snmmd.nl/m/m1mw7uqpmnl2_std1024.jpg/victor-droste-zakaria-al-hollandi.jpg


A Arnhem, à 60 km au sud-ouest de Heeten, ville célèbre pour les combats qui s'y sont déroulés en septembre 1944, on trouve une forte communauté immigrée, marocaine et turque. Au moins deux jeunes du quartier de Malburgen sont partis pour la Syrie. Marouane vient de la communauté marocaine alors que Robbin est un converti. Jusqu'ici, ils étaient plutôt connus pour leur passion du rap. En juillet 2013, le ton de leurs vidéos de rap commence à changer. Ils prennent des cours d'arabe à l'association Omar al Khattab, dirigée par Anoire Rharsisse, qui recrute manifestement pour le djihad. Ils regardent en boucle des images et des vidéos des massacres commis en Syrie ; deux de leurs amis, Nadeem et Hakim (ce dernier arrêté par la police allemande), sont déjà partis. Ils lisent des ouvrages dont celui de Abu Muhammad al Maqdisi, un théologien jordanien salafiste radical, maître à penser d'al-Zarqawi. Sur Internet, ils consultent le site “De Ware Religie” (la vraie religion), proche des volontaires néerlandais du djihad syrien, ainsi que celui de Sharia4Belgium de Fouad Belkacem, un autre clone de Islam4UK. En novembre 2013, les deux jeunes gagnent la Syrie via la Turquie. Robbin est revenu de Syrie après 4 mois passés à Alep, fuyant le combat interne entre le front al-Nosra, l'EIIL et les autres groupes rebelles5.

Robbin, le jeune converti d'Arnhem.-Source : http://www.carelbrendel.nl/wp-content/uploads/2014/01/Image386.png


Récemment, les autorités néerlandaises ont renforcé la surveillance à titre préventif des personnes susceptibles de se radicaliser. Amsterdam, La Hague et Almere sont des villes particulièrements surveillées, suivies par Rotterdam, Delft, Zoetermeer, Gouda, Arnhem et Zeist, là d'où partent le gros du contingent des volontaires. 13 jeunes gens se sont vus retirer leurs passeports et plusieurs douzaines se sont vus priver d'aides sociales. Le contre-terrorisme parle de 100 Néerlandais peut-être présents en Syrie mais reconnaît que le nombre peut être à plusieurs centaines6.


1Samar Batrawin « The Dutch Foreign Fighter Contingent in Syria », CTC Sentinel, Volume 6 Issue 10, octobre 2013, p.6-10.
3Foreign fighters from Western countries in the ranks of the rebel organizations affiliated with Al-Qaeda and the global jihad in Syria, Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, 3 février 2014.

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