mardi 10 septembre 2013

Robert FORCZYK et Adam HOOK, Toulon 1793. Napoleon's first great victory, Campaign 153, Osprey, 2005

Le Osprey de la collection Campaign sur le siège de Toulon (1793) est signé Robert Forczyk, ancien officier de l'US Army, qui écrit plutôt d'habitude sur la Seconde Guerre mondiale et en particulier sur le front de l'est. C'est donc avec un peu de curiosité que j'ai relu son volume sur cette bataille, qui n'est pas a priori dans sa période de spécialiste.

Toulon se soulève contre Paris et rejette la domination des Montagnards à partir du mois d'août 1793. La ville ouvre le port à la flotte anglaise de l'amiral Hood, qui avait hésité à venir au secours de Marseille, bientôt reprise par la Convention. La situation dans la ville est confuse puisque les marins français doivent être désarmés en urgence, n'étant pas exactement d'accord avec la nouvelle orientation politique de la municipalité. Les Anglais sont bientôt renforcés de navires et de troupes espagnols.

La Convention souhaite avant tout reprendre la ville et l'armée engagée n'a pas véritablement de plan à long terme, comptant sur un siège facile. Les difficultés initiales du siège de Toulon vont permettre à plusieurs jeunes officiers de se distinguer. Pour les Anglais, Toulon, siège mené plus par la flotte que par l'armée, n'est qu'un front secondaire, et l'effort de coalition est assez inefficace. Les Espagnols, eux aussi, ne souhaitent pas voir les Anglais dominer les mers... Les premiers commandants français, Carteaux et Doppet, se révèlent inadaptés au siège : seule l'arrivée de Dugommier, ancien officier de ligne, galvanisera les énergies. Les chefs de divisions sont plus compétents. Au niveau subalterne, c'est l'occasion de s'affirmer pour Napoléon Bonaparte, mais on trouve aussi plusieurs de ses futurs maréchaux ou généraux : Marmont, Victor, Suchet, Masséna et Junot. Les représentants en mission, Barras, Fréron, Salicetti, ont un rôle important car leurs pouvoirs dictatoriaux leur permettent d'évincer les officiers incompétents pour promouvoir des subordonnés plus agressifs. En face, le commandement allié est inégal, aussi bien sur terre que sur mer, mais on compte des officiers éminents comme le général O'Hara ou Nelson.

L'armée française qui réalise le siège est surtout composée de volontaires, et de quelques unités de ligne ; plusieurs dizaines de milliers d'hommes au final. Le bataillon reste l'unité de base. Les Français disposent d'une puissante artillerie : plus de 100 pièces et 1 600 hommes à la fin du siège. Ils peuvent compter sur un système de dépôts même si certains ont été pris par l'adversaire. En face, l'armée britannique, encore réduite, n'engage que 2 500 fantassins ou fusiliers marins en défense, avec près de 50 vaisseaux de guerre. Ce sont les Espagnols qui sont les plus nombreux : plus de 6 500 hommes, 23 bâtiments, plus d'un millier de fusiliers marins. Le reste de la garnison est composé de Napolitains (plus de 4 000 hommes) et de Sardes (1 500 hommes). A partir du 7 septembre, les Alliés lèvent un bataillon français anti-républicain, le Royal Louis. En tout, la défense compte 17 500 hommes, mais seulement 7 500 sont vraiment opérationnels.

L'attaque française initiale se heurte à la puissante artillerie capturée par les alliés et au manque de renseignements sur la défense de la ville. L'encerclement est long et incertain : Carteaux, qui tente d'avancer par la gorge d'Ollioules, est repoussé. Son chef d'artillerie étant hors de combat, la situation est un don du ciel pour Bonaparte, qui sait déjà jouer de ses relations politiques et organiser sa propre légende. Récupérant des canons de marine abandonnés dans les places côtières, il organise des batteries aux noms jacobins et fait tirer sur les vaisseaux anglais et espagnols dans la baie. Les Anglais, eux, doivent évacuer les 5 000 marins français désarmés qui posent un problème de sécurité ; mais ils ne font pas confiance aux autorités de la ville. Les alliés occupent le Point de l'Eguillette pour empêcher que Bonaparte y installe des canons qui fermeraient le port intérieur. Fin septembre, 15 000 assiégeants font face à 8-9 000 assiégés bien ravitaillés par mer.

Le 30 septembre, les Français tentent d'emporter le mont Faron, au nord de Toulon, mais ils sont repoussés. Les Anglais font ensuite une sortie importante contre l'une des batteries. Le 14 octobre, un engagement mineur dégénère en bataille rangée. La garnison souffre de la maladie. Fin octobre, des changements de commandement interviennent des deux côtés - c'est le 18 que Napoléon prend la tête de toute l'artillerie à Toulon et aux alentours. La chute de Lyon et les renforts portent les Français à 25 000 hommes. Les Anglais dispersent leur flotte pour d'autres missions en Méditerranée et seuls les Espagnols restent concentrés sur Toulon.

Dugommier prend le commandement le 16 novembre et le siège s'accélère. Les Anglais ont mal interprété les efforts français : ils croient que l'attention est sur le fort Malbousquet alors qu'elle est en fait sur le fort Mulgrave. Une sortie, le 30 novembre, se termine en désastre, avec près de 500 pertes, dont de nombreux officiers. L'assaut final engage trois colonnes principales contre les défenses. Dans la nuit du 17 au 18 décembre, le fort Mulgrave est emporté, notamment par l'engagement de la réserve commandée par Bonaparte, blessé dans le combat. A l'est et au nord, le mont Faron et ses forts sont enfin pris, menaçant l'ensemble du périmètre allié, car certaines troupes commencent aussi à retraiter vers la mer. Faute de temps et de préparatifs, les destructions à l'arsenal et à la flotte de Toulon restent limitées. En tout, les Alliés perdent de 4 à 5 000 hommes à Toulon, pour 500 morts français et 1 200 blessés.

La ville est soumise à la Terreur, débaptisée. Si une bonne partie de la flotte de la Méditerrannée a été perdu, l'arsenal continue à produire des navires, et l'expédition d'Egypte de Bonaparte n'aurait pu se faire sans sa contribution. Les Alliés ont perdu l'occasion de détruire ce port faute de stratégie cohérente. Les Français, au contraire, battent les Britanniques et montrent combien ils ont progressé sur le plan militaire. Bonaparte y entame son brillant parcours et rassemble autour de lui les hommes qui le serviront plus tard.

Une bonne introduction au final, servie par les nouvelles cartes en 3D d'Osprey où les phases de la bataille sont décomposées avec des numéros et triangles jaunes, ce qui est beaucoup plus commode que l'ancien système (même si certains numéros sont au milieu des cartes et quasiment illisibles : des cartes plus petites sur une page seraient sans doute parfois plus adaptées). On notera toutefois que la bibliographie, surtout étrangère (alors qu'il existe manifestement nombre d'ouvrages français à consulter, et le livre est un peu faible sur le contexte français, en conséquence), est parfois un peu datée. Il faudrait lire des ouvrages plus savants afin d'en savoir plus...


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