mardi 26 novembre 2013

Jean-Christian PETITFILS, Louis XIV, Tempus 8, Paris, Perrin, 2002, 775 p.

Le Louis XIV de Jean-Christian Petitfils (à la couverture refaite ci-contre) était l'un des premiers ouvrages de la collection de poche en histoire de Perrin, Tempus, en 2002. L'auteur est d'ailleurs docteur en sciences politiques, écrivain, et seulement licencié en histoire-géographie, plutôt qu'historien à proprement parler. Ce qui n'enlève rien à l'intérêt de l'ouvrage, pour le coup. Mais il est utile de le préciser, M. Petitfils étant un auteur prolifique par ailleurs sous cette appellation. 

Comme le souligne Pierre Goubert dans la préface, l'écrivain a choisi de faire une histoire politique de Louis XIV, mais en tenant compte notamment des nombreux travaux étrangers en plus de l'incroyable bibliographie française sur le sujet. Il se sert de sa bonne connaissance du droit et des institutions (derrière des historiens spécialisés sur le sujet comme R. Mousnier) pour défendre l'idée selon laquelle la monarchie n'était pas fondamentalement "absolue", et que Louis XIV n'a commencé à gouverner effectivement qu'en 1691, après s'être appuyé sur de puissants ministres et leurs réseaux. Ce qui n'empêche pas M. Petitfils de rappeler l'inutilité de la guerre contre la Hollande, par exemple. En revanche, il souligne aussi que Louis XIV n'a en rien renouvelé la vieille machine administrative du royaume : en particulier la question des offices, et celles, très importante, du problème fiscal.

Pour l'auteur, un des grands événements à mettre au passif de Louis XIV dans le bilan, c'est la bulle Unigenitus, qui ravive la crise janséniste. Paradoxalement elle désacralise la fonction royale qui avait atteint une sorte d'apogée avec Louis XIV, alors même que la catholicisation du royaume s'achève sous son règne. Le roi a dû pactiser avec certains groupes sociaux même s'il a renforcé la majesté de son pouvoir. La mentalité féodale décline mais la haute aristocratie triomphe. Louis XIV a tiré le meilleur parti du système existant, mais celui-ci avait ses limites. La France est alors l'un des Etats les plus puissants d'Europe mais peine à mobiliser ses moyens efficacement en cas de guerre, par exemple. La crise structurelle la plus visible est celle des finances, mais au tournant du XVIIIème siècle, on voit la France manquer, aussi, sa modernisation économique là où l'Angleterre l'entame et prend les devants, assez rapidement. Louis XIV a cependant accouché l'Etat moderne du royaume de France, il l'a incarné pendant son règne.

Une lecture dense et intéressante, on a plaisir notamment à relire les pages sur la révolte des Bonnets Rouges, au vu de l'actualité.



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