jeudi 9 janvier 2014

John MADDOX ROBERTS, Les fantômes de Saïgon, Folio Policier 674, Paris, Gallimard, 2012, 454 p.

1995, Californie. Mitch Queen, un producteur de cinéma de Hollywood, sollicite Gabe Treloar, un ancien policier devenu détective privé, pour enquêter sur les menaces dont le film qu'il prépare fait l'objet. Les deux hommes se connaissent bien : ils ont servi au Viêtnam dans la police militaire, à Saïgon, et en particulier pendant l'offensive du Têt en 1968. Or le film de Queen, Rue Tu Do, met justement en scène le Saïgon de ces années-là. Y aurait-il un lien entre les menaces et le passé des deux vétérans ?

John Maddox Roberts, né en 1947, est lui-même un vétéran du Viêtnam, où il a réalisé son "tour of duty".. Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages de fiction et vit aujourd'hui au Nouveau-Mexique.

Ce qui m'a intéressé dans ce roman, c'est un scénario bien ficelé -malgré un final peut-être un tantinet convenu- qui s'inscrit dans une vision originale de la guerre du Viêtnam, pour un vétéran. Toute l'histoire tourne notamment autour de ces fameux "fantômes", les déserteurs américains cachés dans le grand Saïgon et en particulier à Cholon, le quartier chinois (phénomène tout à fait authentique). En outre, les protagonistes ne sont pas des soldats du front mais des policiers militaires, rôle pas plus facile pour autant -ce sont eux qui seront en première ligne au déclenchement du Têt dans la capitale, je vous renvoie à mon livre. Par ailleurs, une partie de l'histoire s'inscrit aussi dans la suite méconnue du Têt, la deuxième vague des attaques que les Américains baptisent par dérision "mini-Têt", mais qui se déroule au mois de mai 1968, qui est le plus sanglant de toute le conflit pour l'armée des Etats-Unis. Sur ce plan-là, l'auteur connaît son sujet.

Mené comme un western, qui se passe d'ailleurs dans la Californie de 1995, voici un excellent roman policier, bien ficelé. Roberts casse bien des mythes sur l'image convenue de la guerre du Viêtnam que nous a parfois laissée le cinéma d'Hollywood, qui, et ce n'est sans doute pas un hasard, est également le protagoniste du récit. La touche personnelle de l'auteur consiste à démolir les mythes en montrant, paradoxalement, comment son héros se laisse lui-même prendre à des fantasmes qui n'ont rien à envier parfois au scénario des superproductions américaines.



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