mardi 7 janvier 2014

Bas les masques. Ce qui se joue derrière le combat contre l'EIIL en Syrie

Article publié simultanément sur le site de l'Alliance Géostratégique.


Mise à jour 7 (17 janvier 2014) : précisions supplémentaire sur le Front Islamique.


Mise à jour 6 (14 janvier 2014) : al-Qaïda leaks partie 2 plus des précisions sur le Front Islamique et les combats en cours.

Mise à jour 5 (13 janvier 2014) : actualisation sur les combats en cours (dernier paragraphe).


Mise à jour 4 (10 janvier 2014) : rajoute sur l'historique d'EIIL à partir des al-Qaïda Leaks, les confidences d'un membre d'EIIL passé à al-Nosra sur Twitter.


Mise à jour 3 (9 janvier 2014) : quelques précisions sur l'EIIL.


Mise à jour 2 (8 janvier 2014) : compléments après la publication de plusieurs articles, notamment sur l'implication du Front Islamique.


Mise à jour 1  (7 janvier 2014) : après la publication d'un nouvel article d'A. Lund.


A partir du 3 janvier 2013, l'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL), un groupe constitué essentiellement de combattants étrangers et mené par Abou Bakr al-Baghdadi, a été chassé d'une bonne partie de son territoire du nord de la Syrie par plusieurs autres factions rebelles. Cette éruption ne doit pas surprendre : elle n'est que la conclusion assez logique de près de six mois de tiraillements et de tensions entre une formation considérée comme étrangère au contexte syrien par bon nombre de groupes rebelles, même si certaines factions avaient toujours voulu maintenir le contact avec l'EIIL. Plus largement, l'affrontement nous en dit beaucoup plus sur l'état de la recomposition de l'insurrection syrienne et sur ses dimensions régionales et internationales, via les soutiens extérieurs.

 


L'EIIL : au-delà d'al-Qaïda ?


L'Etat Islamique en Irak avait été formé en octobre 2006 et la branche d'al-Qaïda en Mésopotamie était partie intégrante, et dominante, de cette organisation. Le successeur d'al-Zarqawi en Irak, Abou Hamza al-Muhajir, avait prêté allégeance à Abou Omar al-Baghdadi, alors émir de l'EII. En 2007, Zawahiri avait fait de l'EII la branche officielle d'al-Qaïda en Irak, reconnaissant la place dominante prise cette fois-ci par l'organisation1. Mise à mal par la stratégie de contre-insurrection américaine et par le « Réveil » sunnite, l'EII s'est réveillée depuis le retrait américain en 2011 et a relancé une vague d'attentats sectaires contre les chiites : l'Irak connaissait à la mi-2013 plus de 800 décès violents par mois. L'organisation a un financement considérable, via la taxation des sunnites, la contrebande, l'extorsion et autres trafics. Rien qu'à Mossoul, une de ces places fortes, l'EIIL tirerait 8 millions de dollars par mois des diverses extorsions2.

Le 9 avril 2013, Abou Bakr al-Baghdadi, nouvel émir d'EII depuis la mort d'Abou Omar al-Baghdadi en avril 2010, annonce par un enregistrement vocal que le front al-Nosra n'est qu'une couverture pour les activités de l'EII en Syrie. Baghdadi annonce également que désormais les deux groupes djihadistes vont fusionner sous l'appellation d'Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL). Le chef du front al-Nosra, Abou Mohammad al-Golani, n'est pas favorable à une telle fusion, de peur de perdre sa place au sein de l'organisation. Il admet cependant avoir combattu en Irak sous les ordres de Baghdadi, et que le front al-Nosra a bien reçu des armes, des combattants et des fonds de l'EII. Al-Golani renouvelle son allégeance à Zawahiri, de façon à placer celui-ci en position d'arbitre, d'autant qu'il y a des désaccords de fond entre l'EII et al-Qaïda « central » -par exemple sur le sort à réserver aux populations chiites du monde musulman. Zawahiri prend le parti de Golani et intime à Baghdadi de demeurer uniquement en Irak, ce que celui-ci refuse de faire.

La plupart des combattants d'al-Nosra rejoignent alors l'EIIL, et particulièrement les volontaires étrangers, en particulier ceux qui viennent de Libye, de Tunisie et des pays du Golfe. Début mai 2013, le gros de l'armée Muhajirin wa Ansar, un groupe majoritairement composé de Tchétchènes et de Nord-Caucasiens, rallie l'EIIL. Son chef, Omar al-Shishani, est nommé émir pour le nord de la Syrie sur les provinces de Lattaquié, Alep et Idlib. C'est le soutien de Shishani qui permet aux insurgés de s'emparer de la base aérienne de Minnagh en août 2013 ; le groupe est également présent à la chute de la base de la 66ème brigade dans la province de Hama en septembre. C'est également Muhajirin wa Ansar qui mène une action conjointe de l'EIIL, d'al-Nosra et du groupe salafiste syrien Ahrar al-Sham contre les milices kurdes de l'YPG.

Mais l'EIIL ne bénéficie pas seulement de l'apport de combattants étrangers. Des tribus ont rallié sa cause, en particulier dans le nord de la province d'Alep et dans celle de Raqqa. Certaines tribus ont préféré se tourner directement vers les djihadistes au vu de la déliquescence de l'Etat, sans passer par la case Armée syrienne libre ou même par celle des islamistes modérés. La tribu Afadila, qui a longtemps soutenu le régime syrien, a ainsi pris fait et cause pour l'EIIL alors qu'elle n'est pas connu pour ses sentiments religieux exacerbés. A Raqqa, l'EIIL cherche à expérimenter la construction d'un véritable Etat dans l'Etat. Son financement abondant lui permet d'assurer le transport, les services publics et sociaux ainsi que la production et la distribution de pain. L'EIIL remplace en fait l'ancien Etat dans le nord-est syrien. Le groupe se démarque ainsi d'al-Qaïda qui n'a jamais tenté de bâtir véritablement un Etat authentique ; par ailleurs l'adversaire est plus pour l'EIIL l'Iran et ses alliés chiites que les Etats-Unis, qui sont en retrait depuis le départ des troupes américaines en Irak de 2011. Structurellement, stratégiquement et politiquement, l'EIIL est donc très différent d'al-Nosra, mieux vu par l'opposition syrienne et les islamistes, alors que ce groupe reste la branche officielle d'al-Qaïda en Syrie. Au 1er janvier 2014, le groupe était dominant ou contrôlait pas moins de 35 localités, tout en étant présent dans pas moins de 10 des 14 provinces syriennes, alors qu'en parallèle, il renforçait son emprise dans la province d'Anbar en Irak et revendiquait un attentat à Beyrouth commis le 2 janvier3.

Depuis le 10 décembre, un compte Twitter, @wikibaghdadi, donne de plus en plus d'informations sur l'EIIL -il s'agit probablement d'un responsable de l'organisation qui a fait défection vers al-Nosra. Il est difficile de recouper les informations mais elles en disent long sur le fonctionnement interne du groupe depuis 20104. Baghdadi, le chef de l'organisation, un Irakien, veillerait à ce que le conseil de direction de l'organisation ne soit dirigé que par des personnes de même nationalité. En outre celui-ci comprendrait trois anciens officiers de l'armée de Saddam Hussein. Ceux-ci sont commandés par Hajji Bakr, un colonel irakien qui a rejoint l'EII sous le prédécesseur de Baghdadi. Bakr aurait d'ailleurs joué un rôle important dans l'accession de Baghdadi à la tête de l'organisation en 2010. C'est Bakr et Baghdadi qui ont formé la shoura de l'EII, puis constitué une équipe de sécurité pour mener des assassinats ciblés contre les dissidents, les opposants, les chefs locaux ou les chiites. Ils diversifient aussi les ressources par la confiscation des bien, l'extorsion, le prélèvement sur les ressources pétrolières, etc.

Baghdadi n'aurait pas été favorable, au départ, à l'extension du mouvement en Syrie après le déclenchement de la guerre civile, de peur de perdre les officiers irakiens, en particulier, dont certains menaçaient de partir. Bakr aurait proposé d'envoyer un bataillon composé de non-Irakiens et commandé par un Syrien. C'est la naissance du front al-Nosra, sous la direction de Golani, qui attire bientôt quantité de combattants étrangers. La situation s'envenime quand Baghdadi et Bakr demandent à Golani de déclarer officiellement la parenté entre les deux organisations, ce que ce dernier se garde bien de faire. Baghdadi craint d'avoir à faire un compétiteur et demande à Golani, lors d'une rencontre en Turquie, d'attaquer le QG de l'Armée Syrienne Libre. La shoura d'al-Nosra refuse d'obéir à cet ordre, et Baghdadi pose un ultimatum à Golani : l'obéissance ou la dissolution. N'obtenant pas de réponse, il envoie des Irakiens pour proposer aux chefs du front al-Nosra un Etat Islamique en Irak et en Syrie, sous un commandement centralisé, auquel les combattants étrangers prêtent une oreille attentive. Mais finalement, la déclaration officielle de Baghdadi annonçant la fusion des deux groupes échoue : un parti suit Baghdadi, un autre reste fidèle à Golani, et un autre reste neutre. C'est alors qu'apparaît un officier saoudien, Bandar as-Shaalan, qui fait le lien entre Baghdadi et les officiers d'al-Nosra qui le rejoignent. Baghdadi veut envoyer ses hommes pour mettre la main sur les armes et les munitions d'al-Nosra et tuer Golani et ses fidèles par des attentats à l'explosif, ce qui aurait poussé ce dernier à faire appel à Zawahiri. On connaît la suite. Baghdadi reçoit alors le soutien de donateurs saoudiens ; Zawahiri, qui a fait intervenir en médiation le chef d'al-Qaïda au Yémen puis un Koweïtien, jette l'éponge devant l'intransigeance de Bakr et de Baghdadi et appuie finalement Golani.

Les premiers tiraillement surviennent au niveau du commandement. Les Tchétchènes djihadistes, Omar ash-Shishani et Salah-ah-Din ash-Shishani, les Saoudiens Abbou Azam al-Nadji et Abdoul-Wahhab al-Saqoub veulent quitter l'EIIL. Mais Omar ash-Shishani, en particulier, doit affronter l'opposition de ses officiers. Celui-ci précise à Bakr que s'il prête serment d'allégeance à l'EIIL, la moitié de ses 1 650 hommes feront défection. C'est bien ce qui arrive et Salah ah-Din ash-Shisani emmène avec lui 800 combattants. Des douzaines d'autres l'auraient rejoint plus tard. Comme il est ensuite question de la formation d'un nouveau Front Islamique, Bakr tente d'implanter des espions dans les autres groupes rebelles qu'il juge les plus menaçants pour l'EIIL. Il réussit à introduire un chef de groupe armée lié à Ahrar al-Sham. Cet espion prévient Bakr qu'Ahrar al-Sham va probablement s'allier avec Liwa al-Tawhid, Liwa al-Islam et Suqour al-Sham. C'est alors que surgit l'idée de créer un véritable Etat dans l'Etat, un califat islamique. L'idée serait celle Amr al-Absi, le gouverneur d'Alep de l'EIIL, dont le frère avait été tué en brandissant une bannière d'al-Qaïda à la frontière turque par les brigades Farouk et Ahrar al-Sham. Amr al-Absi prend la suite de son frère et fait rapidement passer les effectifs de 180 à 540 combattants. Avec la formation du Front Islamique, Amr al-Absi craint surtout la montée en puissance de Liwa al-Tawhid, le groupe le plus puissant à Alep, qui compte peut-être 20 000 combattants, 4 fois plus que l'EIIL. Le chef de la brigade, Abdul Qader Saleh, est une figure populaire dans l'insurrection. Le gouverneur d'Alep pour l'EIIL aurait organisé son élimination5.

Des rumeurs font état de la mort de Bakr à Tel Rafat, dans la province d'Alep, au début des combats en cours contre l'EIIL, issues du Front Islamique, mais rien ne permet de le confirmer, d'autant qu'on ne sait toujours pas si ce personnage existe bel et bien6.


L'aboutissement de six mois de tensions


L'affrontement fait suite à des manifestations dans les localités contrôlées ou non par l'EIIL suite à la mort d'Abou Rayyan, un chef du groupe armé Ahrar al Sham capturé, torturé et exécuté par l'EIIL. Abou Rayyan était responsable du point frontalier de Bab el-Hawa, qu'Ahrar al-Sham avait investi au nom du Front Islamique en décembre 2013, sur requête de l'Armée syrienne libre, afin de contrer, probablement, une mainmise de l'EIIL7. L'EIIL cherchait en effet, par grignotage, à couper la ligne de ravitiallement des rebelles à Alep via la Turquie. Mais l'incident ne vient que conclure une série de provocations et d'abus commis par l'EIIL à l'égard des autres groupes armés. L'EIIL a commencé à empiéter sur le terrain des autres factions rebelles dans le nord-syrien dès l'été 2013 après sa rupture avec al-Nosra. En septembre, l'EIIL prend le contrôle du poste frontalier d'Azaz, à la frontière turque, et multiplie les accrochages avec les autres groupes de la rébellion. L'EIIL n'est pas à l'origine de tous les incidents mais refuse toute explication, tout compromis ou arbitrage, et cette posture intransigeante finit par lui aliéner jusqu'aux groupes salafistes qui avaient essayé de garder le contact, comme Ahrar al-Sham8.

Fin novembre 2013, Ahrar al-Sham fait partie de la nouvelle coalition du Front Islamique, qui regroupe 7 des groupes armés les plus importants, dont la brigade al-Tawhid, très présente à Alep, et Jaysh al-Islam, un groupe très hostile à l'EIIL qui est très actif à Damas. C'est alors que Baghdadi commence à parler d'un complot contre l'EIIL fomenté par l'Arabie Saoudite sur le modèle du Réveil sunnite en Irak. Les escarmouches se multiplient entre l'EIIL et le Front Islamique et jusqu'avec al-Nosra. Le combat devient véritablement sanglant avec Ahrar al-Sham dans la ville de Maskana, à l'est d'Alep, en dépit du ton mesuré du représentant politique d'Ahrar al-Sham, Hassan Aboud, qui a cependant du mal à garder son sang-froid après l'enlèvement puis l'exécution d'Abou Rayyan.

Il faut noter que depuis septembre 2013, plusieurs coalitions ont vu le jour au sein de l'insurrection syrienne qui ont toutes un point commun, celui d'exclure les djihadistes. Ces coalitions n'ont pas seulement été montées contre l'EIIL : elles ont aussi souvent rejeté l'autorité de la Coalition Nationale Syrienne qui oeuvre à l'extérieur et elles suivent parfois, également, une logique purement militaire. Mais l'on sent derrière ces mouvements l'influence des soutiens financiers de ces groupes armés, l'Arabie Saoudite, le Qatar et les donateurs privés koweïtiens.


L'Arabie Saoudite avance ses pions


Dès le mois d'octobre 2013, certains spécialistes avaient noté que l'émergence de nouvelles coalitions était probablement le signe d'une pression de l'Arabie Saoudite afin de créer une véritable armée pour l'opposition syrienne, afin de contrer les djihadistes9. Riyadh est en effet mécontente de l'accord sur le désarmement chimique du régime conclu entre les Russes et les Américains, et qui a écarté la possibilité de frappes sur le pays, tout en refaisant de Bachar el-Assad un partenaire pour la communauté internationale. La perspective, en outre, d'un accord américano-iranien sur le nucléaire pousse l'Arabie Saoudite à vouloir renverser au plus tôt le dictateur syrien. La décision d'armer et de financer une force de 40 à 50 000 combattants rebelles efficaces a probablement été prise devant l'inanité des efforts d'encadrement des rebelles, dont certains défecteurs, en Jordanie, avec le soutien de certains services de renseignement occidentaux. C'est pourquoi l'Arabie Saoudite s'est tournée vers les groupes déjà existants, le problème étant que les donateurs privés financent également des groupes armés, à leur libre choix, et pas forcément les mêmes que les gouvernements. Jaysh al-Islam, formée le 29 septembre 2013 et dirigé par Zahran Alloush, qui regroupe 43 brigades ou bataillons implantés dans la région de Damas essentiellement, naît probablement de ces choix saoudiens, ce qui a entraîné des dissensions avec les autres groupes locaux, ou non, qui se sont parfois retirés des opérations en cours, faute d'avoir été prévenus.

Ces derniers mois, en plus de l'Armée de l'Islam, on a assisté à la création d'Amjad al-Sham, le 4 octobre (dans la région de Damas), à celle du Greater Damascus Operations Room, le 6 novembre, à la naissance du Front Islamique, la coalition plus importante, au niveau national, le 22 novembre, à l'Union Islamique d'Ajnad al-Sham à Damas, le 2 décembre, au Front des Révolutionnaires Syriens le 9 décembre (dans les provinces d'Idlib et d'Hama surtout) et enfin à l'Armée des Moudjahidin, le 3 janvier 2014 (provinces d'Alep et d'Idlib). Toutes ces nouvelles coalitions ont en commun d'avoir exclu les djihadistes d'al-Nosra ou de l'EIIL, de les marginaliser, d'une certaine façon, tout en donnant plus de poids aux autres chefs islamistes, préparant ainsi l'affrontement qui s'est déclenché le 3 janvier dernier.

L'Arabie Saoudite n'est pas la seule à pousser le Front Islamique face aux djihadistes. Les Etats-Unis ont tenté de prendre contact avec le mouvement en décembre 2013, ce dernier rejetant la proposition, sans fournir d'explication10. Le problème est aussi que le Front Islamique, sur le terrain, a maintenu d'excellentes relations avec al-Nosra, qui reste la branche officielle d'al-Qaïda en Syrie. En outre, certaines composantes du Front Islamique, en particulier Jaysh al-Islam de Zahran Alloush, se sont distinguées par des déclarations sans équivoque à l'égard du traitement à réserver aux minorités. Pourtant, le Front Islamique et ses différents groupes armés sont composés essentiellement de Syriens, avec un agenda local et national, tandis que l'EIIL, qui comporte une majorité de combattants étrangers, défend un djihad sunnite transfrontalier. La collaboration avec al-Nosra, probablement davantage composé de Syriens là aussi, est plus facile, mais pas systématique : dans le nord de la province de Raqqa, al-Nosra et Ahrar al-Sham n'ont pas pu s'entendre pour contrer l'EIIL, alors que Jaysh al-Islam travaille régulièrement avec al-Nosra à Damas.


Qui combat l'EIIL ?


Le combat contre l'EIIL, depuis le 3 janvier, est mené principalement, mais pas exclusivement, par deux formations, le Front des Révolutionnaires Syriens et l'Armée des Moudjahidin11. Le premier groupe est né le 9 décembre 2013 par le regroupement de 14 formations souvent locales, avec d'anciens groupes puissants qui se sont délités depuis l'été, comme les bataillons Farouq12. La brigade des Martyrs de Syrie13, qui bénéficiait du soutien saoudien, a longtemps été une des plus puissantes dans la province d'Idlib. Ahrar al-Shamal était aussi un autre groupe important dans la même province. Avec la brigade Ahrar al-Zawia, ces brigades se posaient en rivales directes de Suqour al-Sham, un groupe puissant qui a rejoint le Front Islamique. La nouvelle coalition, qui se concentre donc dans la province d'Idlib, semble donc au départ se former en réaction à l'émergence du Front Islamique, qui a également pris le contrôle, sur demande de l'Armée Syrienne Libre, des dépôts d'armes de Bab el-Hawa. Mais derrière cette coalition, il y a aussi la volonté de réorganiser les islamistes modérés ou non alignés, qui ont toujours constitué le noyau de l'Armée Syrienne Libre. Le Front des Révolutionnaires Syriens a été reconnu par la Coalition Nationale Syrienne et par le Commandement Militaire Suprême du général Idriss. C'est donc en quelque sorte un contrepoids à la montée des salafistes du Front Islamique. Le Front des Révolutionnaires Syriens, mené par Jamal Maarouf, le chef de la brigade des Martyrs de Syrie qui est basé dans le Jabal al-Zawiya de la province d'Idlib, a repris des secteurs à l'EIIL dont certains proches du point frontalier de Bab el-Hawa. Maarouf, qui a été un temps largement soutenu par l'Arabie Saoudite, reste proche des pays du Golfe, et reconnaît la Coalition Nationale Syrienne et le Commandement Militaire Suprême d'Idriss, sa structure militaire. Il a également combattu le Front Islamique en décembre 2013 même si les deux groupes sont arrivés à un cessez-le-feu14.

Quant à l'Armée des Moudjahidin, qui a surgi le 3 janvier dernier, elle n'est pas non plus le fruit du hasard15. Selon certaines sources, elle participe de la même volonté de créer une force en contrepoint du Front Islamique mais qui n'avait pu s'exprimer faute de soutien financier extérieur et de « patron » capable de susciter l'unité. La lutte contre l'EIIL lui en donne l'occasion. Parmi les groupes qui en font partie, la 19ème division de l'Armée syrienne libre ou les brigades islamiques Nur ad-Din al-Zanki, ces dernières étant incontestablement l'élément le plus puissant. Parmi les groupes concernés, il y a certaines factions islamistes qui n'ont finalement pas rejoint le Front Islamique en novembre 2013 ;: certaines sont proches des groupes salafistes anti-djihadistes, d'autres plutôt des Frères Musulmans16. La nouvelle coalition a une influence à l'ouest d'Alep, sur la route vers Damas, et au sud-ouest de la ville. Elle se reposerait sur un financement local. L'EIIL, qui disposait de bureaux ou de centres de prêche, s'est rallié, parfois par la contrainte, des formations armées locales de l'ASL, laissant des garnisons de quelques douzaines d'hommes dans les localités conquises, parfois jusqu'à 200 comme dans la région de Dana de la province d'Idlib. Elle s'attaque ensuite aux villes d'Atareb et Orme, à l'ouest d'Alep, suivant sa tactique habituelle qui consiste à isoler les groupes adverses pour mieux les absorber. L'Armée des Moudjahidin est née en réaction à cette menace, capitalisant sur le mécontentement de la population qui a parfois accueilli à bras ouverts les djihadistes devant le comportement peu scrupuleux d'autres insurgés. Selon certaines sources, 5 000 personnes se seraient portées volontaires pour combattre l'EIIL, qui ne peut faire face avec ses petites garnisons isolées. La brigade al-Tawhid, qui fait partie du Front Islamique, aurait rapidement soutenu l'Armée de Moudjahidin : certains y voient le signe qu'en réalité, cette dernière coalition aurait été « préparée » par le Front Islamique, dès le mois de décembre, comme intermédiaire pour combattre l'EIIL -en l'état, difficile d'en savoir plus, il faudra attendre pour saisir véritablement l'essence de cette coalition. Fabrice Balanche voit dans ce groupe une coalition clairement salafiste17. En outre, le mouvement aurait encouragé d'autres bataillons assiégés par l'EIIL, comme à Andan, au nord d'Alep, à attaquer les djihadistes. Les combats se sont ensuite étendus aux faubourgs est d'Alep puis au nord de la ville, jusqu'à Azaz, ainsi que dans la partie rurale de la province d'Idlib frontalière de celle d'Alep. L'EIIL a été obligée de retirer des troupes du sud-est d'Alep et de Raqqa pour dépêcher des renforts.

Certaines sources notent également l'absence des combattants tchétchènes de l'EIIL, particulièrement redoutés des autres insurgés syriens. Omar ash-Shishani et son groupe auraient gagné il y a deux semaines la province de Deir es-Zor : certains y voient le signe qu'il était en désaccord avec la politique de l'EIIL dans la province d'Alep. Mais on dit aussi qu'il a pu vouloir prendre le contrôle de certaines des ressources pétrolières de la province orientale syrienne. Ce week-end, des rumeurs ont fait état du retour de Shishani, avec 7 ou 800 combattants, vers Alep, avec même une majorité de candidats au suicide (!). Ces interrogations sur l'EIIL montrent aussi que le groupe est probablement loin d'être la formidable menace, dominant la rébellion syrienne et prête à instaurer un califat régional, que certains médias occidentaux ont monté depuis l'été dernier18. L'EIIL aurait remis le contrôle de la ville de Dana, à Idlib, au front al-Nosra, suite à un accord ; la branche officielle d'al-Qaïda a d'ailleurs renouvelé son offre, le 5 janvier, de fusionner les deux organisations sous une seule bannière. En tout, ce serait une trentaine de places ou de positions stratégiques que l'EIIL aurait perdu en quelques jours, répliquant par des attaques à la voiture piégée contre les formations rebelles adverses.

La brigade al-Tawhid mène également le combat dans la province d'Alep et Ahrar al-Sham dans celle de Raqqa, pour le Front Islamique. Les combats à Raqqa, qui ont réellement commencé le 6 janvier, impliquent également des groupes se revendiquant du front al-Nosra19. Plus de 100 combattants de l'EIIL aurait déjà été tués et une centaine d'autres capturés, le groupe exécutant en représailles des prisonniers avant de se retirer de certaines places. L'EIIL a été chassé d'une bonne partie de la ville de Raqqa, la seule capitale provinciale libérée par les reblles que le groupe avait pris sous sa coupe. En outre, l'offensive dans cette dernière localité montre un rare degré de coordination entre les composantes du Front Islamique, notamment Liwa al-Tawhid et Ahrar al-Sham. Ahrar al-Sham a joué un rôle important pour chasser l'EIIL de Raqqa, avec al-Nosra (en réalité d'anciens groupes liés à l'Armée syrienne libre qui ont prêté allégeance à al-Nosra), alors même que al-Tawhid a été plus visible médiatiquement dans le combat contre l'EILL. Et parallèlement, Ahrar al-Sham a continué son offensive contre les Kurdes de l'YPG dans la province d'Hasaka... aux côtés du front al-Nosra et de l'EIIL (!). Cela montre qu'en réalité, il faut envisager le conflit syrien et l'insurrection à une échelle très locale. De la même façon, dans le nord, l'EIIL avait quelques bastions mais dans la plupart des territoires contrôlés, elle n'était qu'une faction dominante parmi d'autres, ce qui le rendait très vulnérable à des contre-attaques coordonnées par d'autres factions rebelles -bien loin de l'Etat califal surpuissant qu'en ont fait certains médias20. Il faut noter par ailleurs que le Front Islamique, coalition de groupes puissants pris les uns à côté des autres, ne souhaite pas forcément détruire l'EIIL mais plutôt l'amener à changer d'attitude, même si la posture varie selon les factions. Jaysh al-Islam de Zahran Alloush, basée surtout à Damas et donc moins impliquée par les combats en cours, a la posture la plus hostile à l'EIIL. Liwa al-Tawhid, puissante à Alep, s'est retrouvée impliquée dans les combats après que l'EIIL ait attaqué ses combattants dans et autour de la ville. Ahrar al-Sham, enfin, on l'a vu, participe aux combats à Raqqa. Officiellement cependant, le Front Islamique rejette toute implication dans les combats et Hassan Aboud, le porte-parole d'Ahrar al-Sham, a même offert aux combattants étrangers l'accueil dans les zones contrôlées pour le mouvement. Mais le Front Islamique a tout à gagner aux combats en cours et à un recul d'influence de l'EIIL : cependant, pour réellement porter des coups sérieux à ce dernier, il faudra un engagement beaucoup plus conséquent, car l'Armée des Moudjahidin et le Front des Révolutionnaires Syriens ont des moyens limités, alors que l'EIIL conserve des positions dans le nord-est syrien et en Irak. Reste aussi la question de l'attitude du régime syrien21.

Au dixième jour de combat, le 13 janvier 2014, l'EIIL, chassé de la plupart de de ses bastions dans les provinces d'Alep et d'Idlib, se maintient pourtant dans la province de Raqqa : après avoir repris la ville de Tel Abyad, au nord de Raqqa, le groupe aurait exécuté plusieurs dizaines de prisonniers, qui appartiendraient à la fois à Ahrar al-Sham et à al-Nosra. Il y aurait parmi eux Abou Saad al-Hadram, le commandant local d'al-Nosra, que l'EIIL avait capturé plusieurs mois plus tôt. La reprise de l'EIIL à Raqqa serait due peut-être à l'intervention du groupe d'Omar al-Shishani et de ses Tchétchènes22. Au 13 janvier, l'EIIL contrôle quasiment tout la ville de Raqqa et ses environs. Il a repris les villages de Hreïtan et de Basraton, où il aurait exécuté un des chefs des brigades Nur ad-Din al Zanki, la principale composante de la nouvelle Armée des Moudjahidin surgie le 3 janvier dans la province d'Alep23. Les combats auraient fait au moins 700 tués depuis une dizaine de jours, dont beaucoup en raison des 16 attaques kamikazes ou attentats commis par l'EIIL depuis le début des hostilités. Le groupe marocain Harakat Ahrar as-Sham combattrait également l'EIIL. Quant à al-Nosra, si le groupe a condamné les choix de l'EIIL avant le début des combats, son attitude semble varier en fonction des composantes locales du mouvement, entre hostilité et implication dans les combats (Raqqa) ou au contraire soutien tacite ou passif envers les membres de l'EIIL (Alep)24. Le 13 janvier cependant, le front al-Nosra annonce avoir reçu le ralliement de 6 groupes, plutôt réduits, et pour la plupart situés dans la Ghouta, près de Damas, ce qui renforce son influence dans le secteur (en tout de 750 à 1 000 combattants supplémentaires pour Charles Lister). En outre, le groupe Suqur al-Izz, composé pour l'essentiel de volontaires étrangers et piloté par des Saoudiens, qui opère depuis 2013 dans la province de Lattaquié, s'est également rallié au front al-Nosra25. Des informations confirment que le groupe d'Omar ash-Shishani est intervenu dans les combats à Al Bab, au nord-est d'Alep. Les autres factions rebelles ont attendu que ce groupe se déplace vers la province de Deir es-Zor pour attaquer, s'emparant de plusieurs checkpoints de l'EIIL et tuant ou capturant un certain nombre de combattants. Le groupe est revenu sur ses pas et a combattu en route, notamment, Ahrar al-Sham. Le groupe aurait combattu à Al Bab et dans sa région la brigade al-Tawhid et des groupes affiliés à Jaysh al-Islam, en menant également des attaques kamikazes. Il reconnaît 50 morts et 100 prisonniers mais revendique la mort de 150 adversaires et la capture de 150 autres26. Une interview de Salahuddin Sishani, qui dirige désormais Jaish al-Muhajireen wal Ansar depuis qu'Omar Shishani a prêté allégeance à l'EIIL en novembre 2013 avec une partie de l'effectif, nous apprend que le groupe est resté relativement indépendant dans les combats : il a aidé des blessés de l'EIIL, mais a aussi opéré aux côtés d'al-Nosra, qui compte d'ailleurs une autre fraction du groupe parmi ses rangs, celle dirigée par Seyfullakh (ralliée en décembre 2013). Il semblerait aussi que Jaish al-Muhajireen wal Ansar soit responsable d'une partie de la sécurité d'Alep pour le compte d'al-Nosra27.

Comme le dit Fabrice Balance, dans un article que l'on peut contester sur d'autres points, l'éruption de violence survenue il y a deux jours n'a rien d'une « seconde révolution », comme l'ont baptisée les médias28. Pourtant, le Front Islamique, depuis sa formation le 22 novembre 2013, s'impose comme la formation la plus conséquente, regroupant peut-être jusqu'à 70 000 combattants en tout, avec Ahrar al-Sham, Suqour al-Sham, Liwa al-Tawhid, la brigade Haq, les bataillons Ansar al-Sham, Jaysh al-Islam et le Front Kurde Islamique29. Le nombre est impossible à vérifier mais il n'en demeure pas mois que le Front Islamique mène le combat contre le régime mais aussi celui entre factions rebelles. Dans le nord-est, aux côtés des djihadistes et de quelques unités locales, le Front Islamique s'oppose aux Kurdes de l'YPG ; début décembre, ce sont certaines de ses composantes qui s'étaient emparées des dépôts de Bab el-Hawa, probablement pour éviter la mainmise de l'EIIL. En décembre toujours, Ahrar al-Sham et Suqour al-Sham avaient combattu le Front des Révolutionnaires Syriens, avant de conclure un cessez-le-feu : aujourd'hui toutes ces formations combattent l'EIIL. Le Front Islamique est probablement soutenu par l'Arabie Saoudite mais quant au financement, on sait seulement que quelques groupes liés à Jaysh al-Islam de Zahran Alloush touchent des fonds saoudiens. Le Qatar financerait en partie Liwa al-Tawhid, qui a probablement d'autres sources de revenus, mais on évoque aussi la Turquie derrière le Front Islamique. En réalité, les apports de fonds sont multiples, et il ne faut pas négliger les donations privées, en particulier celles de riches salafistes koweïtiens. Sur le plan idéologique, il ne faut pas oublier que la coalition du Front Islamique a moins de deux mois d'existence, et que le Front Islamique est plus une ombrelle qu'une véritable organisation30. Cependant, Ahrar al-Sham, groupe salafiste à la ligne assez dure, occupe une bonne partie du discours idéologique. Suqour al-Sham, la brigade al-Tawhid, la brigade Haq de Homs et Jaysh al-Islam sont depuis le départ des formations islamistes, avec un discours religieux, mais pas forcément aussi durs qu'Ahrar al-Sham. Il y a deux ans, le leader de Suqour al-Sham, Ahmed Issa al-Sheikh, était partisans d'un Etat civil garantissant des droits aux minorités et aux personnes laïques. Sous l'influence d'Ahrar al-Sham, le Front Islamique rejette désormais les concepts d'Etat civil et de démocratie. Il faut dire qu'Ahrar al-Sham représente l'exemple d'une unification progressive de l'insurrection : le groupe était à l'origine du Front Islamique Syrien créé en décembre 2012, dissous avec la création du Front Ismamique en novembre 2013. Des 10 groupes qui avaient rejoint le Front Islamique Syrien, 7 ont fusionné dans Ahrar al-Sham et deux autres restés indépendants, la brigade Haq et les bataillons Ansar al-Sham, ont rejoint le Front Islamique avec Ahrar al-Sham. Cependant, dans le Front Islamique, il y a plusieurs groupes de poids comparable et aucun qui puisse absorber les autres comme l'avait fait Ahrar al-Sham, d'autant que certains ont leurs propres sources de revenus (Jaysh al-Islam par exemple).


Bibliographie :


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Michael Weiss, «  Has sahwa hit the fan in Syria ? », Now., 8 janvier 2014.
1 Romain Caillet, « The Islamic State: Leaving al-Qaeda Behind », Syria in Crisis/Carnegie Endowment for International Peace, 27 décembre 2013.
2 Jonathan Masters et Zachary Laub, « Al-Qaeda in Iraq (a.k.a. Islamic State in Iraq and Greater Syria) », Backgrounder, Council of Foreign Relations, 29 octobre 2013.
3Charles Lister, « Syria's New Rebel Front », Foreign Policy, 8 janvier 2014.
4Radwan Mortada, « Al-Qaeda Leaks: Baghdadi and Golani Fight Over the Levant Emirate », Al Akhbar English, 10 janvier 2014.
5Radwan Mortada, « Al-Qaeda Leaks II: Baghdadi Loses His Shadow », Al Akhbar English, 14 janvier 2014.
6Matthew Barber, « New ISIS Leaks Reveal Particulars of al-Qaida Strategy », Syria Comment, 12 janvier 2014.
7Joshua Landis, « The Battle between ISIS and Syria’s Rebel Militias », Syria Comment, 4 janvier 2014.
8Aron LUND, « Pushing Back Against the Islamic State of Iraq and the Levant: The Path to Conflict », Syria in Crisis/Carnegie Endowment for International Peace, 6 janvier 2014.
9Yezid Sayigh, « Unifying Syria’s Rebels: Saudi Arabia Joins the Fray », Carnegie Middle East Center, 28 octobre 2013.
10Hania Mourtada, « Dispatch The Islamist Enemy of Our Islamist Enemy. Meet what might soon be the West's unpredictable new friend in Syria -- the Islamic Front. », Foreign Policy, 31 décembre 2013.
11Joshua Landis, « The Battle between ISIS and Syria’s Rebel Militias », Syria Comment, 4 janvier 2014.
12Aron Lund, « The Syria Revolutionaries’ Front », Syria in Crisis/Carnegie Endowment for International Peace, 13 décembre 2013.
13Devenue la brigade des petits-fils du Prophète. Le Front des Révolutionnaires Syriens revendique 10 à 15 000 hommes tirés de 20 formations différentes, dont le conseil militaire d'Idlib, province où il reste le plus puissant. Le lieutenant-colonel Ahmad Saoud, un défecteur de l'armée syrienne arrêté par l'EIIl le 13 décembre 2013 près de la base de Taftanaz alors qu'il venait négocier la reprise d'armes antiaériennes prises à Fursan al-Aqq, fait désormais partie du mouvement. Michael Weiss, «  Has sahwa hit the fan in Syria ? », Now., 8 janvier 2014.
14Aron Lund, « Pushing Back Against the Islamic State of Iraq and the Levant: The Syria Revolutionaries’ Front and the Mujahideen Army », Syria in Crisis/Carnegie Endowment for International Peace, 7 janvier 2014.
15Suhaib Anjarini, « Syria: Army of the Mujahideen Challenges ISIS Gains », Al Akhbar English, 6 janvier 2014.
16Aron Lund, « Pushing Back Against the Islamic State of Iraq and the Levant: The Syria Revolutionaries’ Front and the Mujahideen Army », Syria in Crisis/Carnegie Endowment for International Peace, 7 janvier 2014.
19Michael Weiss, «  Has sahwa hit the fan in Syria ? », Now., 8 janvier 2014.
20Karen Leigh, « Was the Islamic Front Key to Toppling ISIS in Raqqa ? », Syria Deeply, 8 janvier 2014.
21Aron Lund, « Pushing Back Against the Islamic State of Iraq and the Levant: The Islamic Front », Syria in Crisis/Carnegie Endowment for International Peace, 8 janvier 2014.
24 Pieter Van Ostaeyen, « Syria's Sahwa: A Battle of Confusion », Brown Moses Blog, 12 janvier 2014.
25 Pieter Van Ostaeyen, « Jabhat an-Nusra ~ New Alliances », http://pietervanostaeyen.wordpress.com , 13 janvier 2014.
29Aron Lund, « The Politics of the Islamic Front 1: Structure and Support », Syria in Crisis/Carnegie Endowment for International Peace, 14 janvier 2014.
30Aron Lund, « The Politics of the Islamic Front, Part 2: An Umbrella Organization », Syria in Crisis/Carnegie Endowment for International Peace, 15 janvier 2014.

4 commentaires:

  1. La guerre dans la guerre... Cela va favorisé un temps le régime.

    Bonjour Stéphane,
    encore une bonne analyse de la situation ! merci !

    Au plaisir de vous lire encore.

    FG

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  2. Le régime en a apparemment déjà profité pour avancer à Alep. L'EIIL ayant retiré des troupes de certains endroits pour renforcer des positions menacées, il va sans doute en profiter ailleurs. al-Nosra d'ailleurs appelle au cessez-le-feu, bien conscient des risques de ce côté.

    En fait, le conflit se complexifie davantage. Le comble est que la coalition EIIL/al-Nosra/Ahrar al-Sham du Front Islamique progresse face aux Kurdes de l'YPG dans l'Hasaka, ceux-ci prétendant se retirer pour ne pas combattre les rebelles autres que l'EIIL... et par ailleurs le jeu du Front Islamique est trouble. Certains groupes liés à Ahrar al-Sham ne veulent pas prendre les armes contre l'EIIL. Et on ne sait toujours pas vraiment d'où sort l'Armée des Moudjahidin : proxy du Front Islamique, coalition montée avec le financement saoudien sans implication de ce dernier, restes de l'ASL et autres groupes non coalisés précédemment "boostés" par la lutte anti-EIIL ? Difficile d'y voir clair.

    Cordialement.

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  3. Merci beaucoup pour cette description d'une situation très compliquée

    Juste quelques questions sur les combattants tchétchènes:
    - a-t-on une évaluation plausible de leur nombre effectif?
    - ne faut-il pas plutôt parler de combattants "caucasiens", les Tchétchènes formant sans doute une majorité, mais il doit y avoir d'autres groupes militants du Caucase (Daghestan par exemple).

    Je me permets cette question, car il me semble que, par le passé, les informations sur les combattants tchétchènes paraissaient exagérer les réalités locales (En Afghanistan, notamment, lors de l'opération Enduring Freedom en 2002). Dans son livres sur Fallujah, Bing West mentionnait effectivement la présence de tchétchènes dans la ville, mais sans plus d'éléments que le témoignage d'un soldat. Je doute un peu de la crédibilité de l'auteur: ses livres sur l'Irak constituent plutôt une hagiographie du corps des Marines, et, même s'il propose à l'occasion de bonnes analyses, il s'agit plus d'une collection pointilliste de récits individuels aux fins de propagande pro domo.

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  4. Bonjour,

    Merci pour votre commentaire.
    En ce qui concerne les Tchétchènes, j'en ai parlé dans mon billet, également régulièrement mis à jour, précédent, sur les combattants étrangers.
    Il faut faire la différence, déjà, entre les Tchétchènes venus du Caucase (une centaine de personnes estimée en novembre-décembre, maximum) de ceux venus de la diaspora en particulier européenne (plus nombreux). Il y a aussi d'autres Caucasiens effectivement, mais les Tchétchènes semblent jouer un rôle moteur, notamment dans la direction de quelques groupes puissants liés à l'EIIL, le plus important étant celui d'Omar ash-Shishani, Jaysh al-Muhajireen wal al-Ansar, qui semble encore une fois jouer un rôle important dans les derniers combats.

    Effectivement, les Tchétchènes sont en réalité assez peu nombreux par rapport au total de combattants étrangers et par rapport à l'ensemble de l'insurrection (100-150 000 hommes en tout, probablement, et quelques milliers de combattants étrangers seulement), mais les rebelles s'accordent à dire qu'ils ont une certaine expérience et une efficacité supérieure à la moyenne. C'est pour cela qu'ils sont plus visibles que d'autres...

    Cordialement.

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