dimanche 9 mars 2014

Fred DUVAL, Jean-Pierre PECAU et Boyan KOVACEVIC, Jour J, tome 9 : Apocalypse sur le Texas, Paris, Delcourt, 2012, 56 p.

Octobre 1962. La crise des missiles de Cuba dégénère en guerre nucléaire. Un sous-marin soviétique torpille un porte-avions américain, déclenchant des frappes aériennes américaines sur Cuba, puis une riposte nucléaire soviétique qui détruit Washington. La réponse automatisée des Etats-Unis pulvérise l'URSS, la réplique par les SNLE soviétiques efface New York de la carte. Les Etats du Sud se détachent des Etats-Unis et forment des états néoconfédérés sous la direction d'un Protecteur, qui n'est autre que... Charlton Heston, faisant régner la terreur religieuse et du White Power, arborant les initiales sordides du Klux Klux Klan. Quatre ans plus tard, en 1967, les Etats-Unis moribonds demandent le soutien de leurs alliés anglais et français : le Mexique, derrière lequel manoeuvre la Chine, s'apprête à envahir le Texas pour s'emparer de son pétrole. Le président Kissinger souhaite une intervention franco-britannique mandatée par l'ONU, après l'invasion mexicaine, pour rétablir son pouvoir sur le territoire américain -la Californie ayant fait également sécession sous l'autorité du président Nixon. Mais les Etats-Unis ignorent que le Protecteur a envoyé son âme damnée, frère Lee, capturer un site de missiles Titan miraculeusement épargné par la guerre nucléaire...

J'avais déjà commenté les premiers tomes de la série uchronique de Delcourt, Jour J. Une série inégale mais avec de très bons volumes néanmoins. Il y a maintenant 15 (!) tomes, et je n'arrive que progressivement à compléter la série, avec le n°9, Apocalypse sur le Texas. Ici, l'événement à l'origine de l'uchronie est la crise des missiles de Cuba, en octobre 1962, qui faillit bien plonger le monde dans une guerre nucléaire. L'entrée en matière est donc satisfaisante (avec une scène fameuse où on fait de la planification stratégique dans une boutique de souvenirs dévastée, avec des jouets en guise de pions), même s'il faut attendre le milieu de l'album pour avoir des explications -incomplètes cependant-, ce qui est un peu dommage.


En effet, si le scénario tient la route, et si l'histoire est palpitante, mais sans être la meilleure de la série à mon avis, c'est au détriment de l'uchronie elle-même. On sait ainsi simplement que Nixon est devenu président de Californie et indépendant suite à l'attaque nucléaire, mais sans plus. L'intervention franco-britannique au Mexique est calquée sur celle de Suez en 1956, et les références à l'expédition française au Mexique de Napoléon III sont évidentes tout au long de l'album -jusqu'au nom du colonel qui assiège les Français dans la base de missiles Titan : Vigo, celui de Camerone... excellente idée par contre que d'avoir fait des Etats du Sud une nouvelle sécession -même si là encore, on aurait aimé en savoir plus- dans le climat délétère des années 1950-1960, autour du White Power, du Klux Klux Klan et du prophétisme religieux (on notera le clin d'oeil assez ironique au général Lee, puisque l'âme damnée de Charlton Heston qui ne laisse que des cadavres et des croix enflammées sur son chemin s'appelle... frère Lee). Tout ça sonne juste. On appréciera aussi la peinture de De Gaulle, la mention du sous-marin Le Redoutable, la discrète allusion au rôle de Kennedy s'il avait survécu (cf la même question qu'on se pose souvent sur le Viêtnam). L'album colle peut-être d'ailleurs un peu trop à une trame historique précise qui, si elle n'est pas connue, risque de dérouter plus d'un lecteur, car les explications ne sont pas là, sans compter, comme je le disais, que tout le développement uchronique n'est pas expliqué (d'où sortent les Etats néoconfédérés de C. Heston, par exemple, etc). Il y a quelque chose de frustrant dans cette série à tomes indépendants, en un seul volume, qui ne permettent pas de développer correctement l'uchronie et le scénario. C'est à mon avis un des défauts majeurs de l'exercice. On le voit bien quand on compare avec les tomes 3 et 4 qui allaient de pair, et qui permettaient justement d'aller un peu plus loin à ce niveau. 








Le tome vaut le détour dans la série, assurément, mais pour moi ce n'est pas le meilleur, même s'il est dans le haut de la liste quand même.




7 commentaires:

  1. Cette histoire de "SNLE" soviétique m'a fait me replonger dans les fiches des sous-marins soviétiques, parce que je croyais que les Soviétiques n'avaient que des sous-marins lanceurs d'engins à propulsion classique (classes Zulu IV et Golf) à l'époque de la crise de Cuba.

    Après recherches, je me rends compte qu'en fait ils avaient déjà plusieurs exemplaires de SNLE classe Hotel en service. Curieusement, je n'en avais jamais entendu parler, les histoires de la crise de Cuba ne parlent que de l'épopée des Foxtrot envoyés vers Cuba et des missiles installés sur l'île.

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  2. Bonjour,

    Dans la BD, le sous-marin qui ouvre le feu sur le porte-avions Randolph est le B104, du commandant Odomski. Une référence j'imagine au grenadage du B59, un Foxtrot armé d'une torpille nucléaire, et qui a dû faire surface après avoir envisagé de tirer (le commissaire politique du bord) ; l'affaire avait été révélée en 2002. Les SNLE soviétiques qui actionnent la réplique après la destruction de l'URSS, dans la BD, sont de classe Echo.

    Cordialement.

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    1. Je reviens sur ce point qui m'intéresse, après des recherches supplémentaires. J'ai eu du mal car la force de frappe nucléaire soviétique est souvent absente des livres sur la crise de Cuba (!).

      L'URSS avait alors trois types différents de sous-marins stratégiques :
      - des submersibles à propulsion diesel-électrique lanceurs de missiles balistiques classe Golf-I
      - des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins balistiques classe Hotel-I
      - des sous-marins nucléaires lanceurs de missiles de croisière classe Echo-I

      Un certain nombre de Golf sont opérationnels et d'ailleurs le plan Anadyr prévoyait que sept d'entre eux soient basés à Cuba ; leur appareillage prévu le 23 octobre sera annulé à cause de la tournure des évènements. La propulsion classique du Golf est son gros point faible, cela l'empêche probablement de faire des patrouilles de dissuasion à portée des USA sans être détecté.

      Les Hotel semblent à peine opérationnels, en tout cas ceux pour lesquels il y a des données ne font que de petites sorties ne permettant pas de patrouilles de dissuasion. Quant au 1er de la série, il est en attente d’une nouvelle tranche réacteur, c’est le tristement célèbre K-19.

      Trois Echo-I sont en opération avant octobre 1962, avec des pannes régulières. Au moins un d’entre eux a fait une patrouille correcte (une quarantaine de jours). Tous ces sous-marins sont en service dans le Pacifique et leurs missiles de croisière ne peuvent menacer que la côte Ouest des USA.

      Finalement, Krouchtchev n’avait pas beaucoup d’atouts (c’est pour ça qu’il a eu l’idée d’Anadyr après tout), s’il ça tournait au conflit il risquait d’être de loin le plus grand perdant.

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    2. Bonsoir,

      Possible, j'avoue ne pas être très calé sur le sujet (lol).
      A suivre, vous éveillez ma curiosité !

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    3. Bonjour,

      je reviens sur la crise de Cuba. Pas sur la force de frappe de la marine soviétique sur laquelle je n'ai pas trouvé d'éléments supplémentaires, mais seulement pour signaler un ouvrage, One Minute to Midnight de Michael Dobbs.

      Je n'ai feuilleté que quelques pages sur Amazon, et je n'ai pas l'habitude de juger sur si peu, mais ce que j'ai lu montre à la fois un incroyable travail de recherche d'éléments (l'arsenal tactique sur Cuba, le renseignement US assez loin de la réalité sur ce point...), et une très bonne présentation de l'ensemble. Je ne serais pas étonné que ce livre devienne la référence sur la crise de Cuba pour les 20 ans à venir.

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  3. j'ai effectivement lu cet épisode que j'ai trouvé pas mal mais j'ai les mêmes critiques que vous formulez : l'uchronie n'est pas assez approfondie.

    Bien à vous
    FG

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  4. C'est exactement ça : il faudrait deux tomes pour creuser...

    Cordialement.

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