mardi 24 septembre 2013

Quentin DELUERMOZ, Chroniques du Paris Apache (1902-1905), Le Temps Retrouvé, Paris, Mercure de France, 2008, 245 p.

Intéressant de lire, parallèlement à l'affaire du bijoutier de Nice, cette présentation de deux récits de la Belle Epoque sur le policier et l'apache. Le premier réside dans les mémoires d'une prostituée du monde apache, la légendaire "Casque d'Or", âgé de 23 ans, Amélie Elie. Elle livre son témoignage alors que deux chefs de bande, Manda et Leca, qui se disputaient ses beaux yeux, viennent de régler leur différend à coups de couteux, à l'été 1902. Le deuxième récit est signé Eugène Corsy, un obscur gardien de la paix qui raconte la mort de son collègue Joseph Besse, tué lors de sa première mission en juillet 1905, dont le texte n'a été redécouvert que récemment.

Le texte du policier est avant tout celui d'un milieu professionnel, les gardiens de la paix à Paris, qui recrutent fréquemment dans les campagnes et à l'armée. Les agents s'inspirent de la pratique de l'îlotage londonien. La mort est fréquemment rappelée dans le récit de Corsy mais elle ne concerne en fait qu'une minorité d'agents. La haine de l'apache prédomine assez largement.

En face, Amélie Elie dresse le portrait d'une prostituée effrontée, mais qui masque mal la dureté de la condition : l'insouciance fait partie intégrante de la vie des apaches... Si la criminalité augmente à Paris à partir de la décennie 1890, elle n'a pas grand chose à voir avec les fantasmes des journaux de l'époque. L'angoisse sécuritaire renvoie en fait à des mutations de la société. Les apaches forment une culture déviante, une sorte de contre-société, qui aide à construire la figure du gardien de la paix, comme deux faces d'un miroir.

Car les deux récits se rapprochent. Par les lieux, le nord-est industrieux de Paris, et par la date. Corsy n'hésite pas à souligner qu'il mène des expéditions punitives contre les apaches en toute illégalité, avec ses collègues. Les deux personnages ont d'ailleurs du mal à coucher leur témoignage par écrit -Amélie Elie se confie, en fait, à un journaliste. Ils jouent sur les médias de masse qui se développent à l'époque (journaux, etc) et construisent la dichotomie armée de l'ordre-armée du crime. Comme les ouvriers se sont finalement insérés dans la société, il faut trouver de nouveaux criminels : ce seront les apaches, thème qui s'impose dans les années 1900. Casque d'Or fait publier son récit dans la presse, ce qui montre l'ambiguïté d'une figure qui fascine. Les policiers, eux, reprochent aux tribunaux d'être trop cléments à l'égard des apaches ! Corsy cherche d'ailleurs à faire entendre la voix des policiers dans les médias, négligée, là où Casque d'Or témoigne de la réappropriation par les groupes populaires d'un discours médiatique qui est subverti.

Pour compléter, l'auteur propose une bibliographie p.243-244. Une vidéo de présentation, très courte, ici.


2 commentaires:

  1. Cher collègue blogueur,
    Je me permets de vous faire remarquer qu'il manque une lettre au nom de l'auteur (un "u"). Il s'agit de Q. Deluermoz
    Très cordialement
    J. A

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  2. Ah, oui tiens. Merci, c'est corrigé.
    Ils pouvaient pas mettre son nom sur la couverture (lol) ? Il est à l'intérieur seulement, c'est pour ça, je suis allé trop vite en le regardant...
    J.A., collègue blogueur, et votre blog, on peut le voir où ?

    Cordialement.

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