jeudi 10 octobre 2013

Jacques BERGIER, Agents secrets contre armes secrètes, J'ai Lu leur Aventure 101, Paris, Editions J'ai Lu, 1965, 247 p.

On ne présente plus la collection bleue J'ai Lu leur Aventure, qui proposait voici plusieurs décennies des témoignages ou récits d'acteurs ou de moments importants de la Seconde Guerre mondiale, en particulier. Le tome 101 est le récit de Jacques Bergier, physicien français, résistant, qui prit part notamment à un réseau de renseignement "scientifique" qui contribua à traquer les fameuses armes V.

Comme il le rappelle dans la préface, son récit n'est qu'un aperçu du travail de ce réseau (il renvoie à d'autres sources dont certaines aujourd'hui dépassées ou remises en question, tel David Irving). Il explique combien les débuts de la résistance en France, dès 1940, ont été difficiles et qu'il était difficile d'entrer en contact avec l'Angleterre.

En novembre 1940, Bergier forme, avec André Helbronner et Alfred Eskenazi, deux autres scientifiques, un réseau de renseignements à Lyon. Transmissions, liaisons, faux papiers sont des problèmes prioritaires pour assurer la survie d'un réseau de résistance. Le contact avec Londres une fois établi à Berne, le groupe tente de diffuser son activité, mais se heurte au problème des relations avec la France Libre, voulue par de nombreux interlocuteurs.

Montrose, parachuté de Londres, met sur pied avec eux, entre novembre 1942 et janvier 1943, le réseau Marco-Polo. Ce réseau favorise largement l'effort de renseignement sur celui d'action à proprement parler. Surveillé par l'Abwehr de Canaris, Marco-Polo commence à réunir des informations sur les armes V. Il installe une base d'archives à la centrale Blindenheim, à Villeurbanne. Les renseignements sur les armes V, d'après Bergier, ne sont pas forcément pris au sérieux à Londres, du moins au départ.

Comme souvent, le réseau est victime d'une trahison. Helbronner et Eskenazi sont arrêtés successivement en juin 1943. Le réseau est cependant réconforté en août par l'annonce sur la BBC du bombardement de Peenemünde, la base secrète où l'on met au point les armes V. Bergier doit monter sur Paris pour rencontrer les FTP, qui éliminent des agents secrets de son réseau de renseignement sans en avoir connaissance.

La Gestapo surgit dans la centrale Blindenheim le 23 novembre 1943. Bergier est arrêté. Torturé par les Allemands, sans dire un mot. On lui propose de travailler pour la recherche nazie, il refuse. A l'extérieur, dès janvier 1944, le réseau Marco-Polo devient Promontoire. Il continue d'informer Londres, en particulier sur les rampes de lancement de V-1, matraquées pendant la fameuse opération Crossbow. Le 7 mars, Bergier est déporté dans le camp de concentration de Neue Bremme. La seconde centrale du réseau, dans la banlieue de Lyon, est démantelée par les Allemands le 25 juillet 1944.

Bergier évoque alors cette mystérieuse opération "Oeuf de Pâques", citée par Canaris : des sabotages et assassinats prévus par la division Brandenburg, un soulèvement de collaborateurs français dans le Midi, l'action d'éléments en Espagne, avec bombardement par V-1 et V-2 et la contre-offensive des Ardennes. L'opération Tarzan, monté notamment par les Américains, aurait éliminé les deux premiers éléments de cette menace jamais apparue au grand jour.

Bergier termine le livre en évoquant les V-1 et les V-2, et leurs atouts respectifs. Il imagine les armes du futur : la foudre à boule et le laser, et évoque la guerre secrète qui a cours entre les deux superpuissances du moment. La postface comprend une interview du colonel Passy par Roger Wybot. Passy apporte un contrepoint utile au récit et explique notamment pourquoi il  a été difficile, pendant longtemps, de rencontrer des agents de la France Libre. Jean Prim rajoute un dictionnaire des termes évoqués, notamment scientifiques.



5 commentaires:

  1. Belle présentation, qui nous invite à nous replonger dans ces récits des témoins directs de ces temps pas si lointains. Ces regards croisés sont autant de clés qui donnent sens à une période historique complexe, au coeur de la seconde guerre mondiale, dans cet univers si particulier du renseignement.

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  2. Bonjour,

    Merci pour votre commentaire.
    Il est parfois très instructif de relire ces témoignages maintenant anciens, écrits alors quelques temps après les faits tout de même, non seulement parce qu'ils sont vivants, mais aussi pour les recouper avec d'autres sources primaires ou secondaires.
    Ici, comme fréquemment dans la collection J'ai Lu leur Aventure, le thème est en plus original.

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  3. Bonjour,
    Je lirai volontiers cette réédition pour l'interview du colonel Passy par Wybot. Jacques Bergier a raconté tant de fariboles, dans ses publications après la guerre, qu'il est difficile de démêler le vrai du faux dans les aventures scientifiques tu trio Bergier-Helbronner-Eskenazi. D'autant que Helbronner est mort dans un camp en 1944. Qu'est devenu Alfred Eskenazi ? Sur Internet on retrouve toujours les mêmes portraits copiés-collés. Les trois hommes ont réellement pris des brevets (j'ai vérifié), mais pour en faire quoi ? Leurs recherches semblaient partir dans tous les sens, de façon assez décousue, pendant que l'équipe Joliot-Curie se concentrait sur un vrai programme de recherches : quels étaient leurs rapports ? Eskenazi "pionnier de la cybernétique"… mais qu'a-t-il fait dans ce domaine ? Surtout, quel rôle réel ont-ils joué dans le renseignement sur les "armes secrètes" allemandes – si on relativise les vantardises de Bergier ?
    On aimerait connaître l'histoire véritable de ce petit groupe.

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  4. Pas assez calé sur le sujet pour vous répondre précisément. Mais il est certain que comme tout témoignage a posteriori, celui de Berger est en partie reconstruit.

    Cordialement.

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  5. Je conserve le plus grand respect pour Jacques Bergier, véritable savant "Renaissance" : les chercheurs du fin XV, XVI° et XVII° siècle furent des "touche-à-tout" de la Philosophie/Science, disposant d'immenses fortunes personnelles ou de sponsors tout aussi immenses ( les Médicis pour Galilée ; François I° pour Léonard de Vinci ) . Le XX° siècle est moins "généreux" ( ou plus sélectif ) avec ses scientifiques !...
    Que les balivernistes continuent à le traiter en Docteur Faust ou à insulter sa mémoire est bien sûr quelque peu affligeant, mais l'épistémologie est malheureusement farcie de ce genre de comportement !... Même si ces tristes sires s'auto-ridiculisent sans s'en rendre compte : ainsi quand on évoque une "histoire véritable", cela implique que celle qui est communément connue est fausse !... Et que la première tâche à accomplir immédiatement est de fournir les preuves légitimes de cette demande de "révision" !... Ce qui n'est présentement pas le cas !...
    En tout cas, le témoignage de JB est certainement beaucoup moins "reconstruit" que "l'opération Crossbow" porté à l'écran : ce film a beau être de la catégorie "chef d'oeuvre" , il confond grossièrement Peenemünde et le tunnel de Dora ... qui lui était invulnérable sous sa montagne !... Jusqu'à preuve du contraire, Bergier fut l'instigateur ( ou l'un des ...) du bombardement massif sur le centre d'essais sur la Baltique ... qui n'échoua qu'en surface : Himmler en profita pour obliger le personnel du centre à " se replier" sur l'usine de production de V1 et V2 ( le camp de Dora) d'où il tiendrait à sa merci ( avec ses comparses Arthur Rudolf ou Kammler ) toute cette bande "d'amateurs" qui voulaient aller sur la Lune et qui refusaient de se faire embrigader dans la SS !... Cependant, cette politique désorganisa davantage encore le programme des armes V et permit certainement à quelques quartiers de Londres et d'Anvers de rester intacts !... Le sacrifice des 40 bombardiers britanniques qui ne sont pas rentrés ne fut donc pas vain !... Le combat de Bergier non plus au sein d'un enfer de 100 millions de morts !...

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