lundi 11 novembre 2013

William BLANC, Aurore CHERY et Christophe NAUDIN, Les historiens de garde. De Lorant Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national, Editions Inculte, 2013, 257 p.

Voici incontestablement un livre important. Important parce qu'il vient mettre par écrit, de manière posée et ordonnée, la remise en cause des prétentions de L. Deutsch depuis la sortie de son livre, Métronome, en 2009. A l'heure où celui-ci récidive avec un deuxième volume, Hexagone. Mais plus encore, je crois que j'ai apprécié cet ouvrage parce qu'il ne se contente pas d'expliquer les mécanismes sous-jacents au travail de L. Deutsch et de ses comparses, il esquisse aussi un certain nombre de solutions. N'en déplaise à ceux qui soutiennent le contraire.

Il faut lire la préface de Nicolas Offenstadt, un historien universitaire qui justement, lui, s'attache à faire de la vulgarisation, ce que l'on reproche beaucoup en général à l'université (de ne pas en faire). Cet historien est aux antipodes de ce reproche, c'est d'ailleurs un des plus visibles dans les médias, en particulier à l'approche du centenaire de la Grande Guerre, dont il est l'un des spécialistes en France. La préface rappelle combien ceux que les auteurs baptisent "les historiens de garde" n'adoptent pas, en fait, la démarche historique qui est celle retenue par l'université. Le discours des historiens de garde est, au contraire, au service d'une lecture politique de l'histoire. Nicolas Offenstadt rappelle qu'il ne sert à rien d'opposer histoire universitaire et histoire "populaire", lesquelles s'interpénètrent par certaines passerelles, même si elles s'ignorent, aussi. Cependant, faire de l'histoire populaire n'implique pas d'écrire ou de dire n'importe quoi ni de prendre les lecteurs pour des imbéciles.



Dans l'introduction, le trio explique que le succès de Deutsch avec Métronome, en 2009, pose problème non pas parce qu'il aborde l'histoire, mais parce qu'il est consacré par les médias comme une autorité historienne. Or Deutsch ne fait pas de l'histoire, mais une sorte de fiction romanesque qui se rattache à ce renouveau du roman national que l'on peut constater depuis une décennie déjà. Et c'est tout l'intérêt du livre d'en disséquer les mécanismes et la portée.

L'explication se divise en six parties. Dans la première, les auteurs décortiquent le discours et la méthode de L. Deutsch. Celui-ci met l'écriture de l'histoire au service d'un véritable culte de l'identité nationale. Son discours s'inscrit en rejet de l'histoire universitaire, et peut-être plus encore, de l'histoire scolaire. Paradoxalement l'Education Nationale a eu le culot de faire intervenir Deutsch dans certaines classes alors qu'il n'a jamais autant critiqué cette institution ! L. Deutsch ne cite d'ailleurs pas ses sources, et plusieurs exemples démontés par les auteurs montrent combien il en fait une utilisation partiale, au service de son discours. Il a très bien compris en revanche l'intérêt d'exploiter les médias, et en particulier la télévision : Métronome TV, c'est le comble de l'histoire-spectacle. Sur Clovis, sur le Louvre, sur Saint-Denis, la finalité du discours est évidente. A tel point qu'elle est relayée sur la toile par des groupes identitaires.

La deuxième partie montre comment L. Deutsch, à l'image de nombre des auteurs du même courant, a un problème réel par rapport à la Révolution française. Celle-ci est considérée par le prisme de Robespierre, figure totalitaire, qui assure la comparaison entre la Terreur et les régimes du XXème siècle. Une comparaison loin d'être innocente puisqu'elle avait été développée par les royalistes lors du bicentenaire, et qu'elle s'est beaucoup développée depuis. Par dessus ce postulat se greffe la volonté évidente de faire de Paris le centre de l'histoire de France. Et L. Deutsch ne se prive pas non plus de souscrire à la thèse du "génocide" vendéen, fortement contestée, et qui politiquement n'est pas neutre, encore une fois. Catholique, Deutsch cherche aussi, manifestement, à vouloir faire à tout prix de la religion catholique un des ciments de l'identité nationale française. Quant à la Commune, elle est honnie, et Deutsch se paie même le luxe de rajouter des poncifs à la longue liste déjà existante.

La troisième partie établit la filiation entre Deutsch et la mouvance royaliste, jusqu'à Patrick Buisson. Royaliste, Deutsch sacralise la monarchie, particulièrement l'Ancien Régime, et a contrario, vilipende bien sûr la Révolution. L'idée court aussi chez les royalistes que l'on a cherché à imposer une histoire "officielle", depuis la IIIème République, pour éradiquer leur influence. L'avènement des programmes Chevènement dans le primaire, au milieu des années 1980, a semblé conforter cette idée, juste avant le bicentenaire de la Révolution, qui est un moment critique pour les royalistes. Mais ces programmes n'ont plus cours aujourd'hui. Deutsch gravite en fait, à ce moment-là, autour de Nicolas Sarkozy, alors président de la République, de Patrick Buisson, son conseiller, qui dirige la chaîne Histoire et qui a fait son fond de commerce de l'exaltation de l'identité nationale, de la colonisation, et de la stigmatisation de l'islam et de l'immigration. C'est pourquoi Deutsch a participé à un DVD de réhabilitation de Louis-Ferdinand Céline, en 2012. La popularité du comédien, la dimension marketing des médias, ont en fait réalisé un rêve impossible pour les royalistes : Deutsch rend leur propos tout à fait lisse, car il fait "sympathique" et joue sur le divertissement.

C'est pourquoi, dans la quatrième partie, on observe comme l'on passe du marketing à l'autorité. Deutsch est l'image de marque même de son produit. Tout est construit à partir de sa personne, la couverture, les affiches, la série télévisée sur Métronome. Storytelling, privatisation, empathie, émotion sont les recettes qui font vendre. Et Deutsch est accueilli à bras ouverts par les médias, dont France Télévisions... Il a également ses entrées à TF1, ce qui semble plus logique, mais aussi à la RATP, qui assure sa pub dans le métro. La presse et les médias n'ont pas fait leur travail sérieusement et ont contribué à asseoir Deutsch comme une autorité. Les pages suivantes sont parmi les plus intéressantes du livre car le trio explique pourquoi les historiens restent relativement silencieux. "Historien" est ici défini par la méthode, même si l'on parle évidemment davantage des historiens universitaires. Le problème est que les historiens négligent, il est vrai, la vulgarisation. En outre, les historiens sont méfiants vis-à-vis des médias de masse, méfiance souvent justifiée, malheureusement. Mais certains vulgarisent néanmoins : loin des caméras, hélas. Par ailleurs, l'université publique souffre de la LRU et leur marge de manoeuvre se réduit, ce qui n'encourage pas les prises de position publiques, d'autant plus qu'un certain anti-intellectualisme s'est fait jour sous le mandat Sarkozy. Cela n'a pas empêché des historiens (dont N. Offenstadt) de prendre position contre Deutsch au nom du problème de la méthode, évidemment. En face, Deutsch prétend avoir reçu le soutien de M. Rouche et de Jean Tulard, qui, en fait, ne l'a soutenu que mollement (et a même reconnu qu'il inventait). Malheureusement, Deutsch, au-delà de la séparation droite-gauche, a obtenu la caution, dès 2009 de responsables politiques comme Bertrand Delanoë ou Robert Hue. Il faut attendre début 2012 pour voir Rue 89, Arrêt sur Images, puis le magazine L'Histoire formuler les premières critiques. Lesquelles sont aussitôt pilonnées par Le Figaro, par Jean Sévillia, ces derniers bientôt relayés par l'extrême-droite. On voit que la coupure entre l'histoire scientifique et la société est profonde, et la faute n'est pas seulement aux historiens, mais aussi aux hommes politiques et aux médias.

La cinquième partie montre que l'idée n'est pas neuve. Elle s'inscrit dans un siècle d'écriture du roman national. Bloch, dans Apologie pour l'histoire, reconnaît que les Annales ont trop négligé la vulgarisation depuis le Lavisse. A contrario, les royalistes s'y sont engouffrés, avec Maurras, et surtout Jacques Bainville, qui illustre peut-être le mieux la coupure au niveau de la méthode. L'école capétienne, comme on l'a appelée, rejette les apports de la méthodologie allemande, et préfère travailler à partir de sources de seconde main. Son credo réside dans l'antigermanisme, la nostalgie d'un pouvoir fort (la monarchie) et des penchants pour les régimes fascisants. On sent par ailleurs un antisémitisme prononcé et un rejet de l'histoire scolaire qui annonce déjà Deutsch. Bainville a d'ailleurs été violemment critiqué par les historiens de l'époque, alors même qu'il bénéficiait, déjà lui aussi, de l'appui des médias. Giesbert, Sévillia, Zemmour en font une de leurs références. Bainville est aussi récupéré par Sarkozy au même titre que Guy Môquet ou Jaurès dans le détournement de grandes figures au service de l'unité, ou plutôt de l'identité, nationale. Bainville inspire aussi Pierre Gaxotte, dont Marine Le Pen est friande, et qui fréquentait les cercles de la Nouvelle Droite avec Alain de Benoist ou Jean Mabire, bien connu dans le milieu de l'histoire militaire par ses livres à la gloire des Waffen-SS. A la télévision, cette école est prolongée par les réalisations de Sacha Guitry, puis par des émissions comme La caméra explore le temps, montée par André Castelot (ancien vychiste), Alain Decaux et Stellio Lorenzi. C'est un tournant car le service public fait alors le choix d'émissions plus divertissantes qu'instructives, dont se revendiquent Stéphane Bern ou Franck Ferrand. Les parcs d'attraction, comme celui du Puy du Fou avec Philippe de Villiers, afin de maintenir l'identité vendéenne, le souvenir de la guerre de 1793 et la détestation du centralisme jacobin et de la Révolution, participent de la même logique. L'histoire spectacle, commerciale, divertissante, est aussi en projet à Montereau, où l'on envisage un parc Napoléon sur le même modèle.

La dernière partie montre combien cette tendance se renouvelle depuis une décennie environ. D'abord parce que le politique, in fine Nicolas Sarkozy, a cherché à utiliser l'histoire pour servir le discours sur l'identité nationale. Ces personnes se placent comme persécutées, victimes d'une histoire officielle ou d'un "historiquement correct". Le groupe n'est pas homogène mais ils ont leurs marottes communes, comme la Révolution française. Jean Sévillia est sans doute le plus représentatif, mais Franck Ferrand est davantage visible. Le génocide vendéen affectionné par ces auteurs, ou la Révolution, n'est pas seulement instrumentalisée par des personnes de droite ou d'extrême-droite : Michel Onfray a ainsi pondu un ouvrage qui rejoint les thèses de ces "historiens de garde". Ceux-ci ont toujours la même tactique : ils ont fait partie de l'institution mais l'ont quittée après en avoir lu les limites, ou bien ils l'éxècrent ; cela s'applique particulièrement à l'université et à l'Education Nationale. Zemmour s'y rattache en se plaçant en victime pour mieux faire passer ses piques ambigües sur l'immigration, souvent inspirées par une vieille historiographie du XIXème siècle. Le roman national, c'est aussi un business, comme l'incarne Stéphane Bern à la télévision. La grande croisade de ces auteurs, chaque année, c'est l'enseignement de l'histoire de France à l'école. En 2012, trois ouvrages ont ainsi appuyé la démarche du retour du roman national dans l'enseignement, sans parler du soutien du Figaro Histoire et autres médias. Pas questions pour eux que les programmes s'ouvrent vers d'autres cultures, au contraire : quand on ne dérive pas vers des propos islamophobes, ou vers l'apologie de la colonisation.

Comme le rappelle les auteurs en conclusion, le précédent Deutsch est dangereux, car on assiste à une privatisation de l'histoire pour en faire une machine commerciale, le tout lié à une critique de la fonction publique et au retour du roman national. Le trio recommande non pas de créer un "roman national de gauche", mais bien de s'inspirer de l'exemple des sciences exactes. Il faut contre-attaquer via les médias comme Internet, mais aussi relancer le partenariat histoire universitaire-histoire populaire, ce qui nécessite, à un moment ou à un autre, un investissement public, avec l'implication des politiques et des médias. De cette combinaison pourra naître une amorce de solution.

Le livre se complète, en plus de l'appareil de notes, par une bibliographie indicative qui donne des conseils de lecture fort appréciables pour tout le monde. Notons aussi que les auteurs ont mis en application certaines de leurs solutions, en créant par exemple un site Internet qui fait pendant au livre. Je ne saurais que trop recommander la lecture de ce livre à tous. Je sais que la plupart des lecteurs de ce blog ne considèrent pas L. Deutsch comme un historien et ne sont pas dupes de son entreprise, quelle que soit leur position politique, d'ailleurs, puisque j'échange surtout avec des personnes de droite, sur ce sujet si particulier de l'histoire militaire. Néanmoins, tous les lecteurs du Métronome et maintenant d'Hexagone n'ont pas forcément toutes les clés de compréhension. C'est bien là l'enjeu.



12 commentaires:

  1. J'avoue ne pas trop saisir ce qui attire autant votre ire sur le roman national et ses actuels prosélytes. Certes l'histoire est complexe, néanmoins l'actualité montre bien les dérives auxquelles peuvent conduire sa disparition au profit d'histoires privées de tout lien entre elles. Le communautarisme et l'individualisme sont les premiers à en bénéficier; Quant à refuser de voir dans le catholicisme un élément de l'identité française, il faut être d'assez mauvaise foi... Je le dis d'autant plus volontiers que je ne le suis pas. Au final il est assez étonnant de vous voir critiquer ceux qui défendent une analyse, certes connotée mais laquelle ne l'est pas, de certains épisodes historiques qui n'est pas la votre mais qui est loin d'être sans argument (le génocide-ou non- vendéen par exemple) pour le simple fait qu'ils se permettent de ne pas abonder en votre sens. Votre vision complotiste rejoint d'ailleurs de façon amusante celle que vous dénoncez par ailleurs chez ceux d'en face...

    RépondreSupprimer
  2. Bonjour,

    Que la religion catholique ait joué un rôle important dans l'histoire de France, c'est une évidence. En faire un élément moteur de l'identité française depuis le départ, c'est autre chose (c'est que fait Deutsch, par exemple).
    Pour vos dernières lignes, j'avoue ne pas avoir tout compris, c'est un peu confus.
    Enfin, si vous me trouvez complotiste, vous m'en voyez désolé... au moins je signe par mon nom ce que j'écris, ce qui n'est pas votre cas.

    Cordialement.

    RépondreSupprimer
  3. En outre, je tiens à dire dire que je n'ai aucune "colère" particulière contre les "historiens de garde".
    Mais quand on s'intitule historien alors qu'on n'en a pas la méthode, clairement, ça pose problème.
    Quant aux idées, de mon point de vue, oui, elles sont nauséabondes (le royalisme, la droite décomplexée ou l'extrême-droite, non merci).

    RépondreSupprimer
  4. Etes vous gauchiste, gauchisant, communiste ? vos prises de position semblent aller dans ce sens. Que diable, ne le cachez pas avouez! " Je suis un historien de gauche et seule ma vision de l'histoire est la BONNE !". que vous importe un L D acteur de son etat, royaliste non dissimulé !
    IL ne se cache pas lui, et chacun est libre d'en penser ce qu'il veut. Alors que vous, Jamais vous n'avouez étre bien à gauche, voie à l'extréme gauche!

    RépondreSupprimer
  5. Cher monsieur,

    Vous avez tout faux, puisque cela même est précisé depuis belle lurette sur la page "Pourquoi ce blog ?", allez voir et vous verrez :

    "Sur un plan politique, l'auteur de ce blog se place à gauche, ce qui peut transparaître dans certains billets consacrés à la politique ou dans d'autres plus "historiques". Je ne pense pas de toute manière que l'on puisse faire une histoire "apolitique" ou "objective". Ces prises de position n'engagent que moi, et en aucune façon l'Alliance Géostratégique et ses autres membres.".

    Seule ma vision de l'histoire est la bonne ? Encore faudrait-il que L. Deutsch fasse véritablement de l'histoire, ce dont on peut douter.
    Pour le reste, vous vous méprenez, je pense. Mes opinions politiques ne m'empêchent pas de faire de l'histoire sans être forcement tributaire de celles-ci.

    Cordialement.

    RépondreSupprimer
  6. Bonjour Stéphane,
    je suis d'accord en partie avec votre argumentaire, notamment sur les méfaits de l'utilisation politique de l'histoire, que cela soit de droite de gauche et, plus grave encore des extrêmes (de droit et de gauche). Il est vrai aussi que L Deutch n'est pas un historien, même si j'avoue avoir lu le Métronome, comme des milliers de gens et que j'ai trouvé plutôt intéressant bien que très approximatif et évidement assez "royaliste". L'histoire est, tel que je la perçois, fondamentale pour construire, et renforcer l'idée d'appartenir à une même collectivité d'individus, construite autours de valeurs communes nées d'événements historiques heureux ou malheureux majeurs (voir les commémorations du 11/11...). Or je trouve qu'en ce moment, l’histoire est dévoyée tant par la droite (identité nationaliste) que par la gauche (culpabilisation de la société sur des actes certes répréhensibles (l'esclavage par exemple) mais qui sont vieux de 200 ans pour certains)

    Bien à toi,
    François Ginestet

    RépondreSupprimer
  7. Bonjour François,
    Je me demandais comment vous alliez, justement, puisque vos commentaires se faisaient plus rares.
    Effectivement l'utilisation de l'histoire à des fins politiques est assez vivace ces temps-ci.
    Le bémol que je mettrai, c'est que j'ai l'impression, pour ma part, que le dévoiement est quand même beaucoup plus, depuis en gros une décennie, le fait de la droite et de l'extrême-droite que de la gauche -le roman national de gauche existe aussi, mais pour tout un tas de raisons que je ne développe pas faute de temps, il est quand même plus en sommeil que l'autre... d'ailleurs il n'existe aucun équivalent à mon sens de L. Deutsch de l'autre côté. Et le président actuel, aussi contestable soit-il (même par moi qui me revendique de gauche), n'a pas fait une utilisation de l'histoire comparable à celle de son prédécesseur immédiat. Sur la culpabilisation que tu attribues à la gauche, il y a certes eu des excès (je n'approuve pas tout), mais il me semble aussi que nous avons beaucoup de mal encore à accepter tous les aspects de l'histoire coloniale et en particulier de la décolonisation (je parle donc d'histoire contemporaine et pas de la traite des noirs, de l'esclavage, etc). C'est particulièrement vrai pour la guerre d'Algérie : d'ailleurs la nostalgie coloniale et les ressentis des anciens Pieds-Noirs qui n'ont jamais accepté l'indépendance algérienne, l'exil etc (pas tous heureusement), les anciens de l'OAS et leurs descendants spirituels voire filiaux, ont été repris par le FN dans le cadre du discours anti-immigration/anti-islam. La thématique a remplacé la Seconde Guerre mondiale, l'antisémitisme etc qui étaient le credo de Jean-Marie Le Pen, preuve aussi de l'intelligence politique de sa fille, diablement efficace.

    Cordialement.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Boarf, selon moi le "dévoiement" est autant le fait de la droite que de la gauche si tant est que droite et gauche veulent encore dire quelque chose.
      Ainsi: "mais il me semble aussi que nous avons beaucoup de mal encore à accepter tous les aspects de l'histoire coloniale" Est-ce le fait de la droite uniquement ou également de la gauche comme par exemple lorsque notre président va honorer Jules Ferry alors que celui-ci déclarait à l'Assemblée: "Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures"?
      Ou encore la perpétuation d'un mythe de la gauche résistante lors de Seconde Guerre Mondiale alors que le noyau collaborationniste était justement constitué de membres ex-SFIO, à commencer par P.Laval (cf.Simon Epstein)...

      Cordialement,

      Vincent

      Supprimer
    2. il y a effectivement des "ombres" de notre passé que nous avons du mal à assumer, mais nous ne sommes pas le seul peuple à agir ainsi... (la Turquie avec le génocide arménien par exemple). Ce qui m'agace en fait c'est que nos actes de repentance (et il en faut bien évidemment, c'est tout à l'honneur de la France de reconnaitre ses erreurs) sont utilisés par des pays qui ne veulent pas forcément du bien à notre pays pour des raisons politiciennes (le gouvernement algérien par exemple qui nous ressasse sans arrêt les actes répréhensibles de notre armée pendant la guerre d'Algérie mais qui oublie fort opportunément les nombreux crimes et massacres commis par leur mouvement de libération...). Or j'estime que la France si elel doit reconnaitre ses erreurs ne doit pas accentuer le trait et se battre la coulpe sans arrêt...

      Sinon j'ai enfin fini votre ouvrage sur l'offensive du Têt. Du tout bon, j'ai beaucoup apprécié, mais je reviendrai dessus prochainement sur l'autre blog consacré à la guerre du Vietnam

      Cordialement,
      François Ginestet

      Supprimer
    3. A Vincent : pour moi la gauche et la droite sont bien séparées, même si on peut avoir l'impression du contraire quand on regarde les deux principaux partis politiques (le PS est-il encore socialiste ? On peut se poser la question). Sur la question coloniale, le président a certainement fait ce que vous avez dit mais la gauche, sur l'Algérie, a commencé à reconnaître ses erreurs (le PCF par exemple avait reconnu ses torts dans le soutien à la politique coloniale du gouvernement, cf une déclaration de M.-G. Buffet ; pour le PS c'est moins évident). Le mythe de la gauche résistante a encore la vie dure mais s'est quand même écorné (comme celui de la France résistante). Et les collaborationnistes n'étaient quand même pas tous de gauche, attention à ne pas généraliser...

      A François : oui, c'est certain, mais il ne faut pas oublier que le gouvernement algérien ne représente pas TOUTE l'Algérie. Là-bas les langues commencent à se délier, le pouvoir contrôle de moins en moins les historiens. Je ficherai bientôt un livre sur le conflit où l'on voit que même les anciens cadres du FLN n'hésitent plus à parler, y compris sur les massacres qu'ils ont commis. En outre ce n'est parce que le pouvoir algérien fonde son pouvoir sur la guerre d'indépendance et reconstruit l'histoire à sa sauce que nous devons faire la même chose. Merci sinon pour le livre, qui reste quand même perfectible, mais c'est mon premier, donc il y a des imperfections, c'est normal.

      Cordialement.

      Supprimer
  8. D'abord félicitation pour vous être attelé avec succès à ce pensum. En lisant votre billet, je me suis rendu compte de ce qui m'avait toujours gêné dans la position de Blanc and co.
    Fondamentalement, la réussite de Mr Deutsch est un signe de l'échec de l'histoire universitaire. Pas son échec à vulgariser puisque presque tout les historiens s'y attachent d'une façon ou d'une autre, mais échec à édifier quelque chose qui soit capable de rivaliser avec le roman national.
    Prenez Offenstadt par exemple qui en l'espèce est l'un des pires. Comment vulgariser ses doux délires sur l'application ou non des concepts de Habermas au Moyen Age? Avec lui une grande partie des historiens parmi les plus célèbres (Corbin, Roche, etc) se sont lancé dans le post-modernisme mou, une succession de tableaux sans lien entre eux. C'est sûr que face à ce genre de masse informe, Bainville a l'air plutôt attractif!
    Il suffit de relire Fernand Braudel pour trouver une réponse super balèze au chronologisme un peu con de Deutsch et de ses potes. Mais c'est précisément sur Braudel, Bloch et Lefevre que les historiens post-modernes se sont assis. Ils ont déclaré que leurs travaux étaient pas assez fun et ils sont passé à de l'histoire au rabais. Si vous croyez que je suis trop dur ouvrez L'Histoire politique du pantalon et vous verrez ce dont je parle.
    Ce que j'aimerais savoir c'est ce que des historiens de vrai grand talent comme Jean-Marc Moriceau ou Cyrille Hautcœur pensent de ça.
    Si vous pensez que je suis trop dur avec Blanc et ses co-auteur, regardez leur méthode. Ils ne procèdent pratiquement que par raisonnement de réseaux du genre: ha ha! tu as écris un truc avec le cousin de la chèvre du voisin de cellule de Klaus Barbie, tu es donc une pourriture gestapiste... Et j'exagère à peine
    Honnêtement, William Blanc est un mec bien, je le suis sur la toile, il a même oublié d'être bête, je me demande pourquoi il s'est laissé entrainé dans cette galère. C'est vraiment dommage.

    RépondreSupprimer
  9. Bonjour,

    Pour ma part je pense plutôt que la réussite de Deutsch est le symbole de la faillite des médias, d'une bonne partie de la classe politique et aussi, effectivement, des historiens universitaires qui ne peuvent ou ne veulent plus s'atteler à une histoire à la portée de tous.
    Car le but n'est à mon sens pas de faire un roman national de gauche, ou même un roman national tout court d'ailleurs... l'histoire n'est pas censée édifier, donner des leçons de morale, séparer les bons des méchants. En l'espèce, c'est ce que disait Bloch, me semble-t-il.
    De cette lecture, je n'ai pas l'impression que les portraits du groupe baptisé "les historiens de garde" soient exagérés. J'ai plusieurs auteurs cités dont Sévillia, Casali, etc. Globalement ce qui est expliqué dans le livre m'apparaît assez juste quand même : on a là un groupe assez disparate (ce que disent les auteurs eux-mêmes) qui instrumentalise l'histoire à des fins commerciales, politiques, médiatiques, ou pour exister, tout simplement.

    Là où je vous rejoins c'est que quelque part, le succès de Deutsch est dû à un manque d'ambition. Des universitaires, mais pas seulement. Il y a un problème à l'école, si les gens peuvent gober le fatras de Deutsch et de ses "amis". Du monde médiatique aussi, qui le gobe tout aussi facilement (sauf pour ceux qui sont d'accord, bien sûr). Des politiques enfin, quand ils osent soutenir de pareils navets. La France ne souffre pas du manque de roman national, elle souffre de regarder derrière elle et pas devant...

    RépondreSupprimer