dimanche 10 novembre 2013

Ligne de front (Gojijeon) de Jang Hoon (2011)

1953. Le lieutenant sud-coréen Eun-pyo (Shin Ha-Kyun) fait partie de la délégation qui participe aux négociations de Panmunjon, en vue d'un armistice. Trois ans auparavant au moment de l'invasion nord-coréenne, Eun-Pyo et son camarade Soo-hyeok (Go Soo) ont été capturés par le capitaine nord-coréen Jung-yoon (Ruy Seung-ryong). Celui-ci les laisse partir sous prétexte que la guerre sera terminée dans une semaine et qu'ils ne savent pas pourquoi ils se battent. Trois ans plus tard, les combats continuent sur la ligne de front figée dans une guerre de positions, notamment à l'est, sur le mont Aerok, dont la possession modifiera le tracé de la ligne de séparation entre les belligérants. La colline change sans arrêt de mains et les négociateurs finissent par ne plus savoir qui contrôle vraiment la hauteur. Au milieu des combats, le capitaine commandant la compagnie Alligator, qui bataille pour la colline, est retrouvé abattu par une balle sud-coréenne. Le lieutenant Eun-Pyo est envoyé sur place pour élucider l'instant et démasquer une taupe éventuelle puisqu'un courrier d'un soldat du Nord a été reçu au Sud provenant de la compagnie...

Cela faisait longtemps que je n'avais pas publié de billet à propos d'un film -fiches cinéma écrites obligent. Pour compenser, en voici donc deux dans la même journée ! Ligne de front est une nouvelle production sud-coréenne d'un cinéma de guerre qui a le vent en poupe depuis maintenant près de dix ans. La Corée du Sud revisite le conflit fondateur de sa situation actuelle en décalquant les standards des films d'action hollywoodiens, adaptés cependant à la sauce locale. Ligne de front est sans doute l'une des meilleures productions du genre jusqu'ici, un peu plus fine que Frères de sang ou que 71, ou bien encore que Far Away, qui lui porte sur la Seconde Guerre mondiale.

L'enquête policière n'est en fait qu'un prétexte -elle est résolue au bout de moins d'une heure de film- à la découverte de la réalité du front, c'est à dire la guerre de positions en 1953, à la veille de l'armistice, par un officier sud-coréen qui n'a plus connu le feu ou presque depuis la terrible retraite des premières semaines de la guerre, en 1950. La guerre de positions donne lieu à la fois à des combats sauvages et répétés pour la conquête et la reconquête des mêmes hauteurs, mais aussi à une forme de cohabitation étrange entre des Coréens en guerre civile que tout sépare, ou presque. Pour autant, le propos et les personnages restent malgré tout assez conventionnels, car le réalisateur, probablement, manque encore d'expérience.



Le gros point fort du film est sans doute de se concentrer sur les ultimes combats de la guerre de Corée, contrairement aux productions précédentes qui ont tendance à se focaliser sur les journées dramatiques -pour le sud- de l'invasion nord-coréenne de juin 1950, où le pays a bien failli succomber. Ici, il est question de combats sanglants pour le contrôle de hauteur, prises et reprises, couvertes de cadavres, avec des soldats qui n'aspirent plus qu'à rentrer chez eux. Le ton du film rappelle un peu une production américaine ancienne comme Pork Chop Hill, avec Gregory Peck (1959). Ce qu'il perd en tonalité larmoyante et en copie d'Hollywood, le film le gagne en efficacité sur les scènes de combat, assez nombreuses et qui sont un peu moins caricaturales que dans d'autres productions sud-coréennes comme Frères de sang ou 71. Par ailleurs, l'action est centrée, comme la plupart de ces productions, sur la dimension de guerre civile entre les deux Corées. Les Américains ne sont présents que via le soutien aérien et les négociations de Panmunjon ; en face, les Chinois lancent un seul assaut mais pour le reste du film, l'adversaire demeure les Nord-Coréens.

Bien que le film ait été choisi pour représenter la Corée du Sud aux Oscars 2012, on ne peut pas dire qu'il soit inoubliable, néanmoins, il vaut assurément le détour. Car la guerre de Corée n'intéresse plus trop les réalisateurs, américains ou européens, de nos jours. Restent donc les Sud-Coréens qui, pour des raisons évidentes, sont très attachés à se souvenir du conflit.


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