lundi 13 janvier 2014

2ème Guerre Mondiale n°52 : supplément au dossier du "triangle sanglant"

Pour compléter le dossier sur le "triangle sanglant" en Ukraine, voici le point de vue allemand avec ce témoignage d'un commandant de compagnie motocycliste de la 11. Panzerdivision. Bonne lecture !


Von Hofgarten est à la tête d'une compagnie de motocyclistes du 61ème bataillon. Il y a une compagnie de ce type dans chacun des 7 bataillons motorisés de la Reichswehr en 1935. En octobre 1934, le 16ème régiment de cavalerie de la 3ème division de cavalerie de Thuringe est démonté et réorganisé en deux régiments motorisés avec des motos et des side-cars. En 1935, ces deux régiments constituent les 3 bataillons de motocyclistes des 3 premières Panzerdivisionen.

Le bataillon de von Hofgarten est constitué à l'automne 1940 : il comprend un état-major, 3 compagnies de motocyclistes-fusiliers et une compagnie de motocyclistes-mitrailleuses, ainsi qu'une compagnie lourde avec moyens du génie, artillerie de campagne et artillerie antichar. En tout, environ 800 hommes. Les bataillons de motocyclistes servent à la fois à la reconnaissance mais aussi à raids, pour établir des têtes de pont par exemple. Ils souffrent en revanche dès que le terrain devient boueux et impraticable, comme ce sera le cas à la fin de Barbarossa en Ukraine ; en outre, ils manquent de puissance de feu face à un ennemi qui serait bien retranché.

Le bataillon a été constitué sur le terrain de manoeuvres d'Ohrdruf entre août et septembre 1940. Von Hofgarten a été chef de section puis de compagnie dans le 1er bataillon de motocyclistes, blessé pendant la campagne à l'ouest, puis arrive en septembre au 61ème bataillon de motocyclistes. Il peut ainsi comparer les deux formations : le 1er était une unité de professionnels, officiers et sous-officiers, avec presque aucun réserviste. Ce n'est plus le cas avec le 61ème : certains hommes ont été transférés d'autres unités et n'ont pas l'expérience des motocyclistes, un tiers seulement a l'expérience du combat. La cohésion n'est obtenue que par l'entraînement intensif puis avec la campagne des Balkans. La compagnie de mitrailleuses de von Hofgarten n'atteint son effectif complet qu'en janvier 1941. Vu le type de formation, le rôle de l'officier est central : il doit diriger de l'avant et montrer l'exemple. En outre les mitrailleuses sont importantes aussi pour le bataillon. Les motocyclistes démontent fréquemment pour monter sur les chars qui mènent la progression, afin de réduire les nids de résistance. Début juin 1941, la compagnie de motocyclistes participe à un exercice de la 11. Panzerdivision où elle incarne l'infanterie russe. Von Hofgarten témoigne d'ailleurs que les Allemands n'ont que fort peu de renseignements sur les tactiques de leur adversaire.

Voici comment von Hofgarten décrit le début des opérations :

"Après l'ouverture du feu par l'artillerie lourde à 3h15 le 22 juin, le bataillon doit attendre l'aube pour traverser la rivière sur un pont du génie. Une petite tête de pont a été créée par d'autres unités. Comme le 15. Panzer-Regiment est en pointe, le bataillon n'est engagé que dans de petites actions entre les 22 et 25 juin. La résistance ennemie est faible et désorganisée, et des forces plus importantes ne sont pas encore apparues. Ce n'est que le 26 juin que le bataillon, cette fois en pointe, bute sur une résistance plus coriace à Ostrog, dans la zone de Dubno, après 90 km de marche. Par une attaque surprise, la compagnie réussit à rejeter l'ennemi dans les faubourgs est d'Ostrog. Pourtant, la compagnie se trouve dans une situation critique car le bataillon ne la rejoint pas avant plusieurs heures, notamment en raison de l'état des routes. L'infanterie soviétique se reprend et lance plusieurs contre-attaques. Notre artillerie antichar détruit un vieux blindé soviétique. Notre compagnie de mitrailleuses repousse aisément l'assaut de une ou deux compagnies ennemies, notamment parce que celles-ci doivent grimper une pente devant les faubourgs est. L'artillerie ennemie n'est pas engagée. Les canons lourds, pourtant, frappent Rovno, sur la gauche du bataillon.".


Pour en savoir plus :


David M. GLANTZ (éd.), The Initial Period of War on the Eastern Front 22 June-August 1941, Frank Cass Publishers, 1993, p.318-335.

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