dimanche 12 janvier 2014

2ème Guerre Mondiale n°52 (janvier-février 2014)

Mise à jour : on lira avec intérêt les remarques du rédacteur en chef, Nicolas Pontic, en commentaire.

Retour sur le numéro 52 de 2ème Guerre Mondiale auquel, comme je l'ai déjà dit, j'ai largement contribué.

 - à noter qu'en plus des divers écrits que j'ai produits, vous trouverez p. 4-5 quatre fiches de lecture de mon cru, sur Himmler et l'empire SS (Edouard Calic), La traque d'Eichmann (Neal Bascomb), La guerre sans haine (réédition des carnets de Rommel, Berna Grünen), Dentistes héroïques de la Seconde Guerre mondiale (Xavier Riaud).

- je dois revenir, encore une fois (j'en ai souvent parlé, mais je souhaite développer un peu, ces propos n'engagent bien sûr que moi, en aucune façon la rédaction du magazine) sur le cas Pierre Tiquet. Cet auteur se fait une spécialité, pour ce magazine et pour d'autres, de livrer des témoignages de combattants de l'Axe (et souvent de la Waffen-SS), sans aucune distance critique, bruts (sans commentaire), et non sans cacher une possible "admiration" pour les nervis de la machine de guerre nazie. C'est ce que l'on constate ici avec le témoignage de Eero Kiviranta, chef de section de troupes de choc finlandais, qui décrit les combats en Carélie orientale, en 1941. Il est très important, me semble-t-il, quand on est auteur dans de tels magazines, d'adopter une attitude conforme à la "méthode historienne" (et ce sans être forcément un historien de métier...), en particulier quand on recueille des témoignages. Or il n'y a rien "d'historien" à fournir un simple témoignage dépourvu d'une contextualisation (avec références si possible ; dans les numéros précédents, il y avait parfois un encadré ou autre chose qui correspondait), de cartes, par exemple, sans parler d'une prise de position assez nette en faveur des Allemands ou, ici, des Finlandais (ce n'est pas moins pire de parler de "l'ogre russe"...). Comme je n'ai pas l'habitude de parler pour ne rien dire, je propose donc ici au rédacteur en chef, Nicolas Pontic, de lui fournir s'il le souhaite un exemple de témoignage soviétique "traité" selon une méthode un peu plus pertinente que ce qui est proposé par cet auteur (et sans complaisance à l'égard de l'Armée Rouge bien sûr, mais sans dénigrement non plus, évidemment). Je peux également traiter un témoignage allemand ou de l'Axe, qui ne sera peut-être pas inédit, mais qui sera un minimum critiqué, vu la place de la rubrique (courte quand même, il faut bien le dire).

Pour le reste, les thèmes traités sont des plus intéressants, et le numéro particulièrement réussi, qu'on juge un peu :

- Vincent Bernard revient sur ce qu'on appelle, de manière générique, les Osttruppen. L'article a en fait le mérite de bien séparer les différentes catégories de combattants, ou non-combattants, venus de l'est, qui ont servi à un moment ou à un autre sous la bannière nazie. De ce point de vue, les encadrés sont fort utiles. En revanche, la taille de l'article ne permet pas de traiter un ou deux exemples précis, ce qui aurait été bien pour illustrer la différenciation (un Ostbataillone, une unité de la Waffen-SS, une étant impliquée dans l'extermination à l'est, etc). La bibliographie semble difficile à composer sur le sujet.

- le même auteur signe la chronique Ecrire l'histoire sur le massacre de Katyn. Vincent Bernard tente, en deux pages, de faire le tour d'une question qui a fait couler beaucoup d'encre. Comme il le rappelle, dès le procès de Nuremberg en 1945, et même avant, les Alliés anglo-américains savaient à quoi s'en tenir quant à la responsabilité du massacre. Les Soviétiques ne l'ont admis qu'en 1990, par la voix de Gorbatchev. L'enquête russe qui suivra reste largement minimaliste dans son évaluation du nombre de victimes polonaises. Ceci dit, les Polonais vont très loin en réclamant la qualification de "génocide" en ce qui concerne le massacre de Katyn. Vladimir Poutine avait reconnu dès 2008 la responsabilité de l'URSS et de Staline pour l'exécution des Polonais. L'accident d'avion de 2010 qui a coûté la vie au président Kaczynski a relancé les théories du complot, qui foisonnent aussi autour de la mort du général Sikorski, en 1943, dans les mêmes circonstances. En novembre 2010, la Douma, le Parlement russe, a pourtant adopté une résolution officialisant la responsabilité de Staline et d'autres responsables soviétiques en ce qui concerne les exécutions de Katyn, même si certains Russes continuent de nier la vérité (le Parti Communiste, notamment, mais aussi certains journaux).

- l'autre volet de la chronique Ecrire histoire, de Paul-Yanic Laquerre, évoque la résurgence des expériences monstrueuses de l'armée japonaise, entre 1981 et 1989, après qu'elles aient été dissimulées pendant des décennies. Le motif ? MacArthur et les Américains, qui ont interrogé les responsables du programme japonais d'expérimentation bactériologique et autres expériences abominables dès septembre 1945, ont voulu préserver la famille impériale japonaise, largement compromise, et récupérer les résultats de la recherche nipponne face aux Soviétiques. C'est pourquoi la question ne fut évoquée que par accident au procès de Tokyo, alors que l'URSS la mettait en avant en 1948 lors du procès de Khabarovsk. C'est pourquoi aussi la plupart des tortionnaires japonais se recyclèrent après la guerre dans le secteur médical ou pharmaceutique du pays, sans être inquiétés. Le constat est accablant. Dommage que l'auteur ne cite pas ses sources.

- Franck Ségretain continue sa série d'articles en abordant la question de la répression allemande en France. Comme il l'explique, dès la fin de 1943, cette répression, de plus en plus militarisée, ne vise plus seulement les "partisans", mais aussi la population considérée comme complice. On est frappé de la similitude entre les ordres donnés par Sperrle en février 1944 et ceux promulgués quelques mois avant en Grèce, comme le relate l'historien Mark Mazower : à chaque fois, on enjoint aux officiers allemands de se montrer impitoyables, sous peine de sanction -ce qui dépasse même l'attitude des troupes sur le front de l'est ! L'escalade militaro-policière voit les Allemands utiliser l'aviation, se servir du droit international pour dénier à l'adversaire le statut de combattant et donc légitimer les exécutions sommaires, à tel point que fin avril-début mai 1944, on spécifie aux troupes qu'il faut faire preuve de davantage de "modération". Néanmoins, en France, rien de comparable au front de l'est : les troupes commettent bien moins d'exactions, ce qui n'est pas le cas de la Sipo-SD, en particulier au premier semestre 1944.

- la fiche Uniformes de Jean-Patrick André porte sur un adjudant-chef du 19ème régiment de dragons.

6 commentaires:

  1. Bonjour Stéphane,

    Je me permets d'apporter mon éclairage à ta critique de la rubrique "témoignage" de la revue, qui est il est vrai souvent tenu par Pierre Tiquet, qui me propose exclusivement des textes sur les soldats de l'Axe.
    Il est vrai que M. Tiquet n'a pas pour habitude d'accompagner ses textes de commentaires de contextualisation (mais il s'y efforce, sur mes demandes, et il le fait plus que lorsque nous avons commencé notre collaboration), et il est aussi vrai qu'il n'est certainement pas un "historien" avec une méthode digne de ce nom.
    Mais j'apprécie ses participations pour la simple et bonne raison qu'il a pu engranger des dizaines de témoignages directs, via des correspondances, des carnets de route, des journaux de marche etc... Ce qui fait que ses témoignages sont toujours des exclusivités qui font acte de mémoire et de document. Il les livre en effet "bruts", mais en même temps, il ne peut non plus faire beaucoup plus étant donné le peu de place que je lui laisse dans la rubrique. Et je ne lui demande que du témoignage direct. Après, j'essaye en effet pour ma part de compenser le manque de contextualisation et de distanciation, mais ce n'est pas toujours aisé.
    Enfin, je pense que M. Tiquet est un peu pris en otage par ses témoignages : retranscrivant ceux-ci "brut", il en adopte les codes et le langage, ce qui ne veut pas forcément dire qu'il est un admirateur de tel ou tel régime...

    Nicolas PONTIC

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  2. Bonjour Nicolas,

    Je prends note de tes remarques.
    Ceci dit, même si le témoignage en lui-même peut être intéressant, notamment car exclusif -et je concède que vu la place de la rubrique, il ne peut pas beaucoup plus contextualiser-, je trouve dommage de le livrer tel quel. Dans ce numéro par exemple, contrairement à d'autres, il n'y a aucune mise en perspective particulière du témoignage finlandais.

    Quant au fait qu'il soit pris en otage, pour ainsi dire, par ses témoignages, je me permets d'en douter un peu. Il est à mon avis toujours possible d'en sortir...

    Ceci dit, je peux aussi proposer des témoignages allemands, par exemple, si besoin légèrement -vu la place- remis en contexte.

    Cordialement.

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  3. Bonjour Stéphane,

    J'ai bien pris note de tes propositions, que je vais étudier. Et effectivement, tu as raison, la contextualisation que j'avais faite dans les précédents numéros n'y est pas ici, ce qui est regrettable d'un point de vu méthodologique et de cohésion. Mais le contexte Finlandais m'est moins familier que d'autres. Sans parler du manque de place, comme évoqué plus haut.

    Cordialement,

    Nicolas PONTIC

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  4. Hello,

    Merci ! Avec une contextualisation, ce serait déjà beaucoup mieux.

    ++

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  5. Bonjour Stéphane,
    je suis d'accord avec le fait que ce genre de témoignage soit accompagné dun petit résumé de contextualisation. D'autre part, je suis également intéressé par le point de vue d'un soldat russe (que nous avons trop peu dans cette période "mouvementée" de l'histoire)

    Bien à vous,
    FG
    PS : j'espère trouver rapidement ce nouveau numéro d'un magazine que j'estime de grande qualité

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  6. Bonjour,

    Comme j'en discutais avec Nicolas, je me suis un peu enflammé : il est vrai que P. Tiquet propose au moins des témoignages inédits ; malheureusement ici il n'y a pas de contextualisation a minima, contrairement à d'autres numéros, ce qui m'a dérangé. Pour les soldats russes, il faudrait avoir accès directement à la source (!) car on peut trouver facilement par Internet (en russe, en anglais un peu aussi). Plus difficile pour faire inédit...

    A bientôt !

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