mercredi 13 novembre 2013

2ème Guerre Mondiale n°51 (novembre-décembre 2013)

Petit tour d'horizon du n°51 de 2ème Guerre Mondiale où j'ai un peu moins contribué que les volumes précédents. Comme l'annonce Nicolas Pontic dans l'éditorial, la couverture du précédent numéro a fait réagir, notamment sur le web. Normal, vu le sujet. Mais ce n'est pas un mal de secouer de temps en temps le cocotier "confortable" des magazines de la presse spécialisée en histoire militaire, en s'inscrivant davantage dans l'actualité -non militaire, pour le coup.

- dans la rubrique Livres, on appréciera la mise au point de B. Rondeau sur la réédition du fameux Ils arrivent ! de Paul Carell (personnage sulfureux) et la fiche sur le Sedan 1940 de Vincent Arbarétier chez Economica.

- un article qui m'a plu, c'est celui de Vincent Bernard sur les opérations amphibies soviétiques (en mer Noire surtout). D'abord parce que l'Armée Rouge m'intéresse, évidemment, mais aussi parce que c'est un thème peu traité (au sein de l'Armée Rouge déjà peu abordée elle-même par la presse... ou alors encore sous un angle très daté). Les Soviétiques avaient aussi théorisé avant la guerre les trois niveaux (stratégique, opérationnel et tactique) de l'art amphibie, notamment grâce à l'amiral Isakov. La doctrine sera testée à Odessa en septembre 1941, en Crimée en décembre 1941 (et pas 42 comme l'indique la p.16), puis enfin à Novorossisk (février et septembre 1943) et à Kertch (octobre-novembre 1943). Il y a certes beaucoup d'improvisation et pourtant, les opérations amphibie soviétiques sont loin d'avoir été des fiascos... comme le montrent aussi celles dans la Baltique ou le Pacifique qui ne sont pas abordées ici.

- dans sa chronique Ecrire l'histoire, Benoît Rondeau explique que pour sauvegarder le patrimoine militaire des champs de bataille comme ceux de la Normandie, il faut savoir intéresser le public, sans tomber dans la surenchère commerciale... mais comme le reconnaît l'auteur, la multiplication des musées en Basse-Normandie, par exemple, n'est pas un gage de qualité. Faute aussi d'investissement des pouvoirs publics. Le tourisme militaire est-il victime d'une image qui l'attache à celle de nostalgiques, de fanatiques, de personnes aimant la guerre ? Un peu, sans doute oui. Mais on ne peut nier non plus que ces nostalgiques existent, aussi. Heureusement, ils ne sont pas majoritaires. Attention toutefois à ce que l'émotion, le pathos, ne remplace pas l'histoire.

- le dossier, toujours signé Benoît Rondeau, est consacré aux Fallschirmjäger, les paras allemands, face au débarquement et pendant la bataille de Normandie. La première partie du dossier montre que les divisions de parachutistes allemands sont en fait très disparates. La 3. FJD est une bonne unité, contrairement aux 5. et 6. la 2. étant de meilleure qualité. Le tout est complété par des formations autonomes. Dans un deuxième temps, l'auteur étudie l'engagement de ce qui est finalement le plus grand rassemblement de paras allemands de la guerre au sein de la bataille de Normandie. Les pertes sont très lourdes et même si les paras ont fait preuve d'abnégation, leur résistance n'a rien changé au résultat final, au prix de 20 000 hommes. Seule la 2. FJD prolonge la résistance en étant contrainte de s'enfermer dans Brest, où elle va animer la résistance jusqu'à la fin du siège. Engagées à contre-emploi, les divisions de paras sont décimées.

- dans la fiche personnage, Vincent Bernard propose le portrait de Tadamichi Kuribayashi, le fameux défenseur japonais d'Iwo Jima rendu célèbre par le film de Clint Eastwood. Kuribayashi est attaché militaire aux Etats-Unis pendant l'entre-deux-guerres, ce qui l'amène à être très réaliste sur les chances de son pays en cas de conflit face aux Américains. Est-il pour autant un officier "ordinaire" en dépit d'une carrière en Chine, puis à Hong-Kong, qui finit vite dans des postes plus tranquilles (mais prestigieux) ? Je m'interroge. En ce qui concerne la stratégie d'attrition, comme je le montre dans l'article du numéro, il y a des précédents bien avant Iwo Jima ; quant aux Mariannes, à mon sens, à terre, les Japonais n'ont au contraire pas essayé de l'appliquer. En revanche j'adhère totalement au montage "idéalisé" qu'en fait Clint Eastwood dans son film.

- David François, collègue de L'autre côté de la colline, compare les deux opérations Seelöwe et Overlord. Overlord est un chef d'oeuvre de planification stratégique, rendu possible par les énormes capacités de l'industrie américaine. Au contraire, Seelöwe souffre des indécisions allemandes et d'une Luftwaffe qui ne peut dominer les airs. Les stratégies diffèrent aussi profondément : à la recherche absolue d'une guerre courte, reposant sur le choc et la vitesse d'exécution, s'oppose la préparation méticuleuse, notamment logistique, qui garantit le succès.

- la fiche Uniformes de Jean-Patrick André est consacrée à un Feldwebel de FJR 14.

Je rappelle pour mémoire que tous les articles ou presque mentionnent une bibliographie indicative (y compris ici, la fiche personnage) ce qui n'est pas un luxe, loin de là. De quoi creuser si on le souhaite et surtout savoir d'où vient l'information, élément très important... (la biblio de mon article sur le Pacifique est à la fin de la deuxième partie, à paraître).

2 commentaires:

  1. Bonjour Stéphane,
    j'ai acheté et lu votre travail dans le magazine HS 2eme GM sur "Barbarossa déraille" : je n'ai lu que la moitié pour le moment, mais c'est assez original et intéressant comme approche: le grand public français est en effet habitué à lire que les premiers jours de l'opération allemande sont un grand grand succès pour les stratèges teutons et on avait peu de RETEX sur la bataille de Brest Litovsk. Je ne pensais pas que les Etats majors allemands avaient si mal préparé cette opération au vu des premiers résultats de l'opération.

    Sinon avait vous lu mon msg sur le site consacré à l'offensive du Têt ?

    Bien à vous,
    François Ginestet (FG)

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  2. Bonjour François,

    Oui, j'ai répondu hier soir à votre commentaire sur L'offensive du Têt.
    Pour le HS Barbarossa, c'est effectivement le but : proposer un récit/analyse qui sorte un peu des sempiternelles descriptions de la marche triomphale de Wehrmacht en 1941. J'ai choisi, vu le format, de me concentrer sur quelques exemples illustrant les difficultés allemandes, en plus de la contextualisation avec les autres parties. Sur Brest-Litovsk, il y a encore beaucoup de sources à exploiter, notamment en russe. La traduction d'un ouvrage en russe sur le sujet vient de paraître en anglais (je viens de la recevoir aujourd'hui).
    Il est grand temps d'essayer de coller à une historiographie plus actualisée sur le sujet, y compris dans la presse spécialisée... encore faut-il en avoir la volonté.

    Cordialement.

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