dimanche 26 janvier 2014

Fabrice BALANCHE, Atlas du Proche-Orient arabe, Paris, PUPS, 2012, 134 p.

Fabrice Balanche, géographe français, est l'un des spécialistes de la Syrie. Il vient de soutenir son habilitation à diriger des recherches, en novembre 2013 ; jusqu'ici maître de conférences à l'université Lyon 2-Louis Lumière, il est directeur du Groupes d'Etudes et de Recherches sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (GREMMO). On l'a vu régulièrement dans les médias depuis le début de l'insurrection en Syrie. Fabrice Balanche est surtout un spécialiste du pouvoir alaouite, depuis le coup d'Etat de 1963 ; ses analyses du conflit ont parfois prêté à débat, comme par ce trio de chercheurs qui a mené une enquête de terrain, en Syrie, pour cerner un peu mieux les origines du soulèvement puis son développement.

Dans ce livre, Balanche se propose de faire un atlas du Proche-Orient, contour assez flou en France, qui englobe la Syrie, le Liban, la Jordanie, la Palestine et Israël. La région est largement déterminée par le conflit israëlo-palestinien. Cette région correspond à une réalité géographique, le Bilad es-Sham des Omeyyades (VIIème siècle), qui a toujours été disputée par les conquérants étrangers. L'émir Faycal avait essayé de l'unifier en 1918, mais les mandats français et britanniques et la colonisation juive ont consommé la fragmentation politique. Depuis 1948, en raison du conflit israëlo-palestinien, cet espace ouvert à l'époque ottomane s'est progressivement fermé. Le conflit a influencé la construction des Etats arabes, même si les voies politiques et économiques sont parfois différentes ; néanmoins les pays appartiennent à la même aire culturelle. Fabrice Balanche explique qu'il a préféré comparer les territoires palestiniens à Israël, ce qui peut soulever des interrogations, car c'est reproduire, in fine, le schéma du conflit israëlo-arabe. Le propos se divise en 8 chapitres. Les trois premiers posent le cadre physique et l'histoire récente de la région. Les trois suivants abordent les dynamiques socioéconomiques. Le septième chapitre, sur les territoires palestiniens, apparaît du coup quelque peu incongru dans l'ensemble, conclu par un dernier chapitre sur les conflits pour le contrôle du Proche-Orient.




Dans le premier chapitre, la menace de l'aridité, les cartes et le texte montrent que le Proche-Orient est une table inclinée d'ouest en est. La plaine littorale est étroite car elle rencontre les premiers reliefs calcaires : montagne alaouite, Liban, Galilée. Les montagnes ont souvent été des refuges pour les minorités religieuses persécutées. Le Proche-Orient est de fait une vaste trouée est-ouest qui relie la Mésopotamie à la Méditerranée. S'il appartient au climat méditerranéen, l'aridité est présente dès qu'on dépasse la plaine côtière. Le climat levantin, variante du méditerranéen, est très sec en été, et l'hiver provoque souvent gel et fortes neiges. Les versants occidentaux des montagnes sont plus arrosés que les versants orientaux car le relief a un effet d'abri. Le Proche-Orient est pénalisé par une mauvaise répartition des précipitations. Toutes les ressources hydrauliques de la région sont donc fortement mobilisées, le Liban étant le seul pays qui puisse encore développer des équipements. L'agriculture et l'urbanisation entraînent une importante consommation d'eau. Les paysages levantins sont dégradés par une urbanisation plutôt anarchique. Le massif des Cèdres au Liban a quasiment disparu ; en Syrie, le nord perd sa végétation et retourne au désert, en raison de l'irrigation et de l'urbanisation, même si le Proche-Orient aride est en fait plus steppique que désertique.

Le Proche-Orient a connu pendant longtemps des dominations étrangères. Modernisé par les réformes du Tanzimat sous l'Empire Ottoman, à partir de 1839, il compte deux grandes métropoles : Alep et Damas. Le Liban s'impose comme le grand port, le littoral étant plus ouvert sur l'extérieur que l'intérieur des terres. Avec l'implantation britannique en Egypte et à Suez, et la colonisation juive en Palestine, le sultan favorise les intérêts français et allemands pour faire contrepoids, tandis que les relations est-ouest l'emportent sur celles nord-sud, préfigurant le découpage ultérieur. Espace ouvert, le Proche-Orient ne se développe pas économiquement en raison du blocage interne à l'Empire ottoman. Les sunnites, majoritaires (et 90% de la population est alors arabe), contrôlent les villes, alors que les minorités religieuses sont rejetées en périphérie. Pour contrôler les nomades sunnites qui gagnent du terrain, les autorités installent parfois des minorités religieuses pour faire tampon, aux lisières de la steppe. La colonisation juive en Palestine met en valeur le littoral et le nord de la vallée du Jourdain, insalubres. Trois grandes puissances s'affrontent alors au Proche-Orient : les Britanniques, obsédés par le contrôle des routes maritimes ; les Français, qui veulent faire de la Méditerranée un "lac français", et les Russes, qui souhaitent un débouché. Après l'obtention d'un protectorat sur l'Egypte en 1882, les premiers sont surtout obsédés par le contrôle du canal de Suez. Pendant la Première Guerre mondiale, l'Empire ottoman se range du côté de l'Allemagne. Par les accords Sykes-Picot de 1916, l'Entente commence son démantèlement. Les Français veulent une grande Syrie que les Britanniques minorent en avançant l'émir Faycal. Finalement, le littoral libanais revient à la France, le sud de l'Irak aux Anglais ; la Syrie intérieure est sous influence française, Bagdad sous influence britannique ; la Palestine est internationalisée, Jérusalem obtient un statut à part. Russes et Italiens gagnent également des territoires en Anatolie. Le plan s'écroule avec la révolution bolchevique et la naissance de la République turque de Kemal. Le découpage entre Français et Anglais annonce les futurs Etats de la région. La France conserve le Liban et la Syrie : elle va séparer les deux entités, contenant se maintenir sur le littoral et favorisant dans son jeu les minorités contre les sunnites. Le Grand Liban, séparé de la Syrie en 1924, comprend le grand port de Tripoli, détaché de la Syrie. Viable sur le plan économique, il l'est beaucoup moins sur le plan confessionnel, car les chrétiens maronites sont minoritaires et leur place ne va cesser de reculer. Le plan d'un Etat refuge pour les minorités échoue : le dernier recensement date de 1932... en 1943, chaque communauté se voit attribuer un nombre de places au Parlement, mais les maronites ont l'avantage avec la fonction de président de la République, qui a le plus de pouvoirs. Les Français ne quittent le Liban qu'en 1946. En Palestine, l'émigration juive porte la part des Juifs dans la population à un tiers en 1945. L'écart socio-économique se creuse avec les Palestiniens, qui sont enfermés par le mandat britannique. La grande révolte de 1936 fait écho à une émigration juive prononcée depuis trois ans. Le mouvement national palestinien est brisé, ce qui permettra aux Juifs de s'imposer plus facilement en 1948, malgré les restrictions posées trop tard à l'immigration en 1939. La France, en Syrie, a créé deux Etats éphémères en 1922 : l'Etat alaouite et l'Etat druze. Diviser pour mieux régner, d'autant que les minorités s'engagent dans les troupes spéciales du Levant. Les deux Etats ne sont pas viables sur le plan économique et les élites, nationalistes arabes, militent pour l'intégration à la Syrie dès 1936 -trois ans après que le grand mufti de Jérusalem ait reconnu que les alaouites appartenaient bien à l'islam.

Après l'indépendance, les Etats vont s'efforcer de maintenir la cohésion nationale. Il n'y a qu'en Syrie où le communautarisme politique est aboli. Le nationalisme arabe doit contrer les clivages religieux. La République Arabe Unie entre la Syrie et l'Egypte ne dure pas. La Syrie, avec cette arabisation forcenée, malmène les Kurdes et les Turkmènes, particulièrement après le coup d'Etat baathiste de 1963. Les Bédouins sont également les victimes de ces constructions nationales. La réorganisation du réseau de transports confirment la centralisation autour de la capitale et le quadrillage du territoire, surtout en Syrie et en Jordanie. Ce réseau sert à contrôler les marges steppiques et frontalières. Seule la Syrie poursuit le développement du chemin de fer. Les liaisons internationales terrestres sont délaissées, sauf entre la capitale et les pays voisins. Le maillage administratif participe au contrôle du territoire, en réduisant le poids des métropoles régionales. C'est en Jordanie où il est le plus développé. La Syrie a favorisé les petites mailles. Les muhafaza (provinces) sont les entités les plus importantes. En Syrie, après une période d'instabilité politique, le coup d'Etat de 1963 puis la prise du pouvoir par Assad entraînent une politique volontariste, et la région côtière, fief du clan au pouvoir, est favorisée selon des logiques clientélistes. Le pays connaît une crise économique dès les années 1980 mais les acquis sociaux favorisent encore l'unité nationale. Bachar el-Assad, à partir de 2000, accélère la libéralisation enclenchée par son père mais cesse de développer les régions périphériques. Damas s'affirme comme la ville dominante et l'activité se concentre dans les villes, comme le montrent les migrations intérieures. Le Liban lui n'a jamais adopté de politique d'aménagement du territoire. La politique du président Chebah, après 1958, se heurte à des résistances. Les 15 années de guerre civile (1975-1990) ravagent le pays. Les nouvelles élites orientent la reconstruction en fonction de leurs intérêts, le clan Hariri, par exemple, se concentrant sur celle de Beyrouth. La population jordanienne est la plus homogène mais la crise identitaire vient du fait qu'elle est originaire pour bonne part de l'exil palestinien. Le roi s'est donc appuyé sur les tribus bédouines et une garde tcherkesse. La construction nationale est heurtée par l'alliance avec les Etats-Unis et Israël face au sentiment pro-palestinien et parfois islamiste de la population.

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Densément peuplé, le Proche-Orient connaît néanmoins de fortes disparités. Les Libanais se concentrent sur le littoral, les Jordaniens à 90% sur 10 000 km² au nord-ouest du pays ; il n'y a qu'en Syrie où la population est plus dispersée. La population est urbanisée à plus de 80% en Jordanie et au Liban. En Syrie, le processus est moins avancé. Mais le clivage villes-campagnes a largement disparu. La croissance démographique est galopante depuis la seconde moitié du XXème siècle. La Syrie passe de 3,25 millions d'habitants en 1950 à 17,8 millions au recensement de 2004. La fécondité et l'immigration expliquent l'explosion. La Syrie et la Jordanie sont en transition démographique, le Liban l'ayant achevé. Les vagues de réfugiés, en particulier palestiniens, ont été nombreuses (10% de la population au Liban, 5% en Syrie, pour les Palestiniens). L'analphabétisme a fortement régressé et les femmes rattrapent les hommes. En Syrie, l'enseignement public a un quasi monopole, contrairement à la Jordanie ou au Liban. L'enseignement supérieur est devenu un marché concurrentiel. La population fait souvent de gros sacrifices pour favoriser l'éducation des enfants. Les femmes prennent une place croissante dans la vie économique. Elles poursuivent davantage leurs études que les hommes. Sur le plan légal, en revanche, elles n'ont pas l'égalité, et la place des femmes en politique est très réduite. Les réfugiés sont nombreux : un million de Palestiniens entre 1948 et 1967, deux millions d'Irakiens depuis 2003. Les Arméniens se sont relativement bien intégrés ; les Palestiniens, en revanche posent problème. Au Liban, on hésite à leur donner la nationalité en raison des tensions communautaires ; en Syrie, les camps sont devenus des quartiers comme les autres. Les Irakiens ont choisi majoritairement la Syrie (1,2 millions). Il faut aussi souligner les échanges importants de population entre la Syrie et le Liban. Le régime syrien a toujours encouragé la natalité, ce qui renforce aussi le poids des minorités face aux sunnites. Au Liban, les tensions communautaires expliquent l'absence de recensement, même si la perspective d'un Liban à majorité chiite s'éloigne. La Jordanie ne connaît pas de problèmes communautaires mais plutôt d'identité nationale. L'endogamie communautaire, en revanche, est très forte en Syrie.

L'économie du Proche-Orient reste fragile. La culture d'entreprise repose sur la famille et sur une méfiance assez vive envers l'Etat. Les services jouent un rôle important : au Liban, tourisme et banque prédominent. En Syrie, l'économie dirigée laisse la place à une économie sociale de marché tandis que la Jordanie se spécialise dans l'informatique et les nouvelles technologies de l'information et de la communication. Depuis 2001, la hausse du prix des hydrocarbures a profité à l'économie de la région, surtout pour la Syrie. Les pays du Golfe investissent. L'agriculture, en revanche, n'est plus capable de nourrir la population : les Etats procèdent à des importations massives de produits alimentaires. Cependant la Syrie exporte de l'huile d'olive, la Jordanie des produits maraîchers, le Liban ayant développé, lui, une industrie agro-alimentaire. La Syrie a créé une industrie lourde publique ; au Liban, la guerre civile a fragilisé l'industrie, laminée ensuite par la libéralisation économique. En Jordanie, les zones franches industrielles attirent les investisseurs. Les trois pays ne sont pas des destinations touristiques, et les touristes voyagent plus de manière individuelle que collective. Le littoral, les montagnes et quelques sites archéologiques concentrent le gros des visiteurs. La Syrie est la seule à disposer d'hydrocarbures, mais la consommation n'encourage guère à l'économie. La Jordanie a converti ses centrales thermiques au gaz en 2003. L'électrification est achevée en Jordanie, problématique en Syrie et au Liban. Sous la période mandataire, le pétrole irakien est évacué par le littoral. Après 1948, et la fermeture de Haïfa, et la prise du Golan en 1967, la Syrie devient, surtout après le début de la guerre civile libanaise en 1975, le seul débouché. Aujourd'hui, les conduites contournent le Proche-Orient par la Turquie et l'Egypte. La façade maritime a perdu de son attractrivité, malgré les efforts syriens à Lattaquié et Tartous, en raison notamment du conflit israëlo-arabe.

Depuis les années 1970, la région dépend fortement des pétromonarchies du Golfe, par des aides financières pour la Jordanie et la Syrie, plus par des remises d'émigrés pour le Liban. Ce n'est qu'à partir de 1997 que les investissements se multiplient au Liban et en Jordanie, puis à partir de 2000 en Syrie. La Chine s'installe également dans la région. La Jordanie est la plus attractive, le Liban étant aussi un paradis fiscal. Le réseau urbain est dominé par quatre métropoles : Damas, Alep, Amman et Beyrouth. La capitale de la Syrie demeure la principale métropole du Proche-Orient, avec une agglomération de plus de 5 millions d'habitants. L'urbanisation s'accélère depuis les années 1980. Amman, née à la fin du XIXème siècle, ressemble plus à une ville du Golfe que du Proche-Orient. Beyrouth, port moderne depuis le XIXème siècle, est déchirée par la guerre civile, dont les séquelles marquent toujours le paysage. Le nouveau centre semble réservé aux touristes alors que les quartiers rivaux selon les confessions ou les camps s'opposent. Alep, deuxième ville de l'Empire ottoman, s'est d'abord effacée devant Damas, avant de connaître un regain à partir des années 1990, même si elle est excentrée, l'autoroute Alep-Lattaquié ayant pris du retard pour des raisons politiques.

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De part et d'autres de la ligne verte, la densité de population est très forte chez les Israëliens comme chez les Palestiniens. La population est massivement urbaine. La Cisjordanie est dominée par le trio Ramallah-Jérusalem-Béthléem. Dans la bande de Gaza, la colonisation israëlienne avait découpé le territoire en quatre tronçons, qui sont restés : Gaza, Deir el Balah, Khan Younes et Rafah. La natalité reste élevée chez les Israëliens, encore plus chez les Palestiniens, même si elle commence à chuter depuis les années 2000. L'économie palestinienne reste assistée et contrôlée de l'extérieur. 90% des importations des territoires occupés proviennent d'Israël. La dépendance économique est aussi un moyen de pression de la communauté internationale sur les Palestiniens. Depuis 1998, le taux de scolarisation des Palestiniens dégringole, alors que plus de 70% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté. Les Palestiniens vivent une forte insécurité alimentaire et sont tributaires de l'aide de l'UNRWA. Les services constituent 75% des emplois. Le travail en Israël et dans les colonies juives est une véritable bouffée d'oxygène pour la Cisjordanie ; les femmes en revanche sont sous-employées. Le plan de partage, prévu dès 1936, a été rejeté par les Arabes en 1947, après modifications, car il avantageait généreusement les colons juifs. A l'issue de la première guerre israëlo-arabe, l'Etat hébreu a chassé 80% de la population arabe. La colonisation israëlienne commence à Gaza et en Cisjordanie après la conquête de 1967. La première est abandonnée en 2005, mais les Israëliens ont laissé faire le renforcement de la colonisation en Cisjordanie et le mur de séparation entérine un redécoupage du territoire. La colonisation juive en Cisjordanie a coupé ce territoire en deux, et les 500 000 colons présents en 2010 empêchent de détacher ce morceau d'Israël. L'Etat hébreu a également voulu implanter le maximum de colons dans Jérusalem-Est; pour rétablir l'équilibre démographique. Le conflit israëlo-arabe, rapidement intégré dans la guerre froide, a d'abord prioritairement opposé Israël à l'Egypte, jusqu'en 1973. Après les accords de Camp David, le front nord devient prioritaire : c'est la guerre au Liban. L'apaisement ne revient qu'avec la fin de l'URSS. Mais les négociations échouent pour créer un Etat palestinien et la question du Golan n'est pas réglée, une nouvelle guerre froide s'installe entre les Etats-Unis et l'Iran, qui cherche à devenir une puissance régionale, face à l'Arabie Saoudite. Le Proche-Orient est donc une zone d'affrontement indirect. Israël, suite aux conflits israëlo-arabes et aux annexions, contrôle une bonne partie des ressources en eau. Le Golan, conquis en 1967 et annexé officiellement en 1981 par Israël, reste une pomme de discorde avec la Syrie. La population a refusé la nationalité israëlienne. L'Etat hébreu considère le plateau comme indispensable à sa sécurité : il constitue une barrière naturelle contre une offensive syrienne et le bassin versant du Golan alimente le lac de Tibériade, où Israël prélève un tiers de sa consommation d'eau. En mai 2011, Bachar el-Assad, face aux premiers signes d'une révolution, a réinstrumentalisé cette "Alsace-Lorraine" syrienne en organisant des manifestations nationalistes qui n'ont pas eu l'écho escompté. Les Etats-Unis sont devenus le principal acteur géopolitique du Proche-Orient, mais c'est pour eux une zone secondaire, à sécuriser pour protéger le Moyen-Orient riche en hydrocarbures. En revanche, l'alliance avec Israël ne se dément pas, et aurait même tendance à se renforcer depuis 2001, même si l'élection de Barack Obama en 2008 marque une inflexion, pas un changement radical. Il faut neutraliser l'Iran, tenir à l'écart les Russes, briser l'axe anti-américain, d'où l'importance du conflit syrien. Le Liban, Etat-Tampon, est écartelé entre les politiques de puissance des Américains et de leurs alliés, de l'Iran et de ses alliés, et de l'UE. La Turquie, quant à elle, ambitionne également de retrouver un statut de puissance régionale.

La situation actuelle du Proche-Orient, on le voit bien, est liée à la résolution du conflit israëlo-arabe. Dominé par les puissances extérieures, le Proche-Orient est fragilisé par des constructions nationales incomplètes. La politique a primé sur l'économie : la région est donc mal intégrée à la mondialisation, ce qui explique qu'elle soit devenue une périphérie des Etats pétroliers du Golfe, dominants au Moyen-Orient. Pour Fabrice Balanche, des strates se combinent sur cet espace :  les constructions nationales depuis la fin de l'Empire ottoman ; la libéralisation économique contemporaine ; la combinaison de la géopolitique et d'un communautarisme réactivé. Une fragmentation territoriale est à l'oeuvre.

L'ouvrage est complété par une bibliographie "occidentale" et un glossaire. L'atlas s'intéresse surtout aux transformations de l'espace régional, en se concentrant sur la période contemporaine (post-indépendance), et montre les points communs et les particularités du Proche-Orient. Très pédagogique, l'atlas comprend des textes denses et des illustrations de qualité. C'est incontestablement une réussite sur un sujet pourtant éculé. On peut regretter, peut-être, qu'il manque dans le dernier chapitre la vision de certains acteurs, comme les pétromonarchies du Golfe, qui ont un rôle important. En outre, Fabrice Balanche se concentre surtout sur les Etats et moins sur les visions correspondant aux divisions internes, confessionnelles ou autres. On ne voit pas forcément dans l'atlas les liens entre celles-ci et le grand jeu régional. La construction de certaines cartes pose problème, pour certains géographes, en raison de l'absence de données suffisantes. L'atlas n'aborde pas, également, la problématique militaire, pourtant importante, vu le sujet. Il est vrai aussi que Fabrice Balanche, en séparant volontairement Israël des Etats arabes, évite de montrer la fragmentation de la société israëlienne et les divisions au sein des seconds. Ces choix expliquent aussi ceux qui sont soumis à la critique dans l'analyse du conflit syrien.

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