vendredi 31 janvier 2014

Helmut BORSCH-SUPAN, Antoine Watteau, h.f. Ullmann, 2007, 140 p.

Premier volume, je crois, où je n'accroche pas vraiment, dans cette collection pourtant peu onéreuse (4 euros), superbement illustrée et avec un texte dense (bien qu'un peu trop petit, peut-être). Il faut dire que la période n'est pas non plus parmi mes préférées. Mais il m'a semblé ici que le spécialiste parlait... pour le spécialiste, et pas forcément pour un public un peu plus large. Il faut dire que la vie d'Antoine Watteau, né en 1684, est assez énigmatique. On dispose de très peu d'écrits de sa main, il a mené une vie modeste et retirée. Son oeuvre reste finalement la meilleure source sur lui-même. S'il a développé son talent à Paris, à partir de 18 ans, il n'est jamais devenu un peintre de cour.

Sa plus grande oeuvre, L'Enseigne de Gersaint, relève à la fois de la provocation et d'une certaine résignation. Il s'inspire des modèles flamands et des Grands Vénitiens, non des Français. Watteau s'est aussi beaucoup servi de la commedia dell'arte, dont il était un fervent partisan. L'enseigne vise à la fois à attirer les clients du magasin et à les critiquer. La beauté associée à l'ironie.

L'Enseigne de Gersaint (1720). Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/94/Gersaint.jpg


Arrivé à Paris en 1702, Watteau a pour maître Claude Gillot. Il se consacre beaucoup à la peinture décorative avec figures et ornements. Mais Watteau a également traité des sujets militaires, à partir de 1709, ce qui n'est pas une surprise pour un natif de Valenciennes, place encore disputée à l'époque. Il peint surtout des scènes de bivouac ou de marche, pas des scènes de bataille avec la cavalerie, modèle du genre à l'époque. Mais la grande passion de Watteau, c'est le théâtre : il représente des scènes de masse, qui étaient appréciées dans l'art flamand. Les compositions à nombreux personnages sont fréquentes jusqu'en 1712. Il fait ainsi un portrait de la Comédie Italienne qui peut revenir en France, sur autorisation du Régent, en 1716. Pierrot est son personnage favori. Watteau inscrit de plus en plus la réalité dans ses tableaux du monde du théâtre.

Pierrot.-Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f5/WatteauPierrot.jpg


Le Pélerinage à l'île de Cythère (1717) est l'une de ses oeuvres les plus emblématiques. La scène est basée sur le mouvement et comporte de nombreux personnages, comme La Mariée du village, où les 108 personnes constituent un ensemble harmonieux. Dans ses tableaux, Watteau insère souvent des statues ou des bustes antiques, et notamment ceux de Vénus. Admis à l'Académie, il est désigné peintre des fêtes galantes. Il s'inspire de Rubens, se sert des statues pour indiquer des choses sur le tableau. La composition de ces fêtes galantes est très variée. Watteau est en outre un grand dessinateur, en particulier de personnages, en préparation de ses toiles. Il réalise des portraits à la sanguine et à la pierre noire. Il représente des Savoyards, des Persans, des petits Noirs. Il inaugure l'art français du dessin du XVIIIème siècle qui se poursuivra avec François Boucher et Honoré Fragonard. Watteau n'a fait que quelques scènes d'intérieur. Dès 1712, il place ses tableaux dans des parcs aménagés, puis s'inspire des paysages des Italiens (Titien) à partir de 1716. Les enfants, qui tiennent une part de plus en plus importante au fil des années, sont représentés comme en harmonie avec la nature. Après un séjour en Angleterre, dont on ne sait pas grand chose, Watteau revient en France et y meurt en 1721. Les séjours de peintres français à Londres étaient fréquents à la fin du XVIIème siècle. Boucher s'inspirera de Watteau, mais de façon très personnelle. Malheureusement, la dernière page de la conclusion a été coupée, et il nous manque les derniers mots...



Le volume se complète comme d'habitude par une chronologie du peintre, un glossaire et une bibliographie sélective. 



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