lundi 16 septembre 2013

William CRAIG, Vaincre ou mourir à Stalingrad, Paris, Pocket, 2001 (1ère éd. 1974), 506 p.

William Craig s'est pris de passion pour l'histoire militaire pendant son enfance, comme il l'explique dans sa préface. L'attaque de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, alors qu'il est âgé d'une dizaine d'années, le pousse à s'intéresser à la Seconde Guerre mondiale et en particulier au front de l'est, qu'il compare volontiers à la campagne de Napoléon en 1812. Craig  décrit déjà, en 1973, une mémoire du conflit déformée à la fois par la propagande soviétique et par l'influence des mémorialistes allemands. Après avoir rencontré le fils de Paulus, il est parti à Stalingrad devenue Volgograd, avant de rechercher les survivants de la bataille pour les interroger. Pris de passion pour son sujet, il exagère un peu et fait de Stalingrad la bataille la plus sanglante de l'histoire, ce qui n'est probablement pas le cas (bien qu'elle soit dans les plus sanglantes, à n'en pas douter). C'est le portrait d'une tragédie humaine qu'offre ici William Craig. Depuis la sortie du film de Jean-Jacques Annaud, en 2001, ce livre est régulièrement réédité en poche. Moi-même je l'avais acheté étant lycéen, et je ne l'ai pas relu depuis des années. Il est intéressant aujourd'hui de le reprendre avec un oeil différent, plus critique, plus exercé.

Craig a recueilli quantité de témoignages, allemands, soviétiques et même italiens. C'est indéniable, et la somme est impressionnante. Mais le problème est que ces témoignages sont livrés, pour ainsi dire, bruts, sans recoupements, sans analyses. Leur valeur est donc sujette à caution. On a là l'exemple type d'un écrivain qui se prétend "historien" mais qui n'écrit pas selon la méthode historienne telle qu'elle peut être enseignée à l'université. En outre, la bibliographie mentionnée en fin de volume, déjà insuffisante à l'époque, est maintenant sérieusement datée par l'avancée de la recherche. Ce qu'il aurait fallu, à l'époque, ou plus tard, ces dernières années, c'est rééditer ce volume avec une introduction/préface d'un historien spécialiste qui en souligne à la fois les qualités et les limites, tout en faisant le point sur l'état de la recherche dans ce domaine. Car en l'état, c'est mettre à la portée du grand public des sources inexploitables et qui peuvent engendrer de fausses certitudes...

On pourrait terminer cette rapide recension en précisant que ce n'est pas un hasard si une image du film Stalingrad : Enemy at the Gates de Jean-Jacques Annaud orne la couverture de la réédition. Le réalisateur s'est probablement inspiré du livre de Craig comme on peut le repérer tout de suite à la lecture de certains témoignages. Ce qui peut évidemment laisser des plus sceptiques quant au caractère "historique" du film...


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